CHAPITRE PREMIER. — LA FEDERATION D'iSRÀEL
caprices, à le laisser dans l'oubli, à l'anéantir. Ce fut pour parer à ce danger, qui n'avait rien d'imaginaire, et pour appuyer son institution sur des garanties naturelles, que le législateur, ayant recours à la puissance désintérêts privés, fut conduit à rendre les fonctions des enfants de Lévi héréditaires. On put unir alors leurs intérêts matériels à ceux des autres tribus par une combinaison qui devait les forcer à remplir les obligations de leur charge. Cependant les enfants de Lévi demeuraient soumis à l'égalité de la loi ; ils étaient jugés, en présence du peuple, par les magistrats communs ; ils devaient payer la taxe du demi-sicle qu'on demandait tous les ans aux citoyens pour les choses d'utilité publique ; ils étaient tenus de verser leur sang pour la patrie. Loin que l'hérédité de leurs fonctions les portât à se croire d'une espèce supérieure à leurs frères, elle émanait d'un acte authentique qui garantissait l'égalité, et qui leur rappelait à toute heure qu'ils n'étaient que les délégués, que les représentants de la nation elle-même. Quant à leurs avantages matériels, ils étaient fort modestes ; aussi leur sort n'était-il jamais envié, pas même par le plus humble des citoyens (1).
L'Etat d'Israël, constitué dans un but éminemment religieux, n'avait que des obligations à imposer, mais point d'avantages matériels à accorder. Chaque individu était tenu de contribuer, par des exemples de vertu et de justice, à l'évolution de l'humanité ; en échange de quoi il ne pouvait espérer que les bienfaits célestes. Les vices étaient châtiés sur terre ; les vertus récompensées au ciel. Les magistrats, chargés de veiller à l'exécution
(1) Les grands-pontifes étaient élevés à cette dignité p:tr le peuple. C'est après la captivité de Babylone que les grands-pontifes devinrent réellement les chefs do la république. Sous la dynastie des Ilérodes, le pontificat fut à la merci de ceux que la force étrangère protégeait.
de la loi, avaient plus d'obligations, mais non plus d'avantages que le dernier des citoyens. Ils étaient, d'après la tradition (1), les « collaborateurs de Dieu dans l'évolution de l'humanité ».
La fédération juive ne visait qu'à la conservation intacte des principes et des lois propres à produire le bonheur du peuple et, par le peuple, celui de l'humanité tout entière (2). Tout le monde devait contribuer au triomphe de la vérité, de la sainteté et de la justice. Tant que l'État était au service de ces trois grandes hypostases, il resta dans la voie que Dieu lui a tracée : il ne connaissait ni personnalités privilégiées, ni castes. Son essence était la vertu, et celle-ci était le patrimoine de tous ; elle servait de trait d'union entre le temporel et le spirituel. Dans un tel État, tous les régimes sont bons, pourvu qu'ils mènent au but final.
Dieu n'imposa pas de constitution au peuple d'Israël; nulle forme de gouvernement n'est implicitement déterminée dans l'Écriture. « Quand vous serez rentrés dans le pays que le Seigneur votre Dieu vous donnera, que vous en serez en possession, et que vous y demeurerez, si vous venez à dire: Je choisirai un roi pour me commander, comme en ont toutes les nations qui nous environnent, vous établirez celui que le Seigneur votre Dieu aura désigné parmi vos frères (3). » Ainsi, la législation d'Israël admet toutes les constitutions, monarchiques autant que démocratiques, pourvu qu'elles soient bonnes, basées suri équité, l'égalité et la justice.
Non seulement la constitution, mais aussi la possession de la terre palestinienne n'est nulle part présentée comme une condi-
(1) Talmud, traité IY2C, 10b : îïlMnb ^IW.
(2) Philon, De Abrah , XIX : Eôvo; o (xoi oouT rr,-j \>Tzzp oc7ravTo; àv9pw7rou yt'vo'j; !epciN7VV>jv xai Trpotpvrn'av Xa/£Îv,
(3) Deuter., XVil, li.