‹ Iréne OletteChapitre 34 sur 37 · OÙ · texte numérisé non relu

OÙ

— En Amérique, dans l'Oklahoma où il a une terre de deux cent quarante-quatre hectares ! vous entendez? cent têtes de bétail, soixante-quinze porcs, sept chevaux de travail et cinq poulains, tout ça vivant sur la ferme, dont quatre-vingtquatre hectares en culture ! C'est magnifique.

Il avait récité ces chiffres d'un trait, gonflé par l'orgueil.

— Mais comment savez-vous tout ça? demanda la veuve.

— Inouï ! Jean a là-bas, parmi ses voisins d'élevage, un ancien garçon coiffeur, Paul Retrousseau, qui m'accommodait autrefois à Paris et que j'ai obligé. Ils sont devenus amis et mon ûls, un jour, lui a raconté son histoire et notre rupture, tout... L'autre, brave homme, mais malin, la première fois que Jean lui avait dit son nom, s'était abstenu déjà, — flairant un drame de famille, — de lui apprendre qu'il me connaissait. Il ne broncha pas davantage quand il sut ce qui s'était passé. Mais, après des années, devinant peut-être ma peine, il a eu l'idée touchante, autant par reconnaissance de ce que j'ai fait autrefois pour lui que par affection pour mon fils, d'essayer de nous réconcilier. Alors, sans en rien dire à Jean, il m'a écrit. C'est un complot.

— Votre fils n'y consent donc pas? interrogea l'abbé.

— Lui? s'écria Brocatel avec une gaîté terrible, il a dit « qu'il aimerait mieux crever sous la corne d'un buffle plutôt que de me revoir ! » Allons donc !

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je l'en défie ! Et puis, à présent que je le tiens, je ne le lâche pas ! « Nous nous embrasserons, mon bonhomme ! quand je devrais aller te chercher dans rOklahoma ! » Voilà pourquoi je ris.

— Le chemin... murmurait l'abbé.

Mme Lesoir avait une larme au bout d'un cil.

— ... Et du premier coup, tous les deux, admirait le propriétaire, vous avez deviné !

— Sans doute, dit l'abbé en montrant Valérie, elle, la mère, parce qu'elle a eu des enfants.

— Mais lui, le prêtre, alors? dit Brocatel. Le prêtre répondit :

— Parce qu'il n'en a pas.

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