CHAPITRE PREMIER. — LA FEDERATION D'iSRAEL
duquel procède également tout ce que le Mazdéisme appelle les contraires. Cette essence est Dieu, l'existence suprême auprès de laquelle les astres les plus brillants du ciel ne sont que des créatures secondaires, l'Etre, l'unité infinie. Dés lors et par imitation, la société qui s'offrit à l'esprit du divin législateur d'Israël ne devait former qu'une personne unique, qu'un seul être. L'État, c'est le peuple d'Israël formant un seul être représentant la justice, en qui réside une souveraineté relative de puissance (1). C'est la conception de l'unité de Dieu qui inspira Moïse à former l'unité du peuple par l'égalité de la loi (2). C'est ce nœud qu'on découvre entre la politique et la théologie du Judaïsme qui fit dire aux docteurs de la Synagogue : La loi, l'idée de Dieu et le Judaïsme sont constitués sur une même base (3), c'està-dire, le magnifique principe de l'unité.
L'idée de l'unité de la nation n'était pas précisément particulière au Judaïsme. D'autres peuples, avant et après Moïse, l'ont également conçue. Mais ce qui a rendu l'union d'Israël à jamais indissoluble, c'est sa raison d'être. Elle avait pour but l'unité de la loi qui, à son tour, devait faire triompher le principe de l'unité de Dieu, vérité éternelle et impérissable. De là, chez le peuple de Dieu, cette égalité absolue devant la loi qu'aucune autre nation n'a jamais connue et que des nombreux législateurs éclairés ont en vain usé leur vie à réaliser.
L'autorité des rois était des plus bornées. Le roi était contraint, sous peine de déchéance, d'observer la loi comme les autres particuliers ; il ne pouvait rien y déroger, ni rien y ajouter. L'institution des rois n'était point une émanation du
(1) Salvador, ib., p. 75.
(2) Philon, De Monarch., I.
(3) in-, section a>D3ttfl, ch. uu : XM 7n S.S'TJn n"2pi min, On retrouve cette sentence dans le Talmud également.
droit divin ; elle était établie par la volonté expresse du peuple. Loin d'avoir fait eux-mêmes la loi fondamentale, les rois sortirent du sein de cette loi dont on ne devait les regarder que comme les premiers serviteurs. Cependant, comme le droit de déposer les rois entraîna bientôt dans la pratique des inconvénients sans nombre, comme la guerre entre le parti du roi déchu et celui du roi désigné causa de longues années de malheurs, les prophètes et les anciens de la nation se sentirent pénétrés de la nécessité d'en prévenir de nouveaux. Au nom même de Dieu, ils convinrent que la royauté ne sortirait plus de la famille de David ; mais à condition que les rois pourraient être mandés devant le conseil, censurés comme plus tard ceux de Lacédémone, et même condamnés à des peines. A la vérité, ce pacte n'eut pas une longue durée. Après la division du pays en deux États, celui qui garda le nom de royaume d'Israël en revint à la lettre fondamentale, et reprit le droit de déposition. La famille régnante fut rejetée. Les deux tribus de Juda et de Benjamin restèrent seules fidèles au principe de l'inamovibilité. Il est vrai aussi que le principe de la déchéance, qui était le plus conforme à l'esprit de la loi, n'a pas pu toujours préserver le peuple d'Israël de graves égarements. On tomba de dynasties en dynasties, de prétendants en prétendants. On en vint même jusqu'à faire prévaloir cette détermination funeste qui a rempli de sang les pages de ses chroniques : que, pour éviter les guerres entre les dynasties rivales, il faudrait, quand un roi serait déposé ou renversé, consumer l'arbre jusqu'à sa racine. Mais nous ne voulons parler ici que de l'Etat d'Israël tel qu'il fonctionna à l'époque où peuple et roi restèrent unis dans la voie du Seigneur. « L'État d'Israël », dit la tradition (1), « en raison de l'égalité
(1) imn uipn, m et xxi.