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CHAPITRE IV

Les Croyances

« Écoutez, Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul et unique Seigneur » (1), telle est la profession de foi israélite. C'est à partir de la captivité de Babylone que la croyance en un Dieu unique fut le patrimoine commun de toutes les fractions du Judaïsme; c'est à partir de ce moment que leur attachement au culte du vrai Dieu fut inébranlable; tandis que les autres doctrines n'appartiennent en propre qu'à l'une ou à l'autre d'entre elles, ou ne prirent pas dans toutes le même degré de développement. Aussi longtemps que le monothéisme avait été méconnu en Israël, il avait fallu plaider en sa faveur. La voix puissante des prophètes avait seule été à la hauteur de cette grande cause. Mais aussitôt que la croyance en l'unité de Dieu a été hors de contestation, elle est devenue le sujet des méditations des docteurs de la loi et a donné naissance à une doctrine métaphysique.

Ainsi que les récits de tous les peuples primitifs, la Genèse est pleine de thëophanies et de représentations anthropomorphiques de la divinité. Dans les âges suivants, les notions qu'on se fait de la nature divine s'épurent de plus en plus (2). Les théophanies

(1) Deuter. VI, 4.

{>) Psaumes, XXXIII, 9 ; XC, 1, 2 et 4 ; Cil, 25-29 ; CXXXIX, 7-10 ; Isaie, XI, 2 ; XL, 12-30 ; LXVI, 1 et 2 ; Amos. [V, L3 ; X, 2-6 , Ji&BMlv, VIII, 4 ; XXXIH, 21; XXXIII, 17-20 ; MlCH., III, 12 ; Job, XXXV1II; 4 ; XXXIX, 30.

deviennent plus rares ; elles finissent par n'être que des formes poétiques d'un enseignement qui se rapproche de très près du pur spiritualisme. On ne parle cependant encore de Dieu qu'avec des images antbropomorphiques. Mais quand l'inspiration eut fait place à la réflexion et la prophétie à l'enseignement didactique, on ne s'accommoda plus de ces expressions figurées. On craignit qu'elles ne donnassent de fausses idées de la nature de Dieu, et qu'en le représentant sous des traits visibles et avec des passions humaines, elles ne rapprochassent Jéhovâ des fausses divinités des mythologies païennes. On constate déjà dans la version des Septante et dans les Targums d'Onkelos et de Jonathan un désir manifeste de faire disparaître les théophanies et même les images anthropomorphiques de Dieu et de les remplacer par des explications que rien dans le texte original n'autorise (1).

La répulsion des Juifs alexandrins pour tout ce qui tendait à représenter la divinité sous des formes humaines ne saurait surprendre. On reconnaît ici les disciples de la philosophie grecque, principalement de Platon qui avait reproché (2) à Homère d'égarer les jeunes intelligences en leur présentant les dieux revêtus de corps sensibles et animés de toutes les passions humaines. Pour enlever aux fables des poètes leur danger, il avait essayé de les expliquer d'une manière allégorique et de

(1) Quand le texte hébreu dit {Exode, XXIV, 10) : bxiun iràti Sn ÏNV1, la version des Septante s'exprime par : E7ô*ov tov toîtov ou eJarTjxet S 0/oç toû loparX Les paroles do l'Écriture (Nombres, XII, 8) : 12~12"ÎN HJtSn HS sont traduites par : Srôfjia xarà aro/na XaXrlaw abzù ev tlSst. Le texte (Genèse,

vi, 6) : "uS-Sn axyrvi y*)>a dtmiTtim rwsrïa mm arwi, est traduit par :

EvtQupriO-/) o Ôe'o; ot< tnoiri<je tov a.vQp(OKov iizi tïj; yr& xai Ô\£voy;0vj. De même les paroles du serpent (Genèse, III, 5) : DTiSno DlVm, sont traduites par Onkjelos : min:,

(2; Platon, De Rep., liv. II, à la fin.

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