‹ iryah neemanahChapitre 24 sur 35 · CHAPITRE III. — LA MORALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LA MORALE

samment d'une âme pure vers lui (1). Dieu ne prend pas plaisir aux sacrifices ; il ne se plaît qu'à la pureté du cœur (2). Il n'habite pas en un lieu déterminé de la terre, dans lequel on ait besoin d'aller lui présenter des offrandes. Une âme vertueuse (3), une âme qui a développé en elle toutes sortes de vertus, voilà son temple dans le monde (4).

Ce n'est pas cependant que cette morale si élevée et si pure ne soit menacée d'aller aussi échouer sur un écueil. L'auteur de la Sapience incline visiblement vers l'ascétisme. Il regarde le corps comme l'ennemi de l'âme ; Il lui reproche de limiter les facultés de l'esprit (5) ; Il lui préfère la vie décolorée et égoïste du solitaire à la vie inquiète et pleine d'incertitude de la famille. Quel père peut être assuré qu'un enfant pervers ne déshonorera pas ses cheveux blancs ? La virginité n'est-elle pas commandée par la prudence, dans ces temps de décadence morale (6) ? De l'auteur de la Sapience à Philon, le flot du mysticisme extatique a monté ; il entraîne décidément le philosophe alexandrin à l'ascétisme.

Le sage, proclame Philon, doit se proposer de dénouer les liens qui rattachent le principe spirituel à l'enveloppe matérielle qui le retient captif (7). Mais le bon sens pratique, ce trait si prononcé du génie israélite, sauve le théosophe d'Alexandrie d'un prochain naufrage, en lui rappelant que le soin de notre âme et nos devoirs envers Dieu ne sauraient nous faire oublier ce que nous devons à nos semblables. Ce serait une erreur,

(1) De Plantât. Noe, § 30.

(2) De victim. offerendis, § 3.

(3) Yu^rj (niTri$eto$.

(4) De Cherub., § 29.

(5) Sapience, IX, 15.

(6) Ibid., III, 13 et 14; IV, 1.

(7) De migrât. Abrati., § 1 ; De leg. AUerjor., 1,

déclare Philon, qui corrige ainsi les excès de ses doctrines ascétiques, de négliger, en se dévouant à Dieu, nos devoirs envers les hommes, une erreur égale à celle qui nous ferait négliger Dieu, sous prétexte que nous devons nous consacrer au bien des hommes. On ne se montrerait pas pieux envers l'Invisible en ne se conduisant pas comme le commande la vertu à l'égard des êtres que nous voyons et qui sont près de nous (1).

Enfin, et c'est un troisième point qui distingue la morale judéo-alexandrine de celle des écoles de la Palestine, la première a une tendance universaliste, entièrement étrangère à la seconde. La Sapience reconnaît encore aux enfants d'Israël un avantage décidé sur le reste des nations. Mais cet avantage, ils le doivent moins au fait même de leur origine qu'au bonheur qui leur a été accordé de posséder la connaissance du vrai Dieu (2). Les païens sont pécheurs, non pas parce qu'ils ne sont pas de la race d'Abraham, mais parce qu'ils sont nés dans des lieux où le vrai Dieu n'est pas connu (3). C'est dans ce sens que l'auteur de ce livre voit dans l'idolâtrie la source du mal et de la corruption des hommes (4). Dans la Sapience, le particularisme juif est considérablement adouci ; il est bien plus effacé encore dans Philon, et ce qui en reste prend un caractère fort différent de celui des croyances palestiniennes. Le philosophe alexandrin ne saurait voir aucune différence native entre les hommes (5) ; leur organisation est la même pour tous ; ils possèdent tous les mêmes facultés ; ils sont tous appelés à la même

(1) De Decalog., § 22.

(2) Sapience, XII, 10 ; XIII, 1 ; XV, 3.

(3) Ibid., XIII, 3-9.

(4) Ibid., XIV, 12.

(5) Omnes nos homines cognati sumus fratresque. Quœst. in Gènes., II, § 60.

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