ISABELLE, DO R LIS
(Tfabelh réfléchit ; & pendant ce temps , Dorlis paraît & fait des yeux madame Gertrude ; enfUite il revient & fe cache derrière un arbre )
Hélas! que n'ai-je allez de vertu pour méritei: comme ma mère l . . . . Je me perd$ dans mei; réflexions.
Elle fe promène dans le fond du jardin ! profitons de roccaîion.
Jt a I ET T E.
Ifabelle, IfabeUe!
Qui m'appelle? qui m'appelle ?
O ma chère Ifabelle !
Ne craignez rien d'un cœur fidellc.
Que ces accens me femblent doux !
Ne craignez rien d'un cœur fidelle.
Il ne refpire,
Il ne foupire
Que pour vous.
ISABELLE,^ part, Flatteufe efpcrance!
(Haut') Offrez-vous à mes yeux.
DO R L I S , paroi ffant,
Momens délicieux!
ISABELLE, étonnée.
C'eft Dorlis ou fon apparence.
Je ne fais fi c'eft une erreur; Mais ces traits font chers à mon cœur.
DORLIS.
Approuvez ma finccre ardeur; Ces inllans font chers à mon cœur.
Te fuis toute tremblante.
*' DORLIS.
- Raflurez-vous, l'amour qui m'anime.
L'amour qui vous anime ! L'amour, eft-ce une Intelligence? ne me trompez point.
DORLIS.
Moi, vous tromper! u Ciel! Oui, c'eft l'Intelligence
.gence .la plus pure . . . Oui , c'eft l'Amour lui-même qui remplit mon cœur , qui pénètre mes fens , qui entraîne vers vous toutes mes penfées, tous mes défu*s,& qui s'empare enfin pour vous feule de toutes les facultés de mon âme.
ISABELLE,^ part.
C'en eft une, c'en eft une; je n'en puis plus douter, (^Haut) & c'eft pour moi, pour moi feule . . . que je fuis heureufe 1 '
Heureufe ! je fuis donc bien plus heureux moimême. Permettez qu'à vos genoux-...
Arrêtez , vous me confondez ; c'eft moi qui dois vous remercier de la bonté que vous avez de m'aimer. Suis-je donc alTez fage, aflez vertueufe, pour... D O R L ï S.
A fiez, fage, aflez vertueufe 1 que trop, peut-être..!. Mais non, l'innocence impofe, réprime l'audace... . Et qui feroit capable .... Ma chère Ifabelle , confer-. vez toujours ces précieufes qualités qui vous rendent suffi refpeétable que votre beauté vous rend digne de nos hommages.
Ma beauté, c'eft peu de chofe; ma vertu ( e/i /pupirant^ c'eft tout; & j'ai bien deflein de la conferver auffi toujours, puifqu'elle vous plaît tant; cependant, j'ai des fcrupules.
Quoi?
' Ma mère m'a dit qu'il ne falloit point avoir d'idées terreftres. J'en ai eu, j'en ai encore , à ce que je crois : vous en jugerez, car je ne m'y connois pas.
D 0 R L I S, alarmé.
• Comment?
^ Mais oui, ce jeune Dorlis dont vous m'offrez les tjaits . . . Tei3ez,.je ne l'ai jamais vu fans une cçr-
tainc émotion. Je n'ai jamais celle de penfer à lui. Ne font-ce pas là des idées terreftres ? D 0 R L I S.
Ah!
Ne vous fâchez pas ; je vous avoue tout.
Me fâcher 1 Au contraire , vous me comblez de joie : Dorlis & moi ce n'eft qu'un.
3'entends: (à pan) c'eft lui fans être lui, nous y voilà. ^Haat) Vous m'avez devinée, vous ne pouviez prendre une forme qui me plût davantage. D 0 R L I S, a part.
Te n'y comprends rien; mais elle m'enchante. •* ISABELLE.
Vous venez donc pour me confoler dans les amertumes de la vie ?
DORLIS.
Vous avez des chagrins ?
Te n'en ai plus, je vous vois. A propos, réjouiffons-nous, j'entre demain au Couvent; c'eft-là que l'on eft plus vertueufe, n'eft-ce pas?
DORLIS, alarmé.
Vous allez demain au Couvent l ISABELLE.
Demain pour toujours ; je ne fuis fâchée que d'une diofe, c'eft de quitter ma mère, que j'aime bien; mais vous ne m'abandonnerez pas dans mes chagrins,^ votre image me fuivra par-tout, vous m'apparoîtrez dans mes fonges, ou comme vous voudrez, pourvu que cela n'humilie perfonne.
DORLIS, a part.
Te m'y perds. On abufe de fa crédulité. (^Haut^ Non , vous n'irez pas au Couvent ; & fi vous m'aimez... ISABELLE.
Si je vous aime 1 je ne fuis pas ingrate ; maman me gronderoit, fi je ne vous aimois pas.
Vous m'aimez , votre mère approuve. . . vous ireztu Couvent. Tout cela fe contredit. On vous trompe.. . k vous confentiriez. . .
Si ma mère le veut, il faut que je lui obéifTe; & pour tous les biens du monde, je ne voudrois pas lui déplaire. Me confeilleriez-vous ? . . .
D 0 R L I S , après un moment de réflexion. Non ; mais vous ne lui défobéirez pas. Je fais 4es moyens fûrs pour lui faire changer de réfolution : vops & moi nous ferons unis.
Nous le fommes déjà.
Nous le ferons davantage.
Tant mieux; venez donc la perfuader vous-même; elle fera bien aife de favoir que vous me fai* tes l'honneur de vous attacher à moi.
Il n'eilpas temps encore; il me fuffit pour le préfent de connoître que j'ai le bonheur d'être aimé de vous.
ul R I ETT E.
Duo.
Il tient ma main, il la baife, il la ferre.
Oùfuis-je! O ciel! mon efprit, enchanté!
Vcne», venez. O ma mère! ma mère!
Soyez témoin de ma félicité.
Jt n*ai rien de caché pour
Rien n*eft égal à cette vo»
lupté.
Il n'eft pas nécelTaire.
Ne troublez point notre félicité.
Cij
C'efh mon exemple, mon
Ma mère ne veut que mon Je veux auffi le vôtre, bien :
Eh bien! eh bien.
Il tient ma main , il la baife, il la ferre, &c.
r Madame Gznruàe paroît ; Dorlls fc fauve dans It fond du Théâtre pour n'être point vu de madame yertrade; il rencontre Dupré.qui Vemment en lut difanij • Qu'as tu fait? nous n^avons plus d'efpérance. Suismoi. ________.«.«——
JTYn e. XI l
Madame GERTRUDE, ISABELLE.
Madame G E R.T R U D E.
Ou'AVE2-vous, ma chère enfant?
Ah' ma mère, permettez que je vous embralTe, Votre' mie eft digne de vous.
Madame GERTRUUi^.
ren fuis bien aife , ma fille.
Oue ie vous ai d'obligation d'avoir forme mon cœur a la vertu ; mais votre fage exemple m'a mieux Site que toutes vos leçons, q^etous vos confeUs. Madame G E R T R u D i^.
Vous m'enchantez : mais quelle agitation ! . . . ISABELLE.
Te lîe me fens pas de joie. Oh! pour le coup, vous n'aurez plus rien à me reprocher : Vous ne îL'^ez pas'ma mère, vous ne favez pas; j'ai auffi
une Intelligence, moi! , „ j^ ^
Madame G E R T R U JJ i^.
Que voulez-vous dire?' • .
L'Amour, rAmour eft une Inceiligence; n'eft-il pas vrai ?
Madame G E R T R U D E.
L'amourj dites-vous?
ARIETTE
Aimer, fentir, penfer, connoître, '
Sumout aimer ;
C'eft prendre un ècrCj
C'eft s'animer.
Madame G E R T R U D E.
Vous m'épouvantez; expliquez donc ce myftère.
Il eft là. Où êtes-vous? Revenez donc, voilà ma mère.