CHAPITRE PREMIER. — LA FEDERATION D'iSRAEL
tion absolue d'existence pour le peuple d'Israël. Un sol peut devenir la proie d'une force ennemie. Faudra- t-il avec cette portion de terre abandonner les principes qu'on y professait? Faudra-t-il que ces principes mêmes s'anéantissent sous les remparts abattus? Non, dit le législateur; si ton courage a succombé dans leur défense, ta voix te reste pour célébrer leur sagesse, et ton cœur pour les aimer.
Chaque Société, constituée sur une base d'intérêt, sera nécessairement dissoute dès que l'avantage que procure l'association disparaîtra. De même l'État, uniquement fondé sur la possession d'un territoire, cessera d'exister avec la perte de ce même territoire. Or, la fédération d'Israël avait pour but capital d'attirer sur elle le regard intelligent et l'intérêt de toutes les populations de la terre; elle avait pour mission de se constituer le gardien fidèle de la Révélation primitive, de la garder et d'en faire admirer la beauté à tous les peuples du monde. Telle était la destinée prédite au peuple de Dieu, et résumée dans l'épithéte de o phare de l'humanité (1) ».
Pour faire partie de cette sainte fédération, il n'était pas indispensable d'habiter en Palestine, ni d'y naître, ni même d'appartenir à la race d'Abraham, le père de tous les croyants. Tout homme, sans distinction de nationalité, ni de race, en embrassant la religion révélée, devenait ipso facto, sans nulle autre formalité, membre de la fédération d'Israël.
Les Juifs ne devaient jamais entreprendre par ambition des guerres offensives; ils ne devaient attaquer les nations étrangères que s'ils se voyaient menacés par elles. Le législateur a déterminé les limites de la terre des Israélites, objet de la conquête ordonnée expressément par Dieu. Ils ne devaient jamais
(1) Isaie, IV, 5.
pousser la conquête au-delà de l'Euphrate (1). Le législateur d'Israël tempéra, par l'image des biens de la paix, l'ardeur que le besoin de la conquête allumait dans les âmes, et il prévint le sentiment d'orgueil qu'inspire la victoire, en répétant au peuple que le courage personnel leur servirait moins que la protection de Dieu, que le respect de la justice, que la force du principe qui présidait à leur organisation. L'absence totale d'esprit de conquête impliqua également l'absence d'esprit de prosélytisme forcé (2). A quoi, en effet, la conquête aurait-elle servi? L'État d'Israël n'avait-il uniquement pour but de remplir une mission divine, d'éclairer les peuples d'un bout de la terre à l'autre ? Aussi, ni l'exiguïté du domaine national, ni même la perte totale de l'autonomie n'ont-elles pu dissoudre une fédération dont le pouvoir a toujours été plutôt spirituel que temporel. La dispersion d'Israël facilita, au contraire, sa tâche. Disséminé à travers le monde, il a pu arborer partout le drapeau de la Révélation, hisser sur chaque colline le signal qui a couronné la montagne de Sion. Pour l'instruction des vérités éternelles, disaient les docteurs de la Synagogue, il nous suffit de quatre pouces de terrain (3).
Lorsque Flavius, vendu aux Romains, harangua les assiégés de Jérusalem, ceux-ci lui répondirent : « Sommes-nous entrés sur vos terres ? Avons-nous porté le désespoir dans vos familles? Vous désirez la paix ! qui s'y oppose ? Eloignez-vous de nos murs, laissez-nous dans l'héritage de nos pères. Nous bravons la mort; elle est préférable à une honteuse servitude; et notre dernière consolation est de vous dire toute la haine que vous nous ins-
(1) Deuter., XI, 24.
(2) Talmud, traité mm1», 371'.
(3) nùn bw niDN SDTN.