‹ Isabel de Baviére (volume 2)Chapitre 9 sur 20 · LB CAPITAINE DB BACDRICOVRT · texte numérisé non relu

LB CAPITAINE DB BACDRICOVRT

Cependant, soil que les voix, comme les appelait la jeune fille, lussiMil courroucées de son hésitalion, soil que In tiuips d agir ne fiM (loint encore venu, Jehanne resta quelques moi-, sans rii'U voir. Alors, l'inquiétude la prit ; la (>auvre enfant se crut ton)b<'<> dans la disgrAce du Seigneur; et voyant qu'elle était nliandonuéc par ses pRiler- Irici* ci'lestrs, elle se composa une oraivin pour \n \^r." de revenir h elle, puis elle alla s'agenouiller devant l'oulel de sainte Catherine, el la récita du plus profond de son roMir. La prière était courue en l'es ternii-s :

« Je re<pijers Noiri'-S'igiieur el Noin'-Dame de m'envoyerconvil il confort sur C4' qu'il lui plail qui' je fasse, ri cela par linlermediaire du bi"ulieun-ux saint Michel el di-s bii-n heu reuses sainte Chilienne et s,iinle Marguerite. »

A ix'ilii' Jelianne a\aitH'lle prononcé o-s |»aroles (]ue la nii'c Iuiiuneus4> s'alwiisvi et s'iunrit comme d'habitude, et (pie Ir-s envoyés c^-lesli's parurent. Sculi'inent, a'tle foii relail Iniige Gabrir-I «pli accomivignait |i>s deux sainte». Alors Ji'hnnne b;iivvi la lôtc, c( la voix babiluellu se Ht entendre :

n Doii vi.<nl que lu doutes et que tu hésites, iehnnnoT dit In voix. D'où viinl que tu demauih-s comment lesrlios<>s que lu dois nceoinpKr s'aicompliront? Tu ne snis [ms |o rlienim qui rou.luit nu roi, dis-tii; les llrbreux non plus ne conuaisvncnt |>.is lu chemin qui |>ouvail les conduire à

JEHANNE LA PUCELLÉ.

)a torro promisp, et œpondant ils se mirent en route, et la colonne de feu les guida. »

— Mais, dit Jelianne, enhardie par la douceur de cette voix qu'elle s'attendait à trouver courroucée, où est l'ennemi que je dois combattre, et quelle est la mission que je dois accomplir?

« L'ennemi que tu dois combattre, répondit la voix, est devers Orléans, et pour que tu ne fasses plus de doute que nous te disons la vérité, aujourd'hui, son chef de guerre, le comte de Salisbury, a été tué : la mission que tu dois remplir est de faire lever le siège de la bonne ville du duc d'Orléans, qui est prisonnier en Angleterre, et de mener sacrer Charles VFI à Reims; car, tant qu'il ne sera point sacré, il ne sera que dauphin, et non pas roi. »

— Mais, dit Jehannc, je ne puis aller ainsi seule. A qui faut-il que je m'adresse pour me prêter aide et secours?

« Tu as raison, Jehanne, reprit la voix, va donc au lieu voisin nommé Vaucouleurs, qui seul dans la contrée de Champagne a conservé sa fidélité au roi, et là, demande à parler au bon chevalier Robert de Baudricourt; dis-lui hardiment de quelle part tu viens, et il te croira. Et de peur qu'on ne cherche à te tromper ou que tu ne t'adresses à un autre, regarde, et tu verras la vraie ressemblance de ce chevalier. »

Jehanne leva la têto et vit effectivement un chevalier sans casque, sans épée et sans éperons : elle le regarda quelques secondes pour bien graver ses traits en sa mémoire ; puis peu à peu cette nouvelle vision disparut. Jehanne se retourna vers le saint et les saintes, mais ils étaient remontés au ciel.

Dés lors, Jehanne n'hésita pas et se prépara dans son cœur au départ ; mais c'était une si terrible résolution à prendre pour une jeune fille que celle de quitter ainsi païens et patrie, que les jours se succédèrent, et que Jehanne sans force passait son temps h pleurer. Un jour qu'elle était tout en larmes, elle fut surprise par son jeune frère Pierre : olle l'aimait beaucoup, et lui-même, de son côté, l'aimait beaucoup aussi. Il lui demanda ce qu'elle avait, Jehanne lui conta tout. L'enfant lui offritde partir avec elle; c'était tout ce qu'il pouvait offrir.

Quelques jours s'écoulèrent encore, la nouvelle du siège d'Orléans, et du grand danger que courait la ville, se répandit alors de tous côtés, et redoubla la consternation de ceux qui étaient restés fidèles au roi. Ce fut sur ces entrefaites que le saint jour de l'Epiphanie arriva, et qu'eurent lieu h Domremy les événemens que nous avons racontés dans notre premier chapitre.

Ces événemens annoncèrent h Jehanne que l'heure de son départ était arrivée; car elle avait vu le sire de Baudricourt tellement semblable à l'image qui lui en était apparue, qu'elle n'avait eu qu'à jeter un regard sur lui pour le reconnaître : elle avait donc pris la décision de chercher la solitude pour consulter une fois encore ses voix, et si ses voix lui ordonnaient do partir, fôt-ceà l'instant même, elle était, cetli^ fois, résolue îi leur ob('ir.

A peine Jehanne eut-elle fait (pielques pas sur la route, que les oiseaux des champs et des bois, (pii, par la neige qui était tombée, étaient privés depuis la veille d(> nourriture, accoururent autour d'elle, connue s'ils eussent su que Jelianne leur apportait du grain. La jeune iiWo se rappela alors (pie .sa première intention avait été celle-là ; et elle sema, tout en marchant, autour d'elle le blé et l(> chenevis, dont, comme l'avait dit Pierre, elle était rentrée pour faire provision. Elle arriva ainsi sous l'arbre des Fées, qui, h cette époipie, était tout dépouillé de son beau feuillage, toujours accompagnée de son escorte nilé(>, qui couvrit les branches du beau mai, et qui se mil à chantier les louanges du Seigii("ur dans une langue, qui, pour être inintelligiblo au\ liomuies, n'eu est pas moins entendue de Dieu.

En ce moiiKMit la cloche du villag(< sonna niiili; Jelianne avait remarqué cpi(> c'était surtout lorsque sonnaient les cloches (]ue ses visions avaient l'halntude île lui apparaître. Elle se mit alors à genoux, coiuuie elle était nccoutunu^o do faire dès qu'elle entendait cotte voix do bronzo qui parle OEiiT. coiun,.

aux hommes au nom du Seigneur, et, pleine d'espérance et de foi, elle fit aux saints et aux saintes sa requête accoutumée. Jehanne n'avait point cru et espéré vainement. A peine la prière fut-elle finie, que les oiseaux qui cou\Taient les branches de l'arbre se turent, que la nuée s'abaissa, et que ses protecteurs célestes apparurent à ses yeux.

« Jehanne, lui dirent-ils, tu as eu foi en Dieu et en nous; sois bénie; tais ainsi qu'il a été ordonné, enfant; marche sans crainte de t'égarer, et ne te rebuti- pas d'un premier refus : messirc Dieu te donnera la persuasion. »

— Mais, demanda Jehanne, dois-je ainsi m'exposcr toute seule par les chemins, ou me hasarder dans les villes, sans protection visible ; et ne me prendra-t-on pas pour quelque enfant perdu, ou quelque aventurière de méchante vie?

« La protection de Dieu suffit à qui croit en Dieu, Jehanne ; mais puisque tu désires un protecteur, avant que tu ne te sois relevée de dessus tes genoux, le Seigneur t'en enverra un. Ainsi donc, plus de délai, d'hésitation : marche ! marche! Jehanne, car le moment est venu. »

— Que la volonté de Messirc soit faite ! dit Jehanne. Je ne suis que la plus humble entre ses servantes, et j'obéirai.

A peine Jehanne avait-elle prononcé a-s mots, que la nuée s'envola et que les oiseaux recommencèrent leurs chants. Quant à Jehanne, elle achevait une oraison mentale, oraison pieuse et filiale, dans laquelle elle priait s»^ parens de lui pardonner si elle les quittait ainsi sans leur dire adieu et leur demander leur bénédiction. Mais Jehanne connaissait son père : c'était un homme sévère de coeur et d'esprit, et elle savait qu'il ne lui permettrait jamais de quitter la maison pour se hasarder ainsi au milieu des hommes et sur les champs de bataille.

Jehanne était encore h genoux quand elle entendit qu'on l'appelait. En même temps tous les oiseaux qui chantaient sur l'arbre s'envolèrent. Jehanne se retourna, et aperçut son oncle Durand Haxart. Elle comprit que c'était le protecteur que ces voix lui avaient promis, et, se relevant aussitôt, elle marcha droit à lui, pleine de confiance et de sérénité, quoique les larmes involontaires du départ tremblassent encore aux cils de ses longues paupières.

— C'est toi, Jehannette, dit maître Durand, que fais-tu donc là, mon enfant, tandis que ton père et ta mère te cherchent de tous côtés.

— Ilélas! mon oncle, répondit la jeune fille en secouant tristement la tête, ils m'appelleront et me chercheront longtemps encore ainsi ; car je viens do les quitter peul-élre pour toujours.

— Et où vas-tu donc, Jehannette?

— Je vais où Dieu m'envoie, mon oncle, et mes voix viennent de me dire que je pouvais compter sur vous pour m'accompagner où je vajs.

— Ecoute. Jehannette, répondit maître Durand, si ce malin tu m'avais fait une pareille proposition, je t'eusse prise par le brus et t'eusse ramenée h ton père, en lui disant de te mieux garder désormais qu'il ne l'avait fait jusqu'alors; mais après ce que j'ai vu de mesyeuf et entendu de mes orcill(>s, je me sens tout disposé h t'aider. tùl-»~o à faire une folie. Raconte-moi donc ce qui t'est arrivé, dis ."i quoi je puis t'être bon, et compte sur moi.

Jelianne prit avec son oncle le chemin de Neufchaieau, où il demeurait, et tout le long de la route lui narra Ji>s choses que nous venons de raconter nous-mêmes; de sorte que, par cette réaction si naturelle aux gens incrédules, en arrivant .'i la porte de sa maison, c'était maître Dur.-ïnd llaxarl qui soutenait et rei'onforlait Jehanne. Ce|>endant il jugea à propos de faire un i>olit changrmeni au pn">jet adopté par la jeune tille : ce projet, c'était de la preceiierà Vaucouleurs, et de pnneiiir le capitaine RolxTt de Baudricourt de la visite qu'il allait rea^voir : comme Jehanne hésitait surtout à se présenter seule, elle aca^pta l'offre de son oncle avec reconnaissanC(>.

Maître Durand partit le lemlemain; mais l'acrueil du ca. pitaine Baudricourt fut loin d'être tel qu'il l'altondait : déj.^ uno femme nommée Mario Dnvignon, s'appuyanl s"r la

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ŒUVRES COMPLETES D'ALP.XANDRE DUMAS

prophétie de Merlin, avait demandé à ôtrc présentée au toi, amrmanl qu'elle aviiil d(>s ehoses importantes à lui ré- VL-ler; ttiais, une Ibis en sa pré>îence,elle n'avait rien eu à lui dire, sinon qu'une fois un ange lui clait apparu (jui lui évflit présenté des armes, et qu'à la vue de ces armes elle avait eu une si grande peur que le W'ieste envoyé s'était hâté (le lui dire que ces armi-s n'étaient point pour elle, Imais bien pour «ne autn> fomme h (lui il était réservé de Sauver la FraniT. Or, comme le capitaine Baudricourl fraisait d'avoir afCiiiT" i\ quelque avenluri^re du m^me ^enre, il répondit h ma\\tc Durand que sa nièiv était une lolle, et qu'il lui cons-eillait de la ramener î» son p5re et à Sa m&re après l'avoir bien sourflelée.

Maître Durand rapporta cette réponse ?l sa ni^ce, qui s6 mit aussitôt en prière, invoquant les voix dans les termes accoutumés : cette iWs, comme les autres, l'archange et les saintesapparurcnt;Je|iannclesinterrogen sur l'échec qu'elle venait d'éprouver, et l.a voix lui dit : « TU as douté, Jehanne, tandis que Dieu veut des ciieurs pleins de fol; Dieu t'avait ordonné d'aller lii loi-m^me, et tu V as envové un autre : et cet autre ti'a point réussi ; car c'est à toi seule que !^ieu a donné le don de la persiinsiOM. Pars donc, car tout peut se réparer encore ; lundis que si lu attends tout sera Jîerdu. »

Jelianne vit qu'il n'y avait plus îi hésiter, et ?llo yartit le jour qui était le vendredi d'a()r('s les Rois de l'an de grAco l'i29; cIleaiTivaà Vaucouleursdaiisla nuit : son oncle, qui j'avail accompagnée, frap|)a à la porte d'un charron qui leur donna l'hospilalité : la femme du charron voulait partager son lit avec Jelianne. Mais Jelianne refusa, et s'élant mise en oraison, elle pria jusqu'au jour.

Celte oraison lui donna une si grande assurance que lorsqu'elle crut qui! l'heure était venu de se présenter chez le sire de Baudricourl, elle refusa l'aide de son oncle en disant que les voit lui avaient commandé d'y aller seule: eu effet, vers les neuf heures du malin, elle se présenta cliez le capitaine. Comme il était de fort bonne heure encore, celle visite é^'aya fort les gen-s d'armes, qui l'inljx)duisirent aussilAl chez leur maître, quoiqu'il fiU eu ce moment en con('érenc4^avec un hrav»; chevalier nommé Jehan de Novelompont, qui airirait à l'inst.int même de Gioii sur la Loire, et qui apportait au sire de Uaudricourt la vmvelle de la mort «lu comte de Salisburj.

Jelianne entra, et s'avancent vers le capitaine:

— Messire Rolieii, lui dil-f;llo, sachez que mon 5^fg»h^ur m'a depuis longtemps ordonné d'aller devers le gentil dauphin, qui doit être, (jui esl, et (pii sera le seul et véritable roi de France.

— Et quel est ce .seigneur, ma mie, demanda en souriau' le sire df Raudrimurt.

— Le roi du ciel, répondit Jehanne.

— El quand vous serez près du dauphin, qu'arriverat-il?

— Que le dauphin me drtnnera dos pens J'armes; que jo ferai lever le Sié((e d'OriennN, et qu'apri's l'dvoir lait lever, je le ménenti «((Ter h Heim».

Les deux chmaliert m; nifard^n^nl et éclal»''rent de rin>.

— Ne doulM pas, dit Jelianne dewît ftir Sérieux et calme qui lui était habituel, Oar, pnr nm foil je mus dis l'exacte vérilé.

— Mais m n'est pas In prenli^re fois que je vous vois, e*< me seriilile, dit le sin- de iinudneourl en regardant iWiunne,

— C'i'sl moi, répondit In jeune flile, qui, le jour îles Rots, Vous ai annoncé h Dcmireiny la mort du iiiinli" de Salisbury, que re noble rhevnlUT, iij<iul«-l-el|e en h»' loiiniant vent Jelian rie NovHompiml, vient do vous oonllriner tout h l'heurr.

Le chevalier tn's^.Tillil, car II était arrivé dans In nuit, et n'BvBii pj^Hé h per-soiine de In imiiveile qu'il ap|Mirliiil; Ip cnpil.uni' liii-méiiie fui eliraide dnns >u\n doute.

— Mnis, iltl-il h In jeune (llle, si lu savais nvunl tniil le ftiDiid" 11' Inipatsetni-nl du notile comtn. tu do!» Mroif ausst do qu<lle façon il «M tr6pa«M T

— Oui, sans doute, répondit Jehanne; il était prés d'une fenêtre, dans une tournelle d'où il regardait la Ixmne et fidèle ville d'Orléans, lorsque Messire, qui connaît, qui traite et qui récompense les hommes selon leur mérite, permit qu'il fût frappé par un éclat de pierre qui lui creva l'o'il du coup, et dont, deux jours après, il esl passé de vie à trépas.

Les deux chevaliers se refjardèrent avct étonnementi car tous ces détails étaient de la plus gronde lexacliludi'. Va^ pendanl,*comme ces révélations pouvaient venir au'-si bien de l'enfer que du ciel, m(»»ire de Baudricourl, afin d'a- \oir le temps de so consulter, congédia Jehanne sans lui rien promettre.

Jelianne s'en revint chez le charron, sans être tmp rebutée encore par le froid accueil qu'elle avait ni;«, car ses vcjix lui avaient dit qu'on ferait douted'ellependanlquelque temps, mais qu'.'i la Un Dieu lui donnerait le don de la persuasion. Là elle s'établit, tenant le moins de place possible chez (•«» bonnes gens, alin de ne les point gêner, passant ses journées h l'église, se confessant sans cesse, jeilnant et communiant, et ne cessant de répéter qu'il faisait la conduire chez le noble dauphin, el qu'aiTivée |^, elle le mènerait sacrer h Reims npri-s awtir lait le siège d'Orléans. Elle était si jeune, elle était si belle, de si douces et si chastes paroles tombaient de ses lè\ n's, que lo pau\Te [teuple, toujours plus porté vers l'espérance que ne le sont les trrands, parce que plus on est malheureux plus on est cix'dule, la suivait quand elle sortait, lui faisant une escorte do ses prières, el disant que c'était réellement une sainte femme, et que si on la re[ioussait. les malheurs qui menaçaient la France retomberaient en mémo temps sur c<'ux qui l'auraient repoussée.

Ce concert universel de louanges arriva au siiv de Raiidricourt, qui. déjà ému en lui-même de ee qui s'était passé, alla trouver le curé de Vaucouleurs, et lui raconta tout cp qu'il savait. Le curé n'fléchit un instant, puis, pnrlaîreanl les craintes du capitaine )i l'endroit de la magie, il lui dit qu'il n'y avait qu'un mo\i'n de s'assurer si la divination lui venait lie Dieu ou de Sahin, et que cr moyen était l'exorcisme. Le sire de Baudricourl accepta la proposition ; le curé rcvétil son élole, prit un crucilix, et tous ileuis'acht>minèrent vei-s In maisiin où demeurait Jehanne.

Ils trouvèrent Jehanne en prière; le ruré et le capitaine entrèrent dnns sa chambre, et ouvrirent la porte nlln quo chacun pill voir ce (pii allait se passer : Jehanne resta ert oraison comme elle ('tait, el alors le curé lui présenta In crucilix, et l'adjura, si elle était mauvaise, de s'éloe.'fler d'eux ; mais Jehanne, au contraire, se traîna sur si's ir.nouxjuscpi'au pi-élre, puis Uiisa h-sdeux boiilv do leinlo, el les plaie.s du eiMi', des mains el di-s piiils du t'.bnst. lo tout av<v tant de loi et de ferveur, que le curé déclara cpielle (xiuvait éln^ folle, mais x\n'k coup srtr elle n'était [ws possediv».

Sire Robert de Baudricourl s'éloiijna dom* rassuré sur l*> fait lie in.ipie; mais eelle nssiinniv n'i'lail i><iiiil suflisnnh» |K)ur lo déterminer a faire ce que demandait Jehanne. Elle n'éiiiit p^int possédi'o. il est vrai ; mais, nomme le disait In l'iiré, elle iMiuvail étn» folle ; el que dirait-on, d'ailleurs, d'un homme d'armes portant Innn» et épén, el q\il nu errait à son rn| une feninn fxvir le defendrpT Johanne .\\M\ dcmc vaincu le dnwto, mais M lui r.'st»'* D romliallre ^ol^. Kuoil.

le lendemain do oe jour, iiimme * renommée de |>iét^ s'étendait de la ville de Vaui^'iileut^ aux villairos envinuiiians, Roiii' d'Anjou, due i|e H!^r, qui depuis l.niBiomps et ••" mnlnite et cpie li-s midi-cins no |x)iivnieiit (nienr, l'env"'* ilierchiT pour la cimsulier sur son mal. Jehanne se h*l» de so TMidre ppès do lui, comme elle |nis.iil ptè» i|e •""' éires<pufirant qui l'apir-liiit; nini-, nrrnt^o en «' "'

elle lui déelara iprelle n'.1\-nit T(^-\\ du eio|»(w

mis<iiin Ile do Intp' lo\or le '.I in» ol mon ''^ ^'"

,ror Charles Vil ft Remis. \ii r. n dit |^• pr'"'"'"'

bon mur.iiro ol do ne plus d'iimer i^ sivs «uji'ls le v.i'"'aia a*tHiM en inimiUv avit «n rommenimme II le fai**''"

JËHÂlS'NE LA PCCELLE.

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puis, lui recommandant la crainte de Dieu, elle prit congé de lui en lui promettant de prier pour saguérison. Le duc lui donna quatre fraucs qu'elle distribua aux pauvres en sortant de ciiez lui.

Comme elle rentrait à Vaucouleurs, elle rencontra le chevalier Jelian de Novelompont qui se promenait par les rues avec un autre piud'iiomme nommé Bertrand de Poulangy. Jelian de Novelom[X)nt, qui la reconnut, alla à elle, et comme cette jeune flile avait lait sur lui une forte impn.'Ssion, et qu'il arrivait chaque jour de plus tristes nouvelles du siège :

— Ah ! Jchanne, lui dit-il, serons-nous donc réduits à voir le roi chassé de France et forcés de nous faire Anglais?

— Ah I répondit Joiianne, rien de tout cela n'arriverait cependant si l'on me voulait croire ; mais malheureusement le siro de Baudricourt n'a souci ni de moi ni de mes paroles, et ainsi il nous fiiit perdre un précieux temps : il faut cc[)endaut que j(! sois devers monseigneur le dauphin avant la Mi-Carême, et dussé-jc user mes jambes jusqu'aux genoux, j'y serai certainement, car personne au monde, ni empereur, ni roi, ni duc, ni ûlle du roi d'Ecosse, ni aucun autre, nu peut relever le royaume de France : il n'y a de secours pour lui qu'en moi. Et pourtant j'aimerais mieux rester à filer près de ma [lauvre mère, car œ n'est pas là mon ouvrage ; mais il faut que j'aille et que je le fasse, puisque mon Seigneur le veut.

Alors le seigneur de Novelompont regarda flxement Jehanne, et voyant la foi et la confiance qui brillaient dans ses yeux :

— Ecoutez, Jehanne, lui dit-il, je ne sais d'où cela me vient, et malheur à vous si c'est de l'enfer! mais je me sens persuadé de la vérité de ce que vous dites : je vous engage ma foi, si Baudricourt continue à demeurer dans son endurcissement, de vous mener au roi sous la conduite de Dieu.

Et il mit la main dans les siennes en signe d'engagement.

— Oui I faites cela, faites cela, dit Jehanne en serrant cette main loyale, mais seulement hâtez-vous de le faire ; car aujourd'hui même, près d'Orléans, le gentil dauphin a eu un bien grand donnnage, et il est menacé d'un bien plus grand encore si vous ne me conduisez ou m'envoyez en toute hâle près do lui.

Mcssire Bertrand de Poulangy, qui avait entendu loule la convei-salion, se sentit, en même temps quo«ire Jelian do Novelompont, touché de la foi, et élciidant la main à son tour, il jura de son cAté h Jehanne qu'il ne l'abandonnerait pas non plus, et, ainsi que S(ui ami, l'accompagnerait jiarloul oii il lui plairait d'aller.

Jelianno les remercia tous deux : elle était si joyeuse qu'elle leur eût baisé les genoux; elle voulait partira l'instant même et sans plus attendre; mais ils lui répondirent que, par courtoisie, ils devaient demander pour accomplir cette entreprise le congé de sire llobert.

— Et si siro Robert le refuse? demanda en tremblant la jeune fille.

— Si sire Robert le refuse, ri'pondircnt les deux chevaliers, nous n'en ferons pas moins ^ notre plaisir; mais du moins nous aurons agi comme il était de notre devoir de le faire.

— Adieu donc, et quo Weu vous garde! dit Jehanne; et étant rentrée chez son hôte lo charwii, elle si> mil eu prière en les attendant.

(lomme nous l'avons dit, messire Robert était déjà plus qu'à moitié persuadé, mais il était retenu par la crainte du ridicule; il fut donc encbanlé que deux si braves o.lii>valiers (pie l'étaient Jelian de Noveloiiipoul el Ht-rtranil di> l'oulangy missent, en engageant leur resixinsabilil»», la SKMUK' à rouvert : il coTistMitil donc à tout, e( Irur dit de h)i amener Jehanne, afin qu'ils rognassent ensemble tous tes appréls de son départ.

Les deux clievalioi-s revinrent quérir Jebanne. qui ap- [ml a> ec une grande joi«^ ce qui venait d'élr<> divide à son égard : elle se leva aussitôt, el les acwmpagna diez messire Robert do Baudricourt. Lo capiiaiiie lui dcMuanda

alors quelles choses lui étaient nécessaires pour se mettre en route. Jehanne lui répondit que les voix lui avaix^t ordonné do prendre un vêtement d'homme, et pour tout le reste elle s'en rapportait à lui. On lui en fit aussitôt faire un, et le surlendemain il était prêt. Jehanne le revêtit avec autant de facilité et d'aisance que si elle n'en eût point porté d'autre de toute sa vie, ajusta .son clia[>eroD, chaussa ses houzaulx et attacha ses éperons. Sire Robert voulut lui donner une épée; mais elle refusa, disant que l'épée dont elle devait so servir n'était point celle-là, mais une autre. Alors les deux chevaliers lui demandèrent quel chemin il fallait prendre pour aller jus<|u'au roi, qui était à Chinon.

— Le plus court, répondit Jeliauue.

— Mais par le plus court, répondirent-ils, nous rencontrerons force Anglais qui nous barreront le passage.

— Au nom de Dieu I s'écria Jehanne, fiiites ce que je dis; et pourvu que vous me conduisiez devers monseigneur lo dauphin, soyez tranquilles, nous ne rencontrerous aucu;i empêchement sur la route.

Les clievaliers, convaincus par ce ton d'assurance, ae firent plus aucune observation, et la suivirent pleins de croyance et de foi.

Arrivée à la porte, elle prit congé de son oncle, qu'elle embrassa affectueusement, le priant de l'excu-ser près de ses parens, ot de leur dire qu'elle partirait avec une joie entière si elle parlait av(5c leur Lénédicttou, mais qu'elle espérait qu'il viendrait un temps où iU la loueraient d'avoir obéi au Seigneur.

Vn superbe cheval noir acheté par messire tlobert attendait Jehanne; elle voulut aus-sitùt le monter; mais le cheval se démena si fort que la cliose fut impossible. Alors Jehaimc dit : — Menez-le près de la croix qui est devant l'église auprès du chemin. Le serviteur qui tenait la bride obéit, el à peine le beau coui'sicr fut-il dcvantja croix, qu'il devint doux comme un agneau, et que Jehanne monta dessus sans difficulté aucune, au milieu de toute la population, qui, émerveillée de l'adresse et de la confiance de la jeune fille, criait de tous côtés : Noël! NoëlL..

Alors Robert de Baudricourt reçut le serinent di' Jelian de Novelomjiont et de Bertrand de Poulangy de conduire Jelianno au roi, et, ce serment tait, il se se tuurita vers la jeune fille, et la saluant une dernière lois de la «nain :

— Va, lui dit-il, el advienne que pourra!

Aussitôt Jehanne, so retournant vej^ les prêtres et les gens d'('glise, leur dit :

— Faite-s proce.ssion et prière n Dieu.

l>uis, piquant sc^u cheval des deux comme aurait pu lo faire le plus hardi et le plus habile cavalier ;

— Tirez avanl! dit-elle; tirez av;ujl!

Et elle iwrlit au trot, ac^jomjmgnéc des deux che>aliers, et suivie de leurs serviteurs, d'un arcber «t d'un me^i^i^^r du roi.

lY.

LK GENTIL DAlPHIM.

Malgré la grande cunfianci^ quo fainit (uii-atiro J^hannr, messire Rerliand de Poulaiiiry et nie^sire Jeli.m dr fiorcloniponl n'étaient quo fort niëdiixavniMU raNSurvs; ils avaient cent cinquante lieues è (mhi pW* à faire pouratlrr de V.iue<iuleurs ^ Ciniion, c"e.«J-à-dtre la iiKMtie df l.\ France à IraverstM-, et pr^ des deux tiers de o» diomiii étaient en la (n»ssession des Anglais et des R^Mirinnirnons. Mais lorsque, après Iniis ou quatn^ j«nir< d<» man he. hs riirenl vu qu'ils n'avaient leoeontre auinin p>irU onn««iii; loi-sque oyanl tr^>\^^e des forêls sur leur clienun, ils eurent vu In jeune tille s'y engîiger liardiiimit rt t î»connatlre sa niiile sans guide; lorsque, «rnves au l«<rd ^o ri\ lères larges el profondes, ils eureiil »u if v.h'\«\ dp tMir conducirav lixmver des gués iiK^onnus. e« qu'ils fumit à l'autre Ih>i\I sans accident, ils «vninniKV'n'B» in a»t«ir une lui iMilièiv dans Jeliaiiiie, «t s'ai>aiidani>èr»t oompiè«^nu'iit à elle, la laiss^uit s'arriMcr i^and elle \oulait pour

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OF.n-Bïïs r.o>rrLÈTES d*alexaxdre pumas.

faire ses dévotions dans les églises, ce qu'ils ne voulaient pas lui permettre auparavant, de peur d"^tre reconnus pour Armagnac-!, et d'(Mre dénoncés par le peuple cl attaijués par les garnisons. Au reste, bien leur en prit de s'être confiés .'i l'inspirée : elle les conduisit comme l'étoile des Wages; et enfin, aprtVi quatorze jours de marche, après avoir traversé Chauinont et Auxerre, ils arrivèrent h Gien, sur la Loire, et là ils apprirent la fameuse délaite de Rou- \ny, que l'on appelle la journée des Harengs, parce que les Anglais avaient été attaqués par les Français tandis qu'ils conduisaient au comte de SulTolk, qui commandait le siège, un convoi composé en grande partie de poisson salé. Dans cette bataille, oii Jehan Falslaff, chef du convoi, avait maintenu sa réputation de grand capitaine, Jehan Stuart, connétable d'fa'osse, les sires de Dorval, de Lespot et de Cliàteaubrun avaient été tués, avec trois ou quatre cents des plus braves hommes d'armes qui tenaient encore le parti de la France, et le comte de Dunois avait été blessé, de sorte que la terreur était plus grande que jamais; mais aussi, d'un autre cAté, cette nouvelle rehaussa encore grandement le crédit de Jehanne dans l'esprit de ses deux compagnons, car Jehan de Novelompont se rappela que cette défaite avait eu justement lieu le jour môme où Jehanne lui avait annoncé, h Vaucouleurs, qu'il venait d'arriver un nouveau dommage au dauphin.

Arrivés h Gien, nos voyageurs avaient achevé leur plus dure besogne, car ils se trouvaient enfin sur la terre française, et cette besogne avait été faite, comme l'avait prédit Jehanne, sans qu'il fiU advenu le moindre accident ni aux chevaliers, ni à leurs serviteurs, ni même à leurs chi'vaux; là le bruit se répandit que la [)ropliélie de Merlin allait s'accomplir, et que la jeune fille (pu devait sauver miraculeusement le roviiume de France ('tait trouvée; chacun accourut hâtivement et voulut voir l'élue. Jeliann(^ alors parut à la fenêtre de l'hêlellerie, et dit hautement que l'on pouvait faire fête, et que la désolation allait finir, attendu qu'elle était envoyée de Dieu pour délivrer la France et faire sacrer le dauphin. Jehanne avait une telle assurance, et elle se jjrésenlait tellement comme un instrument de la Providence; ses discours étaient si pleins d'humilité d'elle-même et de foi en Dieu, que là, comme à Vaucouleurs, le peuple commença à se réjouir, ne faisant aucun doute qu'elle no dît la vérité.

I,e lendemain, on se remit en route; car, si fatiguant que fût un i)areil chemin pour une jeune fille qui n'avait jamais monté à cheval, Ji-lianm- ne paraissait aunmemeiit souffrir, et elle insistait pour (pic l'on tirAt le plus vi.e possible devant le dauphin, qui était à Cliinon dans une position plus déplorable <|u'aucun roi de France ne s'était jamais trouvé. Fn effet, on racontait qui- la misère du (leuple était entin montée jusqu'au Irène, et cpie relie misère était si granile iju'il n'y avait plus d'argent ni dans la bours»' du roi ni dans le trésor my.il, et ipie son nr^'eritier, Henaud de Houligny, disait à qui voulait l'eutr'udre que, tant de la pi'ciile nu roi (|ue de la sienne, il n'avait pas en tout quatre éiiis dans sa caisse; si bien que Xaintrailles et l-ahire étant venus voir un jour le roi. et le roi les ayant invités à dîner avec lui, il n'avait pu leur donner pour tout régal «pie deux poulets et une ipieue de mouton.

Il eliiil donc temps, comme on le voit, (pie Jehanne arrivill. t'j'penilant elU» voulut s'arrêter en reglis<> de Siinle- <Jillierine-<le-Fierl>ois , qui i''lail un saint lieu de pèlerinage, fK)ur y faire ses dévolions. De là, elle lit écrire au roi par les chevaliers (pij raccompagnaient, lui nniionçanl qu'elle arrivait de bien loin [Mnir le secourir et lui apprendre des choses de la (ilus haute iin|Mirlaiice. Les voyageurs m> remirent austilAl en roule, el, en arrivant h In ri'sidenci' royale, Jehanne desi-endit dans une IkMcIIi»rie, tandis ipie ses deux compagnons de voyage se rendaient près (le Charles VII.

Mais l'.h.'irles Vil élall défiant roiiime un roi malheii- T'-in : souvent trompe p.ir rem (pi'il re^-.irdail roninie se^ meilleurs nnas, souM'iit aUiiidonné |)arceu\ (ju'il tenait

pour ses plus fidèles, il ne pouvait croire au dévouement désintéressé d'une étrangère. Aussi fit-il grande difficulté pour recevoir Jehanne, et se contenla-t-il d'envoyer près d'elle trois de ses conseillers. D'abord Jehanne ne voulut pas leur répondre, leur disant que c'était h monseigneur le dauphin qu'elle avait affaire, et non pns à eux. Mais enfin elle consentit à leur répéter ce qu'elle avait dit tant de fois déjà sans qu'on la crrtt, à savoir, qu'elle venait pour faire lever le siège d'Orléans et conduire le dauphin à Reims; et les conseillers, bien renseignés par elle-même, s'en allèrent porter celte nouvelle au roi.

Jehanne fut deux jours sans voir reparaître personne. Cependant elle avait toujours bonne confiance, reconfortant les deux chevaliers qui l'avaient ainem-e, et disant avec une assurance merveilleuse que le roi finirait par l'entendre, qu'elle en était silre, et qu'ainsi ils eussent à demeurer aussi lran(;uilles qu'elle. En effet, le troisième jour, le comte de Vend('»me se présenta à rh(Mellerie, et annonça à Jehanne qu'il venait la chercher pour la conduire devant le roi. Jehanne ne parut ni confuse ni étonnée : elle s'attendait depuis longtemps à cette entrevue, et s'y était préparée. Elle répondit donc au comte de Vend(^me (jue sa visite ne l'étonnait point, attendu que ses voix lui avaient dit qu'il devait venir; puis elle ajouta qu'elle était [jrêteîi le suivre, le priant de ne pas perdre flavantage de temps, car il n'y en avait déjà (jue trop de perdu.

Cependant le roi, toujours défiant, avait, après le départ du comte de Vend('»me, proposé à son conseil d'éprouver Jehanne, et l'épreuve qu'il avait indiquée était de se confondre parmi les chevaliers de sa suite, el de mettre un autre à sa place, pour voir si Jehanne s'y tronqM'rail. Cett(> épreuve fut adoptée, et le roi fit mettre sur son lr(^no un jeune seigneur de son Age, et qui était même plus richement vêtu (pie lui, tandis ipi'il se tint debout derrière les autres. A peine la substitution fut-<>lle faite que lu porte s'ouvrit et que Jehanne entra.

Mais ce fut alors que resplendit toute la V(>rité de sa mission, car Jehanne, sans s'arrêt(>r aux apparences, alla droit à Charles VII, et s'agenoiiillant devant lui :

— Dieu, lui dit-elle, vous donne bonne el longue vie, noble et gentil dauphin I

— Vous vous méprenez, Jehanne, lui répondit Charles VII ; ce n'est pas moi qui suis le roi, mais bien oelui-lit qui est assis sur l(> IrAne.

— Par mon Dimi 1 gentil prince, reprit Jehanne. no cherchez point à m(> tromper, car c'est vous qui êtes le dauphin, et non un autre.

Puis, comme un murmure d'élonnement courait par l'asseinbli/e :

— Oenlil dauphin , continiia-l-elle , pourquoi ne me croyez-vous poinl'? Je vous dis, miinsei;.'neur, el faites foi en mes paroti^s, que Dieu a pitié d(> vous el de votre royaume et de votre peuple ; car saint Louis et Cliarlr». magne sont à genoux devant lui el faisant prièn' |>our vous. D'ailleurs, je vous dirai, s'il vous plall. telle chose qui vous donnera bien h connaftre que vous me devez croire.

Alors le roi Charhvs l'emmena dans un oratoire qui était h côté de la s.'ille du cons<>il, et arrivé là :

— ICh bienl Jehanne, lui dil-il, nous sommes seuls; parlez.

— Je ne demande pas mieux, reprit Jehanne. Mais si j vous dis des choses si .«(s-n'-ies ipi'il n'y a que Dieu el vou (pu les puissiez savoir, aurez-vousr«mtianre en moi enllQ et croirez-vous (pie c'est bien Dieu (pii m'envoie?

— Oui, Jehanne, réimndit le roi.

— l-;ii bienl sire, continua In jeune fl||(<. n'ave^-voiii fias bien UM'inoin' ipie, le jour de la Toussaint (leriiii''re, pendant (pie vous étiez tout seul en votre ornloiri> du rhAteaii (le l.(K'hes, vous (lies trois n>quêtes à Ilieii?

— Rien n'est plus rrni, Jehanne, réjiondll le n^i, et J« m'en sou«ieiisà merveille.

JEHANNE LA PDCELLE,

an

— Sire, reprit Jehanne, n'avcz-vous jamais révélé ces requêtes ni à votre confesseur ni à aucun autre?

— Jamais, dit le roi.

— Eli bien! je vais vous dire quelles étaient ces trois requêtes, continua la jeune fille. La première que vous adressâtes à Dieu fut que, si vous n'étiez pas le véritable héritier du rovaume de France, il vous ôtAt le courage de poursuivre cette guerru qui coftte tant d'or et de sang k votre pauvre royaume. La seconde fut que, si le terrible fléau qui s'appesantissait sur la France procédait de vos péchés, vous le suppliiez de relever ce pauvre piuple d'une faute qui n'était pas la sienne, et d'en faire retomber sur votre tête tout le châtiment, ce châtiment frtt-il une pénitence éternelle, ou même la mort. Enlin, la troisième fut ()ue, si au contraire le péché procédait du peuple, vous le .su[ipliiez d'avoir pitié de ce peuple et de le recevoir dans sa miséricorde, afin que le royaume sortît enfin des tribulations ofi il était plongé depuis plus de douze ans.

Le roi demeura longtemps pensif après avoir entendu (•es paroles, baissant la tête pour rétliH-hir, et la relevant pour regarder attentivement la jeune fille. Enfin, rompant à son tour le silence :

— Tout ce que vous avez rapporté là est vrai, Jehanne, lui dit-il; mais ce n'est pas le tout que je sois convaincu qui! vous venez de la part de Dieu, il faut encore que mes conseillers partagent mon opinion, ou sinon vous mettrez le trouble entre nous, et nous sommes déjà assez malheureux et divisés tels que nous sommes.

— Eh bien! dit Jehanne, assemblez demain trois ou • luatre de vos plus fidèles, et, s'il est possible, des gens d'église, et je vous donnerai un signe après lequel personne ne doutera plus : car mes voix m'ont promis de m'accorder ce signe, et je suis certaine qu'à ma requête elles me l'accorderont.

Alors le roi et Jehanne rentrèrent dans lé conseil, où l'on attendait leur retour avec impatience. A peine la porte fut-elle ouverte que tous les yeux se tournèrent vers le roi, et que l'on vit, à sa physioiionuc! grave et réfiéchie, que eo que lui avait dit la jeune fille lui avait fait une profonde impression.

— Messieurs, dit le roi, c'est assez pour aujourd'hui; il y a dans ce qui nous arrive grande matière à réflexion, et il faut que nous prenions sur cet événement l'avis de nos plus intimes conseillers. Quant à vous, Jehanne, retirezvouS; car vous devez être fatiguée de la longue route que vous venez do faire, et n'oubliez pas ce que vous m'avez promis pour demain.

— Avec l'aide de Dieu, répondit Jehanne, non seulement ce que j'ai promis pour demain, mais encore ce que j'ai promis pour l'avenir s'accomplira!... i:t mettant un genou en terre devant le roi, elle lui baisa la main, et se retira avec la même modestie et le mémo calme qu'elle était venue.

Au moment oti Jehanne arrivait à la porte de la rue, un cavalier passa qui menait boire son cheval à la Loire, (loinnie le bruit de l'arrivée de Jehanne s'était ch'jà répandu dans la ville, le cavah(>r,(iui était tort incrcduleen ces sortes de matières, s'arrêta devant Jeliamn', l'insullaiit par vies paroles grossières, et entremêlant ses insultes île blas- ;iliênies. Jehanne, voyant quo c'était à elle que s adressaient ces propos, releva la tête, et le regardant avec plus de tristesse (|ue de colère :

— Hélas! dit-elle, malheureux que tu es, peux-tu renier ainsi Dieu, lorsque peut-être tues si proche de la mort!

Le cavalier ne tint compte de cette espèce de prophétie; mais, au contraire, il s'éloigw en œntinuanl de blasphémer Dieu dans les mêmes jureniens, et arriva ainsi à la rivière; mais au moment où son cheval buvait, il fut effrayé par un bruit quelconque, et s'élança dans l'eau. Le envahir voulut le ramener au bord; mais (|uelque eflort (]u'il fil, le cheval continua de s'avancer vers le plus profond de la rivière, et bientôt perdit pied. Le cavalier s'»^ lança alors de sa monture, et voulut gaguer le bord à la iwige; mais, soit ijue quelque cranqie le surprit, soit que

ce que venait de lui dire Jehanne lui revînt à l'esprit et lo paralysât, il n'i'ut qu<i le temps de dire : — Pardonnez-moi, mon Dieu! et il ilisparut. Deux heures après, on retrouva son cadavre à l'écluse d'un moulin.

Comme plusieurs personnes avaient entendu ce qu'avait dit le cavalier à Jehanne, et ce que Jehanne lui avait répondu, cet événement fut considéré comme un miracle, et la réputation de la jeune inspirée s'en augmenta de telle façon, que le soir tout le peuple accourut sous les fenêtres de son hôtellerie et demanda à la voir. Jehanne parut aussitôt sur un balcon, et répéta au peuple, de sa voix douce et pleine de foi, qu'elle était envoyée du Seigneur pour sau\er le roi et la France; de sorte que le pauvTe peuple, ■ plus rassuré par les paroles de cette jeune fille qu'il ne î'eiit été par une armée de vingt mille hommes, se retira tout joyeux en criant : Noël! Le soir, une partie de la ville fut illuminée en signe d'allégresse.

Le lendemain, à dix heures du matin, le roi envoya chercher Jehanne, qui, s'attendant à ce message, ne fit aucunement attendre l'envoyé royal, mais au contraire le suivit aussitôt. Tous deux arrivèrent à Château-Chinon, où le roi les attendait. Ils étaient accompagnés d'une grande foule de peuple qui, aussitôt qu'elle avait aperçu Jehanne, s'était pressée sur ses pas, et qui resta en dehors de la porte afin d'avoir des nouvelles de cette entrevue. Jehanne monta hardiment l'escalier, et entra dans la chambre du roi; elle y trouva Charles VU avec l'archevêque de Reims, et messeigneurs Charles de Bourbon et de La Trémouille.

Alors l'archevêque de Reims commença à interroger Jehanne, lui demandant d'où elle était, comment se nommaient ses pareils, et de quelle manière l'inspiration lui était venue. Jehanne raconta toute la partie de sa vie dont elle put se souvenir, et cela si simplement et si modestement que les auditeurs sentirent la foi qui les gagnait à leur tour. Lorsqu'elle eut fini son récit, l'archevêque de Reims lui demanda s'il n'y avait pas dans les environs de la maison de son père un bois, et quel était le nom de ce bois. Jehanne répondit qu'effectivement il y avait une forêt, laquelle forêt on voyait du seuil de sa porte, et que cette forêt s'appelait le bois Chenu. Alors l'archevêque se retourna vers le roi et les sires de Bourbon et de La Trémouille en disant : « C'est bien cela. » En efTet, la prophétie de Merlin disait que la jeune fille qui devait sauver la France viendrait e nemore canuto. Le roi et ses conseillers paraissaient donc à peu près couvaincus; cependant ils voulurent pousser Jehanne jusqu'au bout ; en conséquence, l'archevêque, revenant à elle :

— Jehanne, lui dit-il, vous avez promis à notre sire le roi de faire connaître la vérité de votre mission par un signe irrécusable; quel est le signe? Nous attendrons qu'il se manifeste à nos yeux; et s'il est tel que vous nous le dites, nous sommes tout prêts à croire que vous êtes la véritable envoyée de Dieu.

— Attendez-moi, dit Jehanne, et mettez-vous en prière en m'attendant.

Alors elle sortit et passa dans la chapelle voisine, où elle se trouva seule; arrivée en face de l'autel, elle s'agtv nouilla, et d'une voix pleine de cette foi qui soulève les montagnes :

— Mon très doux Seigneur, dit-elle, je vous requiers en l'honneur de votre sainte Passion de p<Tme(tro quo lo bienheuroux archange Michel et les bienheureus<\s saintes (iitherine et Marguerite st- manifestent à voln» liumblo servante, s'il est toujours dans votre intention que c»- stul moi, pauvre fille, qui vienne en aide on votre nom au royaume de Franœ.

A peine Jehanne avait-elle prononcé ces paroles que lo nuage s'abaissa de la façon accouluméo et s'ouvrit, laissant voir non seulement l'archange et U>s deux saintes, mais encore, dans un lointain re.splendissani, une foulu d'autres anges qui tvitlaienl di>s ailes et chantaient les louanges du SMgneur. Jehanne fut lellemeul éblouie do celte splendeur, qu'elle baissa U« yeux.

ŒUVRES COMPLETES D'ALEXANDRE DUMAS

« Tu nous a appelés, Jehanne, dit la voix, que nous voux-tu? B

— Bienheureux saint Michel, et vous, mes saintes protectricps, répondit Jehanne, je vous ai appelés pour que vous donniez le sign<> à l'aide duquel je dois me faire reconnaîrc à monseijjneur le dauphin pour la véritahle envoyée de noire Seigneur.

« Tu as loi en nous, Johanne, dit la voix, et nous tiendrons la promesse que nous l'avons faite. »

A CCS mots, saint Michel fit un ffoste, et un ange, so détachant du chd'ur céleste, descendit d'un seul coup d'aile des profondeurs du ciel à la surface de la terre; ci?t ango tenait à la main une couronne de pierreries tellement resplendissante, qu'k peine si des yeux humains en pouvaient supporter l'éclat.

o Voilà le si?mo promis, Jehannf», dit la voix, et quand les plus incrédules l'auront vu, h l'instant même ils cesseront do douler. »

— Ainsi soit-il, dit Jehannp.

Et flussit'it le nunffe se referma et remonta au ciel. Mais l'antre qui portait la couronne resta sur la terre, et q«i>nd Jehanne n-leva les veux, elle le vit dehout devant elle.

L'anpre alors, sans dire un seul mol, mais avec un doux sourire, fit signe h Jehanne de le sui\Te, et la menant par la main, il marcha ou plutAf glissa vers la porto de la chapelle qui donnait dans la chambre du roi : arrives \h, Jehanne et l'ange trouvèrent Charles Vn et ses conseillers encore h genoux, et priant ; mais h peine eurent-ils vu la jeune fille et l'envoyé céleste qu'elle leur amenait, qu'ils se relevèrent pleins de surprise. L'an;,'e alors \i\rha la main de Jalianne, et, s'a\«neant vers le roi, qui était distant delà porte d'une longueur de lance à peu (irés, il s'inclina devant lui, et remettant la couronne aux mains de l'archevAipie, (jui était k ses c^"*tés :

a Sire, dit-il, je viens vous annoncer que vous êtes en la gr.'ice du Seigneur, qui vous envoie celte jeune fille pour la déli^Tance du royaume; mettez-la donc hardiment à la hcsogne en lui donnant des gens d'armes en aussi grande quantité que vous en pourrez réunir; et en preuve qu'elle doit vous faire sacrer h Reims, voici la counjnne céleste que le Seigneur notre Dieu vous envoie. Ne douiez donc plus. Sire; car, douter encore, ce serait oflenscr le Seigneur. »

El à ces mots l'ange l.lcha la couronne qu'il avait tenue jusf|u'alors, et glissant de nouveau sur la terre, de ma- \ nière qu'il était impossible de distinguer, h cause (lésa Ion- | gne robe, s'il marchait ou volait, il rentra dans la eha(>elle, d'ofi Jehanne le vit quitter dnueenient le sol et s'élever h ' travers le [ilafond. A celle vue, la (lauvre enfant se mit k pleurer, car son rtme, qui presientail tout «■ que son corps aurait îi souffrir sur la terre, avait grand désir de suivre ce bel ange au ciel; mais le niomciit du bonheur éternel nY'lail (loint encon- venu |>nur elle, va l'envoyé» du ciel la lajss,! les mains jointes, sans lui octroyer sa prière, quel- i qui) urdenle (|u'ello fOt. i

Alors Jehanne se releva avec u« profond soupir, et allant au rni :

— (iirrtil dauphin, lui dit-<'lle en lui indiquant In eouronno «lu doi^t, mais «ans la toucher; voici votre signe, pTrn«»-le.

Kl «lors Charles VII «'inclina devant l'archovéque ds Reims, (|ui lui posa In couronrn' sur In lAte, |

A [wriir ili< co moment, il fut a peu prèn déeidi'i qu'on nurail loi enliJTe dans Jelumne; niais c<'|>eiiil.inl les ctins<'illcrs demaiidiTriil .m roi ijuc la jeiiiio ||||c (i^i préalnmenl fiivoyt'o n l'oilitir», ou elail In w>ur <lu pnrli'iiieiii, ei plusieurs Kraiitls eleri» en llieolojjie : mais alors le rni décUrn que ce MTail lui-iiiémo qui ixiiduirail Jehuiine dans oetle Yillo; eu coiisequetir« il lui lit dir>' le leiidemnin de M bnir prâlo <i ikirtir. Jelunne denumdn où on allait la •eniT, ei il lui lut rep'iiiilu que e'«^iail h l'oiiiers.

— l'.ir ma foi! j.' sain que j'aurai lieaimjiipa y faire, dit

Jehanne; mais n'importe, Messire m'aidera: allons-y donc, du moment où c'est le plaisir du roi que nous y allions.

Le lendemain, Jehanne partit pour la ville de Poitiers. Elle y trouva assemblés et l'attendant tout ce qu'il y avait de clercs et do docteurs à vingt lieues à la ronde : ils s,iyaient déjà la grande confiance que le roi avait en celle jeune fille, et comme celte confiance il l'avait sans les avoir consultés, ils en avaient coneu un si grand déjat qu'ils eussent voulu pour tout au monde la faire tomber dans quelque contradiction; aussi, comme elle l'avail <lit d'avance, Jehanne eut-elle fort à faire avec eux; mais sa présence d'esprit h Poitiers comme h Chinon ne l'abandonna point un seul instant, si bien que chacun s'émerveillait comment une pau\Te jeune fille, qui n'avait jamais rien appris do la science des hommes, pouvait répondre aussi prudemment. Quoi(iue le roi, l'archevêque de Reims, messire Charles de Bourbon et messire de La Trémouille assurassent que Jehanne leur a\ail donné un signe irrécusable de sa mission, la docin assemblée n'en voulut pas croire le roi et les deux nobles seigneurs sur parole, et ur carme dit fort aigtemenl que, puisque Jehanne avait donné un signe, il ne lui en coûterait pas davantage d'en donner deux.

— Ainsi ferai-je, répondit Jehanne, et le signe que je vous donnerai sera la levée du siège d'Orléans et le sacre du roi à Reims. B.lillez-moi donc des gens d'armes, en si petite quantité que cela soit, venez avec moi, cl vous aurez deux signes pour un.

— Mais, dit un docteur en théologie do l'ordre des frères prêcheurs, si c'est le plaisir de Dieu que les Anglais soient chassés do la France, Dieu n"a pas besoin de soldais pour opérer ce miracle, puisqu'il n'a qu'à vouloir pour que cela soit, et que son seul plaisir peut non-seulement le.s faire retourner dans leur pays, mais encore les délruiro depuis le premier jus(ju'au dernier.

— Les gens d'armes coiuballront, reprit Jehanne, ol Dieu donnera la victoire.

— Eh I dit frère Seguin avec un accent limousin des plus prononcés, dites-nous, ma mie, quel langage parlaient vos voix ?

— Meilleur que le V(Mre, répondit Jehanne.

Un autre lui cita des livres de théologie qui disaient qu'on ne devait croire ni aux visions ni à a-ux qui prétendaient en avoir.

— Par ma foil répondit Jehanne, je ne sais pas ce qu'il y a dans vos livres; mais ce qun je sais, c'est qu'ilycn a [>lus au livre de Dieu que dans tous les ViMres.

Au reste, à Poitiers commo h Chinon et comme h Vaucouleurs, sa faroii de vivre édifiait tout le monde; elle était descendue dans l'IiAlel <lo maître Jehan Rahaleaii, lequel avait épouse une bonne et digne l'emnie ,'i laquelle Jehanne avait été donnée en p:nrdt<; et amiiiio Jelianno pass/iit preque tout son temps en prières et en aelesilo religion, la brave liAlesso s'en allait |><irtoul dis^inl qu'oMo n'avjlit jamais vu llllo si wige et bi pieuse que (vlitt qui était logtV en son MM, de surte que c'élail bien pluttH elle qui devait g.irder les autres que d'tMrt* gardée par qui que co .soit. Il en était de même de tous ct-ux t|ui la vpnaiont voir ol qui, après avoir causé avec ellis b'eii retoiirnaienl disjinl que c'rUiil unecruaUiro de Diou, cl (lu'il fallait (Toire h ut» paroles comme à l'Evangile; entiii, a>llo voix du fieuple, que eetle fois h roiip sur «m pouvait n|K peler In voix de Dieu , parvint juMju'aux docteurs euxmêmes; et comme, (|ui)lijii() subtilité qu'ils eusx'iit mise dans liMirs demandes, ils n'avaient pu une xeule lois faire lomlHT Jehanne ni dans iinu ointradirlion, m dans une héri'slr, ils llnm>nl par declari-r à ruiiiiiiiiiiité qu'il fallait 80 liera elle et essayer d'eveeulerœ (pi'i'lle prupiwiil.

Le roi, bien joyeux, ramena donc Jeb.inne ii Chinon, ot Il fut deridiWpii' In première p\|ie<lilion à lni|uelle on remploierait «rail de lairr> entrer dans drlisint un convoi di» vivres qun l'on rassemblnil depiii-i i|iiini:e jours dans In > iilo de lilois, et dont on savait quu la bonne at lldèle até d Urléanx avait grand l>rsuin.

JKIfANNK LA PUCIiLLE.

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