CHAPITRE XIV
Il n’est plus : que son Âmé ne goùte qu'un repos troublé; que la mandragore et l’ivraie prennent racine dang sa tombe ; que Les songes du désespois le poursuivent dans le sommeil de la mort , et que son réveil soit plus horribleencore au dernier jour du monde.
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{Durzre est la solennité qu'on ap- “ E. # A
prète ? Pourquoi l’évêque de Maguelone a-tl fait ouvrir la plus spacieuse des salles de son palais ? Elle ‘était demeurée si long-temps abandonnée ,
que la lumière de plusieurs cande-
(157) labres et d’une lampe colossale sus:
pendue au milieu sèmble ne pouvoir dissiper tout - à - fait l'obscurité de ses voûtes humides. Chaque fois qu'une sentinelle pousse les battans de ses portes, ils grondent et tournent avec peine sur leurs gonds attaqués par la rouille. L’écho lui-même parait y être devenu sourd, et ne répète que vaguemeut tous les bruits qui s’y font entendre. Cependant des murs chargés d’arabesques , des lambris dorés, de ricüucs fauteuils, un trône et quelques armoiries dont le temps n'a pu ternir les couleurs annoncent encore importance de sa première desnation.
C'est là en effet que les évêques ont quelquefois réuni en chapitre diocésain tous les pasteurs des églises
\ au relèvent de leur autorité. Aujouri d'hui c'est pour des motifs bien différens que cette salle a été ouverte...
Peut-être desubtiles questions dethéologie y seront encore discutées ; mais ce sera pour des intérêts plus graves, avec des conséquences plus positives et plus terribles que la réforme d’un rite, ou l'adoption d’une nouvelle orai- $SOn....,..... Par un cas extraordinaire , l'orgueil pontifical s’est abaissé devant un autre pouvoir; car les insignes de l’épiscopat ne sont placés qu'à la droite du trône , tandis que le devant est occupé par une épée nue et par un collier de l’ordre de Saint- Jean de Jérusalem. A la place des religieux quiseuls avaient le droit de pénétrer dans cette enceinte,il n’y a maintenant que des hommes d'armes, On
( 159 ) les a réunis pour protéger la liberté
d'un tribunal suprème. En attendant
qu'il s’assemble, immobiles à leur
poste, etappuyés sur leurs piques , ils
psalmodient à voix basse les derniers
versets de la prière du soir....,,,..
Silence ; l'accusé a paru dans la salle.
Sa démarche est lente, mais assurée ; sa figure n’exprime nile remords ni la crainte. Occupé d’une idée fixe dans laquelle il paraît se complaire, il voit ayec indifférence tout ce qui l'entoure, et semble oublier que sa vie et son honneur dépendent de la délibération, qui va. commencer. C'est Îrner; ses juges sontarrivés en même temps que lui: le commandeur s'est assis sur le irône, l’évêque et Migès prennent place à ses côtés. |
Is avaïent ; d'un commun accord ,
( 166 ) fait emprisonnér le chevaliér dans 1e palais de Maguelone, de peur qu'il nc fût enlevé par un mouvement pôpulaire: la même crainte lés à décidés à le juger dans l'ile, et ils ont cra qu le mystère de là nuit pouvait ajouter encore à la sûreté du lieu.
Migès se lèvé. Ses regards ne sé tournent point vers Îrner ; il promène quelque temps la main sur son front comme pour dissipér uñ trouble involontaire. -« Si j'avais! à prendre « des conclusions moins sévères, dit:
« il d’une voix sombre ét trainanté, <je devrais reprocher au chevalier Irner d'avoir Outrigé par d'odieux « SOupÇOôns Île roi qui noûs à chargés de prononcer sur $on sort ; de:s'êtré défié de notre Justice en $é dérobant par la faite au tribunal qui devait le
( 16x ) « juger......:.. Hélas! ce ne füt « pas la crainte d’un jugement imique, « mais la conscience de sa culpabilité « qui le décida à se soustraire aux, « poursuites dirigées contre lui. Loin.
« de blâmer une pareille conduite, « remercions plutôt le ciel de la lux « avoir inspirée ’elle ajouterait à no- « tre conviction si les preuves que « nous avons récueiilies et pesées ne « l'avaient portée à son comble.
Il est trop vrai, le rejeton d’une « illustre famille, l'honneur des che- | « valiers de Rhodes, celui qui fut « long-tempsle sujet le plus distingué
« du roi de Majorque et le plus ferme:
« soutien. de sa puissance , a souillé.
« tous.ses titres de gloire par une abo- « minable trahison. D'autres crimes « lui ont été nécessaires pour arriver à,
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( 162 ) « celui-là : ils ne sont ni moins affreux « nimOins contradictoires avec le reste « de la vie du chevalier. Le premier « emportéla peine detous ; je m'épar- « gnerai la douleur de les énumérer « devant lui. Que Dieu ‘ait pitié de «son âme, et lui donne le courage de « se résigner à un Sort qu'il à bien mé- « rilé, »
L'évêque de Maguelone éconta ce discours avec des signes d'approbaüon; mais le commandeur en parut surpris, et se hâta d’y répondre en ces termes : « Le Dieu qui jugera Irner « doit nous- juger aussi. Quels se- « ralent nos regréts Si en paraissant à «son tribunal auguste nous nous re- «connaissions coupables de la plus « funeste des erreurs. Dés preuves a terribles pèsent contre le ‘cheva-
« lier, ét pourtant je frémis en pen- « sant aux conséquence de la précipl- « tation, Nenousserions-nous donc a5-- « semblés quepourprononcerune sen- « tence ! Ah! retardons encore Ce mo- « ment. Défions-nous de nos lumières; « discutons avec le chevalier les té- « mbignages qui nous Ont fait croire «à sa culpabilité. Nous ne sommes « pas astreints à la législation vul- « gaire: le roi ne nous à pas défendu « de procéder ainsi. Concilions nos « devoirs avec les lois de Phumanité.….
« Hélas! dans cet âge dont 1l ne me « reste maintenant que des souvenirs « confus, les hommes ne doivent pas «toujours être jugés sur les appa-- « rences. En examinant scrupuleusé- «ment celles de leurs actions qui e semblent les plus coupables, onn'ÿ
(164 ) +. trouve quelquefois que l'égarement «passager d'une passion. ou l'impru- «.dence naturelle à la jeunesse.
«. Qu'Irner connaisse done les actions.
«quon Jui impute à crime; qu'il « entende les, preuves qu’on peut lui « Opposer; en un mot, si notre de- « Voir nous: oblige, à le punir, qu'il «, SOit forcé de reconnaître. la Justice:
« de l'arrêt qui Le condamnera, Mais, «qu'il se défende, grand Dieu! qu'il « use d'un droit qu'il a si souvent « invoqué pour des accusés moins, « lustres et. moins dignes d'intérêt « que lui-même. »
La chaleur avec laquelle Villedieu.
avait parlé n’altérau pas lheureuse.
expression de sa physionomie : un.
regard plein de douceur tempérait le.
feu passager dont brillaient ses yeux
{ 165 ) poirs, etla sévérité de ses épais sourcils.
Sa voix émue ajoutait encore à la bonté qui se peignait dans tous les mouvemens de sa bouche. La barbe grise qui tombait sur sa poitrine, et qui couvrit ses lèvres quand il eut cessé de parler, son nez aquilin, son front chauve et sillonné de quelques rides par des passions maintenant oubliées formaient un ensemble heureux Où respiraient le calme, la franchise et l'énergie de la vertu.
Irner , qui n'avait répondu que par un froid dédain au discours de Migës, fut touché de lobligeance et de la loyauté des paroles du commandeur.
Il arrêta des regards mois distraits.
sur cette seu vénérable, et trouva un secret plaisir à la contempler un moment. Bientôt son frontse tendit de
( 166 ) fiouveau ; Son œil redevint farouche :
ilfitun Signe pour demander Ja parole :
lé tribunal ñe refusa pas de l'entendre.
« Quoique conforme à la justice « et avantageux pour un accusé, le « Moyen proposé par mon respec- « table commandeur n’est pas auto- « risé par nos lois : en renonçant à en « faire usage, je ménagerai tout à la fois et impatience de l’'évèque de « Maguelone et la sensibilité de son « collèoue. Mais il est dans nos lois « écrites une disposition que .jinvo- « querat; c’est la seule dont je doive, « dont je veuille faire usage pour me « justifier. Dans la position étrange « Où Je me trouve aujourd'hui, je ne « pourrais me disculper: qu’en ineri- « minant. Telle a été limprudence de « celui qui m'a accusé, qu'il n’a pas
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« senti combien il est dangereux d'im- « puterà d'autresles forfaits dont on est « soi-même coupable. Il est vrai quil « ne s'attendait pas à Ce quon me « laissât la liberté de parler. Si main- « tenant le désir d’une juste vengeance « pouvait m'égarer COMME ses ressen” «tümens l'ont égaré lui-même, je « devrais le forcer à prendre ma place «sur le banc des aceusés, et siéger « devant lui pour prononcer sa sen- « tence. Oui, mon accusateur n’a pas « rougi de s'asseoir au nombre de « mes juges ; il esten ma présence, et « jé le somure de soutenir par l'épée « les accusations qu'il a portées con- «tre mon honneur. Il est aussi inté- « ressé que moi dans ce procès bizarre; «nos témoignages réciproques $e- “raient également suspects, et les
( 168 } « hommes doivent s'abstenir de juger.
& Dieu seul peut faire connaître le «coupable ; e’est. le jugement. de « Dieu que ] invoque. » À ces mots il jeta l’un de ses gants deyant le siége occupé par Migés.
Si le vicomte ne possédait pas cette fermeté d'âme qui peut nous faire oublier une injure, ou nous porte à en urer vengeance promptement et sans recourir à des voies obliques , il avait du moins le Courage que donne le fanatisme, Su perstitieux à l'excès, et croyant fermement à la culpabilité d'Irner , il se persuadait, tout en reconnaissant ses propres fautes , que le sort des armes. ne pouvait lui être contraire. Sa conviction était même si grande sur ces deux points, que
(appréhension de se voir obligé à
( 169 ) confesser et justifier son amour pour Mirza , la gêne que lui causaient toujours la présence du chevalier et la crainte de rencontrer ses regards se dissipèrent à l'instant où il put comprendre qu'Irner n’avait pris la parole que pour demander le duel.
Sa figure fut soudain allumée de colère, et il lança des regards menaçans à {rner. Bientôt il se leva de sa place, alla s’agenouiller devant l'évêque, et lui présenta son épée pour qu'il la bénit,
Villedieu, voyant bien qu'il ne pouvait empêcher une catastrophe qu'il aurait voulu prévenir, se tourna vers le chevalier, et lui adressa ces paroles avec dignité : « Vous traitiez autrefois « le duel de coutume barbare ; vous « faisiez tous vos efforts pour délivrer « vos compatriotes d’une institution IL. 8
( 170 ) | « qui, disiez-vous, en appelle de la « justice au hasard ou à la force , et « maintenant vous aimez à lui payer « votre tribut. mais, continua-t-il «en lu présentant l'épée qui était « posée devant le trône, vous avez in- « voqué la loi, et mon devoir nvor- « donne de la faire exécuter. Prenez « ce fer, chevalier, et puisse votre in- « nocence égaler votre valeur.
Migès s’est avancé, et rend à Irner le gant quil a relevé, Les deux adversaires sont en présence, et croisent leurs épées après s'être mesurés des yeux. Au lieu d’être garanti par une armure, leur corps n'est couvert que de vêtemens légers; le combat ne peut durer long-temps. Migès charge le chevalier avec une vivacité effrayante; celui-ci lui répond vallamment et
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sans reculer de la place qu'il occupe.
Les forces des deux combattans paraissent égales; mais l'un précipiie ses à coups avec une aveugle impétuosité ; | l’autre sait mieux conserver s0n sang+ froid, et chérche avec adresse à profiter de l'imprévoyance de son ennemi.
Atteint d’une légère blessure , il'se venge au nième instant én plongeant son épée dans la poitrine du vicomte.
C'est alors qu'il laisse éclater la rage qu'ilavait emprisonnée dans son cœur!
Il s'approche delhomme qu'il vient deterrasser, pour se rassasier du plaisir d'avoir satisfait sa vengeance, Il interroge avidement ces yeux couverts des ombres du trépas ; 1l voudrait trouver l'expression du remords où de la désolation dans les traits de cette figure hvide, ou dans les mots sans
( 172 ) suite qui se mêlent aux derniers sOupirs du mourant. Ses yeux lancent des regards plus terribles que pendant :le combat: fixes , sortant de leurs orbites et brillans d’un éclat vitreux, Migès n'aurait pu les revoir sans rendre plus affreux les derniers momens de son agonie, C’est ainsi que dans lés cimeuères qui bordent les rives fangeuses du Nil la vue des yeux de la hyène donnerait uné seconde mort à la fille du Cophte superstiieux ,si la première impression dés dents du. farouche animal rappelait à la vie le cadavre qu'il dévore au milieu des tombeaux......, | Absorbé dans cette horrible contemplation, Irner:ne sent plus sa blessure ; il n’a-mêmé pas remarqué l'agitation qui règne depuis quelques
iomens dans le palais épiscopal.
Des prisonniers occitaniens avaient averti Kellamar de la pénible situation où se trouvait l'ami de son | père. Les sentimens de reconnais- à sance et d’admiration qui l’attachaient à lui avaient augmenté sa haine pour les chrétiens, et il saisit avec empressement l'occasion de se venger en arrachant Irner à une accusation dont mieux que personne il connaissait l'injustice.
A la faveur de la nuit il avait débarqué ses soldats à Maguelone.
La garnison de l’île était assez nombreuse; mais elle n'avait pas Iraer pour la commander : quelques momens avaient suffiaux Maures pour la faire prisonnière, et pour s'emparer du palais où siégeait le tribunal. Les sar-
( 174 ) des de la salle avaient mis bas les arnes peu d'instans après que Mises avait reçu le coup mortel,
Müirza , alarmée de la longue. absence de son amant, mais plus alarmée. encore des motifs qui l'avaient causée, est accourue à, Maguelone avec son frere , et entre dans la salle en même temps que lui. En s'approchant d'Irner, elle est frappée d’une iliusion effrayante : elle croit revoir ce personnage mystérieux qu’elle avait aperçu dans le château de la Lauza pendant la nuit de l'orage. Il est vêtu des mêmes habits; ses cheveux floittent en désordre; c’est la même aiutnde du corps, la même expression farouche et surnaturelle de sa physionomie. La vive lumièr
(295: } de la lampe sous laquelle al est placé éclaire sa tête pâle de la même mamière que le feu des éclairs... En proie à une émotion violente , elle se précipite vers son ami en faisant retentir de son nom les voûtes de la salle. Au son d'une voix si chère, le chevalier revint à lui-même........ Hélas! ce n'est que pour être rendu au sentiment de la douleur. Il pousse un cri déchirant, et porte la main sur sa blessure, comme sil ne leût recue qu'au moment où il aentendu la voix de Mirza.
Les deux Maures s'empressent autour de lui; lui prodiguent les soins les plus tendres , le couvrant de leurs caresses et de leurs embrassemens..... ..
Après une longue séparation, quel spectacle pour un ami, pour une amante , de retrouver l'objet de leur
(156 ) tendresse prèt à rendre le dernier soupir, de reconnaître qu'ils sont arrivés Irop tard pour protéger des jours qui leur étaient si chers ! |
La blessure d’Irner était plus grave qu'on n'aurait pu le croire. Le spasme d’une passion profonde avait d’abord ralenti l’effusion du sang : 1l coula tout à coup avec tant d'abondance que le blessé ne put se soutenir, et qu'on fut obligé de l’étendre sur un lit formé des coussins et des tapis du trône épiscopal. Pendant que ses amis bandaient sa plaie, il faisait des efforts pour les éloigner : son geste et ses regards semblaient dire que tous leurs soins étaient inutiles. Cependant , quand 1l eut cessé de perdre du sang , il trouva la force de leur parler.
Soit qu'à ses derniers momens il
(&gr ÿ voulüt s'identifier tout-à-fait avec: Les amis auxquels il était attaché par tant de souvenirs douloureux ou bizarres, soit qu'il voulüt dérober à ses compatriotes la connaissance des secrets qu'il avait à dévoiler, 1l s'exprimait en arabe. L'évèque, le commandeur et les autres Occitaniens , présens à cettescène, ne pouvaient comprendre ses paroles. Pourtant le geste de son bras, qui indiquait fréquemment Migès , quelques mots qui revenaient sans cesse, et que leurs oreilles pouvaient reconnaitre, leur firent penser qu'il racontait des événemens qui s’étaient passés dans le pays. A la trisiesse, au découragement qui se peignaient sur sa figure ils crurent reconnaître qu'il y mêlait de pénibles “aveux. Mais 1ls furent bien plus sur-
(178) pris de l'impression que ses paroles produisaient sur les deux Maures.
L'étonnement avait succédé à l'avide curiosité avec laquelle Kellamar écoutait le récit d’Irner.Tout à coupil arra- Chases mains des mains du chevalier, proféra quelques exclamations d’une voix terrible, et, pouvant à peine retcüir Son indignation, il détourna la tête avec un mouvement d'horreur. …. {nterdite, muette, et comme frappée de Stupeur, Mirza paraissait aussi navrée des paroles de son frère que frappée des révélations de‘son amant.
Occitaniens où Maures, tous les témoins de cette scène auraient été également embarassés de se l'expliquer ; mais tous furent également attendris. Tout le monde versait des larmes : Mirza seulene pouvait pleu-
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( 179 ) rer. Quelquefois elle se tournait vers son frère comme pour le rappeler auprès du moribond ; puis, s'apercevant que seseflorts étaientinutiles,ses yeux devenaient hagards, et se fixaient sur la plaie avec une expression déchirante. On eût dit que son cœur perdait tout le sang qui la souillait.
Irner s'était affaibli rapidement; la violence qu'il s'était faite pour par- Jer, et l'impression produite sur lu:
par les reproches de Kellamar avaient épuisé le reste de ses forces. La main de son amante était posée sur son cœur ; il lapprocha de sa bouche, et parut adoucir l'amertume de ses derniers ‘instans en collant ses lévres sur la cicatrice qu’elle portait. L'unpression de ce baiser répandit aussi le calme sur tous les traits de Mirza, Ses
( 180 ) yeux se fermérent;: elle se penchà doucement sur le corps de son ami...
Tous deux ép'ouvaient cette sensation qui signala les momens les plus solennels de leurs amours. Cette fois elle ne fut pas mêlée de la terreur bis zarre qui en avait altéré le’ charme; leur corps était trop affaibli pour sen:
ur la douleur.:.,. Ravis dans les impressions d’une agonie douce et mystérieuse , ils oublièrent tous les mal:
heurs de leur vie, et le monde cessa d'exister pour eux,
Le silence régnait dans lasalle. Un bruit confus et lointain se faisait en:
tendre au dehors : c'était la voix des Maures, qui poussaient des cris de victoire , et les fanfares de leur musique guerrière. Mais tout à coup les vitreaux des fenêtres gothiques sont agi-
(:181:) tés avec force; les voûtes ont répété les tintemens sinistres du kerna-zel(r ), que les Orientaux font également résonner dans les réjouissances publiques et dans les pompes funèbres.
Aïguës, déchirantes et prolongées, les vibrations de cet instrument ont retenti comme le glas des funérailles.
Tout le monde en a été ému : Kellamar lui-même a tressailli, et n’a pu se défendre d’une terreur secrète. «Viens, s'écrie-t-1l en s'approchant desa sœur, abandonnons ces heux..,..,... »
Mirza ne lui répond pas. Il saisit sa main, la secoue avec force... Elle était glacée par le froid de la mort, « O Dieu de Mahomet! dit-il en la
(2) Tam-tam.
( 182 ) laissant retomber, de quels malheurs iu devais m'afiliger dans ces contrées de perfidie!....... Mais, continuatil en portant tour à tour ses regards sur les cadavres des deux Occitaniens, DE. ; | pourquoi es-tu chargé du soin. de ma
vengeance l»