LETTRE X
Si tu demeurais encore à Grenoble , tu aurais reçu ce matin un exprès. Les lettres d'Antoine me parviennent heureusement.
Jules est à Montréal , mais il se promet de n'y pas rester long-temps. Du reste, on ne sait ni comment il sera libre de s'en éloigner, ni ce qu'il compte faire ensuite.
C'est au fort de C... qu'il avait été con-
dait comme prisonnier de guerre. Après y avoir long-temps souffert des rigueurs de sa position et de Tàpreté du climat , il obtint d'être élargi ^ en donnant sa parole de ne pas sortir des possessions anglaises , tant que la paix ne serait pas conclue en Europe .
Cette fatalité cjui avait choisi pour première victime Thomme qu'il vénérait le plus , et surtout peut-être les traitemens qu'il eut à subir avant de tomber dans les mains d'un officier supérieur , le jetèrent (ce sont les expression d'Antoine) dans une m.élancolie dont il ne guérira pas , et qui. pourra faire plus de mal à sa tête quelle n'en a Êiit d'abord à sa santé. Use porte mieux actuellement , et un négociant de Montréal l'engage souvent dans des parties de chasse. Antoine ajoute : « Il écrit beaucoup de lettres , mais il n'en fait partir aucune. Il évite presque tout le
monde, et hormis M. L , je ne pense
pas qu'il y ait dans la ville quelqu'un dont il sache le nom.. Je suis avec lui presque toute la journée ; sans cesse il me parle de vous , mademoiselle , et de votre vénérable père, dont il semble toujours se reprocher la mort. »