PIERRE LE CRUEL
Vers la fin de l'année 1356, par une chaude soirée du mois de septembre, un de ces ora^'cs comme peuvent seuls s'en faire une idée ceux qui ont habité les pays méridionaux, éclatait sur Séville et ses environs. Le ciel n'était qu'une nappe de Ûanime que le tonnerre grondant parcoui'ait d'une extrémité à l'autre, et cependant des torrens de pluie semblaient tomber, au lieu de lave, de ce volcan renversé. De temps en temps un sillon de feu se détachait de ce vaste cratère, parcourait rapidement la distance et s'enroulait comme un serpent à ta cime de quelques sapins. L'arbre prenait feu comme un phare gigantesque, illuminait un instant le précipice sur lequel il avait poussé ; puis, s'éleignant bientôt, laissait le cercle qu'il avait éclairé dans une obscurité rendue plus profonde encore par l'absence de la lumière accidentelle qui l'avait un instant tiré de sa nuit.
C'était par ce temps qui semblait l'annonce d'un nouveau déluge, (pie deux chasseurs séparés de leur suite descendaient, en traînant par la bride leurs chevaux qui n'avaient plus la force de les porter, par une espèce de chemin pierreux qui, pour l'heure, servait de lit :"» un des mille torrens qui se précipitaient du versant méridional d'une des montagnes de la Sierra-Morena, dans la vallée au fond de laquelle roule le Guadalquivir. De temps en temps ces voyageurs, qui marchaient en silence comme font des hommes perdus, s'arrêtaient écoutant s'ils n'entendraient pas d'autre bruit que celui du tonnerre ; mais tout semblait faire silence sur la terre pour écouler la grande voix qui parlait au ciel. Enfin, dans un moment où la foudre comme lassée se reposait tut instant, le moins âgé des deux chasseurs, qui était un
grand Jeune homme de vingt-deux à vingt-quatre 'ans, aux longs cheveux blonds, au teint blanc comme celui d'un homme du Nord, aux traits réguliers et à l'air noble et majestueux, porta à sa bouche un cor d'ivoire et en tira des sons si aigus et si prolongés, qu'au milieu de cette tempête cl de ce chaos, ils durent sembler à ceux qui les entendirent un appel de l'ange du jugement dernier. C'était la troisième ou quatrième fols que le chasseur égaré avait recours à ce moyen sans qu'il amenât aucun résultat. Cette fois il fut plus heureux, car au bout d'un instant les accens d'un cor montagnard répondirent au sien, mais si faibles et si éloignés, que les deux chasseurs doutèrent un instant si ce n'étaient pas quelques moqueries de l'écho. Le jeune homme porta donc une seconde fois le cor ù ses lèvres et en sonna de nouveau avec une force accrue par l'espérance; et celle fois il ne conserva aucun doute, car les sons qui lui répondirent, se graduant sur les siens, lui arrivèrent assez distincts pour qu'il reconnût la direction de laquelle ils venaient. Aussilôi le jeune homme aux cheveux blonds jeia la bride de son cheval aux mains de son compagnon, monta sur l'une des éminences qui bonlaicnt le chemin creux, et plongeant ses regards dans la vallée, que de temps en temps un éclair illuminait jusque dans ses profondeurs, il aperçut, k une demi-lieue a peu près, aux flancs de la montagne opposée à celle qu'ils suivaient, un grand feu brûlant sur la pointe d'un rocher, l'n instant il douta s'il avait été allumé par la main des hommes ou par celle de Dieu ; mais ayant donné du cor une troisième fois avec une nouvelle force, le sons qui lui réj>ondirenl lui semblèrent si directement partis du mfme lieu oli brillait la llamme, qu'il n'héslia pas un instant !» redescendre dans le ravin où rattendalt son compagnon et à marcher avec lui droit de ce côté. En effet, après une heure de marche an milieu des sinuosités de ce sentier, non sans avoir de temps en temps renouvelé leur appel , qui rhaqtif ("Il leur apportait une réponse plus rapprochée, les voyjff urs arrivèrent au t>as de la montagne et virent dlrec-tcBrnl it
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œUVliES COMPLÈTES D'ALEXANDRE DUMÂ.S.
l'autre côté le feu qui leur avait servi de phare, éclairant une petite maison qui semblait une ferme ; mais entre eux et cette maison roulait , torrentueux et menaçant , le Guadalquivir.
— Que San-Iago nous protège ! s'écria à cette vue le plus jeune des deux chasseurs, car j'ai bien peur, Ferrand, que nous ayons fait un chemin inutile, et que ce qui nous reste I faire maintenant soit de chercher quelque trou où passer la nui'.
— Et pourquoi cela, monseigneur ? répondit celui auquel il s'adressait.
— Parce qu'il n'y a guîre que Caron qui se hasarde à naviguer à celte heure sur ce fleuve infernal, que les poètes ont appelé le Guadalquivir et qu'ils auraient mieux fait de nommer l'Achéron.
— Peut-être que vous vous trompez, sire, nous sommes assez près maintenant de cette maison pour qu'on entende notre voix, et sans doute qu'on promettant à ceux qui l'habilent une grande récompense et en disant qui vous êtes...
— Par les blanches mains de Maria, s'écria don Pédre, car le grand jeune homme blond élait le roi de Casiille luimême, garde-l'en bien, Ferrand ; il pourrait se trouver là quelque partisan de mes bâtards de frères pour me donner l'hospitalilé de la tombe et doubler la rérompense que je lui aurais offerte avec le prix de mon sang. Non, non, Ferrand, sur ton âme, pas un mot de mon rang ni de ma fortune.
— Cela suffit, sire, répondit Ferrand s'inclinant en signe d'obéissance et de respect.
— D'autant plus que «e serait inutile, s'écria don Pèdre, car, Dieu me pardonne I voilà une barque qui se détache du rivage.
— Votre Altesse voit bien qu'elle juge mal les hommes.
— C'est que je les juge par ceux qui m'entourent, Ferrand, dit en souriant le roi ; et, à quelques exceptions, je dois avouer que réchantillon n'est pas à l'avantage de l'humanité.
Soit que Ferrand fût au fond du cœur de l'avis du roi, soit qu'il ne trouvai rien à lui répondre, il garda le silence, et ses yeux, i:omme ceux de don Pèdre, se fixèrent sur la barque qui s'avançaK vers eux, prêle à chaque minute ù être entraînée par le courant, ou brisée par les arbres déracinés qui suivaient le III de l'eau. Elle élait nionlée par un homme de quarante à quarante-cinq ans, aux traits prononcés, mais francs et ouverts; et, chose remarquable, cet homme au milieu du danger ramait avec un calme et une égalité de mouvenipns (|ui indiquaient un de ces courages froids qu'ont en partage ces ijuclques âmes élues et vigoureusement trempées qui, selon que Dieu les a fait naitre au bas ou en haut de la société, font l'admiration d'un village ou d'un empire. Il s'avançait donc lentement, mais cependant avec une adresse et une force telles que le roi don Pèdre, grand appréciateur de tous les exercices du corps, auxquels il excellait, le regardait venir avec étonnemenl. Arrivé à quelques |)ieds du rivage, il s'élança sur le bord avec une sûreté et une élasticité tonte montagnarde; puis, tirant la barque avec une corde jusqu'à ce qu'elle tourhAt la rive, il étendit la main vers elle, et d'un ton aussi simple que s'il ne Venait pas de risquer sa vie :
— Entrez, messeigneurs , leur dit-il en s'inclinant avec respect, mais sans humilité.
— Et nos chevaux, demanda don Pêdre, que vonl-ils devenir?
— Ils vous suivront en nageant, messeigneurs; et en leur tenant la bride courte, ce qui leur soutiendra la tête hors de l'eau, il n'y a pour eux aucun danger.
Don Pèdre el Ferrand tirent ainsi que leur rerummandall le monta;;nard, cl ciïectivemcnl ils arrivèrent ,1 l'autre Ixinl à travern mille dangers, mais sans aucun accident, tant leur pilote avait déployé d'habileté et de force. Aussitôt eux et leurs chevaux prirent terre, et leur guide, marchant devant eux pour leur montrer le chemin, les nunlulsit par un sentier facile jusqu'à la rabane qui depuis une heure faisait l'objet de leur ambition. Devant la porte, un jeune lioninio
de vingt ans qui les attendait prit leurs chevaux par la brid* et les conduisit vers un hangar.
— Quel est ce jeune homme? demanda don Pèdre en le regardant s'éloigner.
— C'est mon his Manuel, monseigneur.
— El comment a-t-il laissé son père s'exposer pour venir nous chercher, tandis qu'il restait ici à nous attendre?
— Sauf votre plaisir, monseigneur, répondit le montagnard, il était à Carmona, oii je l'avais envoyé chercher quelques provisions, du moment où j'avais entendu pour la première fois le son de votre cor; car, saclianl qu'il y avait eu aujourd'hui grande battue dans la forêt voisine, je me suis bien douté que vous étiez des chasseurs égarés et que vous arriveriez mourans de faim ; or, je voulais vous offrir quelque chose de mieux que ce que contient ordinairement la cabane d'un pauvre montagnard, et voilà qu'il vient d'arriver sans doute à l'instant même. S'il eût été ici, il n'eût point été vous chercher sans moi ni moi sans lui : nous eussions été ensemble.
— Comment t'appelles-tu? demanda don Pèdre.
— Juan Pasqnale, pour servir votre seigneurie.
— Eh bien, Juan Pasquale, dit le roi, je voudrais avoir beaucoup de serviteurs comme toi, car tu es un brave homme.
Juan Pasquale s'inclina comme fait un homme qui reçoit un compliment qu'il sait avoir mérité; et, indiquant de la main la porte de sa cabane, il invita les voyageurs à y entrer.
Ils trouvèrent le couvert mis par les soins de la ménagère et un bon feu dans la cheminée; ce qui prouvait (jue Juan Pasquale avait pensé aux deux choses les plus importantes en pareille circonstance : au froid el à la faim.
— Voilà, dit don Pèdre en le jeiant dans un coin de la cabane, un manteau qui pèse bien une centaine de livres, el Je crois qu'en le tordant il rendrait assez d'eau pour donner une honnête question au tligne Albuquerque, s'il n'avait pris la précaution de se sauver à la cour de Lisbonne.
— Si vous le trouvez bon, messeigneurs, dit Pasquale, je puis vous prêter, tant de ma garderobe que de celle de mon fils, des habits (jui, bien que grossiers, vaudront mieux que ceux que vous portez et qui sécheront pendant ce temps.
— Si nous le trouvons bon ! je le crois pardieu bien, mon digne bote, et c'est une de ces propositions qu'un chasseur trempé ne refuse jamais ! Vile donc les babils, car je l'avoue que voilà un souper qui m'attire, et que je ne voudrais mettre que juste le temps nécessaire à mon changement, afin de revenir lui dire deux mots le plus loi possible.
Juan Pasquale ouvrit la porte d'une petite chambre où un lit était dressé el un feu allumé, puis, tirant d'un bahut des habits et du linge, il les étendit sur un escabeau et laissa ses hôtes seuls. Les deux chasseurs commencèrent aussiuM leur toilelte.
— Eh bien ! Ferrand, dit don Pèdre, crois-tu que quand j'aurais dit mon nom j'aurais été mieux reçu ?
— 1-e lait est, repondit le courtisan, q\u' notre hôte aurait pu y mettre plus île respect, mais non plus de rordialilé.
— C'est justement celle cordialité qui nie charme. J'ai souvent fait dans mes excursions incognito bon profil des avis ([ue l'on a donnés à linconnu, jamais des louanges que l'on a faites au roi. Je veux faire causer ce braw homme, Ferrand.
— Ce ne sera pas difficile, sire, et je crois d'avance que vous pourrez être certain de la sincérité de ce qu II vous dira. Au reste. Votre Altesse ne peut rien enlcndrc que de flatteur.
— Ainsi soll-ll, dll don Pèdre. El comme la toilette était achevée, ils rentrèrent dans la salle où était seni le souper.
— Eh bien, dil don ivdre, qu'csi-re dune? Je ne vols que deux couverts sur la table.
— Miendezvous quelque nouveau compagnon? demanda
Pasquale.
— Non pas. Dieu merci ; mais vous el votre famille, avravous donc soupe?
■^ Non, pas encore, monseigneur; mais il n'apparticnl
piEnnK LE cnvr.v.
pas il dp iiaiivres gens comme nous de nous nipllrc a la talile d'aussi nnblrs seigneurs. Nous vous servirons pendant que vous soii|ifrpz, ei nous soiiperons après vous.
— Par -aiiil JatMines ! l)ravf lioinnie, s'éiria don Pèdre, il n'en sera pas ainsi. Toi ei la femme vous vous nietircz ii labié et (on lils nous servira, non pas ijue je veuille éialilir u.ie dislinciion enire lui el nous, mais parce c|u'il esl le plus jeune et que c'est le devoir du plus j. une de servir ceux qui sont plus Agés que lui. Allons, Manuel, je le fais mou éclianson et mon pannelier; acccptes-lu celle charge?
— Oui, pour ce soir, monseigneur, répondit Manuel, et parce que vous êtes notre liôle.
— Comment, demanda don Pèdre, refuserais-tu, si elle t'était oITerte, une pareille place près de quelque ticlie seigneur?
— Je la refuserais.
— Près de quelque puissant prince?
— Je la refuserais encore.
— Mais près du roi?
— Je la refuserais toujours.
— Et pourquoi cela?
— Parce (jue j'aimerais mieux être le dernier des montagnards (pie le |)reniier des valets.
— Diable I maître l'as(|uale, dit don Pèdre en s'asseyant, tu m'as l'air d'avoir la un garçon diablement dégoillé. Je ne lui en suis au reste ijue plus reconnaissant de déroger aujourd'hui à ses habitudes.
— Cesl qu'aujourd'hui, répondit Pasqualc, vous êtes plus qu'un seigneur, vous êtes plus qu'un prince, vous êtes plus qu'un (oi.
— Eli ! que suis-je donc? tlemanda don Pèdre.
— Vous clés notre hole, répondit en s'inclinant Pasquale; vous nous êtes envoyé par Dieu, taudis que les seigneurs, les princes et le roi...
— Vous sont envoyés par le diable! n'est-ce pas? s'écria don Pèdre en se renversant en arrière et en tendant son verre à Manuel.
— Ce n'est pas cola que j'allais dire, répondit Pasquale, et cependant, an train dont vont les choses dans ce pauvre royaume de Casiille, je serais parfois tenté de le croire.
— F,t yonl-elles mieux en Aragon?
— Non, par ma foi ! dit le montagnard, Pèdre pour Pèdre, cruel pour cruel *, Tibère pour iNéron, il n'y a pas de choix.
Don Pèdre se mordit les lèvres et reposa, sans l'avoir vidé, son verre sur la table; Ferraml de Castro p;"ilil.
— .\llons, voila qitc lu vas encore parler, dil Juana, lorsque tu ferais bien mieux de le laire.
— Laissez parler le père, dit Manuel, ce qu'il dit est bien dit.
— Oui, sans doute, reprit le roi, ce q;:':l dit er- bien dit ; cependant il devrait faire une dislin(^lion entre don l'èdrc d'Aragon et don Pèdre de Caslilu-, et ne pas oublier que si tous no'i'menl l'un le Crud, quelques-uns appellent l'autre le Justicier.
— Oui répondit Pasquale, avec cela que la iu.^Iirc esl bien faite et <|u'il ne se commet à Séville ni vol ni assassinai!
— Ceci n'est point la besogne du roi, mailre Pasquale, mais celle du primer assi!>teiile.
— Alors, pounpioi le pn'mcr assistent)) ne fait ii pas sa besogne ?
— Mais il ne peut connaître les auteurs de tous les crimes qui se commettent dans une grande ville.
— Il le diiii cependant, ei si j'étais le roi don Pèdre, ce qu'à Dieu ne plai^e, je saurais bien le forcer, moi, à les découvrir.
— Et comment ferais-lu, Pasquale?
— Je le rendrais responsable des vols, argent pour argent, et des assassinats, tèlc pour tèie.
• rieiTc-lo-Crtiel , fil.^ d'.Mpl\on<e IX, rèpnait sur l'AraRon on mèini' U'iups cpio Pieiie-lo-Laïul, lits ir,\l|)huiiso XI, rèt;iiail ^ur la CusliUu.
^ A celle condition, qui voudrait accepter charge?
— Le premier honnête homme venu, mon?ei{CTi'"nr.
— iMais par le temps rpii court, dit en riant don Ptdre, sais-lu que c'est chose rare (|u'iin honnèie lionrnre?
— C'est qu'on le» cherche dans les villes , monseigneur, dit Manuel.
— Pardieu '. s'écria le roi, vous avez la, mailre Pasquale, un garçon cpii a jilus de sens (|u'on n'en devrait atlenilre de son âge, et qui, s'il ne jiarle pas souvent, toutes les fois qu'U parle, parle bien ; néanmoins, je voudrais vous voir pri'm* assistclUe, mon hôte, car vous avez certainement la principale qualité «lue vous demandez pour une pareille charge.
— Vous riez, monseigneur, dit Pasquale, mais si m» po« sillon ui'avaii mis ù même d'occuper jamais une si haute place, je vous jure <|ue je n'eusse reculé devant aucune wnsidération, et que si je n'avais pu aller au-devani du crime, du moins, le crime commis, j'aurais poursuivi le coupable, si puissant ([u'il fûl, fùi-ce un baron, fût-ce un prince, fûl-ce le roi.
— Mais, dit don Pèdre après un moment de silence et de réflexion, il y a de ces actions que le peuple qualilie de crime, parce qu il voit les résultats et non les causes, el qui sont des nécessités politiques imposées à ceux qui régnent.
— c:ela va sans dire, rcpiindii Pasquale; il est évident que je n'irais jias di-nianderconq)le au roi de I exil de sa finnue, de l'exécution du grand-maiire de San lago, ni de ses amours avec la courtisane PaUffla. Toutes ces choses sont dans les apanages du troue, el les rois n'en doivent conqile (|u'ù Dieu. Mais je parle de ces vols à main armée qui ruinent en un instant toute une famille; je parle de ces assassinats par l'épée ou le poignard (jui ensanglantent toutes les nuits les rues de Séville. Je parle enlin de tout ce qui serait de ma juridiction, laissant au roi sa prérogaiive.
— Ces nobles seigneurs soni fatigués, dit Juana, qui voyait avec peine son mari s'engager dans une telle discussion, et ils aimeraient mieux aller se reposer (|ue d'ecouter toutes tes folies.
— Tu as raison, femme, répondit Pasquale, et cos messieurs in'excuseiont , mais lorsqu'on me met par hasard sur ce sujet, il tant que je dise tout ce que j'en piihse.
— Ivt comme vous n'avez probabl niciii pas tout dil, mon brave huu.me, ajuu:a don l'edre, nous rcpiemiroiis un jour ou l'antre cette conversation, je vou> le (i;oiiu'l».
— Prenez garde, monseigneur, dit PaMpiale, car c'est un cngagemenl que vous prenez de repasser par ma pauvre cubane.
— El ijue je tiendrai avec plaisir, si ton iil esl aussi bon que ton souper, lionsoir, mon bOle.
— Dieu vous garde, seigneur ch?va!::r.
El laisani de la léie el de la main un geste d'adieu a Manuel et a Juana, le roi reiUra dans la chambre avec don Ferraiid de Ca>tio.
A peine lurent-ils seuls que Juana continua ses reproches.
— Vous pouvez vous vauler d'avuir laii ii de belle besogne, Pasquale, lui dit-elle en se croisant les bras et eu le regardaiil en lace. El que d:riez-vous si cos seigneurs allaient répéter voire Conversation au roi? Mais, je vous le demande, n'y a i-il pas lolie à (lailerdii roi, des courtisans, des magistrats el de tous les grands de Séville comme vous l'avei tait? El que vous iii porte, je vous le demande, que le roi répuilie sa lemnu-, lue sou Irere el vive avec une courtisane? (Jue vous laii ijue l'on assassine la nuit dans les rues de Séville, puisque vous éles si bien en sûreté ; el d Où vous vient celle piiie pour ceux qui sont assez bèies pour se laisser enlever leur colTre-furi ' i;ii ! mou Dieu, occupez-vous de vos vaches et de vos recolle» que vous con.luisez a merveille, el ne vous occupez pas des affaires d'Etal, auxquelles voui n'eniendcz rien
— Mais, femme, dil Pasquale, parvenant enfin ) plai^r n» mot entre le fiux de paroles qui I inondait, ai je dilautn chose que la vérité?
— La vérité, la vérité ! vous croyez avoir tout dit, n'est-c , pas, quand vous avez l.iche ce moi-la ' Oui, vous a>ez dit 1^
. vérilé ; mais vous l'avez dite i plus grand aue vous, volu «B
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OEDVkES COMHl-liTES D'ALEXAINDRE DUMAS.
est la faute. Yous. pensez qu'il suflii il'éire honniHe, tle payer SCS lieiii's, d'aller à la messe, d'Cler son chapeau à loui le monde, et (|i,'avec cela on peut dire (oui ce qui vous passe par la JtMe ! Eh bien ' Dit u veuille que vous n'appreniez pas î tos dépens ce qu'il en coûte.
— Toiii ce que Dieu vouJra niVnvoyer sera le bien venu, fctnnic, dit Pas(iuale en embrassant Juana. Car, comme tous les caractères (oris, il était d'une douceur extrême, el, dans les Occasions pareilles, il cédait le champ de bataille et se retirait dans sa ch.imbre. La bonne Juana demeura un instant à grommeler dans la salle ù manger, mais comme il n'y restait (|ue Manuel il qu'elle savait que sous le rapport de la rigirllté le fils était l'enthousiaste de son père, elle ne se hasarda point à coniinuer la discussion avec lui, et au bout d'un instant elle alla rejoindre Pasquale. Quant à Manuel, resté seul, il s'assit à la table que \enaiert de ([uiiler ses hôtes et ses parens, ne mangea que d'un plat, ne but que de Veau, pui-i, après ce repas moniaynard, il étendit une peau d'ours devant la porte de la chambre de ses botes, se coucha dessus et s'endormit.
Le lendemain, au point du jour, le roi don Pèdre él le comte Ferrand de Castro prirent congé de Juan Pasquale en lui promeilaut qu'avant peu de jours il euieudrail parler d'eux.
uO.
Huit jours à peine s'étaient écoulés depuis les événemens que nous venons de raconter, lorsqu'un messager se disant porteur de nouvelles très importantes vini frapper à la porte de .luan Pasquale. Le digne féru ier était absent, mais Juana n'en lit pas moins entrer le voya^îcur j et comme c',\' avait ^rand désir de sa\ùir ce qui l'amenait, et que celui-ci n'avait aucun motif de le lui cacher, ('!!'■ apprit bienliil que son aiari, par ordre du rui, était mandé u l'Alcazar deSeville. A .,elte nouvelle, qui réalisait ses presseniimei;s, li se ut chez 1. bonne li nmie une telle rév'dulion, que l'inconnu fut obli^ié di la rassurer en lui aUirmanl que, d après la voix et le vi- &, ^e qu'avait don Pèdre lors(|u'il lui avait donné l'ordre de 1 venir chercher, il croyait pouvoir alhrmer que son mari ne Cjurait aucun rib(|ue. Malgré celte pruiestaiion, Juana n'el.iiliien moins que rassurée eucore, lorsque Pasquale renpra avec son (ils.
Le 11 rniier reçut la nouvelle qui avait bouleversé sa femme avec la sérénité de visage i|ui lui était liahiluelle ; il écoula avec le calme d'un homme qui n'a rien a se reprocher ce (jue lui dit le me-ssa^er, el comme le repas élail servi, il l'invita à se ufiire ù lable, lui demandant seuleuienl le temps de diner et de changer d'habits.
l'asi|uale dina comme d liabiiode, mais luana ne put manger, et .Manuel luiniéme, quoiqu'il ce inodi'l.ii sur son peie, ue put avoir une telle puissance sur lui qu'il ne niaiiile.siât quelques inquieiuiles. Im repas fini, Pasquale passa dans sa chambre el revint un insianl après revêtu du ses plus beaux babils : il était prêt à partir.
Celait le moment terrible : Juana éclaU en sanKluls crianl qu'elle voulait le suivre, qu'on l'envovail prendre pour le faire mourir el qu'elle ne devait pas, dans une oc<a.Mo« pareille, se séparer de lui. Ce ne fut pas sans peine que Pasquale parvint à lui faire eiilendre que ceuil iiiipus.sible. Murs el.e se renversa sur une chaise, se tordant les bras el jelaiil de (grands i ris. Pasquale (onnais.sailce paroxysme pour éirc la flii de la crike ; aiusi il ne retourna vers Mauuel : Manuel ^lalt a genoux.
Pasquale lui recommanda iruis cho.>.es, quelque événement qui arrlvll : l'élaii d ainur Dieu, il uIm ir au mi et de ne jamais (|ili|er sa n.ère; puis il U.l (|..i,na la U-uéUiclioii qu'il aitendali, el reuieltaut Juaua cuUe sus hr.ts, il sorlil avec le lie>sapi>r.
Deux chevaux les allcndaicoti le messager niouU i'uu,
Pasquale l'autre; el comme c'étaient d'excellens coursiera andalous, deux heures après ils étaient i Séville.
Ln ofTicier attendait à la porle de la ville. Le messager re mit Pasquale entre ses mains, et tous deux s'acheminèrent vers l'Aliazar. Au fond du cœur le montagnard n'était point sans inquiétude en voyant la tournure mystérieuse que cette affaire prenait ; mais fort de la conviction de n'avoir rien fait de mal, il conserva ce maintien grave el calme qui lui était habituel. L'oibcier l'introduisit, ^ans lui avoir dit jusque-là une seule parole, dans un magnillque appariement, où il l'invita ù attendre, puis il se relira le laissant seul. Quelque temps après une porte seerèle s'ouvrit et Juan Pasquale vit parailre un de ses botes : c'était le jeune hommeaux. cheveux blonds.
— Juan Pasquale, lui dit-il d'un ton grave mais affectueux, vous vous rappelez ((u'en prenant congé de vous, je vous ai promis que nous nous reverrious bientôt?
I — Je me le rappelle, répondit Pasquale.
— Vous rappelez-vous aussi la conversation que noiis eu
i mes pendant le souper, et comoienl vous me dites la vérité sur la manière dont la police élail faite à Séville ?
— Je uie le rappelle encore, répondit Juan Pasquale.
1 — El vous rajipelez-vous toujours ce que vous avez dit à l'égard de l'exil de lilanehe. de la uiorl Uu giaud-uiaiire de San-Iago eldu pouvoir de Maria Padilla?
— i'.ieii de ce que j'ai dit, monseigneur, n'est sorti de n.a mémoire.
— Eh bien ! le roi est instruit de noire couversatiou.
— J'en suis fàcbé, uiouseigneur.
— Et pour(|uoi cela ?
— Parce que tout en continuant de pratiquer l'hospiialilé comme je l'ai fait jusqu'aujourd'hui, je serai force de ui'inlerdire la franchise, puisi|ue leâ cavaliers que je requis reconnaisseni ma conlianee en la lraliis»ant.
— Tu as raison. Pasquale, ri'pondil l'inconnu, el cela serait inlànie si les choses s'éiaieul passées ainsi; mais rieo de tel n'est arrivé.
— J attends alors, monseigneur, que vous daigniez m'cxpliqucr cette énigme.
— L'explication est bien facile, l'un de vos lides était don Pèdre lui-même.
— Si l'un des deux élail don Pèdre, n'poiidil Pasquale en tiéchi.s.sanl le genou, aloi-s a>lui-là, tvire, c'était Voira Altesse.
— Comment sais-tu eela?
— Cdiiime il n'y avuii q.u'un lit dans votre rhsmbrf, Il était bien simple, nu que mes deux h()ies i-ouchasseni ensemble, ou (pie ce fiU le plus A^é tpii prit le lit. iir, quand je suis eiiiré dans la tiiaïubi'C, c'eiaii le plus jeune qui «Mail coU'hé et le plus vieux qui dormait sur une chaîne. Du Cn m ornent je nie doutai que vuuti éliet un lrt>s iirand seigin-ur mais j'étais loin de peasor que vous fussiez le roi luiniéme.
— C'est bien, dit don PMrc, lu rs observateur Fh bien ! m,iiiiti'iiaiil que tu s^ii> que je mii> le loi ilr' Caslille, don Pedre le-llruel, <'<rinnie on l'appelle, na crains-iu pa( de le trouver en ma pivsone*?
— Je ne crains rien au mondr, nuinseigneur, qii« d'otfenser Dieu ou de trahir mon roi en ne disant patt la véiilé.
— Ainsi lu persistes danit 1rs opinions que lu as émises r.iutre jour?
— Oui, siro.
— lu sai.-» < epeiidanl i quoi tu i'evpf.<(»s, si rf que {'(m rapporte de nioi n'est poimun mensotigef
— Je le sais
— Et tu penses toujours que lorsqu'il est impossible ût prévenir un crime il est lnu|n«r* possible dp If piinirf
— Oui. sire, \'fn suis ronvahicu.
— El s'il n'en élail point ainsi, quelle ("it II rlUSCt
— l.a corruption des niaglsirats
— Par Stiilago' dll Icmi, tu ( s un intrépide rélormateiw; et la chose sr pisM-rall autrement. Je ftuppose, si lu élaii primer amslentf, par cMnipIc
PIE'mE LE CRUEL.
— Quoique ce soit une supposilion bien gratuite, je n'Iiésite pas à atfiriiirr à Votre Altesse que je le (-rois.
— Et tu remplirais ta charge avec une rigueur inflexible?
— Oui, sire.
— Au ris(iue de te faire des ennemis parmi les grands ?
— M'ayaiit pas besoin de leur amilié, qu'ai-je à craindre de leur haine?
— Et le roi lui-même dût-il être compromis, tu ne reculerais pas devant une enquête?
— Dieu d'abord, dit Pâsquale, la loi après Dieu, le roi aprf's la Ini.
— Il suffit, répondit don Pèdre. Puis, appelant un domestique avec un sifllet d'argent : Faites entrer les ventiqualros, continua le roi
Au même instant les portes s'ouvrirent, et les officiers civils que l'on désigne sous ce nom, qui correspond ù celui d'aldernian en Angleterre, parurent dans le costume de leur charge.
— Messieurs, leur dit le roi, en plusieurs cireonsUiiicesle primer ansiatente don Te\es{oTOy par une indulgence Cflupable, a failli à son devoir. Don î'elesforo n'est plus primer assistrtite. Voici son successeur.
A ces mots, il étendit la main vers Juan Pâsquale.
— Que dites-vous ? s'écria celui-ci.
— .I(^ (lis (pi'à compter de cette heure, Juan Pasquak, vous éles> primer a.'mislente deSéville, et que chacun vous doit respect et obéissance.
— ' iWais, s'é( ria le montagnard au comble de l'élonnemeut, que Votre Altesse considère que je n'ai pas un aiérite suffisant...
— Vous avez plus que la science qui s'acquiert, interrompit le roi : vous avez les vertus «lue Dieu donne.
— Mais les grands voudront-ils m'obéir, î» moi qu» n»s»»s rien?
— Oui, sur mon ,1me ! s'écria don Pèdre, car je donnerai l'exemple, moi qui suis le plus grand parmi le'i grands. Or, vous entendez ce que j'ai dit, messieurs : cet homme est revêtu par moi de la magistrature suprême. Que louîe tête qui ne voudra pas tomber se courbe; tel est mon plai.sir et ma volonté.
Il se fit un profond silence dans toute l'assemblée, car nul n'ignorait qu'avant toute chose le roi don Pèdre voulait être obéi, tin huissier remit alors aux mains de Juan Pas((uale la t>ara, on verge de justice, taudis qu'un autre lui passait la robe rouge doublée d'hermine , symbole de sa nouvelle charge.
— Et maintenant, messieurs, dit don Pèdre, passez dans a chambre voisine ; tout à l'heure le seigneur Juan Pâsquale
vous y rejoindra, et vous le conduirez au palais du gouvernement, où, à compter de cette heure, il tiendra ses audiences, auxquelles nul, enicndez-vous bien, nul, même moi, s'il est cité, ne pourra se dispenser de comparaître. Allez.
Tous les assistons soriircut en s'inclinaiil eu signe d'obéissance, et Juan Pâsquale resta seul avec le roi.
— Maintenant, (lit d(ui Pèdre en s'appruchant de lui. il nous reste à parler des accusations que vous avez portées contre le roi.
— Votre Altesse se rappellera, répondit Pâsquale, que i'ai ajouté qu'elles n'élaieul pas de la juridioliou du primer assiatente.
— Aussi n'est-ce point au juge que je veux faire des révélations, (''est A riioHuêle homme que je fais une conlidcnce.
— Parlez, sire, répondit Pâsquale.
— Vous m'avez rcpioclié d'avoir exilé [{lancbe de f.astille, vous m'avez reproché d'avoir fait tuer le grand-maiire de Sau-Ia:;o, vous m'avez reproché de vivre publiquement avec Uiie courtisane.
— C'est vrai, sire.
— D'iilionl, vous le savez comme tout mon royaume. Pâsquale, Maria Padilla n'est point une courtisane, mais une jeune tille «lue j'avais rencontrée chez mon gouverneur Albuquer(iue longtemps avant mou mariage. ISons étions jeuni's tous deux, r'.lte était belb' ". j'en devins amoureux : elle Céda Elle était libre, son" honneur était ;\ elle : elle me sa-
crifia aoo honneur. J'étais eoa premier, je fus son seul amant. Les jours que je passai prés d'elle à celte époque furent les plus heureux de ma vie. Malheureuseiuenl, iU furent peu nombreux : ma mère el mon gouverneur me dirent que le bien de Tf^tat exigeait que j'épuusasse Blanche de Bourbon. Longtemps je refusai, car j'aimais .Maria plus que mon royai ne, plus que ma vie, plus que tout au monde. Mais un ii;a'.in que, comme d'Iwbilude, je me remiais chez elle, je n'y trouvai qu'ur,»> lettre dans laquelle elle me disait qu'apprenant <|u'elie était un ohslaele à la paix de la Castille et au honheiir do mes sujets, elle abandonnait Séville pour ne pius y revenir. Voila «a lettre, lisez-la el dittu^moi ce que vous en pensez.
Et le roi remit la lettre à Pâsquale et attendit en silence qu'il l'eût achevée.
Pâsquale la lut d'un bout à l'autre, et la remettant au roi :
— Sire, dit-il, c'est la lettre d'une fidèle sujette de Votre Altesse, et je ne puis nier qu'elle ne soit dictée par un noble cœur.
— Ce ((ue je souffris est au-dessus de la parole humaine, continua don Pèdre ; je crus que je deviendrais fou. .Mais â cette époque j'avais le cœur jeune et plein d'illusions; je me dis que le bonheur public me tiendrait lieu du bonheur privé : je ne fis point chercher Maria. Je donnai aion consentement au mariage projeté, et pour faire oublier à don Fadrigue la mort d'Éléonore de Gusmaa, sa mère, je le chargeai d'aller en mon nom au-devant de ma jeune épouse. Il obéit, pour notre malheur à tous trois, car lorsqu'il arriva à Séville avec la reine, il aimait la reine et la relue l'aimait.
Je fus longtemps sans m'apercevoir de cette passion, qui, tout innocente quelle était pa;- le fait, n'en ésail pas moins adultère par la pensée. J'attribuais la froideur de la jeune reine à son inditTérence pour moi. Je vis bientôt que je me trompais et que je devais m'en prendre ù son amour pour un autre. La reine parla pendant son sommeil et je sus tout. Le lendemain de la révélation fatale elle partit pour le château de Tolède, où, je vous le jure, Pâsquale, sous la garde d'ilinesirosa, l'un de mes plus iidèles serviteurs, elle fut traitée comme une reine. Un mois ne s'était pas écoulé que je reçus une lettre d'Ilinesliosa, qui me disait que don FaJrigue avait tenté de le séduire. Je répondis a Uinestrosa d'entrer en apparence dans les lumplois de mon frère el de m'en • voyer les copies des lettres qu'il écrirait a lilaiiche, ju.squ'au moment où il en trouverait une d une assez grande importance pour m'adresser l'original lui-même. De ce jour le château de Tolède devait pour Blanche se changer en prison.
Deux mois après je reçus celle lettre.
Et don Pèdre, comme il l'avait déjà fait, présenta cette seconde preuve a Pas(piale.
Le primer assiftente la prit et la lut : cette lettre était lont entière de la main de don Fadrigue e' contenait la réve'ation d'un complot contre le roi. Don Fadrigue s'était associé i la ligue des seigneurs commandée par Henri de Transtamarre, son frère, el éi'rivail a Itlanche de se rassurer, lui promettant (pi'elle ne demeurerait pas lon^iientps sous la puissance de celui qu'elle délestait. Pâsquale rendit la lettre en soupirant.
— Que méritail l'aiifenr de celte lettre ? demanrfa le roL
— Il méritait la mort, répondit le juge.
— Je me eonleniai de le dépouiller de sa maîtrise; mais alors, comme il ignorait que je «mss* tout, savez-wus ce ((u'il fit? Il sauta sur un cheval, ei plulAl que de fuir poir g"dgnerlcs fronlien-s de mon royaume, il vlni droit ft Séxille, l'insensé ' Je ne voulais pas If voir II forpi la garde en disant qu'il était mon frère et qne ce pa'ais lui appartenait aussi bien qu'a moi. Alors Je le laiss.ii entrer. ."^avn-voHS ce qu'il venait faire, Pasqnal»? Il vTnaff, disail-il. nw dev:a:ider raison de l'alTroni iju'il avait nxii. J avais lo copies de toutes les lettres qu'il avait écrites .'> la reine; je les lui montrai. J'avais i-rt(e n-i'me lettre que vous vvnez de xi"r; j'' la lui montrai ei'''ore ; el alors, Pâsquale, savei-rwi? ce
œn'RES COMPÈTES D'ALKXANDRE DUMAS.
«juJ se passa rniro nous doux ? Au lieu de lomlipr à inrs genoux, au lirii il'- Imi'^iT la poiissii'ri' ilf mrs iurds, couiuie le devaii iiii ir.iiiiT, il lira son (*|it'v, monsieur !•-• juge.
— f.r.inil iJii'ii ' sT'frla l'asiiuale.
— Oli ! Iiriireiisi':i.ciii i|iif ji' connais fiics frf-rps fl «jue j'rlais fil partie, ri'iioii'iil cil riani dnii Pi'ilre. Oli ! je l'a- %oiip, oui. JiMis un nioniciil (Talroïc plaisir lursini-' je seiilis sein fer cor.'.r? 1= .Tîicn ; aussi je me i;ai ilai liicn d'aiiiieler, je voulais le, (iicr nioiniéme. ^!ais au liruii de noire conibal Us fcu/e.sterot de M izza accoururenl, el avant «lue je n'aie eu
e lenips de pioIVrer une parole, l'un deux lui brisa la tête l'un coup de masse. Ce n'éiail poini ce ipie je voulais, je 'ous le r pèle; ce que je voulais, je vous l'ai dit, c'euii le UiT de ma propre main.
— Il avail inérilé son sort, dit Pasquaie. Dieu lui pardonne sa trahison I
— Oui ; mais lorsqu'il fut mort, celui que j'aimais comme un frère el qui m avait Iralii ; lorsqu'elle fut (^loinnée cille que j'aurais voulu aimer comme une épouse cl qui m'avait trahi aussi, je nie trouvai seid au inoiule, el je pensai à Maria P.idilla, par lai|uelle j'avais eu de si heureiix jours. Je la lis tlierclicr pariciul le royaume, et lorsque jappi is où elle était, je courus moi-même sans permettre qu'on l'averlîl; et taudis que les autres conspiraient contre ma vie, je la trouvai dans son oratoire el priaiil pour moi. Maintenant vous savez ce que j'avais à vous dire. Voilà don Fadrigue el voilà don Pcdre : jii^ei entre nous. Voilù l'épouse el voilà la courtisane, juuez entre elles.
— Sire, répondit le juge, vous n'êtes encore que Picrre-le- Justicier; IScliez de ne pas devenir Pierre-le-Cruel
El s'inclinant devant le roi, il alla rejoindre les vcntiquatros, qui, ainsi que dous l'avous dit, l'alieudaienl dans la cbauibre it cùlé.
Juan Pasqunle était depuis un mois primrr ansistrnte de Séville, el pendant tout ce ieuip> un seul assassinat avail été commis ; mais l'anlHiir. don Juan de Nalverde, ayant été soupçonné de ce nunrlre , avait été arrêté le Icnilemain. Convaincu par des lemui^nai^es irrécusables, le /irinier asmtente l'avait condaiiiné a mort ; et nial;;ré son grand nom et l'inlluence de sa famille, le roi don l'èdre ayant laissé son cours a la jusiiec, il fut exécuté sans miséricorde. Cel exemple avail été elTicace; il av.iit lionne dès-lors une haute idée de l'ineorrupliliiliié cl de l'adresse du nouveau juge. Il est vrai que pour première mesure , le iTiiuer assistrnie avail roniinence par renvoyer plu> des lrui> iiuarl.s des alguazils tu Imi lions sons son preilèee-.seiir, car presqi.e Ions recevaieiil, lies grands seigneurs dont le libertinage on la vengeance avail besoin de le> truuv'-r aveugles, une |iaie plus considérable que celle qu'ils tenaient de l'Klal. A leur|,lace il av.iji mis des boniines silrs, et ayanl or^janiNé nn corps de niiinijgiiards de troit ou quatre cents boinino, il le divisait chaque .soir en patrouilles nocturnes, (|ui, dès que neuf heures éiaieiii sonnées a la (-irabla, pariouraient en tous sens les rues de Seville. Os hoinnies, ainsi que leurs surveillans, p'ncés de distance en disiain e dans les mes les pins désertes comme sur les places les plu» fréqiicnlees, avaient I iirilre formel de ne laiN>er statioiiner persinine dans l'enfiincemeul des portes m devant les grilles des leiiétres. C'était un service pénible, mais ces boinines étaient généreusement payés, el eoiiinie sur son iraiteiiient, qui était ronsldéiabte, le primer iiA.iiitriite ne prenail que ce qui lui était Slrii li-ment nécessaire piuir vivri'. Il pnovail avci le surplus f..lre face au suremil de dépenses oiijsbniiiè par l'auginen- Utiiin de IraiU'ineut qu'il avail cru devoir akcurtlcr k ses cuipluyci.
Or, comme nous l'avons dit, depuis douze ou quiiiz' jours, contre touies les babilucles nocturnes de la capitale de l'Aiiilalonsie, il ne s'était con.mis dans ses rues que t|uelques vols sans importance el dmil les auteurs avaient été |iunis selon la loi, lors(|ue par une nuit des pins sombres, Antonio Mendez, un tics gardes de nuit en qui Juan Pas- (|uale a\ail la plus enilere coiilianc^, vil venir u lui, dans une rue suspecte el é.-artée, un bonime enveloppé de son manteau : arrivé au milieu de la rue, cel homme s'arrêta un ins>laiil devant une fenêtre, frappa trois fois dans ses mains, écouta si on lui répondait, puis, voyant que tout restait muet, il pensa sans doute que celui ou celle qu'il appelait n'était |ioini encore ù son poste, et se promena en long el en large devant la maison, .lusquelà il n'y avait rien a dire; le Cavalier n'était poliii statiunnalre. puisqu'il allait et venait d'un bout de la façade de la maison à l'autre bout. Aussi, Antonio Mendez, esclave de sa consigne, se garda même de paraître, pensant qu'il n'y avail pas encore violation des cidres donnés.
Cependant, au bout de quelques minutes, le cavalier parut se lasser d'alteiidre ; il s'arrêta de nouveau en face de la fenêtre, et de nouveau frappa dans ses mains. Cet appel, quoiqu'il eût haussé de diapason, n'ayant pas eu plus de succès celte fiiis que la première, il résolut de prendre patience encore quelque temps, quoiqu'il fiU facile de voir à ses jurons étoulTés, qu'il faisait, pour agir ainsi, violence à son caractère; mais comme Juan Pasquaie n'avait point défendu de jurer, pourvu qu'on jurât en marchanl, et que le cavalier tout en jurant s'était remis a sa promenade, Antonio Mendez resta muet et immobile dans l'angle où il était caché el d'où il pouvait voir les moindres mouveniens , et même, pourvu qu'il parlai un |peu haut, entendre jusi|u'aux |iaroles du cavalier. Entin, celui-ii sarrcia une troisième fois, frappant celle fuis ses mains l'une contre l'autre de manière à réveiller les plus endormis. Voyani que tout élait inutile, il résolut de se mel!re en rapport plus direct avec ceux a qui il avail atfaire : il alla à la porte de la maison el y frappa du poing un coup si violent qu'a l'instant même, dans la conviction (lu'un second coup pareil au premier mettrait la porte en dedans, une vieille femme ouvrit une fenêtre et, avançant la tête, demaiula qui troublait le repos d'une maison lionnêie tt paieille heure de la nuit.
Le cavalier demeura éionné; ce n'était point la voix qu'il était accoutumé d'entendre. Croyant d'abord s'être i rompe. Il regarda autour de lui , mais rccunuaissant parfaitement la maison pour être celle où sans doute il avait l'habitude d'être admis :
— Que se passe-t-il t'onc ici, demamla-t il, cl d'où vient que ce n'esl point l'aquilla qui me répond?
— Parce qu'elle est partie depuis ce malin avec dona Léonor, sa maîtresse.
— • Oona Léonor est partie ! s'écria le cavalier. Par Sanlago, qui a ose l'enlever T
— t,»uelqu'un q li en avait le droit.
— iMitin, ce quelqu'un, quel est-il T
— .""on fiére, don ."saliisle de Haro.
— 'lu ni''ns, vieille' s'ccria le cava'ier.
— Je VMiis jure par ^otr^•-^)Jml• del Piiar...
— Ouvre-niui, cl que je m'assure de la vérité par molmênie.
— J'ai l'ordre de ne recevoir personne en l'absence du seigneur don Salusle, el surtout à cette heure.
— Vieille, da le cavalier arrivé au dernier degré de l'exaspération, je le dis d ouvrir ou J'enlonce la purli'.
— Olil la porte est solide, seigneur «avalier, el avant que vous ne l'ayez enfoinée la garde sera venue.
— Kl que m'Importe la garde ! s'écria l'Inconnu. Ij garde est faite pour les voleurs et les bohémiens, el non |K)lnt pour les geniilshoinmes c< mnie mol.
— Oui, tuil, c'éiail bien ainsi du temps de l'ancien pnnur auntrnlr; mais depuis que le roi don l'èdre, que (lieu conserve, a nnninie Juan l'asipule a U place du seigneur TeUsforo, la ^arde est faite pour loul la mouda. Frappez donc Uul
PIERBE LE CRUEL.
que bon vous spmlilera, mais prenez garde de n'enfoncer d'aiiln' porlp que ('l'Ile do lu prison.
Aces mois, la vieille rcfiTina sa feii/'lre. Le cavalier se précipiia vers la jalousie, seroua les barreaux avec ra^e, puis voyant qu'ils éiaieiil Irop fortement scellés dans la muraille pour céder, il revint a la porte, contre la/iuelle il frappa de toute sa force avec le ponimeau de son épf'e. Alors AnlonFo Mciidez, qui avait assisic*, cumme nous Tavons dit, à touie celle scène, crui ijue c'était le moment d'intervenir.
— Seigneur cavalier, lui dit-il, vous m'excuserez si je vous fais observer, avec tout le respect que je dois à voire seigneurie, que passé neuf lieures du soir loul tapage est dé- Tendu dans les rues de Séville.
— Qui es-tu, drùle? demanda le cavalier en se retournant.
— Je suis Antonio Mendez, chef des gardes de nuit du quartier de la Giralda.
— r-;!) bien! Antonio Mendez, chef des gardes de nuit du quartier de la Giralda, passe ton chemin et laisse-moi tranquille.
— Sauf votre respect, monseigneur, c'est vous qui passerez le votre, attendu qu'il est défendu à tout promeneur nocturne de slaiionner a cette heure devant aucune maison, si ce n'est pas la sienne.
— J'en suis lâché, mon ami, répondit le cavalier en se remettant ù frapper, mais je ne bougerai pas de cette place.
— Nous dites cela dans un moment de colère, seigneur, mais vous réfléchirez.
— Toutes mes réflexions sont faites, répondit le cavalier, et il coiuinua de frapper.
— Ne me forcez pas à employer la violence I dit le garde de nuit.
— Contre moi ? s'écria le cavalier.
— Contre vous aussi bien que contre quiconque désobéit à S'ajlorité suprême du firimer asfislente.
— Il y a une autorité au-dessus de cette autorité suprême, prends y garde.
— Laquelle'^
— Celle du roi.
— Je ne la connais pas.
— Misérable!
— Le roi est le premier sujet de la loi, et le roi serait à votre place que je met'rais un genou en terre comme je dois le faire devant ii.on souverain, et qu'un genou en terre je lui dirais : Sire, reiirez-vous.
— l-"t s'il refusait?
— S'il refusait, j'appellerais la garde de nuit et je le ferais reconduire avec tout le respect qui lui est dû en son palais de l'Alcazar. Mais vous n'êtes pas le roi ; ainsi, une dernière fois, retirez-vous, ou bien....
— Ou bien?... ré|)éta le cavalier en riant.
— Ou bien je saurai vous y forcer, monseigneur, continua le garde de nuit en étendant la main pour saisir l'inconnu au collet.
— Misérable! dit le cavalier en faisant un bond en arrière et en dirigeant la pointe de son épée vers le garde de nuit, va-t'en, ou tu es mort!
— C'est vous qui nie forcez b tirer l'épée, monseigneur, dit Mendez. Que le sang versé retombe donc sur vous !
Alors un coinlial lerrible coninienva entre ces d:'nx hommes, dont l'un était enflammé par la colère et l'autre soutenu par le droit. Le cavalier élait adroil et paraissait expert au plus haut degré dans le maniement de son arme; mais Antonio Mendez élait fort el agile comme un nionlagnard, de sorte que la lutle se sonlint (pielque temps sans avantage de pari el d aulre. Isiilin, l'épée du garde de nuit s'élanl engagée dans le nianleau de son adversaire, et le nialhcureux n'ayant pu la ramener assez prompleineni ;1 la parade, celle du cavalii>r inconnu lui traversa la poitrine. Antonio Mendez jeta un cri et loinlia. Fn ce moment une hvère lueur s'étaut répandue dans la rue, le cavalier leva la lêle et aperçut a la fem'lie d'une maison en Lire une vieille femme <|ni teuait uiu" lauipe .'i la main. Il s'enveloppa |ir<iinplemeni de 60U manleau cl s'éloigna avec rapidité, sans qu'a son grand OKUv Court. —V.
étonnement la vieille poussât un seul cri ; au contraire, la lueur disparut, la fem'ire se referma et la rue, retomliée dans son obscurité resta dans le silence
Le lendemain, au point du jour, Juan Pasquale reçut l'ordre de se rendre au palais de l'Alcazar.
Il obéit aussitôt et trouva don f'èdre déjà levé et qui l'attendait.
— Soigneur Pasquale, dit le roi aussitôt qu'il aperçut le primer assistente, avez-vous enlendu dire qu'il se soi l passé quelque chose de nouveau cette nuilîi Séville?
— Non, sire, répondit Pasquale.
— Alors voire police est mal faite, car entre onze heures et minuit un homme a été tué dans la rue de la Candil, derrière la Giralda.
— Cela se peut, sire; mais si le fait est vrai on retrouvera le cada'-î.
— Mais votre Llche, seigneur assistente. ne se borne pas à retrouver les cadavres ; elle doit découvrir l'assassin.
— Je le découvrirai, monseigneur.
— Je vous donne trois jours ; el souvenez-vous que, d'après nos conventions, vous répondez du vol et du meurtre, argent pour argent, tète pour tète. Allez.
Juan Pastjuale voulut faire quelques observations sur la brièveté du délai ; mais don Pédre sortit de l'appartement sans les écouter.
Le primer (Ksistente revint chez lui fort préoccupé de cette affaire et y trouva la garde de nuit qui, ayant relevé le corps d'Anlonio Mendez, venait lui faire son rapport; mais ce rapport ne conlenaii aucun éclaircissement. La patrouille, en passant par la rue de Candil, avait heurté un cadavre, et ayant porté ce cadavre au-dessous d'une lampe qui brûlait sur une place voisine devant une image de la Vierge, elle avait reconnu son chef Antonio Mendez; mais de l'assassin aucune nouvelle, la rue de la Candil étant complètement solilaire au moment où le cadavre avait éié retrouvé.
Juan Pas(iuaie se rendit aussitôt sur le lieu de l'assassinat. Celle fois la rue élait pleine de monde, et les curieux étaient rassemblés en demi-cercle devant une borne au pied de laquelle stagnait une mare de sang : c'était là qu'était tombé Antonio Mendez.
Le primer assistentc interrogea tout le monde , mais nu' n'en savait plus que le juge lui-même. Il entra dans les maisons environnantes; mais soit (ju'ils eussent peur de se compromelire, soit qu'elleciivemeni ils ignorassent ce qui s'était passé, ceux qui les habitaient ne purent lui donner aucun détail. Pasquale revint chez lui, espérant que pendant son absence quelques découvertes auraient éié faites.
On ne savait rien de nouveau; la garde interrogée une seconde fois, déclan seulement qu'elle avait trouvé Mendei tenant encore son épée nue, ce qui prouvait (ju'il s'était défendu contre son assassin. Juan Pasquale se rendit près da corps, l'examina avec soin. L'épée élait enlroe au sein droit et était sortie au dessous de l'épaule gauche : le pauvre Antonio faisait donc bravenu'nl face à son ennemi. Mais tout cela ne disait pas quel était son ennemi.
Juan Pasquale passa la journée en conjectures; mais toutes ces conjectures ne l'amenèrent pas même jusqu'à l'ombre d'une probabiliié. La nuit se passa sans rien produire de nouveau. Au point du jour il reçut l'ordre de se rendre au palais.
— Fh bien 1 lui demanda don Pèdrc , connais-tu l'»ssassin ?
— Pas encore, monseigneur, répondit Pasquale; mais J'ai ordonné les recherches les plus actives.
— Tu as encore deux jours, dit le roi. El il rentra dans son apparlemcnt.
Juan Pusqu.,lo passa cette journée en nouvelles Kcher-
œmUES COMPLÈTES D'At^ETANDBE DCMÀS.
elles ; mais ces recherrlies, comme celles i)ni les avaient précéiloes, furent infructueuses. La nuit vint sans avoir rien amené et s" écoula comme la précédente. Au point du jour, Pasqnaie fut mandé au palais.
— Eli bien ! lui demanda don Pèdre, qu'as-tu de nouveau ?
— r.ien, monseigneur, répondit Pasquale, plus honteux encore de l'inutilité de ses recherches qu'inquiet pour luimême.
— Il te reste un jour, dit froidement le roi, c'est plus qu'il n'en faut à un juge aussi habile que toi pour découvrir le coupable. El il rentra dans son ap|iarlemenl.
Juan fjs(iiiale réunit dans cette journée tous les témoignages (juil put obtenir, mais ces témoitjnagi's réunis ne jetaient aucun jour sur l'alTaire : tout était bien clair sur la vietinie,m.iis quelque chose ijuc pùi faire \c primer assistentc, le côte de l'assassin restait toujours dans l'ombre.
Le soir vint : Juan Pasquale n'avait plus qu'une nuit. II résolut de visiter une dernière fois le lieu du nieurire, espérant que c'était de ces lieux et de ses environs que devait jaillir quelque clarté. Le meurtre d'Antonio Mendez était déjà oublié, et la pierre, rouge encore, était le seul témoignage qui restût.
Juan Pasqunlo s'arrêta devant cette dernière trace du crime, qui allait s'elTaçant elle-même, cfimnie si tous les indices dussent lui manquer. 11 y était immobile et pensif depuis une demi-heure, lorsqu'il crut s'entendre appeler. Il reto\irna la tête, et :i la fenêtre eu face de la maison de Léonor de Haro, il vit une vieille femme qui lui faisait signe qu'elle avait quelqiu' chose à lui dire. Dans la circonstance oij se trouvait le ju;;e, aucun avis n'était à né);liger; il s'avança donc sous la fenêtre. Au même mouienl une clef tomba à ses pieds, et la fenêtre se referma. Il comprit (|ue la vieille ne voulait pas être vue. Il ramassa lacb^l et l'essaya à la porte : la porte s'ouvrit. Juan Pasquale entra, et voul.inl mettre de son côté le niênie my-.icre (jue la vieille mettait du sien, il referma la porte derrière lui.
Alors il hc trouva dans une allée sombre et étroite au bout de laq;iellc il henria un escalier. La fenêtre que la vieille avait ouverte était au second; cet escalier dev;iil naturellement conduire a sa chauibre. .luan Pasquale saisit dune la eorde qui servait de rampe et commença de monter les degrés. Arrivé au second étage, il vit une faible lumière (jui se glissait a travers une porte enir'ouverte ; il arriva à cette porte, la poussa, et à la lueur d'une petite lampe de fer, il reconnut la vieille (pi'il avait vue à la fi'uêlre. P^lle lui lit signe de fermer la purie : il obéit, puis s'avançant vers elle :
— C'e^l vous, ma bonne femme, lui dit-il, qui m'avez fait signe du monter?
— Oui, lui répondit-elle, car je me doutais de ce que vous cherchiei.
— El ponrriez-vous me donner quelques renscignemcns sur le que je cherchais ?
-~ Peut-être bien, «i vous jurez do ne paa me romprorocltro.
— Ju vous le jure, et de plus je vous proinels une récompense considérable.
— Oh I c'est moins la récompense, qui ne fera pas «le mal c«penilant,c4ir je no suis pas riche, que le regret de voir un •uwi brave homme ipie vous dans la peine, qui m'a décidée ; car nous s.uons liicn que vous n'avi't plus que d'ici il demain pour trouver le meurtrier, et que si sa léte ne. tombe pas, la votre doll tombera sa place. Or, que deviendrait celle pauvre cité de N'vill ', si elle n'avjii plus sou bon ju^'e I
— Kli bien, parlei donc, hoiiiie friiiiiie i au uum du ciel, arlez.
— Il faut vous dire, mnlinna la vieille, que la mai»OD en face de celle r| ,ipp.'irtienl au comie .'^.iliisle de ILini.
'— Je lu «ait.
— Elle éi.iii habitée par «a smur l.éouor.
— Je le liais encore.
— l'.li bien ' la slirnora avall pour amant un beau ravalier qui veiiaii toutes les nuits riivelop|)it de son manleau, s'arrêtait devuji la maison ri frappait trois I jls dans sei mains.
— Alors?
— Alors la porte s'ouvrait, le cavalier entrait et ne ressortait plus qu'une heure avant le jour.
— Après?
— Hier malin le frère, qui avait sans doute appris l'intilgue, est venu et il a enlevé sa sœur, ne laissant dans la maison qu'une vieille gùuveriîanle à qui il a défendu d'ouvrir à qui que ce soit, de sorle qu'hier, ijuand le cavalier est venu, il a trouvé la porto fermée.
— Continue, j'écoute.
— Eli bien ! comme i-ela ne faisait pas son affaire, et que la vieille gouvcrnanle, lulèle à sa coiisi^ue, ne voulait pas lui ouvrir, il a tenté d'enfoncer la porte.
— Ah I ah ! violence, iiiuriiiMra Pas luale.
— C'est dans ce moment (|u'est venu le pauvre Antonio, qui a essayé de le faire partir, mais le cavalier n'a rien voul»'. entendre.; cl, tirant son epée, il a tué Antonio.
— Sur mon Ame, voila des détails précieux, s'écria Pa qnale Mais ce cavalier, quel est-il?
— Ce cavalier?
— Oui, ce cavalier qui venait toutes les nuits.
— Ce cavalier qui a tué Antonio ?
— Sans doute, ce cavalier qui a tué Antonio.
— Eh bien ! c'est.,...
— C'est...
— C'est le roi, dit la vieille.
— Le roi I s'écria Juan Pas(|uale.
— Le roi lui-même.
— Avez-vous donc vu son visage?
— Non.
— Et à quoi l'avez-vous rec/mnu alors?
— A ce que ses os craquent en murehant.
— C'est vrai I s'écria le juge, j'ai remarqué en lui cette singularité. Femme, lu auras ce soir la récompense promise.
— Et le secret toujours?
— Toujours.
— Dieu vous garde alors, mon bon juge, et ce sera un jour heureux pour moi (pie celui où j'aurai conservé votre vie, qui nous est précieuse a tous.
Alors Juan Pasquale, prenant congé de la vieille, rentra chez lui et envoya aussilùl un message à l' Alcaiar.
C'était une assigiiali<jn i dou Pedre, roi de t;astille, de compaiaitre le lendemain par-do\aut le tribunal du primer asiiilcnle.
Le lendemain, au point du jour, Juan P-isquale convoqua le tribunal des veniltpiatros sans qu'ils sussent pour ((uelie cause ils élaienl assemblés. Tous étaient dans le grand costume de leur charge, et le firimcr insistente les présidait eu sileiKV, la verge de la justice à U uiaiu, lor&i|uc l'huissior annonça :
— Le roi I
Tous se levèrent élonnés.
— Asscyei-voiis, inesslcurs, Uil Juan ra<:quale. Ils (diéirent et le roi entra.
— i;h bien 1 seuur tusiidcnle, dit don Pèdre s'avançant au milieu de celle grave assemblée, quel e.st vpire bon plaisir f car vous \o>ei que Je me reuils a vos ordres, quoiqu'ils auraient pu mètre iransuita avec un peu plu* du pulilcMC «t de courtoisie.
— Sire, répondu Pasquale. il ne s'agit m ce mnnrnt ni de poliicsM" ni de couiloisie, m.tis de justice, car» cette heure, je n'agi» point eoi t«uriisan du roi, maUaa Biafistral du peuple.
— Ali 1 ah! reprit «Ion Pèdre. 'l. mon digne niailrr, que er n'est pa-. . le rrf