LETTRE XLI
Il faut me dire si tu seras encore à Perpignan ; si cela est sûr, je pense que je vais y aller , Pauline veut écrire à ma place . Elle a raison , elle t'en dira davantage.
Ce qui suit est de la inain de Pauline, 1^'escorte vient .d'arriver. On ne pour-
rait pas attendre votre réponse. Nous allons partir avec le cher Antoine, tous trois. M. de Medisdal , vous le voyez , madame, iln^est plus.
Les Espagnols son^ revenus à Tendroit ou avait été la maison quUls ruinèrent ; nous les avons vus d'ici. Ils regardaient
partout. Ils montent de notre côté, cherchant au hasard. Ils aperçoivent les fené.
très, bientôt ils brisent la porte; M. Jules se précipite sur eux avec deux pistolets et un sabre qu'il tient entre les dents; il en tue un, il en renverse un autre. Il reçoit une balle dans la poitrine , et il tombe près- ^ que sur nous : il n'a pas prononcé une parole.
Mais je vais vous dire comment nous avons échappé, nous, quoiqu'il valùtmieux mourir aussi. Tout de suite on entend plusieurs coups de fusil, à deux cents pas peut-être. Les Français arrivaient; quand
ils entendirent que nous étions attaques , ils coururent en tirant d'avance pour en imposer aux assassins. Effectivement, ceuxci, apercevant une quinzaine de baïonnettes, se dispersèrent dans les bois. Tout allait bien sans ce coup de feu , le seul qu^ils aient tiré sur nous , et. qui fera notre malheur à tous. Comment vous dire dans quel état vous reverrez votre amie ?
11 semble impossible qu'elle achève le voyage ; cependant il faut partir , et dès à présent.
Nous avons duce secours au fils du gé-
néral . Ne pouvant venir lui-même , il en a
chargé un sous-officier , qui l'avait suivi
dans Tautre occasion. C'est celui-là qui a
fait tirer de loin, ce qui a empêché qu'on
ne nous massacrât tous.
Je finis, ne m'exprimant pas comme je
voudrais; dans un autre temps, Madame,
je ne serais pas chargée de vous écrire.
Mais le bras d* Antoine ne se rétablit pas encore, et puis il est comme stupide de douleur.
Delà main d'Isabelle.
Pauline méfait vivre; tu la connais. Je suis si malheureuse , qu^elle s'est mise à me rappeler que mon amie existait , qu^elle m'attendrait. Ainsi , quand je serai entre vous deuXj vous me délivrerez de tout soin, de toute obligation. Sers-lui de mère.
Pour moi , j'ai une autre espérance. Nous partirons quand on voudra.