CHAPITRE PREMIER. — LA FEDERATION D'iSRAEL
parfaite de tous ses enfants, peut être comparé à une roue qui tourne perpétuellement sur son axe, de manière qu'aucune partie de la périphérie ne peut jamais être désignée comme étant située plus haut que les autres. » Pour obtenir cette « égalité parfaite s, il était indispensable que chacun occupât dans l'Etat la place la plus avantageuse, non pas à lui-même, mais à l'Etat. Chaque individu était tenu de contribuer, dans la mesure de ses forces, au maintien de l'État ; celui-ci en qualité de roi ou de magistrat, celui-là en celle de simple surveillant. Saint Paul, élevé parmi les docteurs de la Synagogue, s'écriait (1), en transportant la politique d'Israël dans la constitution de sa république spirituelle : « Que celui qui se sent appelé à la prophétie, au ministère, à enseigner, à exhorter, prophétise, soit ministre, enseigne, exhorte ; que l'œil remplisse ses fonctions sans dédaigner la main ; que la tète remplisse les siennes sans mépriser les autres parties. »
C'est donc une grande erreur que de croire le gouvernement des Juges une théocratie. Le Judaïsme n'a jamais connu de gouvernement théocratique qui est contraire à l'esprit de ses lois et en opposition formelle avec le principe d'égalité devant la loi. Le chef politique, quel que fût son titre, roi ou juge, ayant dû être choisi parmi les hommes les plus intelligents et les plus vertueux du peuple, était respecté à cause de sa supériorité intellectuelle et morale plutôt qu'en raison de la haute charge dont il était investi. Le mérite, c'est-à-dire la vertu seule, pouvait conférer la dignité royale qui consistait moins en prérogatives qu'en des suppléments de devoirs. Pour soutenir les bons principes et les mœurs, il faut des exemples ; et ces exemples doivent émaner de ceux qui sont
(1) Epit. aux Romains, XII, 6-8 ; 1er Corinth., XII, 21.
à la tête du gouvernement. Plus ils tombent de haut, plus ils font impression profonde. La corruption des derniers citoyens est facilement réprimée, et ne s'étend que dans l'obscurité ; car la corruption ne remonte jamais d'une classe à l'autre: mais quand elle parvient à s'emparer des lieux où réside le pouvoir, elle se précipite de là avec plus de force que les lois ellesmêmes. Le niveau moral d'une nation dépend uniquement de celui du souverain. Aussi le chef d'Israël devait-il donner un exemple de haute vertu et de profond respect pour la loi. La royauté, disent les docteurs de la Synagogue (1), était plutôt un fardeau qu'un privilège, elle imposa plus de devoirs qu'elle ne procura d'avantages ; aussi était-elle toujours imposée, jamais postulée. Certes, il y avait des époques de décadence pour le peuple comme pour ses gouvernants ; des époques où l'on a vu des hommes solliciter la dignité de chef. Mais ces époques sont appelées par les docteurs (2) : « Temps 'où les Juges méritaient d'être jugés. »
La magistrature sacerdotale était destinée à conserver, dans son intégrité, le texte des lois fondamentales, à apprendre à tout Israël à les écrire, à y lire, à les aimer. Il lui appartenait de signaler toute violation manifeste des principes, de resserrer les liens de la fédération publique, de remplir, enfin, les cérémonies d'un culte disposé comme honneur et sauvegarde autour de la loi. Mais les hommes appelés à former cette magistrature participaient naturellement aux mœurs de l'époque, aux superstitions les plus répandues, à l'ignorance des principes et des droits. Il y avait donc à craindre que, loin de conserver la loi, ces mêmes hommes ne fussent les premiers à en altérer le texte selon leurs
(1) iDbum\ traité njttfn UNO, I, et nil W~\112, Exode, ch. XXX.
(2) nn ©TTQ, sectioa mi, I, 1 : VIVffW ÏW TajDÏW TH.