CHAPITRE IV. — LES CROYANCES
des anges est celle de veiller sur les destinées des nations (1). Les anges des nations prennent fait et cause pour leurs protégés, et les batailles que se livrent les peuples sont précédées par des collisions analogues entre leurs anges (2), Mais non seulement les nations, les particuliers aussi, ceux du moins qui sont justes, trouvent dans les phalanges célestes des gardiens vigilants (3). L'angélologie nous amène naturellement à dire un mot sur la démonologie. La croyance aux mauvais esprits (4) ne dépassait pas chez les Juifs les limites d'une vague superstition populaire. La légende avait peuplé les ruines de fantômes nocturnes (5) et les déserts de spectres velus à forme de bouc (6). Les maladies mentales et l'épilepsie qui les accompagne souvent ont été attribuées à la funeste influence d'êtres méchants (7), opinion qui règne encore dans plusieurs parties de l'Orient. Il n'est fait mention des démons dans aucun des livres antérieurs à la captivité de Babylone (8). On trouve le mot « satan », pour la première fois, dans le livre de Job (9); on le retrouve ensuite dansZacharie (10) et dans le premier livre des Chroniques (11). Le Talmud parle fort souvent des démons. L'historien Josèphe tient les démons pour les âmes des morts qui se plaisent à tourmenter les vivants,
(1) Version des Septante, Deuter., XXXII, 8.
(2) Daniel, X, 13 et 20 ; XII, 21 ; Baruch, VI, 7.
(3) Psaumes, XXXIV, 8.
(4) DHffi ou, comme les appellent les cabbalistes, DISHp.
(5) Isaie, XXXIV, 14.
(6) Ibid., XIII, 21.
(7) 1" Samuel, XVI, 23.
(8) Quelques commentateurs ont voulu voir dans Azazel (b*N7>), auquel est envoyé le bouc chargé du péché d 'Israël (Lcvit., XVI, 8-1(5), un démon. Rien ne justifie une pareille interprétation du texte.
(9) Job, I, 6-12 , II, 1-17.
(10) Zacharie, III, 1 et 2.
(11) 1er Chroniques, XXI, 1.
à établir leur domicile dans leurs corps, à les frapper de maladies (1). La démonologie juive alexandrine est pure de toutes les superstitions dont celle de la Palestine est surchargée. Pour les Juifs alexandrins, les fausses divinités du paganisme sont des démons. Chaque fois qu'il est question dans l'Ancien Testament des idoles païennes, la version des Septante traduit par « démons » (2).
De même que la démonologie, les idées apocalyptiques n'ont pris naissance qu'après la captivité de Babylone. Ce n'est qu'après que la prophétie avait entièrement cessé, que se montrèrent pour la première fois, au milieu d'Israël, les croyances eschatologiques. Elles embrassent, en les dépassant, les anciennes promesses faites par les prophètes. Les prophètes avaient annoncé le rétablissement de la maison de David (3), la restauration des deux fractions du peuple hébreu dans son unité et dans son ancienne splendeur nationale (4). Le nom de Messie n'avait pas été donné au futur libérateur d'Israël avant Daniel (5). Les prophètes avaient dépeint le règne du Messie comme une ère de bonheur ; Daniel le présente sous les mêmes couleurs, en ajoutant cependant ce trait nouveau, qu'à son avènement il y aura une résurrection partielle des morts. C'est dans le Zohar que se trouve développée la doctrine de la résurrection des corps (6),
(1) Josèphe, Guerre des Juifs, VII, 6, et Antiq., VI, 8, et VIII, 2. Josèphe se sert du mot <îai/*ovtÇof«voç pour désigner un homme atteint de maladie mentale.
(2) <5a«pjvia. Psaumes, XCVI (Vulgate et Septante XCV), 5 ; Deuter., XXXII, 17 ; Isaie, LXV, 11. De là peut-être SxQD = SnD = idole sculptée.
(3) Osée, II, 16-25 ; XVI, 4-10 ; Amos, IX, 11 ; Michée, IV, (5-10 ; Isaie, IX, 6 ; Ezéch., XXXVII, 27.
(4) Ibid.
(5) Daniel, II, 37-43 ; VII, 3-8, et 17-27 ; XII, 2. Le mot mrp-IWa dans Habacuc, III, 13, désigne le peuple élu de Dieu, et non le Messie.
(6) Qinon n"nn.