‹ Iréne OletteChapitre 20 sur 37 · IRÈNE « VOIT » UN MÉDECIN · texte numérisé non relu

IRÈNE « VOIT » UN MÉDECIN

Quelques jours après son installation à l'hôtel Pommelé, Irène Olette, qui se portait encore très bien la veille au soir, s'était réveillée avec la tête lourde et la gorge prise.

La trouvant en cet état et l'ayant d'ailleurs entendue tousser la nuit, Valérie l'empêcha de se lever comme elle s'y apprêtait, et, sur ses instances, la jeune fille, quoiqu'elle affirmât ne se sentir nullement malade, dut se résigner à rester au lit.

— Justement, s'écria tout à coup Mme Lesoir, M. Brocatel, que je quitte à la minute, attend ce matin le docteur Gaudias. Voilà une chance !

— En quoi? avait demandé naïvement Irène.

— En ceci qu'il me suffira d'apprendre à M. Brocatel que vous êtes souffrante pour qu'il prie le docteur de venir vous examiner.

— Comment? Vous l'oseriez? Je ne veux pas. Je vous en prie !

Mais, sans l'écouter, Mme Lesoir était déjà dehors et) elle revenait au bout d'un instant, déclarant d'un ton tranquille :

— C'est fait. Le docteur était là. Il arrive de Nice. Ma foi, oui, j'ai osé. Il va venir.

— Tout de suite?

— Dès qu'il aura fini avec M. Brocatel.

— Alors, je me lève !

Valérie la retint :

^^ Non, il a recommandé au contraire que vous restiez couchée.

Irène n'était pas contente.

Comme beaucoup de gens du peuple et des petites classes, elle avait une prévention instinctive contre les médecins. Elle la tenait de sa vieille tante Fine qui ne pouvait pas les souffrir. Cette brusque visite à laquelle rien ne l'avait préparée lui causait un ennui qu'elle était incapable de dissimuler.

Mais Mme Lesoir n'avait pas l'air d'y prêter la moindre attention. Assise à présent à côté d'Irène, elle lui parlait du docteur avec une sympathie abondante et pressée.

— Il vous plaira. Il plaît à tout le monde. Par quoi? Par son charme, sa belle humeur, ses yeux pleins de franchise. Et gai ! Comme un jeune homme. Du reste, il n'a que trente-deux ans. Moi, qui suis plutôt mélancolique, j'éprouve en sa présence une joie irraisonnée. Il respire tellement la santé qu'on se porte déjà mieux, rien qu'à le voir. Il rit comme un enfant. Vous remarquerez ses dents. Un jour que j'étais là, il s'est mis à courir dans un jardin,

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personne n'aurait pu le rattraper. Il dirige le sanatorium de Boulouris, créé par notre propriétaire.

— Monsieur Brocatel est donc bien riche? interrogea Irène, sans autre idée que de changer la conversation.

— Excessivement, répondait Valérie d'une voix détachée. Et ne renonçant pas à Gaudias, elle poursuivait : Comme son nom vous l'indique, il est du Midi, de Toulouse, d'une famille malheureusement éteinte. Il ne lui reste aucun parent. Il vit seul et très sagement. Mais il se mariera et il saura bien, avec ses dons et le bel avenir qu'il promet, trouver une femme digne de lui, même dans les milieux les plus difficiles. En attendant, il n'a pour tout foyer que celui de M. Brocatel, son grand protecteur. Aussi, vient-il fréquemment à Paris pour le voir, en dehors des raisons d'affaires qui nécessitent ici son passage.

— Mais pendant ce temps-là, qui est-ce qui soigne ses malades?

— Il a deux suppléants sous ses ordres.

— D'après cela, je comprends, disait Irène d'un ton grave, que cet étabUssement de Boulouris doit être une grande chose !

— Assez grande en effet.

— Vous y êtes allée?

— Plusieurs fois, avec M. Brocatel bien entendu, qui avait voulu m'emmener... pour aider... à la lingerie. Et il m'avait pris, figurez-vous, un billet de « première », comme pour lui ! C'est là que j'ai vu à l'œuvre le docteur.

Et elle repartait :

— Si intelligent! si travailleur et si dévoué! Actif et réfléchi. Et si habile, et si fort ! Il a tout !

Irène l'écoutait, un peu étonnée.

— Vous en parlez, dit-elle, avec un entrain qui l'honore, et comme si vous le connaissiez beaucoup et depuis longtemps.

— Depuis plusieurs années j'ai pu l'apprécier dans l'intimité de mon bienfaiteur, et il m'a luimême été, maintes fois, secourable.

— Comment cela?

— Oh ! dans ma situation, je n'ai pas de honte à vous l'avouer. Il s'est vite aperçu que ma santé n'était pas fameuse, et alors il a tenu absolument à me soigner, — gratis. Voilà d'où lui vient ma reconnaissance.

A ce moment on entendit un pas décidé sur le carrelage du corridor.

— C'est lui, dit en se levant Mme Lesoîr.

Le temps que d'une main familière il cognât à la porte et l'ouvrît carrément, sans attendre la réponse, Gaudias entrait; il était déjà là, nutête, en veston, comme dans sa chambre.

Un bel homme, en effet.

Bien planté, robuste et de taille au-dessus de la moyenne, il avait la moustache, la barbe courte en pointe et les cheveux brun foncé, d'un brillant asiatique à reflets de prune au soleil et d'ardoise sous la pluie, avec des ondulation's d'une puissance naturelle. Un sang tout neuf qu'on devinait plus capiteux et plus rouge qu'un vin lui désaltérait la peau. Ce superbe gaillard impressionnait par l'évidence du propre plaisir qu'il savourait à vivre.

Dans n'importe quel endroit clos il semblait respirer comme s'il était dehors et boire l'air à pleins poumons ; et on eût dit aussi qu'il était toujours prêt à je ne sais quel départ, quel élan immédiat, ou bien qu'il revenait à l'instant de quelque marche rapide, d'une course impétueuse qui l'avait développé, dont il ne se trouvait pas las, mais plutôt avivé, fleuri et rayonnant. En revanche, le front petit et sans espace était envahi par les buissons de la chevelure, et les pommettes, trop colorées, affirmaient, par leur saillante épaisseur, de grandes tendances matérielles.

Mais ce qui vous attirait en lui jusqu'à provoquer l'admiration, c'étaient ses yeux et ses dents.

On ne voyait qu'eux, et à la fois ; ils se renvoyaient leur beauté. Des yeux noirs dans de l'émail blanc comme en ont les Africains, des yeux lents et troublants, ombragés de cils d'antilope, des yeux doux et durs, à rudes et câlines caresses, et brûlants, dominateurs, où nageaient à la fois la promesse et le mensonge. Et, dans l'empire et sous la surveillance de ces yeux, entre les lèvres charnues et de pulpe sensuelle, une armature de jolies dents bien taillées et serties, dents de nègre et de loup, qui luisaient du même incomparable éclat que celui des prunelles. Ils allaient si bien ensemble, ces yeux et ces dents, et leur double charme en se mélangeant, vous absorbait si fort qu'on finissait par les confondre et que les yeux avaient l'air de vous mordre et les dents de vous regarder.

Irène, sans avoir l'esprit à discerner les traits principaux de cette ardente physionomie, en avait

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cependant ressenti le choc. Gaudias plaisait ou déplaisait, mais il frappait. Jamais il ne laissait indifférent. Comme la jeune fille avait éprouvé à sa vue une gêne indéfinie et qu'il lui fallait tout de suite se faire, non une idée, mais un sentiment sur l'homme avantageux qu'on lui amenait malgré elle, et dont la venue la brusquait, elle décida qu'il lui déplaisait. Et dès lors, étant fixée, elle lui fut résolument hostile.

Mme Lesoir, immobilisée, le considérait avec un visage où les soucis fondaient dans l'apaisement d'un sourire.

— Voilà donc la malade ! s'était écrié Gaudias tout brillant ; et à l'instant même assis et comme attablé au bord du lit, il s'emparait d'Irène ; il en prenait possession dans ce geste hardi et professionnel de la main qui va, pour chercher la fièvre, entourer le poignet qu'elle garde et maintient durant des secondes pleines de solennité.

Il semblait ne voir que la jeune fille et ne s'occupait pas plus de Valérie que si elle eût été à l'étage au-dessous. Celle-ci d'ailleurs, discrète, avait commencé à s'écarter, afin de laisser la place et l'entière liberté de ses moyens à l'homme de science. En dépit de sa nature si encline au soupçon, elle avait toujours eu en général pour le personnage qui exerce la médecine un respect quasi religieux.

Elle faisait descendre jusqu'à lui la confiance sereine qu'elle plaçait dans le prêtre.

Cependant Gaudias examinait avec soin la « patiente », lui posant par intervalles de petites questions, brèves et précises. Elle y répondait

de même et sans bonne grâce. En parlant comme en se taisant, elle lui résistait, ayant la confuse perception d'une espèce de tentative de sa part, hésitante mais soudaine. Certes les manières du docteur étaient irréprochables et son auscultation n'offrait rien de suspect, et pourtant Irène éprouvait en la subissant une vague inquiétude.

Quoique parfaitement pure et sans aucune curiosité ni coquetterie d'imagination, elle ne pouvait pas posséder la candeur de l'ignorance. Elle avait lu et beaucoup entendu... Elle savait, sinon par expérience personnelle, — du moins par les révélations de son instinct et les secrets que trahissait, à chaque instant autour d'elle la vie, — ce que c'était que l'amour, ses attaques, ses pièges, sa violence et ses combats, et non seulement l'amour, mais son mensonge et sa contrefaçon, le désir, qui revêt sa forme et prend son langage. Elle était armée par les souvenirs de son enfance et prémunie par les avertissements d'une jeunesse livrée à elle-même. Ayant appris à se défier, elle se tenait toujours sur le qui-vive. Et par-dessus tout cela, elle avait le mépris répulsif de ces vaniteux, au physique de fatuité, qui portent toujours sur eux, à l'état naturel, un aspect de victoire. En même temps qu'il l'offusquait, Gaudias l'agaçait.

Sous cette impression fâcheuse, il lui sembla que le docteur mettait à son examen un peu trop de complaisance, et comme il se trouvait qu'elle avait deviné juste, elle fut aussitôt entraînée à s'exagérer ce qu'il en était.

Et de son côté, Gaudias, observateur si prompt

et si fin, s'apercevant qu'il était pénétré, fut* amené de ce fait à moins dissimuler, puisqu'il paraissait que ce n'était plus la peine. Cette légère antipathie qui, selon lui, relevait surtout de la sensation et que la jeune fille marquait encore moins à son égard qu'à son contact, étaitelle d'ailleurs réelle ou feinte? Avec ces êtres de profondeur et de ruse que sont les femmes et même les plus honnêtes, peut-on jamais savoir?

Une chose, aux yeux de Gaudias, était sûre, et la seule qui importât : Irène, qu'elle fût fâchée ou non, connaissait l'impression qu'elle avait produite sur lui. Il n'en demandait pas plus pour l'instant.

Tout en gardant donc vis-à-vis d'elle une correction parfaite, il devint cependant incapable, dès lors, de ne pas laisser rayonner ce contentement spécial qui échappe à tout homme préoccupé de plaire, quand il découvre que son intention, — fût-elle loin d'être encouragée, — est du moins comprise.

A partir de ce moment où le docteur sut qu'Irène sai^ait l'intérêt que tout à coup elle excitait en lui et où, par un même effet, celle-ci fut forcée d'en faire chez Gaudias la constatation flagrante, leur attitude à tous les deux s'en ressentit.

Ils ne furent plus les mêmes.

Leur état d'esprit avait beau différer, il y avait entre eux déjà comme du secret et une sorte de complicité.

Mme Lesoir, redoublant de réserve, avait gagné la fenêtre et là, le dos obstinément tourné, elle res-

tait à regarder dans le jardin des bonnes Sœurs de Saint-Maur.

Ainsi, sa présence ne comptait pas.

Quand le docteur parlait à Irène, la jeune fille devinait clairement tout ce qui s'insinuait et se tramait sous les mots naturels.

Quand il se taisait, elle ne pouvait s'empêcher de saisir les sous-entendus de son silence.

Et quand, de la façon la plus délicate et pourtant si positive, il la touchait et la palpait, elle sentait très bien que cette main, si sage dans sa prudence, était loin cependant d'être indifférente et distraite.

Ils ne s'étaient jamais vus. Une rencontre de hasard ne les jetait face à face que depuis ciuq minutes, et voilà que le grand mystère sensuel les mettait brusquement aux prises. Tout de suite ils entraient en lutte, et chacun, lui dans l'offensive, elle dans la défensive, avec la conscience entière de sa force et suivant la direction de son tempérament. Ils étaient aussi sûrs l'un que l'autre de ne pas se tromper, d'agir comme ils le devaient. Mais quoiqu'ils fussent animés par des sentiments ennemis, il y avait entre eux, à travers ce conflit naissant, une espèce d'accord à se Hvrer bataille. La situation était formelle, et tous les deux, ils semblaient l'accepter.

Pas plus que Gaudias ne prétendait y renoncer, Irène ne s'abaissait à la fuir. Vaillante et choquée, elle tenait tête. Aussi la scène avait-elle immédiatement revêtu pour eux une importance et même un attrait, considérables, parce que tout y prenait avec relief un sens puissant et caché.

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Leurs regards avaient une signification qui dépassait leur apparente portée, et les voix subissaient les inflexions que leur communiquaient les détours de l'esprit. Les bouches accusaient tout autre chose que les mots fictifs qu'elles prononçaient. Ils se parlaient à langage couvert avec autant de netteté que s'ils s'expliquaient ouvertement. Sans que rien ne fût formulé, tout était dit.

Cette situation si délicate fut aggravée soudain par un fait insignifiant, mais qui se produisit de façon bien inopportune.

Belle-Julie étant venue avertir Mme Lesoir que M. l'abbé Chamaille était chez M. Brocatel et qu'il la priait de l'y rejoindre, celle-ci, en s'excusant simplement auprès de Gaudias d'un geste amical et rapide, était aussitôt sortie, suivie de la servante.

La porte refermée, Irène et Gaudias étaient seuls.

On ne manquera pas de trouver d'un incroyable aveuglement, pour ne pas dire plus, la conduite de Valérie en cette circonstance. Mais, répétons-le à son excuse, elle avait déjà l'opinion la plus haute des médecins et de leur caractère, et elle tenait en particulier celui-ci en une si grande et affectueuse estime qu'aucun ^doute à son égard ne pouvait l'effleurer.

Eût-elle eu l'idée de commettre une petite imprudence en quittant le médecin et sa cliente, aussi purs l'un que l'autre de tout soupçon, — et en un pareil moment sacré, pendant une consultation !... — qu'elle se fût accusée de cette pensée, odieuse autant que ridicule ; et cela même aurait

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suffi pour qu'elle s'empressât de n'y pas donner suite.

A peine Mme Lesoir eut-elle disparu qu'Irène se sentit absolument à la merci du docteur.

Au point d'impressionnabilité physique et morale où elle était, elle eut l'intuition, sans rien redouter d'extrême, qu'il allait se passer quelque chose, que Gaudias allait profiter du moment de cette heureuse solitude, qu'il allait parler, qu'il parlait déjà... Et dans cette appréhension certaine, elle fixait sur lui, ramassée et farouche, son regard le plus dur, afin de l'arrêter... et il ne disait rien.

Elle attendait, et il continuait de la faire attendre.

Elle en fut tout de suite énervée, et presque déçue. Elle était furieuse qu'il lui retirât l'occasion de le prendre en faute et de lui signifier vertement ses reproches. Il semblait, en efîet, résolu à demeurer muet. Mais, par un de ces miracles incessants de la vie, qui permettent à la nature humaine de s'exprimer en dehors de la parole et même du geste, et grâce au seul magnétisme des regards, Irène entendit, plus clairement encore que tout à l'heure, et comme si elles étaient énoncées à haute voix, les pensées de Gaudias. Ses yeux les révélaient, les articulaient, mieux que ne l'eussent fait peut-être ses belles dents impitoyables, si elles s'étaient desserrées.

— Ah ! çà, disaient-ils, ces yeux, — tandis qu'ils pratiquaient en même temps sur la jeune fille leur enquête médicale, — vous me supposez assez sot pour risquer la maladresse que vous guettiez?

\'ous ne me connaissez pas ! Vous me connaîtrez. C'est même déjà fait. Nous sommes seuls? Eh bien, oui. Après? C'est délicieux. Et aucun danger. Pour vous du moins. Vous avez eu peur cependant. De quoi, millediou? D'apprendre tout à coup de moi l'ivresse où vous m'avez jeté? Mais non! Qu'ai-je besoin des mots, d'ailleurs? Ils me manqueraient. Et s'ils venaient, ils ne suffiraient pas. Je m'en passe. Sans eux vous savez tout ce qui m'agite, tout ce que j'entrevois, tout ce que j'espère et que je veux... Cette volonté, dès à présent, je l'exerce. Et grâce à mon silence habile, à mon savant respect, quoique vous soyez fâchée, vous n'avez rien à dire! Que pourriez-vous dire? Aussi votre humeur passera. Bientôt, demain, vous sourirez. Souriez donc tout de suite, allez ! Et... laissez-vous faire !

Et les yeux répétaient même plus chaudement et plus près : a Laisse-ioi faire... » car ils tutoient, comme les lèvres.

Mais en même temps Gaudias, bon traducteur aussi, Gaudias aux yeux noirs lisait à fond dans les yeux bleus d'Irène, et ceux-ci lui ripostaient :

— Oui, monsieur, c'est vrai, je sais vos pensées car je ne suis pas bête et je les suis avec tranquillité. Sans doute, je n'ai pas le droit de vous montrer jusqu'à quel point elles me blessent, puisque ce droit vous m'en privez par votre hypocrisie ; mais vous non plus vous n'êtes pas dupe de mon silence et vous connaissez les sentiments que votre attitude m'inspire. Je n'éprouve, comme vous le croyez, ni crainte, ni colère, mais de l'antipathie, —

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qui ne passera pas. Je me porte admirablement, mais même si j'étais malade, renoncez, je vous prie, à me donner vos soins. Ce n'est pas avec vous que je pourrais guérir. S'il faut que je vous revoie ici, dans cette maison, je vous sourirai tout de même, mais pas comme vous le voulez. Adieu, et renoncez. Je ne suis pas de celles « qui se laissent faire ».

Comme le charmant visage de la jeune fille aux pudeurs empourprées appuyait avec éclat cette protestation secrète, Gaudias achevait justement son scrupuleux examen. Et il parut, en vérité, qu'il avait tout entendu, et qu'il faisait aussitôt la réponse, car, ayant posé sur Irène un dernier regard chargé de clore et de ramasser l'entretien, il murmura, brave homme, en haussant les épaules : « Enfant ! »

Et Mme Lesoir rentra.

— Etes-vous content de cette petite? demandât-elle au docteur.

— Enchanté, dit-il. Ce n'est rien et dès demain il n'y paraîtra plus.

Valérie ajoutait :

— J'ai été longtemps absente...

— Ma foi, confessait Gaudias, pardonnez-moi, nous ne nous en sommes pas aperçus. Nous n'avons pas cessé de bavarder. Nous sommes déjà très bons amis.

Et il tendait à Irène une large main brune insolemment ouverte.

Il fallut bien, devant Mme Lesoir, que la jeune fille y plaçât la sienne.

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Et lui, la pressant et la secouant, familier, la félicitait ;

— Bonne main ! Brave main ! Pas de fièvre ! Irène lui souriait. |

Elle l'aurait tué.

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