LETTRE XL
De l'Ermitage.
Ceci te parviendra certainement. Nous ne sommes pas abandonnes.
On a intercepté des papiers parmi lesquels se trouvaient ceux que j'attendais pour Jules. Son nouvel ami en a eu con^ naissance , et je viens de les recevoir.
Les derniers événemens n'ont fait sur
Tesprit de Jules aucune impression fîi-
nés te. Pour expliquer ce calme si nouveau chez lui , cette amélioration qui reste peutêtre inexplicable, il est réduit à l'attribuer à ma présence. L'opinion d'Antoine est plus savante. Persuadé, comme autrefois, que Tétat de médecin était sa vocation, il s'est mis à consulter avec lui-même. Il juge définitivement qu'une transpiration plus égale, sous un ciel plus chaud, commence à corriger dans notre Américain on ne sait quel vice du sang , et que la réunion des deux causes doit achever bientôt cette guérison.
Le temps est mauvais ; nous ne pouvons plus passer la nuit sur la terre ou sur des arbres. D'ailleurs nous ne savons pas encore le jour où on viendra novts prendre.
Pauline est incommodée. Antoine n'est pas très-bien guéri ; ses blessures {auraient exigé des soins plus éclairés que les nôtres, mais le pays qui nous entoure est désert.
Ces circonsUncês nous engageai à r^fi^Ur parmi les rocs où est la demeure de Jules, et comme divers indices nous ftmt croire qu'il n'y avait ppint de gens de cette province-ci dans la troiipe qui noui» aUa<|ita, nous pensons que notre asile est inconnu d^^elle : nous n'apercevons aucun vestige d'hommes. Un peu déconcerté mamtenant dans son ermitage , Jules s^observe luimême avec une secrète inquiétude . Enfin ses droits dans sa patrie ne lui seront plus contestés, et nous avons pour notre escorte la parole d'un homme rempli de zèle et d^honneur. Dans deux semaines je puis t'embrasser; j'espère même ne plus m'éloigner de toi.
Nos peines sont amères , et cependant j'en attendais plus encore ; j'éprouvais une sorte de besoin de m'attachera des pensées qui m'obsédaient sans cesse. Quand la voix du malheur nous poursuit dans la re-
traite , elle devient trop sinistre. Pourquoi ne serions-nous pas exposés àTaffaiblissement du caractère et de la raison , comme nous avons tous àcraindrede perdre l'ouïe ou la vue? Il est certain du moins que nos alarmes nous protègent mal. J'aurais presque affirmé à regard de Jules ou même de Pauline , ce dont tu vois qu'il n'est rien; je prenais mes craintes pour un avertissement.