‹ Iréne OletteChapitre 24 sur 37 · AU MUSÉE DU LOUVRE · texte numérisé non relu

AU MUSÉE DU LOUVRE

Grande joie pour Irène. M. Pootius, tout à l'heure, allait la conduire au musée du Louvre.

Ayant entendu Mme Lesoir et M. Brocatel chercher comment, les après-midi, on pourrait bien distraire la jeune fille, il s'était offert pour l'emmener de temps en temps quand il allait travailler. La proposition du vieil artiste avait été tout de suite accueillie. A qui de plus respectable et de plus sûr aurait-on pu confier Irène?

Elle était donc, ce jour-là, qui était un mercredi, sortie de l'hôtel Pommelé, toute légère, aux côtés de M. Guillaume. Il avait comme de coutume son feutre « Ronde de nuit », sa rotonde agrafée par

deux coquilles d'argent et son gros parapluie violet « semaine sainte », cadeau de la révérende mère supérieure des dames de Saint-Maur.

Irène n'avait plus ses longs voiles.

Elle portait à présent, sur le conseil de Valérie, un petit costume noir qui, tout en étant « deuil », lui rendait la liberté de ses mouvements et n'attirait pas l'attention comme les aunes de crêpe au milieu desquelles éclataient à \dngt pas et flambaient ses cheveux d'or.

En la voyant davantage on la remarquait moins.

Tandis qu'après le déjeuner, vers les deux heures, ils descendaient la rue du Bac, elle et Pootius, celui-ci, déjà fiévreux, lui parlait à petites phrases, courtes comme ses enjambées :

— Le Louvre ! Ah ! mon enfant ! Vous doutezvous? C'est à en trembler d'amour !

— Connais ! piquait-elle. J'y suis allée, mais il y a longtemps !

— Vous ne le connaissez pas ! Qui le connaît d'aijleurs? Dieu seul. Mais ici-bas, personne ! Et Hobbema?

— Qu'est-ce que c'est?

A cette question, il s'était affligé :

— Une encore ! — je le craignais, — qui a pu vivre jusqu'ici sans soupçonner ce peintre incomparable ! Qu'est-ce qu'on leur enseigne? Eh! bien, moi, je vous l'apprendrai.

Et sûr de lui, de son texte, il commençait aussitôt :

— Ce qui m'émeut d'abord en ce génie, c'est

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le mystèpe qui l'enveloppe. Où naquit-il? Où a-t-il vécu? Quelle est Tépoque de sa mort? Après l'avoir ignoré, des siècles durant, on croit aujourd'hui le savoir; mais était-il blond? ou brun? triste ou gai? riche ou pauvre? Et son visage? Ses yeux? Comment était-il fait? Ténèbres ! Le tombeau. Pas un portrait. Pas un dessin de famille. A la bonne heure ! Voilà un grand homme ! Il ne livre que son œuvre et rien de sa personne

Irène, amusée, l'écoutait.

On était ainsi vite arrivés. On avait traversé le majestueux Carrousel, franchi des porches monumentaux, monté des escaliers de piepe tout droits comme dans les tragédies, et si profonds qu'ils avaient l'air de se rétrécir par en haut, et l'on était entré, en poussant des portes à tambour qui préparent au respect, dans le temple de l'art et des chefs-d'œuvre éternels.

Palette au pouce, — une palette aussi grande qu'un des boucliers de rEnlèçement des Sabines, — et bien installé maintenant sur le plateau d'un tabouret escarpé, à la place qu'il occupait depuis tant d'années, M. Pootius, pour la cinquantième fois peut-être, copiait le Moulin à eau. IJ avait exprès disposé sa toile sur son chevalet, de telle sorte que lui seul avait la vue de l'original. Aucun des visiteurs ne pouvait en approcher. De quelque côté qu'on l'essayât, on était forcé d'y renoncer. Rien que son feutre, dont il restait coiffé, bouchait déjà trois tableanx de la cimaise, et 1 appui-main s'allongeait tout à coup dans ses doigts pour menacer Jes yeux imprudents qui s'avançaient trop

près. Il n'en avait pas moins toujours dans son dos un petit public retenu par son aspect, ses façons et son langage aussi, car, sans interrompre son travail, il parlait tout haut, pour lui et pour la galerie. Tel le charmeur d'oiseaux des jardins qui parle surtout pour ces autres moineaux apprivoisés que sont les passants.

Ce qui faisait la bizarre saveur des monologues de Pootius, c'est qu'ils se composaient d'un tas de phrases décousues se succédant sans ordre ni le moindre rapport entre elles et proférées sur le même ton. Au fur et à mesure que son esprit lui fournissait une pensée nouvelle, il y répondait aussitôt, quittant la précédente, et passait à une autre.

Par exemple, on l'entendait dire à la file des choses de ce genre : « Il habitait certainement la province de Groningue. — Le jour est parfait. — Des lunettes? Le malheur, c'est qu'oè s'y habitue.

— Il faudrait que ce fût payant. — Marié? Pas si bête !... — Ai-je besoin d'un atelief, puisque j'ai celui-ci? — C'est un lyrique du soleil ! — On devrait fermer à six heures. — Je suis fier qu'on me l'ait confiée ! — Quelle « Madeleine au désert » ça ferait ! — Oh ! ces tableaux dans mon pays... voilés d'un rideau vert, qu'un gardien tire lentement ?..^

— Écartez-vous ! messieurs et dames ! »

Aussi, pour les étrangers qui ne pouvaient pas discerner entre ces propos incohérents ceux qui s'appliquaient à Hobbema, à Pootius lui-même et à sa vue commençant à baisser, au règlement du Musée, à Irène Olette... à la température, etc.,

le bonhomme, avec son chapeau pointu et sa rotonde enveloppant le tabouret comme la chape d'un chantre, faisait l'effet d'un fou carabiné.

En le désignant à son voisin, plus d'un, ce jourlà, comme tous ceux qui le remarquaient et l'écoutaient pour la première fois, se touchait le front de l'index ; et un soldat s'éloignait, expUquant à sa bonne amie « que c^était ça qu'on appelait des i^entriloques, »

Au bout de dix minutes de Moulin à eau, Irène avait déclaré gentiment à Pootius :

— Je vais me promener un peu.

— Pas dehors?

— Mais non. Dans la maison.

— Pas trop loin tout de même. Elle est si grande, la maison ! Vous vous y perdriez ! C'est ainsi qu'Hubert- Robert a failli dans les cata...

— N'ayez pas peur, monsieur Guillaume.

Elle était déjà en route à travers les pays fabuleux et féeriques de la peinture...

Emportée d'une aube à un couchant, s'engouffrant dans une forêt, suivant un sentier, rêvant sur un lac et se roulant sur tous les verts et nageant dans tous les bleus, visitant tous les pays, contemplant tous les ciels... poursuivant tous les papillons de la couleur et des reflets, penchée sur un panier de fruits, respirant un bouquet de roses, prise par l'Enfant Jésus et détournée par Apollon, passant de Vénus qu'on admire au Crucifié qu'on adore, elle allait, dilatée, frémissante, au hasard de ses yeux éblouis par les images qui l'enchantaient.

Elle avait fait cent pas environ, quand elle

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se trouva tout à coup en face de quelqu'un qui, écartant les bras, s'écriait :

— C'est vous ! c'est vous "!

Surprise, elle s'était arrêtée.

Elle avait devant elle, un jeune homme, de vingtcinq à trente ans, vêtu d'un complet pain d'épice et cravaté d'une « régate « azur.

Tenant à la main son chapeau, un tyrolien vert orné d'une petite plume de paon, il contemplait éperdument la jeune fille, et celle-ci de son côté le regardait, le scrutait. Où avait-elle vu ces yeux hardis et pesants, cette courte moustache appliquée sur une lèvre forte et rouge, et ces cheveux luisants en lourde calotte? Elle avait parlé à ce visage. En l'observant, elle en retrouvait la voix. Mais où et quand était-ce?

Et soudain elle se rappela : Le garçon du café... où elle et Mme Lesoir étaient entrées, boulevard des BatignoUes, le jour de leur fameuse rencontre !

Au même instant d'ailleurs, il se nommait :

— Mon petit nom : Isidore, et mon grand, Panteau. Et les deux pour vous servir, comme à la Sortie des Bains, Y êtes-vous?

— J'y suis, dit-elle. Au premier moment... Il rit :

— Ah î dame ! c'est le tabher qui nous classe, et puis l'escarpin, la tête nue... et puis le local ! Moimême, une fois que je suis dehors en ville, avec mon Tyrol et des bottines, je ne me reconnais plus dans la glace. Je me fais l'effet d'un consommateur... Ainsi, ça n'a rien d'étonnant que tout de suite, vous ne m'ayez pas sauté au cou. Mais moi.

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je VOUS aurais remise d'ici Bordeaux à travers vos machins noirs.

Elle dit mélancolique :

— Je ne les ai plus.

— Ça ne fait rien, répliqua-t-iL Avec ou sans, je vous aurais reconnue, parce que je vous avais tout le temps dans mon idée...

Et en prononçant ces mots, il balançait sa main de son front à sa poitrine, sans oser cependant montrer encore la place du cœur, car il pensait qu'il ne faut pas aller trop vite.

Il avait l'air si content qu'Irène ne put s'empêcher d'y être sensible,

— Et comment êtes- vous là? lui demandait-il. Pour la peinture? Vous gobez?

— Mais oui.

— Et vous êtes seule?

— Avec un monsieur.

Les sourcils de Panteau se rejoignirent sur son front carré, en même temps que pointaient ses oreilles.

— Un monsieur? Et quelle espèce de..,?

— Un artiste, un homme qui depuis des années copie...

Panteau s'exclama :

— Je le possède ! Un type en mie de pain ! Un mousquetaire du Bon Dieu... qu'a un chapeau comme dans les pièces de théâtre et un manteau à sous-pieds?

Irène était gagnée par la gaieté.

— Oui.

— Avec un nom d'Oremus?

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— Pootius,

— C'est ça ! C'est lui !

— Et comment le comiai8sez-vou&?

— Un petit service que je lui ai rendu (et il lui dit lequel). 11 m'avait donné sa carte, et je pourrai» même dire sa pancarte, en m'invitant à le venir voir ici jouer du blaireau le mercredi ou le vendredi. Aujourd'hui, je prends donc congé, j'envoie promener les serviettes, je me rue dans cet Elysée de palais, qui n'en finit pas.*, et qu'est-ce que je trouve dans le tas des chefs-d'œuvre et qui les bouscule tous? Vous !

Irène écartait le compliment.

— Ainsi vous n'avez pas encore vu M. Pootius?

— J'arrive.

— Allons le voir.

— Plus tard. Pendant que je vous tiens, je vous garde. Ah ! je croyais vraiment vous avoir perdue ! Et j'en étais chagrin! Et j'en étais malade! Et puis vous voilà ! toute fraîche et jolie ! comme une miniature !

Il soupirait gros. Irène tournait la tète.

— Si vous saviez? pom^uiv ait-il. Voulez- vous savoir?

— Aucune envie, fit la petite* Je regarde les tableaux.

Alors, lui, rageur :

— Ils m'assomment, vos tableaux, vous enten^ dez? Et ça n'est pas pour eux que j'ai couru en venant.

— Pour qui donc?

— Pour vous !

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— Mais non. Comment pouviez-vous deviner que je serais ici?

— Je ne m'y attendais pas, bien sûr! Mais je comptais travailler le père Pootius pour tâcher d'apprendre de lui qui vous êtes et où vous demeuriez.

— Qu'est-ce qui vous faisait supposer qu'il pouvait vous le dire?

— Parce que je l'ai vu sortir d'une maison où habite un personnage, ami de votre maman.

— De ma mère?

— Oui.

— Et qui donc?

— M. Brocatel. Vous le connaissez ?

— Peut-être?

— Moi aussi.

— Et comment le connaissez-vous?

— Je voulais. J'avais besoin. Alors, j'ai été chez lui le saluer.

— Il y a longtemps?

— Je crois bien : trois semaines ! Le lendemain du jour où vous êtes venue dîner... Quand vous êtes entrée au café, j'ai senti que vous me preniez pour la vie... Aussi quand vous avez été partie, j'avais le cœur éteint. Je me disais : « C'est fini ! Je ne la reverrai plus jamais ! » Heureusement, il m'est arrivé une de ces chances !... comme il n'en arrive qu'aux amoureux et dans les contes...

— Laquelle? interrogeaient les yeux d'Irène muette.

Alors il lui dit l'histoire du porte-monnaie trouvé, le papier qu'il contenait et ce qu'il y avait

d'écrit dessus, et comment, — entre les deux noms indiqués de l'abbé Chamaille et de Brocatel, ayant choisi ce dernier, — il s'était présenté chez lui dès le lendemain matin.

I — C'était vous qui regardiez en l'air dans la cour? ne put s'empêcher de s'écrier Irène.

— Eh ! oui ! Vous demeurez donc là? Je l'aurais parié ! Ainsi vous m'avez vu? En effet, je braquais partout, je vous cherchais. « Si elle était derrière une de ces fenêtres? »

— Et j'y étais, en haut, aux mansardes.

— Et vous ne vous êtes pas penchée?... Oh ! vous êtes en pierre.

— A peine ai-je eu le temps de vous entrevoir, même pas de vous deviner... vous aviez disparu...

— Je ne voulais pas me faire remarquer, ni vous compromettre... Surtout que vous avez une portière...

Il fit la grimace.

— Mme Précipice, dit en riant Irène.

— Bah ! C'est son nom? Eh bien ! qu'elle y tombe ! Ah ! la mignonne !

— Mais, continuait Irène intriguée, (Ju'est-ce que vous avez bien pu dire à M. Brocatel? Il vous a reçu?

— S'il m'a reçu ! Et pas sur le palier, dans son bureau de cuir, oui, comme une visite. Seulement, quand je lui ai demandé l'adresse de votre mère, afin que j'aille lui reporter son porte-monnaie, il me l'a refusée. Comprenez-vous ça?... J'ai dû lui laisser le bibelot pour qu'il le remette lui-même. Vous pensez si je colérais? C'était votre adresse

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que je voulais, moi. Rien que çaî Parce que le porte-moûnaie...

Elle prit un air doucement grondeur :

— Alors, vous ne l'auriez pas rapporté, si maman avait été seule au café?

Il hocha la tête en signe de doute. Et puis, avec fermeté :

— Si, tout de même, parce que ça n'était pas du bien dé riche... et que ça appartenait à des gens de mon monde, à des travailleurs, à des pauvres... Ceux-là, je les aime. Mieux que de les aimer, je les estime. Mais les riches ! Ah î non ! — il serrait les poings et crispait sa mâchoire. — Aussi, que je trouve demain vingt mille francs, n'importe où, par terre... ou dans un matelas... et puis vous verrez si Panteau se dérange?

Bile haussait les épauks avec incrédulité. Il dit alors, comme quelqu'un qui entrevoit une combinaison :

— Tout ce que je pourrais faire en ce cas-là, ce serait...

— Quoi donc?

— De vous les donner.

■— Eh bien ! c'est ça, dit-elle, entrant pour rire dans son jeu. La prochaine fois que vous ramasserez^..-.

^-^ Entendu !

l\ était redevenu très gentil.

— ' Et maintenant, puisque je sais votre domicAe, dites-moi la suite : qui vous êtes. Votre vrai âge, les petits noms... ce que Vous faites, vos désirs, vos projets de bonheur et le papier de votre

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chambre... si vous dînez tous les jours, si vous dormez bien et sur quel côté... pourquoi vous n'aviez qu'un franc l'autre soir et puis qu'aujourd'hui vous n'êtes pas morte de faim et que j^ vous retrouve ici, vêtue chic anglais comme une gouvernante, en compagnie du bonhomme toc^oe? Allez! Racontez! J'en peux plus!

Tandis qu'Isidore la pressait ainsi de questions, Irène réfléchissait, et son visage avait peu a peu pris de la sévérité. Quand il eut fini, elle lui dit :

— Écoutez, monsieur, je veux bien vous ren* seigner un peu...

Il se rapprochait déjà pour la remercier; elle le retint.

— Oh ! ça n'est pas pour ce que vous croyez. Non. Le sentiment n'y est pour rien. Moi, je ne

, m'enflamme pas comme une paille.

! Il objecta, logique :

— Alors, pourquoi me répondez-vous et ne me f remballez-vous pas ?

Elle rougit, et puis d'une voix franche :

— C'est par reconnaissance.

— De quoi donc?

— De votre bonté, l'autre jour.

Ce fut à lui de rougir, à peine et de mauvais gré:

— Comprends pas !

— Naturellement. Mais moi, maman et moi, nous avons bien compris.

Il fit l'ignorant.

— Des rébus. Enfin, causez.

— Je le ferai, mais pas aujourd'hui.

Il sursauta.

— Pourquoi?

— Parce que je n'ai pas le temps et qu'il faut que j'aille auprès de M. Guillaume.

— Moi aussi, approuva-t-il. Nous irons tous les deux, mais tout à l'heure.

— Non. Justement, je vous demande, à vous, de n'y pas aller.

Il s'étonnait. Elle s'expliqua :

— Je ne veux pas qu'il nous voie ensemble et qu'il sache que nous nous connaissons.

— Mais il m'a invité à l'admirer peindre !

— Vous irez seul, une autre fois. Ou ce que je préférerais... ça serait que vous n'y alliez pas du tout !

— Oh!

— Qu'est-ce que ça vous fait? Vous ne tenez pas à ce bonhomme? Alors? Vous pouvez bien me le sacrifier?

Il avait des yeux ébahis. Il dit enfin :

— Ça va ! Je le lâche ! et je vous jure de ne pas le revoir. Je me conduis là avec lui comme un torchon. Mais vous le voulez? C'est dit. Et après? Quoi encore pendant que je suis en veine?

— Vous jurez de ne pas me suivre, ni m'aborder dans la rue? de ne pas rôder dans le quartier?... encore moins devant ma maison? de ne pas m'écrire, ni rien faire qui puisse me causer d'ennuis?

— Je le jure, sur vous. Commandez... Tout aussitôt, je vous quitte et je retourne au pays des bocks.

— Bien,

— Mais alors, comment se revoit-on? Où? Et quand? En fait de bons endroits, je n'en connais que de deux genres : les gares et les églises...

— Pas les églises !... Pas pour ça !

— Restent donc les gares. Laquelle?

— Aucune, dit Irène avec un . air malin. Où - aller? Mais ici î Au Musée !

— Ici?

— Sans doute. C'est superbe et commode.

— Immense, en effet. Et puis « élégant ».

— C'est couvert.

— C'est chauffé.

— On peut causer.

— S'asseoir. Vous avez raison. Y a pas mieux. Mais Pootius? qui vient tous les jours?... Vous ne craignez pas?... Moi, ça m'est égal... C'est pour vous...

— Aucun danger. Il est à la salle 7, une petite salle d'où on ne peut rien voir au dehors, et d'ailleurs, il n'en bouge pas.

— Parfait. Alors quand?

Les yeux levés, elle réfléchit et décida :

— Après-demain, vendredi, trois heures.

— Ici même?

— Non, plus loin. Salle des Sept-Cheminées, devant le Radeau de la Méduse.

— Connais ! par Rubens. A revoir donc ! A vendredi ! La vie s'annonce ! Allons !

Il tendit la main à Irène et elle avança la sienne mais il ne fit qu'y toucher timidement, du bout des doigts. Il paraissait assez ému. Et pour cacher

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son trouble, il partit, gouaillant : a Voilà ! Voilà ! » comme il avait l'habitude quand on l'appelait dans le service.

Au bout de vingt pas, il se retourna, brandissant en vain son « Tyrol », car Irène avait rejoint Pootius.

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