LETTRE XXXII
De Ribalte.
Demain j je lui parierai . Ce moment devient redoutable : néanmoins il se pourrait que révénementme justifiât.
J'aurais eu d'heureux jours. Dans quelle paix Tamitié m'eût laissée! Quelle confiance dans r avenir!
J'avais besoin de ces instans que je viens de passer avec toi. En quittant la France, j'ai tout quitté sans doute. Il paraît singulier que je me sois mise dans une semblable position , tu dois en être encore surprise.
Ainsi j'aurais pu jouir d'une sage intimité , source de tant de biens durables !
J'avoue que je t'aurais crue changée , mais je viens de te voir telle que tu fus toujours: il est trop tard! J'étais prèsde la frontièî*e; tout était décidé. Malgré ton mariage , peut-être aurais-je dû vivre avec toi ; en te suivant, j'aurais été tranquille. Tout vient de ma faute j je sens mieux sur une terre étrangère que ma perte sera mon ouvrage.
J'allais oublier de te dire que je n'ai pu rejoindre ton mari. Nous avions regardé comme un incident heureux que son régiment fiit en Espagne, maisle prince de *** a quitté la Catalogne, et cette division de
Tarinée s'est rapprochée de Valladolid.
Néanmoins la lettre que tu nous avais donnée nous a été très-utile; nous sommes arrivées à Tortose sans éprouver de difficultés. J'aurais vu ton mari avec plaisir hors de chez lui , mais son absence de Perpignan ne m^a fait aucune peine : ces heures passées avec tœ m'auraient semblé moins douces si nous n'eussions pas été seules.
J'ai remarqué avec satisfaction que Pauline te plaisait. Elle peut se trouver ici au premier jour dans quelque fâcheuse occurrence dont il ne résulterait pour elle aucun avantage ; mais je sais que si elle a besoin de toi , jamais elle ne sera abandonnée. Je laisse entre ses mains ta lettre adressée au colonel, ainsi que d'autres papiers. J'y joindrai quelques mots que tu me donneras pour elle-même ; je<crois que cela lui suffirait , en attendant le moment de te rejoindre. Jusqu'à présent, elle ne
comprend rien à mes dispositions cet âge est souvent heureux dans le malheur
même.
Demain donc! Mais que trouverais-je?
Qu'y aurait-il de favorahle à Tinfortuné ?
Que du moins toute affliction nouvelle soit pour moi, qui ne me promets pas autre chose , et non pour Pauline, si gaie, si confiante, si tranquille!