CHAPITRE II. — LA LOI
Cette humanité des lois d'Israël, si différente de la rudesse ou du mépris que les autres législations affectaient pour les hommes du dehors, explique pourquoi tant d'étrangers affluaient en Palestine dès le temps du roi Salomon jusqu'à la conquête romaine. Quant aux causes de cette étonnante douceur, on les trouve dans le monothéisme du peuple d'Israël, dans ce culte pour Jéhovà, le Dieu unique, le Dieu grand, puissant et terrible, qui n'a point d'égard à la qualité des personnes, qu'on ne gagne point par les présents, qui fait justice à l'orphelin et à la veuve, qui aime l'étranger et lui donne de quoi vivre et de quoi se vêtir (1). Descendant des sommets du Sinaï et placées à l'ombre de la montagne de Sion, d'où Dieu recevait les sacrifices des conquérants qui traversaient la Judée et d'où il bénissait tous ceux qui dans l'univers croyaient en lui et le servaient avec droiture, les Tables de la Loi lançaient au loin des lueurs divines, qui étaient comme l'aurore de la loi chrétienne.
Cette pitié qui sait profiter des souffrances endurées pour en préserver les autres, cette pitié qui sait comprimer les satisfactions haineuses par les élans du cœur, cette pitié qui suit de préférence les inspirations douces et tendres, a toujours existé en Israël et caractérise encore aujourd'hui le Juif vraiment religieux. Nous en avons la preuve irréfutable dans les livres de théologie rédigés par les rabbins, dès le moyen âge jusqu'aujourd'hui. Les procédés dont on usait envers les Juifs, les dénis de justice, les confiscations, les expulsions en masse, les massacres, les mises hors la loi, n'étaient certes pas faits pour entretenir dans le cœur des théologiens juifs des sentiments autres que ceux des représailles et de la vengeance. Et pourtant
(1) Deuter., X, 17 et 18.
on cherchera en vain (1) dans toute la littérature religieuse des Juifs un seul mot haineux à l'adresse des persécuteurs; on y trouvera des plaintes et des protestations, mais' jamais des rancunes. Toutes les misères dont on a de tout temps accablé le peuple juif n'ont jamais pu parvenir à altérer le caractère généreux de ses lois, toutes les persécutions ne sont jamais parvenues à briser dans son sein les cordes de la sensibilité fraternelle.
(1) Certains auteurs ont, sottement ou méchamment, exploité contre les Juifs quelques passages des ouvrages rabbiniques du moyen âge, où l'on trouve une certaine méfiance à l'égard des Chrétiens. A une époque où les écrivains ecclésiastiques qualifiaient chaque Juif de Judas, n'était-il pas tout naturel que les rabbins vissent dans chaque prélat un Torquemada ?