CHAPITRE IV. — LES CROYANCES
accepté cette condition dans une première vie, elles en commencent une autre, et après celle-ci une troisième, en passant toujours dans une condition nouvelle, où il dépend entièrement d'elles d'acquérir les vertus qui leur ont manqué auparavant. Cet exil cesse quand nous le voulons ; rien non plus ne nous empêche, de le faire durer toujours.
« Toutes les âmes, dit le texte (1), sont soumises aux épreuves de la transmigration, et les hommes ne savent pas quelles sont, à leur égard, les voies du Très-Haut ; ils ne savent pas comment ils sont jugés dans tous les temps, et avant de venir dans ce monde, et lorsqu'ils l'ont quitté ; ils ignorent combien de transformations et d'épreuves mystérieuses ils sont obligés de traverser ; combien d'âmes et d'esprits viennent en ce monde, qui ne retourneront pas dans le palais du Roi céleste ; comment, en un mot, ils subissent des révolutions semblables à celles d'une pierre qu'on lance avec sa fronde. Le temps est enfin venu de dévoiler tous ces mystères. » La transmigration des âmes, si nous en croyons saint Jérôme, a été longtemps enseignée comme une vérité ésotérique et traditionnelle, qui ne devait être confiée qu'à un petit nombre d'élus : abscondite quasi in focis viperarum versari, et quasi hœreditario malo serpere in paucis. Origène la considère comme le seul moyen d'expliquer certains récits bibliques, tels que la lutte de Jacob et d'Esaù avant leur naissance, tels que l'élection de Jérémie quand il était encore dans le sein de sa mère, et une foule d'autres faits qui accuseraient le ciel d'iniquité, s'ils n'étaient justifiés par les actions bonnes ou mauvaises d'une vie antérieure à celle-ci. De plus, pour ne laisser aucun doute sur l'origine et le vrai caractère de cette croyance,
(1) in", section mp, ch. xvr.
le sepher Jézirà (1) a soin de nous dire qu'il ne s'agit pas ici de la métempsycose de Platon, mais d'une théorie toute différente et bien autrement élevée.
On comprend du reste que si nous avons trouvé dans Moïse des expressions magnifiques distinguant (le corps grossier élagué) trois éléments de la vie de l'homme, à savoir : l'âme (2), l'esprit terrestre (3) et l'esprit des vies, dans leur ensemble et dans l'éternité (4), nous retrouvons, et avec les mêmes désignations, ces trois principes dans le Zohar.
Considéré en lui-même, c'est-à-dire sous le point de vue de l'âme, et comparé à Dieu avant qu'il soit devenu visible dans le monde, l'être humain, par son unité, par son identité substantielle et sa triple nature, nous rappelle entièrement la Trinité suprême. En effet, il se compose des éléments suivants : 1° d'un esprit (5), qui représente le degré le plus élevé de son existence; 2° d'une âme (6) qui est le siège du bien et du mal, du bon et du mauvais désir, en un mot, de tous les attributs moraux; 3° d'un esprit (7) plus grossier, immédiatement en rapport avec le corps et cause directe de ce qu'on appelle dans le texte les mouvements inférieurs, c'est-à-dire, les actions et les instincts de la vie animale.
Pour faire comprendre comment, malgré la distance qui les sépare, ces trois principes, ou plutôt ces degrés de l'existence humaine se confondent cependant dans un seul être, on a recours
(1) n"W TJDD, édit. Mantoue, lre partie, p. 81.
(2) ron.
(3) ttSJ.
(4) nn
(5) rm.
(6) rmwz.