‹ Isabel de Baviére (volume 2)Chapitre 8 sur 20 · LES VOIX · texte numérisé non relu

LES VOIX

En efTet, aussilAl qu'elle avait vu les préparatifs du départ du chevalier, Jehanne avait quille le cercle qui s'était formé autour do lui, et de ce mi^'ine pas lent et tranquille dont elle était venue, elle s'éloignait à rette heure, suivant le chemin qui conduit h Neul'cbâteau, sans paraître faire attention que la terre, comme nous l'avons dit, était couverte de deux pouces «le neige.

C'est que cette jeune fille étrange, dont nous avons entrepris d'écrire l'histoire, n'était en rien semblable à ses compagnes; sa naissance*, sa jeunesse, son adolescence avaient été précédées, accompagnées ou suivies de tous ces signes fatidiques qui, aux yeux de ceux qui l'entuurenl, désignent clairement l'élu du Seigneur : voilh ce qu'on disait alors d'elle avec l'ac(>»nl du douU-, voilà ce qu'on n répété depuis avec la voix do la reconnaissance et de la toi.

Jehanne, ou plut-'it Johnnnette, comme on l'appelait jilus communément encore, était née à Domremy, rharm.int vallon arrosé par la Meuse, et situé entre NeufeliAtejiu el Vauœuleurs. S<jn père .s<> nommait Jacques d'Arc et .sa mère Isjibelle llomie, connus tous deux pour Otre d'une probité s/^vère, el jouissant il'une repulalicm .sans lachi-. 1.JI nuit |KMiilanl laquelle était née Jehanne. el qui était celle de 1 Fpiphanje, de l'an de grflw lil2, ce qui fait qu'à ré[)oque (lii s'ouvre cj'Ue chronique elle avait juste dix- .seplnns, fut une do ces nuits de lAte que donne parfois le ciel h la terre : rpioique ordin.nrenient vers celte saivm le teiiqis ertl cj)ulume d'Aire Iroid et [iluvieiix, une doiici' lirisfi s'éleva vers le soir, toute enihailini-e de ces suaves senteurs que l'on respiri' pendant hs .répuw'ules du mois de mai. Comme c'élflil à In fin d'un jour de re|K>s que otle «pt-OMle iiiirailew' fniMit sentir, cha» im avait voulu jouir de ca bienfait iiiatti-ndu. ut la plu^uirt de* hobilans étaient

restés sur leur porte, lorsque vers minuit une étoile sembla se détacher <lu ciel, et traçant dans l'air une brillante traînée de lumière, s'abattit sur la maison de Jehanne d'Arc. En même temps les coqs chantèrent en battant des ailes et en faisant entendre des sons inconnus, quoique l'heure où ils étaient accoutumés de chanter ne (Ai point encore venue, et chacun, sans savoir pourquoi, se sentit pénétré d'une joie si vive, que tous les habitans du village se mirent à courir par les rues er. demandant les uns aux autres quelle chose venait de se passer au ciel ou sur la terre qui leur mettait tant d'allégresse dans lecoeur. Au nombre de ceux qui couraient ainsi était un vieux berger qui était connu pour avoir souvent fait des prédictions qui s'étaient réalisées, et qui jouissait non-seulement à Domremy, mais encore à dix lieues à la ron le, d'une grande réputation de science, ce vieux berger, interrogé par quel- (]ues personnes, répondit : « Trois courtis;nies ont perdu la France (1), une vierge la sauvera. « On fit d'autant plus attention à ces paroles qu'elles s'accordaient avec une vieille prophétie de Merlin conçue en ces termes :

Dcscendel rirgn dnrsiim Sagillari El flores virgiiieos obscuilavil.

Et chacun cria Noël, dans l'espérance de quelque grand événement.

Le lendemain, on apprit que, juste à cette heure de minuit, Isabelle Bornée, femme de Jacques d'Arc, était aocoucllée d'une fille.

Le lendemain, cette fille fut baptisée sous le nom do Jehanne. Le prêtre qui la baptisa s'appelait Nynel. Elle eut deux parrains et deux marraines. Ses deux parrains s'appelaient Jehan Barent et Jehan Linque, et ses deux marraines Jehanne et Agnès.

Malgré tous les signes de prédestination qui avaient signalé sa naissance, la jeunesse de Jehanne s'éœula pareille à celle des autres enfans ; lorsqu'elle eut atteint l'flge d(! sept ans, ainsi que c'est la coutume des laboureurs, ses parens l'employèrent à la garde de leur troupeau : une chose à laquelle on ne fil [loint attention d'abord, mais que l'on remarqua ensuite, fut que jamais Jehanne n'égara ni une brebis, ni un mouton. Ouand quelque agneau s'était perdu, elle n'avait qu'à l'appeler par le nom i|u'elle avait l'habitude de lui donner, et l'agneau re\enait aussitiM. QuaiKJ le loup sortait du bois, elle n'avait qu'à marcher au devant de lui avec sa houlette, une simple branche d'arbre ou même une fleur, le loup rentrait aussitôt ilans le bois d'où il était sorti. Enfin, tant qu'elle était dans la mais<.in do son père, jamais le moindre malheur n'y arrivait, et si la cabane héréditaire fut témoin de quelque accident, on se rappela plus tanl «jue c'était toujours en l'absence de Jehanne (juecet accident était arrivé. Jehanne atteignit ainsi " l'âge de douze ans, portant l.i béiK'diclion de Dieu surscs pas, mais s;ins (pie rien so fi1t mniiilesté à elle de l'avenir • auquel elle était destini'e.

l'ii jour qu'elle était dans une prairie située ontro Domremy et NeiilchAleau, gardant les troupeaux avec plusieurs de ses compagnes, les jeunes filles proposèrent de s«> n'-u—

(t) Ces trois finîmes liaient : la prcniièro. ÉK'onnre, femme (le l/)iiis le Jeune. r]uj, ri'piiiliée piir son innri, i^|>ou>« en sociindes iin.(>s Hniri d'Anjiui, roi d'AnBlelern-. et lui (ip|K)rln en (loi l'Aquilnine, le l'oiloii. In Teufaine cl le Mnine, qui, n'unis nu rliicli'' «le Nominiidie el n In coinli' d'Anjou, li\ roioiil le tiers «11' \i\ 1 rnni-enux mnins de Min eniu'mi.

1^1 si'conile, IsfliK'lle de trnii«e, leninie d'l%douflrd 11^ qui, m Ir.iii^iiii'ltant a s<in UN l^jloiinrd lli les dri il» qu'elle pn'IiMidnit nv'ur mi lri"'ne, nvnil nnH-n«'' celle f.iiii«'ii-i' «niTro qui iliii.nt l'iiiiire, «•! p.ir C(iiis«''qiient le* Iwlnill»^ de i^nVy, de IViilicr» p( d'A/iiifoiirl. ij«u en lun'iil le- trois plu- v.Tin;lnii- i pismles.

M In troi-li'iiie, |snlM<IU< «le ll.ivii're, nier«' «!«• ChnrW's VII, qui (I celle li« lire oxclloil les AnKlais cl le- ll«>urg«i|nions coniro «on

pr«ipr«' lll-.

y«.inl.i In viergï» qui «levBlI s.mver U rrnnco. si riidoiiienl rniuiiroiiiise (mr ce» ti«il- courli-.uii's ni) nie», c'éWil l'iiumU* paystiiiMi «loin nou» (■crtrnn» l'hiMoiro.

JEHANNE LA PUCELLE

nir kiuti s pour fairo un houi|iift, et co boiiquf't uno fois fornio, d'on faire un prix pour uno œurse entre elles. Jciiannc accepta la proposHion et concourut coinmo les autres h la confection du bouquetj puis au moment do s'élancer pour savoir ipii le gagnerait, elle le voua à sainte Catherine) promettant de le déposer sur son autel s'il arrivait en sa possession; à peine avait-elle fait ce vœu que le signal du départ fut donné, et tpie les jeunes filles partirent comme une volée de tourterelles; mais bientôt Jehanno di'passa toutes ses jeunes amies, et cela avec une (elle rapidité que s<'s pieds toucliniint h peine la terre, et que celle qui la suivait de plus [irès s'arr^-la toute découragée au bout de cent pas, lui criant : « .lebannelte ! Jehannette t tu ne cours pas sur la terre comme nous, tu voles à travers l'air comme un oiseau, n En effet, la jeune fille, sans savoir pounpioi ni comment, se sentait soulevée ellemême, cunune cela arrive parfois dans un rôve; et toujours rasant la terre, elle arriva au but et ramassa le bouquet ; mais lorsqu'elle releva la tête , un beau jeune homme qu'elle n'avait pas vu se trouva là debout, et, la regardant en souriant: « Jehanne, lui dit-il, courez vite à la maison, car votre mère a besoin de vous. » Jehanne, croyant que ce jeune homme était quelque garçon de Neulchàteau que sa mère ou ses frères avaient chargé de cette commission pour elle, laissa son troupeau à la garde d'une de ses compagnes, et revint promplement vers la maison; mais, arrivée sur le seuil, sa mère lui demanda pourquoi elle retouri>ait avant l'heure accoutumée, et d'où elle venait, et pounjuoi ell(> abandonnait ainsi son troupeau.

— Ne m'avez-vous point appelée ? demanda Jehanne.

— Non, répondit la mère.

Alors Jehanne alla déposer son bouquet devant l'autel de saillie Catherine, et repassa par le jardin de sa maison , pour n'avoir pas à longer toute la rue, et abréger ainsi le chemin en coupant court ; mais , arrivée dans le jardin, une voix se fil entendre h droite, du côté do l'église : Jehanne leva la tête et vit une nuée lumineuse ; la voix sortait do cette nuée et disait : « Jehanne, tu es née paur accomplir des choses merveilleuseSj car tu es la vierge choisie par le Seigneur pour le rétablissement du roi Cliarles; habillée en homme, tu prendras les armes, tu seras chef de guerre, et tout dans le royaume se fera par ton conseil. » Après avoir prononcé ces paroles,- la voix cessa de se faire entendre , lo nuage disparut, et la jeune fille demeura muette et immobile, éjiouvanlée qu'elle était d'un semblable prodige.

Plus lard, et lorsque Jehanne eut accompli sa mission, on remanjua que celle première vision lui était apparue le 17 aoiH 142'/, c'esl-à-dire le jour même de la bataille de Verneuil, dans la(juello avaient péri le comte do Douglas, rnessire Jacques son fils, le comlc de fiuchan, le comte d'Aunude, Jean de llarcourt, le comte de Tonnerre, le comte de Yenladour, le sire de Roche-Baron. I(> >ire deGamaclies, et tant d'aulns, nobles et loyaux (Chevaliers, que cette bataille fut estimée avoir été aussi fatale?! la noblesse de France (juo l'avaient été celles do Crécy, de Poiliers et d'Aziticourt.

Cependant Jehanne revint h elle, et, songeant à son troupeau (lu'elle avait laissé seul, elle reprit le chemin de In prairie : son troupeau s'était rasi-iemblé tout seul, et l'attendait réuni sous un beau mai (|u'on appelait l'arbro des Dames ou l'arbre des Fées, parce (|ue des pavsans (|ui revenaient parfois de nuit prétendaient y avoir vu danser do longues figures blanches qui, loults les fois ipi'on s'a|>prochail d'elles, s'évanouissaient dans l'air ou se (H-nlaieut dans la vapeur. Une des tantes de Jehanne elail mêtueune do celles qui |irelendaient y avoir rencontré de st^mblables apparitions; mais , quoi(pu> souvent Jehanne y eut dansé el surtout chaulé avec ses jeunes amii s, elle n'avait, pour son compte, jamais rien vu do pareil. Cet arbre élalt en lac* d'un bois (pi'rn appelait le bois Clienu. et près d'une source d'eau oii vi naieulengraudcquanliléles gens pauvres malades de la lièvre : cet arbre, cjui était un des plus beaux qui ee pussent voir, et c|ui devait une gr.nido

célébrité à tous ces récits, npparlenait à monsienf PIctto deBolemoiit, seigneur de Domremy.

Jehanne resta toute la journée aux environs de cet arbre qu'elle affectionnait Ix-aucoup, tressant des cjuronnes en l'honneur de sainte Catherine el de sainte Marguerite, auxquelles elle avait une grande dévotion, et attachant des couronnes aux branches de cet arbre; puis, le soir ve^ nu, elle ramena son troupeau à la maison.

Comme Jehanne, ayant douze ans, commençait h «e faire grande, et qu'elle était en outre élanaje' et bien faite, ses parens décidèrent qu'on ne l'enverrait plus aux champs, el que son frère Pierre, qui avait un andemoia? qu'elle, garderait désormais le troupeau à sa place : on lui apprit alors les différens travaux d'aiguille qui conviennent à une femme, et elle arriva bientôt à y être auasi adroilequela plus adroile ménagère du village.

Cependant, le souvenir de l'aventure du jardin revenait dix fois le jour à son esprit, et le son de celte voix miraculeuse qu'elle avait entendue bruissait incessamment à son oreille. Un jour de dimanche qu'elle était restée après tout le monde à l'église, absorbée daas sa prière, elle entendit tout à coup la môme voix qui l'appelait par son nom; elle leva la tête, et il lui sembla que la voAte do l'église était ouverte pour laisser passer un Ix'au nuago d'or, et, au milieu de ce nuage, elle vit un jeune homme qu'elle reconnut pour celui qui lui avait parlé dans la prairie; mais comme celte fois il avait de longues ailes blanches attachées aux épaules, elle comprit que c'était un ange, et se sentant toule réjouie à cette vue, elle lui demanda doucement :

— iMonseigneur, est-ce vous qui m'avez appelée?

— Oui, Jelianne, répondit l'ange, c'est moi.

— Que voulez-vous (le votre servante"? demanda Jehanne.

— Jehanne, dit le bt>au jeune homme, je suis l'archange Michel, et je viens de la part du roi du ciel, pour te dire qu'il fa choisie entre toutes les femmes pour sauver le royaume de France du péril qui le menace.

— Et que puis-je faire pour cela, moi pauvre bergère des champs'? demanda Jehanne.

— Sois toujours une sage enfant comme tu l'as été jusqu'aujourd'hui, reprit l'ange, et quand le temps sera venu, nous te le dirons, sainte Catherine, saiule Marguerite et moi; Ciir toutes deux t'ont prise dans une merveilleuse amitié, en récompense de la grande religion que tu as ptiur elles.

— Que la volonté de Dieu soit faite, répondit la jenne fille, et (|u'ii dispose de sa servante quand et comment il voudra.

— Amen ! dit l'ange, et la nuée, se refermant sur lui, passa à travers la voiUe de l'église et disparut.

Dès ce moment Jehanne n'eut plus aucun doute : ce n'était ni une vision, ni un rêve, c'était une miraculeuse réalité, el comme dans ce moment le prêtre, qui avaii lini de dire la messe, traversait l'église pour rentrer au presbytère, Jehanne le pria de l'entendre en conftssion, el lui raconta ce qu'elle venait de voir et d'entendre. Le prêlre. qui élail un vieux curé simple et bon. eul une grande joie de cet avi'U de Jehanne. qu'il avait toujours ainu»eàcau«e de sa modestie et de s;» dévotion; puis il lui recommanda de ne rien dire à personne de ces apparitions, et de suivre ponctuel lenient les ordres qu'elle recevrait du ciel.

Trois ans s;> pass<'>rent sans ipie Jehanne revli rien il« ce qu'elle avait vu; mais elle coniinuait à grandir. fratch>< et modes'e comme une fleur des champs, et quoique rien lie celli' proirclion céleste ne se inanift^l.'il maloriellen-ent aux yeux de ce qui l'enlourail, elle se siMilait c»'p»'mlanl inlérieiirement dans la gnico du Seigneur : .lussi. souvent, lorsqu'elle él.nt s«Mile, il lui semblail entendre les ch'T-iir* des aiigi's. el alors elle élevait doucenieni la voix et cli,ii>lait des Hii-s sur un moilo imx'nnu qu'elle ne I is

ri'lrouvi-r quand celle musique r,>l'«sle elail év.r - i-

vent ru.- iv. quand l'hiver el.ul venu, quand It i-

\T«il la ll>r^^ elle sortml en disant qu'elle a ,r

un bouquet pour ses saintes : c'est ainsi qu'elle noiuHMit

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CCmUES COMPLETES D'ALEXANDllE DUMAS.

sninte Catherine cl sninto Marguerite; cl chacun se moquait d'elle, lui montrant la terre toute neigeuse, et elle souriait doucement, sortait du village pnr la route de NeufchiVe.iu, et revenait avec une bi>lle couronne de violettes, de primevi'^res et de houtons d'or qu'elle avait cueillie et tressée sous l'arbre des Dames. Alors ses jeunes compagnes la regardaient avec étonnement, et comme elles y allaient à leur leur et ne trouvaient rien, elles disaient que c'étaient les fées qui donnaient à Jelianne ces couronnes toutes tressées. Enfin il y avait une chose plus étrange encore, c'est que les anintaux les plus sauvages n'avaient aucune frayeur d'elle, que les petits chevreuils et les jeunes faons venaient jouer et bondir à ses pieds, et que souvent quelque fauvette ou quelque chardonneret se venait poser sur son épaule, et là chantait sa mélodieuse chanson comme s'il eût été perché sur la plus haute branche d'un arbre.

Pendant a>s trois ans, les afTaires du roi et de la France avaient empire de plus en plus; le royaume, jusqu'à la Loire, était devenu pareil à une vaste solitude, les campagnes étaient désertes, les villages en ruines, et les seuls lieux habiles étaient les bois et les villes; les bois, h cause de leurépaiss'-ur (pii oITrait une retraite; les villes, à cause de leurs murailles qui promettaient une s;1reté : il n'y avait plus de culture i-t par ex)nséquonl plus de moisson, à rc\c''p;ion d'un trait d'arc autour des murailles; une sentinelle était toujours placée sur le clocher, et dès qu'elle apercevait l'ennemi, elle sonnait le tocsin. A ce bruit, les laboureurs rentraient hâtivement sans s'occuper de leurs troupeau-; car les troupeaux eu<-niômes avaient appris à Cijn naître ce bruit, et dès qu'ils entendaient retenlir la cloche, ils revenaient h grande course, mugissant et bôlant d'une voix lamentable, se pressant aux portes, et se battant à qui entreraient les premiers, pour se mettre à couvert sous la protection des hommes.

Vers ce temps, c'est-à-dire vers le commencement do l'an H23. monseigneur Thomas de Montaigu, chevalier, comte ae Salisbury, fut conmiis et député par les trois Etals d'.Vngleti-'rre pour venir en France faire la guerre. Ce fut alors <|ue la connaissance de a-tte expédition était venue ou duc d'Orléans, qui était prisonniiren la ville de Londres depuis la bataille d'Azincoiirl, sans que les Anglais Plissent [lermis (]u'ils s(> ractietAt. Il alla trouver le comte de Salisbury, et le pria, en bon et loyal ennemi, de ne point mener la guerre sur des terres et des domaines qu'il n'était plus là pour défendre; le comte le lui promit et jura; cl avant passé la mer avec une grande puissance, il débirqua h Calais et s'achemina aussitAi vers la partie de la France qui n'était point encore conquise.

Ainsi le péril devenait plus pressant qu'il n'avait jamais été; aussi les visions de Jclianiu' reparuieiil-elles. La première fiiisiiu'elle revil saint Micliel, il était, comme il l'avait promis à lajr-une fille, accompagné de sainte Catherine et de s.iinte Marguerite; les deux saintes se nommèr-nl d'elles-niAmes h Jehanne, la remercièrent de sa dévotion envers elles, et lui din-nt que, comme elle était resiée pieuse, Ixjnne et sage, Dieu la tenait toujours (lour relie qui (li'vail délivrer la Franci' : en ronst-quenee, elles lui ordonni-reni d'aller trouver le roi Charli-s VII, et de lui ilire qu'elle ven ut de In |iart de Dieu (>our se faire chef de KUi-rn- et m.irehiT avec les Français contre les Anglais et les nourguignnu'i,

Ji'liaime re.sia muette h cet ordre ; c.ir elle était faible el tinudi-couune uni- jimmic (lilc, ne |M)uvnnt voir souffrir sans s'émouvoir, no p:>iivanl vmr oiiler le sani^ sans pleuriT : comment était-ce donc n ellr, e iMir pleui de (lilie, que l'on onliiuriait d'accoinplir la rude t'uhed'un capitainr ? Auvsi liesll.i-t-<-l|e, (lauvre enfant de sr\rr> ans qu'elle était ! di^ Vanl le terrible avenir aui|uel elle était de-stiiire, priant le SeiKneiir de la Iniiser dans son obvurilé. ri de rejeirr sur quelipin autre plus digne i|u'ello le (Milds do O'tle s.mglanli' éleriion.

Mills Ji>haiine était clinisio ; ni muets élans du ro-ur, ni priéri'ï à Vjii haute, ne devaii'nl clianger le difrel <!.! la

Providence. Dn jour qu'elle était agenouillée h une petite chapelle, dédiée à Notre-Dame et bAlie en un carrefour du bois Chenu, le nuage s'abaissa de nouveau entre ses yeux et le ciel, mais plus lumineux encore cette fois que d'habitude; puis s'étanl ouvert, il découNTit les trois envoyés du Seigneur; seulement cette fois les deux saintes, qui, h. leur première apparition n'avaient qu'une coudée, étaient de grandeur naturelle. Alors Jelianne baissa les yeux, car des regards humains no pouvaient supporter cette splendeur divine, et elle entendit, sans savoir laquelle des trois personnes célestes lui parlait, une voix qui lui adressait ce reproche :

« Pourquoi tarder ainsi, Jehanne î Qu'attends-tu, lorsqui! l'ordre est donné, et pourquoi ne te hAlcs-lu pas de l'accomplir? En ton absenœ, la France est meurtrie, les villes sont renversées, les gens de bien périssent, les nobles sont massacrés, et un sang précieux coule à terre, comme si c'était l'eau inutile et fangeuse des lorrens. Pars donc, Jehanne, pars donc d'un pas agile, puisque le roi du ciel l'a envoyée. »

Alors Jehanne alla trouver son confesseur, cl lui raconta ce qu'elle venait de voir et d'entendre. Le vieux prêtre lui donna le conseil d'obéir.

— Mais, lui dit Jehanne, quand bien môme je voudrais partir, comment pourrais-je le faire; je ne sais f>as le chi"niin, je ne connais ni le peuple ni le roi ; ils ne me croiront pas ; tout le monde rira de moi et avec rai'sf>n, car qu'y a-t-il de plus insf-nsé que de dire aux gramis : une enfant délivTora la France, elle dirigera des expéditions militaires par son habileté, elle ramènera la victoire par son courage ; et d'ailleurs quoi de plus étrange et de plus inconvenant, mon père, qu'une jeune fille avec des habits d'homme ?

A ce discours si sensé, le bon vieux prêtre ne savait que répondre, sinon que Dieu était bien puissant et qu'il fallait obéir; puis, comme Jehanne se mettait à pleurer, en songeant à la pénible tâche qui lui était imposée, il la consola et la réconforta de son mieux, en lui disant d'attendre encore, et la firemière fois qu'elle verrait de nouveau saint Michel et les deux sainti's, de leur demander comment il lui fallait faire, par quel chemin il fallait prendre, et en quel lieu il lui fallait aller.

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