BOILEAU ^ MOLIERE , CHAPELLE , BARON
Chapelle^
l ; ENS , mon cher Baron , je t'en conjure , cesse de me parier de tragédies.
Air : Mon père étoit pot.
Il est assez d'occasions,
De pleurer dans la vie , Sans chercher des afflictions ^ Dans une tragédie ;
Vive la gaité,
Car c'est la santé.
Ainsi donc je puis dire ,
Qu'il est très-certain ^
Qu'un bon médecin, Est l'Auteur qui fait rire.
î^'est-il pas vrai , Molière ? ^
Molière* Je suis de ton avis , Chapelle.
Baron.
Allons 5 Molière , vous ne pouvez pas être juge et partie.
Chapelle, à Boiieau.
Bon soir , notre ami ; eh bien ! nous feras-tu faire bonnei chère, dis-moi?
Molière.
Quoique Chapelle ait dîné copieusement, je t'annonce qu'il a un appétit formidable. )
Est-ce que mon estoniac a de la mémoire ?
]N"ous tâcherons de te satisfaire.
M o L I E R E , à Boîleau, .
Et tu feras bien , si tu ne veux pas encourir le reproche que Chapelle fit ces jours derniers à un fesse-matnieu de sa connoissance , qui l'avoit invité à diner , et qui le fil mourir de faim.
AVEGSESAMIS. ï3
Chapelle.
Aussi, ai-je fait contre lui. une épigramme !...^
Une épigramme ? bravo ! Chapelle: on ne doit se venger d*un avare, que par le ridicule... et le mépris. Chapelle.
Air : Du vaudeville de l* Opéra Cotnîqueé
Les avares , je te le dis ,
Craignent les traits du ridicule ,
Peu leur importe le mépris...
Molière, l* interrompante
Le mépris est une pillule ,
On l'avale sans se fâcher ,
Mais quoiqu'on dise on bien qu'on fasse ,
On ne peut guères la mâcher,
Sans faire la grimace.
Chapelle, û; Boileau. Ali ça , nous amuserons-noUs bien aujourd'hui chez toi ?
Boileau.
Mais, Chapelle , je ne crois pas que la tristesse soit jamais aux lieux où tu te trouves.
Baron.
Il est vrai qu'il est souvent d'une folie !..
Chapelle.
Mille fois préférable à la sagesse , mon cher Baron.
Air : Du Défi.
La jeunesse de la nature ,
' Se renouvelle tous les ans;
A la saison de la froidure, On Voit succéder le printems ; Mais les hommes, dans leur vieillesse , Doivent dire avec un soupir :
''. Tu nous as fui , belle jeunesse , ^
Hélas ! pour ne plus revenir.
Ainsi, jouîssont de la vïe> ^
Quand on la perd c'est pour toujouts î Amis , ,1e tems nous y convie , Mettons à profit nos beaux jours; Conduisant Bacchus à Cythère , ^Faisons envier notre sort ; Plus l'on prend de -plaisirs sur terre j Plus on se dérobe à la mort.
Boileau, à Chapelle.
C est bien penser, {à Molière.) La fontaine est- il re* Venu de Château-Thierry ?
Ce matin.
Et vous ne l'avez point amené avec vous ? je vous en veux beaucoup.
B A R o N , <i Molière.
Ne nous grondez pas , le voici.