CHAPITRE VII
—————— Elle ne cesse point de pleurer pendant la nuit, et ses joues sont trempées de larmes. De tous ceux qui l’aimaient, il n’y en a pas un seul qui la console; tous ses amis l'ont traitée avec perfidie, et sont devenus ses ennemis.
L'AMENTATIONS DE JÉRÉMIE.
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À le châtelain avait été sujet à une maladie dont les accès ne s'étaient plus renouvelés depuis son enfance ÿ
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(! 1880) mais en se voyant privé de la femme qu'il adorait, et pour laquelle il avait fait tant de sacrifices pénibles, les angoisses de l'amour et du remords lui causérent une sensation si affreuse, qu’il enéprouva une nouvelle attaque. La violence en fut proportionnée à la force qu’avaient acquise les organes qui la manifestèrent au dehors, et à lPactivité du centre nerveux qui les excitait.
Ce mala dessymptômes si effrayans, que la superstition l’a toujours attribué à des causes surnaturelles. En effet, à voir l’épileptique se rouler sur la terre, frapper l'air d’une main convulsive, ne croirait-on pas qu’il lutte contre un ennemi invisible qui absorbe son ame toute entière, et ne l’abandonne qu'après lavoir
( 184 ) accablé d’une puissance terrible ?
Tour à tour objets de vénération ou d'horreur, selon les idées des temps et des peuples, ces êtres infortunés excitèrent toujours une sorte de terreur religieuse : soit lorsque les anciens, à qui ils rappelaient la pythonisse de Delphes et les prêtres de Trophonius, les regardèrent comme des être privilégiés avec lesquels les dieux communiquaient quelquefois ; soit lorsque , une religion plus sévère ayant succédé aux brillantes fictions du paganisme , les chrétiens s’imaginèrent que les épileptiques étaient possédés du démon, et, par le plus déplorable abus du fanatisme et de l’ignorance , les condamnérent à périr dans les flammes... Ah! si Mirza
( 185 ) avait pu être témoin de Pétat du châtelain ; si elle avait pu, sans effroi , presser sa main glacée , contempler son front livide , ses lèvres décolorées et souillées d’une écume blanchâtre , ses yeux roulant dans lenrs orbites, ou devenant soudain fixes et cadavéreux, sans doute elle aurait eu pitié de sa misère, et se serait repentie d’avoir sacrifié l’amour à l'instinct de la liberté. Mais quoiqu’ellene connûüt point la peine que son amant avait ressentie, elle ne tarda pas à le regretter , et se repentit d’avoir quitté le château de la Lausa, même avant que le temps et la réflexion luieussent appris quels étaient les desseins de Migès.
Dans les premiers temps de son séjour à Orthus , elle fut traitée
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( 186 } avec tous les égards qu'elle devait attendre. Ce n’est pas que le vicomte fût touché de la preuve de confiance qu’elle lui avait donnée cn agréant ses offres, ou que lamOur, qui s’augmentait chaque jour dans son cœur , eût affaibli les scrupules de sa conscience ; mais, se croyant sûr de pouvoir forcer Mirza à abjurer le mahométisme si elle tardait trop à s’y décider, il voulait essayer d’abord les voies de la douceur et de la persuasion.
La première fois qu'il se hasarda à lui faire connaître ses desirs, il vanta la religion chrétienne comme la seule émanée de Dieu, la seule dans laquelle il fût possible de mériter le bonheur suprême, et de pratiquer Ja vertu. « Eh quoi!
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( 187 ) lui répondit Mirza avec un étonnement mêlé de douleur, si votre religion est la seule véritable, n'est-ce pas l’outrager que d’allier des idées de partialité et d’injustice a celles de la divinité qu’elle reconnaît? Tous les hommes ne sontils pas frères; et Dieu ne peut-il pas avoir mille moyens de se faire connaître à ses enfans ou de les appeler à lui? Dans quelque lan-.
gage et dans quelque lieu qu'ils le prient, n’est-ce pas lui que reconnaissent, n'est-ce pas sa toutepuissance que proclament le malheureux qui l’invoque, lheureux qui le remercie et le coupable qui le craint? Ah! continua-telle en levant les yeux au ciel, ma mère n'était pas de la même religion que Taher-Ali; née
( 188 ) € sur les bords de la mer d’Aral, elle « fut élevée dans le culte arménien ; «€ mais sans doute elle est maintenant «réunie à son époux, et tous deux « goûtent en paix les félicités céles- « tes! Quelle que fût la différence de « leur croyance, la religion de leur « Cœur était la vraie religion de & Dieu : j'en atteste les vertus dont ils mont donné l’exemple....., »
Prononcés par tout autre que Mirza, de pareils argumens n’auraient pas embarrassé l'esprit de Miges. Mais la fille de Taher-Ali avait tant de candeur; ses gestes, sa voix,'tout en elle avait un tel accent d’innocence et de conviction, que le vicomte baiïssa les yeux et s’éloigna d'elle avec respect, comme s’il avait été subjugué par un pouvoir surns-
turel. Quand la réflexion eut dissipé ce trouble momentané, il comprit que désormais, au lieu de s'engager dans une discussion de dogmes défendue par l’esprit de sa religion, et même dans laquelle Mirza aurait toujours l’avantage sur lui par l’éloquence que donne la vertu et une sensibilité épurée par le malheur, il devait se borner à lui faire sentir que, si le changement de religion était opposé à sa conscience, il pouvait être nécessité par ses intérêts.
Cependant il commença à craindre que cette explication ne donnûât à Mirza le desir de se séparer de lui.
La défiance est la première et la plus longue punition du trompeur. La position d’Orthus Île dispensait d'exercer aucune surveillance sur la
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( 190 ) femme qu'il aimait, tant qu’elle demeurait dans le château ; etiltrouvait toujours, dans la politesse ou dans le soin de sa sûreté personnelle, des prétextes pour l’accompagner lorsqu'elle allait se promener dans les bois du voisinage. Un soir qu'oublant les heures en cherchant à lui faire connaître son amour, il s'était écarté du château un peu plus que de coutume, Mirza, qui était demeurée rêveuse et qui avait été plus occupée de ses souvenirs que des paroles du vicomte, fut surprise de le voir s’interrompre tout-à-coup et s'arrêter derrière une touffe d’arbustes, d’où il observa d’un'air inquiet. Près de là quelques cavaliers avaient mis pied à terre , et condui:
saient leurs chevaux par les rênes,
(191) pour traverser avec moins de péril un étroit défilé qui séparait les crêtes sauvages de deux rochers. Dès qu’il les eût perdus de vue, il se rapprocha de Mirza , et lui dit à voix basse que la prudence exigeait qu’ils regagnassent le château en toute hâte.
Ce ne fut qu’apres y être arrivé qu’il reprit la parole en ces termes: « Si « le danger auquel nous venons d’é- « chapper n’eût menacé que moi « seul, je l’aurais bravé sans crain- «te, et je vous aurais épargné la « douleur de le connaître! En vous « offrant un asile dans mon château, «je Savais que j'y serais exposé.
«€ Par malheur, nous ne pouvons es- « pérer de nous y dérober toujours...
& Les cavaliers que nous avons ren- « contrés étaient des soldats de
(192) L « Trincavel; si le seigneur de Montf « pellier venait à être informé de FE « voire présence dans ces lieux, je « serais puni pour vous avoir sous- «trait à sa surveillance, et peut-être « vous ferait-il renfermer dans une « étroite prison. — Oh ! ciel, s’écria « Mirza, votre générosité me touche « mais je n’en dois pas abuser ! Si j'ai « pu accepter lhospitalité quand € Jignorais à quel prix vous ache- « tiez le droit de l’exercer, je ne le « dois plus, maintenant queje lecon- « nais! Laissez-moi vous quitter, « Migès! Quelque sort que puisse me « faire éprouver Trincavel, c’est a lui « que je vais me rendre... » Miges rouÿit, etsereprocha intérieurement d’avoir affligé Mirza par la légereté avec laquelle il venait de s’expli-
quer. À quelque degré de corruption qu’un homme soit parvenu, s’il peut encore sentir l'amour, un regard de la femme qu'il aime est capable de réveiller dans son cœur quelques sentimens vertueux. € Arrêtez, dit-il « avec vivacité; si je fus assez heu- « reux pour vous rendre un service, « je nai pas entendu vous le repro- « cher ni m’en repentir! Ce serait «une lâcheté de condescendre au « desir que vous avez exprimé. Ah!
« malgré nos craintes, le présent . Gest pas assez malheureux pour « que vous deviez le sacrifier à un « avenirincertain.—Pardonnez-moi, « reprit doucement Mirza; ce moyen « terminerait mes incertitudes et les.
« vôtres : vous n’auriez plus rien « à redouter quand je serais loin de
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vous; et une fois livrée au seigneur
< de Montpellier, je serai bien sûre
que le premier changement qui surviendra dans mon sort sera d’étre rendue à ma famille et à la liberté. — S'il doit arriver bientôt, vous l’attendrez ici plus patiemment; car, avec de la prudence, nous pouvons encore dérober long-temps à Trincavel le secret de votre retraite. S'il devait tarder beaucoup , comment supporteriez-
«vous le double tourment de la
solitude et d'une rigoureuse captivité? Queserait-ce( la seule pensée m'en fait frémir) s'il ne devait jamais arriver?— O mon Dieu, que me faites-vous entrevoir ! Etait-ce donc la que devaient se réduire les espérances dont vous me flat-
(195 ) « tiez dans la maison de Taher-Ali?— « Hélas! une réflexion me fait crain- « dre maintenant qu'elles ne soient « plus que des illusions trompeuses !
« Depuis un an que dure la guerre, « le calife n’ignore pas que l’on vous « retient en otage; hé bien! quelles « démarches a-t-il faites pour vous «ravoir; que dis-je? pour adoucir « votre sort? A-t-il eu recours à la « force ? a-t-il employé les traités?
« Aucun de ses vaisseaux ne s’est « approché de nos côtes; aucune né- « gociation n’a été entamée à la cour « du roi de Majorque ou dans celle « de Trincavel. Ben-Aben met tant « d’obstination à repousser toutes &« les propositions des chrétiens; il « soutient la guerre avec tant d’a- « charnement, qu’il est impossible
(196 ) « d’entrevoir le moment où notre « roi pourra consentir à faire cesser « votre captivité. »
Mirza n'avait pu retenir ses larmes en écoutant.les parolesde Migès. « Hé «quoi! s’écriait-elle en sanglottant , «se pourrait-il que Ben-Aben vou- «Iùût m’abandonner sur cette terre « d’exil?... Kellamar n'est donc pas « auprès de lui pour lui parler de sa « sœur et de la tendre amitié qu’elle « sentit toujours pour le frère de « Taher-Ali ? L’indifférence de Ben- « Aben serait mille fois plus cruelle «pour mon cœur, que tous les tour- «mens que j’endure depuis qu'un « destin funeste obligea mon père à « s'éloigner de Grenade. — Votre «sort est à plaindre, reprit le vicomte en essuyant une larme gé-
(197) « néreuse! Pourtant il suffirait d’un « effort sur vous-même pour l’amé- « liorer promptement. Seriez-vous as- « sezennemie de votre bonheur pour « le sacrifier à des parensquivousou- « blient, à une patrie que vous con- « naïssez à peine? Issue d’une fa- « mille de rois, vous trouverez ici « un rang et des hommages dignes « de votre naissance..... Vous n’y « avez plus de parens : l'alliance et « la tendresse d’un étranger ne sau- « raïient -elles donc vous les rendre ?
« Vous êtes privée de patrie: une «autre ouvre son sein pour vous « recevoir. ... Embrassez le christia- « nisme, Mirza, et vous assurez va- « tre salut dans le ciel et voire re- « pos sur. la terre. Abjurez la reli- « gion et la parenté de Ben-Aben- Seif-Allah, et demain je vous pré-
(198 ) « sente dans le monde avec le titre «de nièce du duc d'Aquitaine et « d’épouse du vicomte Migès. »
Malgré les ménagemens avec lesquels cette proposition avait été amenée, elle augmenta l’affliction de Mirza, et fit couler ses pleurs avec plus d’abondance. Dans la simplicité de son ame, elle pensait à la prière qu’elle avait prononcée sur le seuil de la maison de son père. Cependant ce n’était ni l’idée de renoncer pour toujours à sa patrie et à sa religion, ni la crainte de manquer de respect pour la mémoire de Taher-Ali et pour l'amitié de Kellamar, qui lui faisait éprouver de si amères douleurs. L’aveu qu’elle venait d’entendre lui rappelait l'amour qu’elle avait inspiré au châtelain de la Lausa :
elle laimait à son insçu, mais jamais
(159 ) elle ne l'avait tant aimé! La tendresse qu’elle evait éprouvée pour lui s’augmenta de toute la répugnance qu’elle se sentait pour les offres du vicomte. Migès, qui était trop ému pour penser à ces motifs, s'était attendu à voir éclater la douleur de Mirza. Il essaya de la consoler en lui adressant encore quelques paroles pleines de douceur. Ensuite, s'apercevant que la nuit était déja avancée, il lPengagea à se retirer dans son appartement pour chercher dans le sommeil le soulagement de ses maux, et dans le calme de la réflexion la force de se résoudre au parti qui devait les faire cesser pour toujours.
Avec tous les avantages qu'il lui avait offerts , il pensait que quelques
{ 200 ) jours sufliraient pour la décider.
L'espoir s'était introduit dans son cœur avec les sentimens généreux que le spectacle des vertus et des malheurs de Mirza y avait fait naître un moment. Éclairé tout-à-coup sur ce que ses premières démarches avaient d’injuste et de criminel, il s’attachait avidement à la seule idée qui pût les légitimer , et lui permettre de concilier ses affections avec les devoirs qu’il avait si long-temps méconnus. Il ne fallait pas moins que l’amour pour amener en lui un changement si brusque et si peu d'accord avec le reste de ses actions.
Cette passion semblait avoir pris la place de celle qui jusque-là s’était montrée la plus forte, et qui, dans les troubles qui agitaient l’Occitanie,
( 201 ) avait donné à son caractere une obstination énergique et féroce. Mais le fanatisme n’était qu’assoupi par les transports de l’amour; il ne fallait pour le réveiller qu’une résistance un peu active à ses desirs, ou lin- - fluence d’un mauvais conseiller. Par malheur les circonstances lui firent rencontrer l’une et l’autre.
Sur le sommet de la montagne qui s'élève en face du château d'Orthus, était une chapelle abandounée et tombant en ruines. Elle fut entiérement détruite dans les premières irruptions des religionnaires.
L’outrage dont ce lieu avait été l’objet le signala à la piété des fideles. Dans leur zèle superstitieux ils s’imaginerent qu'il avait acquis à leurs hommages les mêmes droits
( 202 ) que les martyrs victimes de leur attachement à la foi. Aussi l’on prolita des premiers momens que donra la victoire, pour le relever et l'inaugurer avec toute la pompe que permet le rit de l’église romaine.
En mémoire de cet événement l’on institua une cérémonie à laquelle le peuple et les prêtres de tous les villages voisins se rendaient chaque année en procession. Cette fête se cé- Iébrait au commencement de l’automne, et ce fut peu de jours après avoir fait connaître ses intentions à Mirza , que le vicomte Migès reçut l’invitation de s’y rendre.
Pendant trois nuits de suite, des feux allumés sur le sommet de la montagne avaient annoncé l’approche de la solennité aux habitans
(:203}) de toutes les campagnes environnantes. Sur la fin de la dernière nuit la cloche de la chapelle sonna, et ses tintemens furent répétés par les échos, jusqu’à ce que le s0oleil, sortant avec majesté du sein de la mer, vint éclairer de ses premiers rayons les crêtes grisätres des rochers qui s’élevaient du milieu des touffes d’yeuses, et les pierres sculptées de la façade orientale de la chapelle. Les villageois, avertis par ce signal, s'étaient parés de leurs plus beaux habits, et suivaient les prêtres de leur paroisse en chantant les hymnes sacrés de la festivité. L’air était calme, le ciel pur.
et azuré; et au moment où Miges arrivant à la chapelle porta ses regards autour de lui, il sentit les
( 204 ) premières émotions de cette exaltation religieuse que la fin de la cérémonie ne fit qu'augmenter. Les trois chemins, par lesquels il est possible de gravir la montagne, étaient couverts de longuesfilesde processionnaires. Aussi loin que la vue s’étendait, elle apercevait de tous les côtés des groupes confus et dont l'œil avait peine à décider la marche; des cortéges mouvans qui se cachajient et disparaissaient alternativement, selon les dispositions du terrain. Dans le voisinage de la montagne, les couleurs brillantes et variées à l'infini des vêtemens des processionnaires, l’oscillation de leurs bannières, leur démarche lente et mesurée > Mais surtout l'accent solennel des hymnes qu’ils reprenaient d’une voix pleine
( 205 ) au moment où l’écho des vallons venait de porter à leurs oreilles Les sons mourans des groupes plus éloignés, tout parlait à lame et lui inspirait un recueillement religieux.
Comme le plateau qui entoure la chapelle n’aurait pu recevoir tous les fidèles qui étaient venus à la fête, la plupart des processions s’arrétaient au basde la montagne, dansdes en droits d’où elles pouvaient suivre des yeux et de leurs prières la messe, qui fut célébrée en plein air. Après que le saint sacrifice fut achevé, Paumônier du château d'Orthus fit un sermon sur l’objet de la solennité. Hélas! au lieu de se réjouir sincérement de la cessation momentanée des troubles, il rappela avec aigreur les torts des religionnaires,
( 206 ) sans mentionner les persécutions qui pouvaient excuser leur conduite. Il tonna contre la tiédeur des fideles, et employa toutes les ressources de l’éloquence, toute l’ardeur d’un esprit impéiueux, pour les forcer à poursuivre l’hérésie jusque dans sa dernière retraite ; à propager la foi par les moyens les plus violens. Ces déclamations auraient révolté Miges s’il les eût entendues au moment où Mirza avait subjugué sa raison en vantant la tolérance. Mais Mirza n’était plus auprès de lui; il ne pou.
vait plus rencontrer ces regards que la vertu avait rendus si puissans. Il
fut alarmé par le souvenir de ses dernières actions; ses scrupules se réveillèrent plus violens que jamais.
Quoique laumônier l’entendit sou-
( 207 ) vent au tribunal de la pénitence, il avait eu jusqu’à ce moment la prudence ou la force de lui cacher le secret de son amour, et de l’arrivée de la jeune Maure ; mais après que la cérémonie fut achevée, il ne put résister au besoin de tout avouer au directeur de sa conscience. Réprimandé par le ministre, et brülant de tout entreprendre pour expier la faute qu'il lui reprochait, il se hâta de revenir avec lui au château, et de pénétrer dans l'appartement de Mirza. Sur son refus positif de devenir l’épouse du vicomte et surtout d'abjurer sa religion, Migès lui déclara qu’elle n'était plus la maitresse de disposer de son sort, et que la force obtiendrait d'elle ce que Îa persuasion n’avait pu obtenir.