‹ iryah neemanahChapitre 26 sur 35 · CHAPITRE III. — LA MORALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LA MORALE

mais aussi sur l'activité corporelle, qui devient un élément, utile ou vicieux, de l'harmonie universelle. Il ne faut pas une grande perspicacité pour saisir l'influence d'une pareille doctrine sur la morale. Dans ce système, la morale est bien autre chose que le simple accomplissement d'une loi qui oblige l'individu et la société. L'homme vertueux, fidèle à la loi de Dieu, ne se borne pas à la seule amélioration de sa condition personnelle; les résultats de sa bonne conduite ne restent pas renfermés dans la sphère étroite que nous habitons. Par (1) delà de notre horizon, ils s'étendent et se répandent en courants bienfaisants jusque dans la résidence des anges et des archanges, jusque dans les régions suprêmes où s'élève le trône de gloire. Par contre, le méchant qui déserte cette voie de salut pour se plonger dans les âpres et décevantes jouissances de la matière, porte le désordre et la perturbation dans ces mêmes sphères, en imprimant une secousse violente au lien qui unit ensemble toutes les parties de l'universel. Quelle que soit l'opinion que l'on se forme de cette conception originale, on ne pourra pas ne pas rendre hommage à l'ennoblissement de la matière, qu'elle élève à la hauteur des créations spirituelles. Mettre la matière en rapport constant avec le divin, établir une relation permanente entre le Créateur et cette infime créature terrestre, découvrir le fil invisible qui rattache non seulement tout individu, mais tout acte individuel et corporel à l'auteur des existences, attribuer à l'homme le périlleux pouvoir de consolider ou de troubler l'harmonie universelle, et, par ce fait, élever la responsabilité humaine à une puissance inconnue, voilà certes un monument que l'on ne saurait ranger parmi les édifices vulgaires.

Quoi qu'il en soit, et quand même on tiendrait à faire ses

(1) Id., ibid., et section r;", ch. xi.viii.

réserves contre cette thèse de l'unification du céleste avec le terrestre, contre cette sorte de pendule dont chaque vibration ici-bas réveillerait un écho là-haut, on ne saurait se refuser à reconnaître que nos actes internes et externes, autant par leur origine que par le mobile intellectuel qui leur sert de point de départ, ne sont pas tellement matériels qu'ils se confondent avec les faits de la nature organique et inorganique. La piété, la sainteté, la charité, le dévouement, la chasteté, le désintéressement, font de nous quelque chose de plus et de mieux qu'un animal à deux pieds et sans plumes, cet homme de Platon. Que ces actes soient ou ne soient pas de nature à ébranler les cieux, à rendre la divinité joyeuse, à répandre la satisfaction et l'allégresse au sein des régions sereines et immaculées habitées par les esprits purs, cela ne peut se prouver en dehors de la foi. Mais ce qui est démontrable et démontré, c'est que ces actes répandent les joies du ciel, de même que leurs contraires excitent le remords, ce tourment de l'enfer, dans notre propre cœur ; c'est qu'ils ne cessent d'agiter, de remuer, de soulever le sein de cette humanité qui se laisse tantôt dégrader par le vice, tantôt exalter par la vertu. Il y a donc réellement action et réaction, harmonie et discordance, sinon entre la terre et le ciel proprement dits, du moins entre l'esprit et la matière, entre les nobles passions et les sensations grossières. A tout prendre, le mysticisme ne fait autre chose que généraliser, en les exagérant, les données de l'anthropomorphisme. La révélation biblique prête à Dieu la langue et les passions humaines pour en faire un modèle à la portée de notre intelligence; la tradition mystique forge une chaîne indissoluble entre le fini et l'infini, afin de nous mieux inculquer la pureté, la sainteté et tous les sentiments élevés.

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