RÉCITATIF
Pour fuivre un amant téméraire', Une jeune Penlionnaire A fauté les murs du couvent :
On l'a prife avec fon Galant.
Duo.
Madame GERTRtJDE.
J'entends, j'entends, il faut fe taire.
Madame FURET.
' Fort bien , fort bien. Ne difons rien ! Quand nous faurons tout le myftère.
Nous ferons éclater l'affaire.
Le fcandale eft toujours un bien.
Madame GERTRUDE.
Il faut toujours toujours fe taire :
Vous n'avez point d'humanité.
Nous ferons éclater l'affaire; Vous n'avez point de charité.
Madame GERTRUDE, à part.
Il va venir, il eft peut-être déjà venu. Quel embarras !
Madame FURET.
Allons , allons , ranimez votre zèle ; on a amené ici tantôt devant monfieur Dupré, Juge de la prévôté, le jeune-homme & la jeune fille; on dit qu'elle eft du lieu. Courons nous informer...
Madame GERTRUDE.
Eh 1 que vous importe ? ce n'cft pas votre fille.
Madame F U R E T.
Ma fille! non. Dieu merci; je n'ai pas attendu qu'elle eut l'âge de raifon pour la mettre en lieu sûr ; elle eft élevée avec la plus grande fé vérité ; il y a douze ans que je ne l'ai vue, mais je fais qu'elle eft; bien.
Madame GERTRUDE.
Ce n'eft pas ma fille non plus, je prends foin moi4 même d'Ifabelle : Ainfî . . . bon foir , madame. Madame FURET.
Comment! bon foir...
Madame GERTRUDE.
Je ne m'inquiète que de ce qui me regarde.
Madame FURET.
Mais, depuis quelque temps, vous êtes bien induîgenre, & fi je ne vous connoiflbis pas, j'aurois des foupçons. Des femmes vertueufes comme nous ne font jamais indulgentes, à moins qu'elles n'ayent befoin d'indulgence pour elles-mêmes; vous m'entendez ?
Madame GERTRUDE, à part.
Voilà une dangereufe créature! (Haut & moi, fi je ne vous connoiflbis paS; je croirois que vous n'ê-
tes à l'affût des défauts d'autrui que pour trouver aes excufes à vos propres foiblelfes, mais à Dieu ne
^^^'^^' Madame FURET.
Tp n'ai rien à me reprocher.
J Madame GERTRUDE.
Ni moi non plus.
Madame FURET.
Vous êtes dans de faux principes, ce n'eft pas ae foi qu'il faut s'occuper; il faut s'oublier, fe facnfter pour le bien général. Eh! tout feroit perverti, \n\ n'y avoit pas des âmes aflez courageufes pour démafquer le vice. C'eft par-là que l'on opère de
bonnes a(ftions. . ^ „
Madame GERTRUDE, à part.
Te fuis fur les épines. ^ „ „ ^ . * Madame FURET. ^
Par exemple, Damon, ce jeune libertin; c eft moi nui l'ai fait déshériter, pour lui ôter les moyens' d'être vicieux, & par mes confeils on a donne tous fes biens à d'honnêtes perfonnes qui ne cefleront de faire» des vœux pour fon amendement.
*''' Madanie GERTRUDE.
Ah l quelle horreur l „ '
♦ ^ Madame FURET.
Oui, c'étoit une horreur ; & cette madame Dou^ cet, qui jouoit la prude, n'ai-jc pas découvert
^^'''^' 'Ïadâm; GERTRUDE.
C'en eft allez, permettez que je vous quitte.
Te ne vous quitterai point que nous ne foyons au fait de l'aventure de la jeune Penfionnaire. Courons de ce pas chez monfieur Dupré; il ne me cachera rien, car il doit m'époiifer
Madame G E R T R U D b.
Vous épouferl {yl part) Je fuis anéantie /
Madame FURET.
D'où vient cette furprife ? Si vous avez jure de
ne jamais vous marier, moi je n'ai juré de rien. Eh ! croyez-moi , vous ne feriez peut-être pas fi mal de vous remarier, car —
Madame G E R T R U D E.
Que voulez- vous dire avec votre car ? Une femnae prudente ne fe marie pas deux fois. Madame F U R E T.
Une femme raifonnable fe marie quand elle en trouve l'occafion ; c'eft ce que j'ai bien deilein de faire, quand ce ne feroit que pour corriger des maris. Allons, venez, venez.
Madame G E R T R U D E.
Je ne puis. Un étourdiflemen r une foiblefie. . . .
Madame FURET.
Une foibîefle 1 je ne vous abandonne point, je palierai la nuit près de vous.
Madame GERTRUDE.
Cela . . . cela fe pafic ; allons, je fuis prête à vous fuivre , puifque vous le voulez : (^Jt part) c'eft le moyen de m'en défaire.
Madame FURET.
Mais non , ne vous rifquez point ; c'eft peut-être le ferein qui vous incommode. Entrons dans ce Pavillon.
Madame GERTRUDE. , (Madame Gertrude retient brufquement madame
Furet, qui eji prête à monter dans le Pavillon) Eh ! non , non . Je me fens mie ux. (u^ part) Ah l la maudite femme !
Madame FURET, Que dites- vous?
Madame GERTRUDE.
Rien , rien ; ma bonne amie , partons.
Madame F U R E T.
Prenons le plus court , paÛbns par la faufle porte de votre jardin.
Madame GERTRUDE.
Je n'ai garde. (Jlpart) C'eft par là qiv'il vient : elle le rencontreroit peut-être. ( Haut) Traveribns plutôt la grand 'rue.
à6 ISABELLE ET GERTRUDE,
Madame FURET.
Pourquoi?
Madame GERTRUDE.
C'eft que cette porte eft voifine du bois. On dit qu'il rode là toute la nuit des gens mal-intentionnés. Madame FURET.
Vous avez raifon. J'oubliois de vous dire que l'on a vu piufieurs fois un homme eliayer des clefs à cette porte-là.
Madame GERTRUDE.
O Ciel ITait-on qui c'eft ?
Madaipe FURET.
Je le faurai bientôt, j'ai mes efpions: comme je dois être dans peu la femme de monfieur Dupré , je lui épargne déjà le foin de veiller fur les Habitans. Remerciez -moi de la peine que je prends pour vous.,., embraflez-moi donc.
Madame GERTRUDE.
De tout mon cœur. (^1 pan) Ah !fi je pouvois, fans bleffer ma confcience !
Madame FURET, à pan.
Si je pouvois trouver l'occafion de l'humilier l (Haut) Allez, foyez tranquille.
Rien n'échappe à ma vigilance.
Vous devez calmer votre efprit.
Je fais tout ce qu'on fait, tout ce qu'on dit, Tout ce qu'on penfe.
Je pénètre tous les fec rets:
J'aurai foin de vos intérêts.
Madame GERTRUDE.
Eh! noni, non v je vous en difpenfe.
Madame FURET.
Vous êtes d'une nonchalance...
Mais
|5Hn n'échappe à ma vigilance , &c.
(Elksjbnent)