‹ Iréne OletteChapitre 23 sur 37 · COMME IRÈNE A CONFIANCE, ON A CONFIANCE EN ELLE · texte numérisé non relu

COMME IRÈNE A CONFIANCE, ON A CONFIANCE EN ELLE

Depuis ce brusque et providentiel changement irvenu dans son existence, Irène, dès la première jmaine et presque chaque jour, n'avait eu que

des raisons d'être heureuse. Elle avait vu se dissiper, l'une après l'autre, toutes ses craintes. En même temps que s'évanouissaient celles du passé, celles de l'avenir qui en découlaient, s'effaçaient avec la même rapidité.

M. Brocatel, après une enquête sérieuse, avait acquis la certitude de la disparition de Féline. Sa trace était absolument perdue ; et il n'y avait pas lieu d'en concevoir le moindre trouble, car la police affirmait qu'il avait dû quitter Paris et probablement la France. En tout cas, rien ne s'était produit qui pût faire supposer que l'ouvrier russe, n'ayant pas renoncé à Irène, persistât isà-vis d'elle dans ses anciens desseins. Elle commençait donc à se rassurer. Elle se souvenait d'ailleurs l'avoir entendu si souvent parler avec exaltation de son pays, de sa chère Finlande ! « Pourquoi, se disait-elle, n'y serait-il pas retourné, poussé par la tristesse autant que par le dépit? Certainement, c'est ce qu'il avait fait. Cet amour-là guérissait l'autre. »

Par les soins du propriétaire, les affaires d'intérêt d'Irène avaient été aussi débrouillées sans retard. Elle héritait de la tante Fine une somme de huit mille francs placés maintenant à son nom et il était convenu qu'elle reprendrait, le plus tôt possible, son ancien métier. Seulement, il avait paru plus sage qu'elle se rapprochât de l'hôtel Pommelé où elle devait habiter désormais. On allait donc chercher, dans le quartier môme, un autre magasin, ce qui pouvait, avec les travaux d'installation pour l'atelier de reliure, demander environ un mois.

LA NOUVELLE IBÊNE 289

— « D'ici là, congé ! » avait déclaré M. Brocatel.

Ce dernier, qui n'était pas très partisan de l'oisiveté, avait bien émis le vœu qu'au moins la jeune fille, en attendant, s'occupât, sans fatigue, aux ouvrages de tapisseries des demoiselles Dandin, mais Gaudias ayant fait observer a que les poussières qui s'échappaient de ces vieilles laines n'étaient pas excellentes à respirer pour de jeunes poumons qui n'en avaient pas l'habitude », on s'était rendu à la justesse de cette raison.

— Voici bientôt les beaux jours, avait ajouté le docteur. Qu'elle sorte et prenne l'air, le plus qu'elle pourra !

— Si on l'envoyait à la campagne? avait proposé M. Brocatel, contre quoi s'étgdt tout de suite élevé vivement Gaudias.

— Mais non. Elle s'y ennuierait. A une plante de Paris, c'est l'atmosphère et le terrain de Paris qui conviennent le mieux !

Et comme Mme Lesoir, incapable de se séparer quarante-huit heures de Brocatel et dfe l'abbé, n'était pas davantage disposée à se priver, si peu que ce fût, de la jeune fille, au moment même où*^ elle était en train de s'y attacher, on n'avait plus parlé de la campagne.

Une autre question soulevée par Valérie et agitée à huis clos entre elle, le propriétaire, le docteur et l'abbé, avait été celle de décider s'il fallait « laisser Irène sortir seule. »

Mme Lesoir était contre et Gaudias tout à fait pour. Brocatel, perplexe, ne savait pas.

Ce fut Tabbé qui, résolument pour l'affirmative, y rallia Brocatel et sa craintive amie. Il n'eut pas de peine à démontrer que la jeune fille étant toujours sortie seule, il serait ridicule à présent de l'en empêcher à son âge, qu'on n'en avait pas le droit, et que d'ailleurs, l'eût-on, ce droit, Valérie était hors . d'état, pratiquement, de l'exercer.

— Puisqu'elle a confiance en nous, déclara-t-il, ayons confiance en elle. Et il conclut : « Je crois m'y connaître, eh bien ! je tiens que cette enfant se ferait tuer plutôt que de se laisser tomber ! »

— J'en suis sûr aussi, dit Gaudias.

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