SCENE IV
[BLANCIIETTE, ;?MW ISAURE.
BLANCHETTE
Ce pauvre M. Jules... il Tainie decidement... ^a
iuteresse toujours... les amoiireux... II est si gentil. ( EUe regarde. ) Voila mamselle !.. c'est qu'il a raison , elle est triste... cbangee... Oil ! comme elle parait reveuse !..
Blanchette se retire au fond du theatre ; Isaure joue machinalement avec son bouquet de fleur d'orange ; elle porte la main a son front , a ses yeux ; elle raarcbe a grands pas... elle s'arrfite brusquement.
Je ne me sens pas bien... je suis inquiete sans savoir pourquoi... la peine meme qu'on se donne pour me distraire me fatigue... C'est bien mal de repondre ainsi a I'aff'ection de ceux qui m'entourent j mais ce n'est pas ma faute... Je sens que raon humeur s'aigrit... Jules aussi me tourraente... pourtant je I'aime bien... Tout me gene... m'irrite... jusqua cette legere blessure... que je n'avais pas sentie d'abord... que je n'avais pas meme aper^ue... C'est le dernier souvenir que m'a laisse ce malbeureux... dans son egarement... Heias !.. ce n'etait pas a moi qu'il en voulaitj il se debattait centre une mort afireuse.
BLAXCHETTE.
On dirait qu'elle souiire. ( Elle s'approche. ) Mademoiselle...
ISAURE , a elle-meme.
J'ai peine a respirer.
BLANCHETTE
Mademoiselle...
C'est loi , Blancbette ! ah ! tant mieux !
BLANCHETTE
Comme vous etes pale I
Moi... tu trouyes?.. Non.
BLA.NCHETTE.
Vous soufFrez ?..
Ce n'est plus rien.
BLAlSrCHETTE.
Est-ce que je ne vols pas comme vous etcs agitee !... Je vais appeler...
Oh ! non... je t'en prie.
BLANCHETTE
Au moius , prenez qaelque chose. . . §a vous reraettra.
Tu crois... donne. Non... ferme cesrideaux... ferme done... le grand jour me fait mal... Bien ,commecela...
BLANCHETTE
Ce n'est pas moi seule qui suis inquiete... que votre etat afflige...Tout a I'heure, a cette place ou vous etes, quelqu'un me parlait aussi du chagrin que vous lui causez.
Et qui te parlait ainsi ?
BLANCHETTE
II faut vous dire que c'etait M. Jules.
Jules !
BLANCHETTE
Comme il est triste , malheureux de ce que vous ne lui parlez plus... II ne voudrait vous voir qu'un moment... qu'un seul momeut.
Non... non...
BLANCHETTE
Quoi*; . . si je m'^tais engagee A I'amener pres de vous. . .
5o ISAURE.
Garde-t'en bien... je ne veux voir personne : la Solitude... les tenebres ont seules du channe pour moi.
BLANCHETTE
Comment ! vous le privez tout-a-fait de votre pre'-
sence?
Ah ! n'insiste pas , je t'en prie.
BLANCHETTE
Pauvre jeune homme I
ISAURE , devant la psyche.
Si nous achevions ma toilette... oui... Mon roile... mes gants... Place ce bouquet... Eh bien I comment me trouves-tu maintenant?... il ne me manque plus rien... n'est-il pas vrai ?
BLANCHETTE
Et ce bracelet ?
Tu as raison... donne.
Le voici... mais vous allez oter d'abord ce vilain ruban...
Elle 3' porte la main.
ISAURE , la repoussant enjetant un cri.
Ah!
BLANCHETTE
Men Dieu ! raon Dieu ! mamselle... est-ce que...
ISAURE, vivement,
Tais-toi !
Apr^s une longue pause, elle passe , comme a son entree en sc^ne,
la main sur sont front et sur ses yeux.
Quel malaise j'eprouve ! Ce que j'ai sur moi me blesse j je sens un poids... c'est comme une main de glace... elle engourdit mon coeur...
Ah I maraselle...
BLANCHETTE
Elle se laisse aller sur l'(?paule de Blanchette.
Ah ! ma pauvre soeur .'
BLANCHETTE
Voici votre pere.
ISAURE , revenant a elle. Hein ! mon pere...
BLANCHETTE
II approche.
Silence \