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CEDVRES COMPLÊTOS D'ALEXANDRE DUMAS,
Jphanno ctoit trop fatiguép et trop soufTi-anfo pour pn prendre si part; ollo manspa seulement un peu de pain, but la moilio d'un gobelet d'argent de vin et d'eau, fit mettre un nouvel appareil sur sa blessure, qui déjà était refermée, et se coucha.
A la pointe du jour, on r(5veilla Jelianne, en lui disant qu'i«i vovait une grande flan^me et une épaisse fumé'e du C(Mé du logis des Anglais. Jehanne se leva aussitôt, se couvrit , au lieu de sa lourde cuiriis.se, d'un léger jaque do mailles, et monta h cheval. En arrivant sur les remparts, elle vit les Anglais en bataille, qui avaient rangé leurs troupes jusque sur les fossés de la ville, et qui semblaient oftrir le combat aux Français. Pendant la nuit, lord Talbol, le comte de SufTolk et les autres chefs anglais avaient décidé de lever le siège; mais comme ils voulaient, pour sauver l'honneur, faire cette retraite, non pas en hommes que l'on chasse, mais en gens qui s'en vont de leur propre volonté, ils avaient mis le feu à leurs logis et rangeaient leurs soldats en bataille : ils étaient venus faire un dernier défi à leurs vainqueure.
Les chefs français, h celte démonstration, voulaient sortir de la ville et accepter le combat; mais, cette fois, ce fut Jehanne qui, au lieu d'exciter leur courage, essaya de calmer li'ur ardeur.
— Pour l'amour et l'honneur du saint dimanche ! s'écria-t-elle, ne les attaquez point les pi-emiers, et ne leur deniandej! rien; r/n c'est le bon plaisir et la volonté de Dieu qu'on leur permette de s'en aller, s'ils veulent partir. S'ils vous nltaquenl, défendez-vous hardiment; car, dans ce cas, vous serez les maîtres.
Aloi-s elle envoya chercher des hommes d'église, avec leurs habits sacerdotaux ; et tandis qu'ils chantaient des hymnes et des oraisons accompagnées en chepurpar le peuple, elle fit apporter une table et un marbre bénit. Aus- Bitôl, à l'aide do c^s deux objets, on improvisa un autel, où les prêtres dirent deux mes<;cs que Jehanne écoula dévotement et h genoux. A la fin de la seconde, elle demanda si les Anglais avaient le dos ou le visage tourné vers la ville.
— Ils onl le dos tourné, et ils font retraite, répondit-on fi JiMinnne.
— Fn ce cas, laissez-les aller, dit Jehanne; car il ne platt pis h Mes^ire qu'on les combatte aujourd'hui. Une autre fois, Dieu vous les ri'ndra.
Quoi que fill lo désir des chefis de poursili\Te l'ennemi, il y avait une tclli! inspiration dans la voix de Jehauno, que cette voix les arri^la, et qu'ainsi qu'elle le tb'siv.iit, ils lais'.irent los Anglais so reliror Iranquillomont, ol s'en all^rent piller les deux basiillis ijui restaient debout; puis on les rasa, apn\s en avoir retiré los canons cl les bombardos, que l'on ramena h Orléans.
l'ne partie do la jiopulation et la garnison tout enli^n1 ftaionl sur les remp;irts, du haut desquels ils regardaient S'éloigner les Anglais. Au moment oii In cloche sonna midi, on les perdit de vue : lo siégo d'Orléans était lo\-é.
Neuf jours avaient suffi h la Purollo pour accomplir la pTcmièrG promesso qu'elle avait faite au nom de Dieu.
JARtiEAV KT PATftT.
l'ne fois lo ^ic:;o lové, Johnnne n'avait plus rien h fnfr^ h Orléans; aussi (piiita-t-ollo la ville, qu'ollc voiviil de sauver si mirarulou«<monl,lo 20 mai sulv.ml. f.o bM inl d'Orléans cl prosqup Ions \f% rhofs do guorn» r.nvonii^agnaleiit; mr, m la voyant si brave i^eudml la bni.iillo, si modfsU' niit^s, si pii-usi» toujiiuT';, Us avnloni oi-sio do ln Jaloiivor, ri rVt.iit h qui lui rondratt Justice. IIm elievaucli^pul ainM jiisqu"ft Tonrs, ofi était le mi.bnuol fil gr.iiilo léir h inii-i, Miais parllruliéti-uiont )\ Il Pan'lle. ol tIM.Mi Jnnlld^, tf,r rlifl nrnll ftH lnul ce qu'elle nvnll pro-
mis; et ce qu'elle avait promis, il n'y avait pas un chef dans toute i'aViiiée, si grand et si hardi qu'il frtt. qui eût osé seulement concevoir l'espérance de l'accomplir.
Alors de grands conseils furent t(>nus pour siivoir ce qu'il y avait à faire. Jelianne insistait forlonient pour conduire à l'instant même le roi h Reims, dismf qu'à partir de l'heure où il serait sacré, la puissance «les Anglais dans le royaume irait toujours en diminuant; mais il fut décidé que l'on commenc/'rait d'abord par nettoyer la Loire, en prenant les quelques villes que los Anglais possédaient encore sur cotto rivière. En conséquence, on convoqua uno granile assemblée de «obles, que le roi mit sous la conduite du duc d'Alençon, en lui reconmiandant cependant de prendre le conseil de la Pucelle en toutes choses ; puis on marcha sur Jargeau, la plus forte de ces villos. La duchesse, comme la pi-emière fois, était fort désolée de voir partir son mari ; mais, comme la première fois, Jehanne lui jura qii'eile le lui ramènerait sain et sauf. Comme en eflot pareille promesse s'était déjà accomplie, la duchesse reprit bon courage, et embrassa Jehanne en recommandant le duc à ses prient.
On arriva lo 20juin devant Jargeau, et le lendemain, qui était le jour de la saint Barnabe, on commença le siège. Les Français avaient dans leur armée le duc d'Alençon, qui en avait le comn^andemonl en chef, Jehanne, le b;1lnrd d'Orléans, le sii-e do Boussae, le sire de Graville, le sire do Culnnt, mossire Ambroise de Loré et Etienne de Vignoles. Quanta la ville, elle était défendue par le comte de Suffolk en piTSonne , et Alexandre et Jehan de Poole , ses frères. On devait donc s'atten<lre que si elle était bien attaquée, elle sorait bien défendue.
Dès le jour de l'arrivée, on commença h tirer contre les murailles. Toute la journée du lendemain, (jui était un samedi, on continua si bien que, le dimanche au matin, la brèche fut praticable, et que l'on ordonna l'assaut. Kn effet, il n'y avait pas de temps à perdre, c.ir les Anglais attendaient de Paris un renfort considérable, lequel devait Ctre amené par le fanioux sir Falstalï, qui avait si cruellement battu los Français à la désastreusojournée des Harengs.
La veille de c« jour, Jehanne avait donné uno nouvelle prouvo de l'esprit de divination ((ui l'animait. Comme le duc d'Alençon s'était avancé avec le sire de I.udc pour dirigor le fou d'uno batterie dont les pierres passaient pardessus le ronipnrt, Jehanne lui cria tout h coup do so retirer en arrière, et, comme il ne l'écoulait pas, elle courut h lui, lo prit par le bras, et lo fil reculer de deux IoIm^s environ. Au même instant, une bombarde anglaise fil feu, et le sire di' t.ude, qui avait repris juste la place que \"enail de quitter le duc, eut la ICtc emp<irtée. Le duc d'Alençon aimait déjà fort Jehanne, eu laquelle il avait, dô« lo commenconieni, eu confiance' entière; mais h p;irlir do (V moment, son amitié s'augmenta encon; d'une reconnaissance su|(rén)o, car il n'y avait aucun doute à faire qu'(>lle venait île lui sauver la vie. Au reste, comme cet évononicnt s'élait passé aux yeux di> to\ile l'armée, chacun cri I au miracle, cl s'en prépara à conibaltru plus hardimont.
Au monionl oîj l'assaut allait Commencer, le comlo de SufTolk demanda h partementer. Les Anglais n'étaient plus os méuies liommos qui , doux mois ut, alla-
quaient los Français partout oîi Ils les i ut, fus-
sions-nous triMs ciintre »in : maintennnl. .01 ( ulralre, ni leur nombn>. ni leurs murailles ni' h"* r.is>-ur.iient, ol ils éMlaii'Ul autant que possible lo combat.
Plusieurs otaienl <r.iTls do no p,is même éci^uler le parlement dn'ot de continuer l'assuil: mus J ' '■ le duc declar^n'ul qu'il devait êln^ 11,1 ndu. I ntnire s'avança donc euln- los dmix . lU non) du dvic do SufTolk, à Iralb r, | la ville dans quinze joui» ^-'W n'eiaii pas - i lui n^ •..., A,f ,. ., I.. .lui' Il II. Il iii . . itn'ii |i.i'. .' ' '1er à In
- ayant >le plus In l„ II,,,, ; I ,, il .,- , , -, mais lo parienion-
JEHANNE LA PUCELLE
taire dit qu'il ne pouvait accepter une pareille proposition.
— Alors, nous vous prendrons d'assaut, répondit la Pucelle.
Le parlementaire se retira.
— En avant ! gentil duel cria alors Jehanne; à l'assaut ! à l'assaut !...
— Mais, dit le duc, croyez-vous la brtclio assez praticablo, Jelinnnc; et no vous semblc-t-il point que nous devions aKcndre encore ?
— N'ayez aucun doute, reprit Jehanne, et marchez hardiment; l'heure est prête quand il plaît à Dieu. Or, Dieu veut que nous allions en avant, et se tient prêt à nous aider.
— Cependant... dit le duc hésitant encore.
— Ahl interrompit Jehanne, as-tu donc peur, gentil duc; et oublies-tu que j'ai promis à ta femme de le ramener?
— Allons donc, dit le duc, puisque vous le voulez absolument, Jehanne, qu'il soit fait si'iun votre plaisir. Puis, élevant la voix : A l'assaut! cria-l-ii, à l'assaut!
Chacun alors courut aux murailles avec une admirable ardeur. Connue l'avait pensé le duc, la brèche était trop haute encore, et il fallait se servir d'échelles pour y atteindre ; mais ce n'était pas chose facile : car il y avait à l'endroit le plus abordable, et par conséquent le plusattaqué, un g-raud et fort Anglais armé de toutes pièces, lequel faisait merveille, tantôt avec une massue, tantôt avec de gros quartiers de rocher qu'il lançait avec la même force qu'aurait pu le faire une machine de guerre. Alors le duc d'Aleneon, voyant le ravage que ce géant faisait pai-mi nous, alla à un maître canonnier qui passait pour un très liabile pointeur, et, lui montrant l'Anglais, lui demanda s'il ne pouvait pas ie débarrasser de cet incommode ennemi. Le canomiicr, qui se nummait maître Jeiian, et qui en effet était digne de sa réputation, chargea aussitôt sa coulevrine,et la dirigeant contre l'Anglais, qui justement se découvrait fort en ce moment, l'atteignit au milieu de la poilrinc si rudement, que du coup il fut rejeté de quatre ou cinq pas en arrière, et, du haut de la brèche où il était, s'en alla tomber mort dans la ville.
Aussitôt, profitant du désoiiire que ce beaucoup avait jeté parmi les Anglais, Jehanne descendit dans le fossé, son étendard en main; et drcsssant une échelle au lieu même où les Anglais faisaient la plus flpre défense, elle mit le pied sur le premier échelon, appelant et encourageant ses compagnons. En ce moment elle fut reconnue par les Anglais, et l'un d'entre eux prenant une grosse pierre qu'il avait peine à soulever, la lui lança sur la tête avec une telle force, que la pierre se brisa en mille morceaux sur son casque, et que Jehanne, étourdie du coup, lut contrainte de s'asseoir. Mais presque aussitôt elle se releva, et avec une énergie et une foi plus grandes encore qu'auparavant.
— Montez hardiment! montez 1 dit-elle, et entrez dedans; vous n'y trouverez plus de résistance : car leur heure sonne et Messire les a condamnés!
A ces mots, donnant l'exemple, elle monta la première, et en effet les Français eurent h peine fait un dernier effort, que tout céda devant eux, et que les Anglais connnencèrcnt h fuir. Les assiégeans les'poursuivirent l'épée dans les rchis, et le comte de SulTolK, qui viMiail de voir périr son frère Alexandre de Poole, fuyait comme les autre, lor(]ue, se voyant serré de troji (irès par un genlilhonnne nommé Guillaume HeiiauU, qui, tout en le poursuivant, lui criait do se rendre, il se relourna :
— Es-tu gentilhomme? demanda le comte à son ennemi.
, — Je le suis, répondit celui-ci.
~- Es-lu ch(n-alior! demanda encore h< comte,
— Non, mais je sni<; digne de l'être, puisque le Comte de Suflolk a fui devant moi, reprit (iuillaun;e.
— Eh bien 1 sur mon Ame, dit le conUe, lu le Seras, et do ma niajn encore... A genoux!
Guillaume Renault obéit et s'agenouilla d(>vant lerottitr;
celui-ci lui donna alors sur l'épaule trois coups du plat do son épéo, en lui disant : — Au nom de Dieu et de s<-iint Georges! je te fais chevalier. — Puis aus:iilôt il lui rendit cette môme épée avec laquelle il venait de lui donner l'ao colade.
Celte bonne nouvelle fut aussitôt transmise au roi Charles, tandis que l'armée française, après avoir laissé garnison à Jaige«iu,se retirait à Orléans, où elle comptait se reposer et se rafraîchir. Le roi, tout joyeux d'une si riche prise, après en avoir grandement remercié Dieu par des messes et des processions, fit une nouvelle convocation de nobles et de gens d'armes, et comme, à cette heure que la fortune re\enait à lui, il lui arrivait des renforts de tous cotés, ii les envoya tous tant qu'il en vint à Orléans, où, comme nous l'avons dit, se l( naient le duc d'Aleuçou et la Puc^jHe; les principiux parmi les nouveaux arrivans étaient le seigneur de lietz, le seigneur de Chavigny, le sire de Loiiéac, son frère Guy de Laval et le seigneur de Latour-d'Au\ orgue,
A peine le duc d'Alençon se vit-il renforcé ainsi, qu'il résolut de continuer ojtlo période de succès ouverte par la prise de Jargeau. 11 marcha vers Meung-sur-Loire, où commandait lord Scales; mais celui-ci, ne se jugeant pus assez fort pour résister, abandonna la ville et se retira dans la citadelle. Les Français continuèrent alors leur marche sur Beaugency, où commandait lord Talbot; mais, de même que lord Scales, celui-ci n'osant point défendre la ville, laissa une petite gai'uison dans la foi^teresse, et s'en alla joindre la compagnie de gens de guerre qu'amenait de Paris sir Faistaff, et qui arrivait trop tard pour secourir Jargeau.
Le duc d'Alençon était donc devant Beaugency, lorsque la nouvelle lui arriva que le comte Arthur de Richemout, connétable de France, et que l'intluence du sire de La Trcmouille éloignait du roi, venait le rejoindre avec une armée. En effet, ie connétable, ()ui était jeune et brave, et do plus Français de cœur, s'était euimyé du repos où le tenait une intrigue de cour tandis que s'accomplissaient de si grandes choses; il était, en conséquence, parti de Parlhenay avec un grand nombre de gentilshommes des pn-niières familles de Bretagne, et il venait, comme on l'avait dit au duc d'Alençon, mettre son épée fleurdelisée au service du roi, et, si besoin était, servir Charles VU malgré luimême.
La situation du duc d'Alençon se trouvait des plus embarrassantes : il avait l'ordre positif du roi de ne pas accepter les secours du connétable, et le connétable, déjà arrivé à Amboise, envoyait les sires de Rostrenen et de Carnioisen pour retenir des logis pour lui et ses gvns dans la même ville où se trouvait le duc. Placé entre a-s deux extrémités, de desolunr au roi ou de se faire un ennemi du connétable qu'il estimait, le duc d'Alençon était sur lo point de st? retirer. Ouant à Jehanne, comme elle ignorait parfaitement ce que c'était que le comte de Richemont, et qu'elle le prenait, au trouble qu'il causait dans l'armée française, pour un ennemi, elle proiwsa tout d'abord de man-her contre lui et de le défaire. Mais celte proposition souleva une grande clameur contiv elle, et beaucoup de cîievalier s et mêm(> Lahire, qui était de ses meilleui-s ninis. dirent tout haut que si l'on marchait contre Arthur de Richemont, il ne r.illail pas compter sur eux, attemlii qu'ils préféraient de beaucoup lo connétable à toutes les pucellesdu royaiiiiie.
Sur ces enirofaites. on apprit que loni Talbot t
avec sir Jehan Faistaff. Alors, la Piuvlle, qui se' truire de ce qu'était le connétable, dit la pri'iiuèii» <pii', bien loin de se diviser et di- st> battre, il fallait si' s «ulenir et s'entr'aider lt>s uns les aulrvs; en consequenoo, elle déclara qu'elle pivnail tout siirello\is-,'i-visd»i n>i; el lo duc d'Alençon, qui ne demandait p;is mieux que de se rtninir nu connétable pourvu qu'un auliv prfl la v<>s|X>ns,ibililé , de cette réunion, convoqua U^ priMiiiors clieft do son arméo pour mnrdier n\>H; eux au devant do lui.
Fn renronlrant Pamh'e hr<>tonne, l« ohev'aliers français miixMit pied à terre ; cl la Pucelle, s'avanç,int la prt^mièno
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ŒUVRES COMPLETES D'ALEXANDRE DUMAS
et en avant do tous, s'inclina pour embrasser les genoux du connétable; mais le connétable la relevant presque aussitôt : — Jehanne, lui dit-il, on m'a assuré que vous me vouliez combattre : je ne sais si vous venez do la part de Dieu ou non. Si vous êtes de Dieu, je ne vous crains en rien, car Dieu sait mon bon vouloir; si vous êtes du diable, je vous crains encore moins.
Après Jehanne vint le duc d'AIoneon; les deux princes se serrèrent franchement et loyalement la main ; puis Français et Bretons se môlèrent, et chacun commença h parler des choses merveilleuses qui venaient de s'accomplir; tous y puisèrent un nouveau courage pour la rencontre qui ne pouvait manquer d'avoir lieu prochainement.
Le premier effet de cette réunion fut de causer un tel effroi à la garnison de la forteresse de Beaugency que le sire de Guetin, qui la commandait, demanda à traiter. Le lendemain, une c:ipitulation fut signée, par laquelle chaque Anglais enfermé dans la forteresse en pouvait sortir gardant son cheval, son armure et la valeur d'un marc d'argent.
Pendant ce temps, lord Talbot, lord Scoles et Jehan Falslaff s'étaient réunis et marchaient sur nous avec l'intention évidente de nous proposer la bataille en rase campagne: C'était donc un grand hohneur que ce bon accord qui régnait entre les Bretons et les Français ; Jehanne s'en réjouissait plus que personne : — Ah ! beau connétable, disaitelle, vous n'êtes pas venu de par moi, mais vous n'en êtes pas moins le très bien venu.
Les encouragemens de la Pucelle ne se bornaient point là; elle reconfortait jusqu'au dernier soldat qu'elh; rencontrait, disant: — Les Anglais viennent, il faut combattre sans hésiter, car, fussent-ils pendus aux nues, nous les atteindrons ; Dieu nous a envoyés pour les punir. lît ainsi elle allait encourageant tout le monde, si bien que chacun, oubliant les journées de Brévent, de Verneuil et de Rouvray, pour ne s(! souvenir que de celles d'Orléans et do Jargeau, demandait à marcher h l'ennemi.
Le duc d'Alençon et le connétable résolurent de profiter de ces bonnes dispositions, et ordonnèrent h l'armée de se préparer, non pas h attendre les Anglais et h se défendre, mais h marcher au dev;int d'eux et à les attaquer. On forma une avant-garde choisie parmi les meilleurs hommes d'armes et connnandée par Ambroise de Loré, le sire de Beaumanoir, James de Tillet, Lahire et Xaintrailles. La Pucelle demandait à toute force d'en être, car c'était son habitude, dis.iil-<'lle, do marcher au premier rang; mais on exigea d'elle qu'elle demeurlt au Corps de bataille avec le connétable, le duc d'Alençon, le comte de Dunois, l'amiral de r.ulaiit, le maréchal de Boussac, et les seigneurs de Laval, d'Albret et lie Oaurourl.
On se mil en route. L'ordre était donné h celte avantgarde d'atlaipiiT les Anglais aussitôt qu'elle les rencontrerait, adn de ne leur point laisser le temps de se ranger en bataille, notre grand desivantage avr-c eux ayant toujours tenu il leur habileté [lour disposer leurs armées. On inarrhait donc ainsi droit devant soi, dans les belles plainr's de la Beauce, oii l'on sivait nuicoiilrer les Anglais, lorsqn'eii arrivant près de p.iUiy, à un endroit nommé Les Oignees, d'où 1.1 vue ni' pouvait s'étendre bien loin, h Muse di-s pi"tils bois qui la nia.si|u.ilent, l'avant-garde lit lever un cerf. Lahire cl les chevaliers qui étaient près de lui suivirent quelque temps des yeux l'animal, avec l'attention d'Iioiniiies qui, n(irès U guerre, ne coiinaisviient pas de plus ni>ble l)esogne que |,i chasse, lorstiue, quelques minutes n()rè,s (|ue le riTreul «lispnru dans la lisière d'un bois, on enlendil lie (^r.inds cris et on le vil repirattre épouvanté : il avait été donner en (ilein dans l'.irmée anglaise, et ces cris qu'on entendait, relaient ceux de l'ennemi. Lahire rangea nussilAl son nvonl-garde en bon ordre, et lll dire au duc d'Alençon qu'il venait de ri'ncxmlrer les Anglais, demanclant si, comme In clios*^ avail été convenue <rabord, il lui f.illait ntlaqiier. I/< duc d'Alençon était près di- Jehanne lorsque je messager vint lui apporter celle nouvelle. So retoumanl pion vers elle:
— Jehanne, lui dit-il, voici les Anglais en bataille; combattrons-nous ?
— Avez-vous vos éperons, gentil duc ? demanda à son tour Jehanne en souriant.
— Pourquoi cela, nos éperons, Jehanne, pensez-vous à nous retirer, et nous faudra-t-il fuir?
— Non point, dit Jehanne, au contraire, car ce sont eux qui s'enfuiront et non pas nous; ce sont eux qui seront déconfits, et le gentil dauphin aura aujourd'hui la plus grande victoire qu'il ait jamais eue, car mon conseil m'a dil qu'ils étaient à nous ; c'esl pour cela que je vous demandais si vous aviez vos éperons, car vous en aurez grand besoin pour les poursui\Te.
— C'est bien, c'est bien, Jehanne, répondit le duc ; nous pouvons donc aller en avant ?
— Allons-y, au nom de Dieu! dit Jehanne, car je vous réponds d'avance qu'ils sont à nous.
Et le messager reporta aussitôt à Lahire l'ordre d'attaquer.
Lahire ne se le fit pas dire deux fois: il fondit sur les Anglais si précipitamment, que ceux-ci ne s:ichant pas les Français si près d'eux, et n'étant nullement préparés à celle attaque, n'eurent point le temps d'ordonner leurs batiiillons ; d'ailleurs la discorde était dans leurs rangs : les uns voulaient accepter, les autres voulaient refuser \o combal ; lord Talbot était du premier avis, et sir Jehan Falslaff élaii du second. Mais déjà il était trop tird pour battre en retraite, et force leur fut, bon gré mal gré, de faire face aux Français. Alors une autre discussion s'établit : les uns votilaient combattre à l'endroit même où ils se trouvaient, prétendant être suffisamment défendus par une forte haie qui s'étendait sur leur droite, les autres voulaient prendre une meilleure position, afin de s'appuyer, d'une part sur l'abbaye de Patay, et de l'autre sur un bois. Conmie ceux qui soutenaient ce dernier conseil étaient les plus nombreux, ils l'emportèrent. Alors chacun se mit à courir pour gagner l'endroit proposé ; mais pendant ce temps l'avantgarde française avait gagné du terrain ; nos chevaliers, voyant coufir les Anglais, crurent qu'ils prenaient la fuilo sans les attendre ; leur courage s'en augmenta encore, et ils pressèrent tellement leurs chevaux qu'ils arrivèrent pêle-mêle avec l'ennemi h l'endroit oii il devait se former : il en ri'sulta qu'avant que les chevaliers anglais n'eussent leurs lances en arrêt, avant que leurs hommes d'armes n'i'ussent mis pied h terre, avant que leurs archers n'eussent planté les pieux derrièn» 'les<]uels ils combattaient et qui les mettaient ci l'abri des charges de cavalerie, notre avant-garde frappait déjh h droite et h gauche, oliallan tout ce qu'elle rencontrait ; il en résulta que lorsque le corps de bataille arriva, la victoire était déjà en si bon Irain qu'il n'eut qu'h se montrer pour tout achever. Sir Jehan Falslaff et le liAlard de Thian prirent la fuiti>, lord Talbot, lord Scales et lord llungerforl furent faits prisonniers ; deux mille deux cents Anglais restèrent sur le champ do bataille ; les autres furent poursuivis ju'-~qu'.'i J.inville, où ils espéraient se retirer ; mais il en arriva tout aulremenl : les bonnes gens de Janville, i|ul étaii'ut Français de c<i>ur, Voyant les Anglais eu d('r(iute, leur lermèrent leurs |iorles, de sorte qu'ils furent obligés de pass«'r outre : de plus, lo gouverneur de la ville, voyant que la forluiie s<>'di>«'larail di'cidémeiil pour le roi de France, pro(>osi) aux vainqueurs de leur rendre Janville et de si' fain^ Français, si on voulait lui donner vie et bagues sauves : la proposition fui acceptée, cl du même coup une bataille fut gagni-e el une ville prise.
Mais Ih ne se bornèrr-nl point encore les résultats de celle grande journée, où l.i l'ucelle avait vaincu, on |hhiI le dire, par la li-rreur qu'inspirait sa seule prés<>nce. Li rtinsternalion fut si grande cliei les Anglais, qu'ils abando!inèn<nt, sins combattre, Meiing, Montpi|vMU el Saint-Simon, meltiiit le feu aux forten'sses, et se concentronl sur l'.iris.
Quand à la Pucelle, nu duc d'Alençon el aux autres chefs do ifuerro, ils retournèrent h Orléan», où ils enlrèrvnl lo
JEHANNE LA PUCELLÊ.
18 juin. Le connétable et ses Bretons restèrent seuls à Beaugency, pour y attendre les ordres du roi.