‹ Isidore Alexandre Auguste PilsChapitre 8 sur 14 · SIEGE DE PARIS · texte numérisé non relu

SIEGE DE PARIS

Eli 1802, au momoiil, où Pils travaillait à son tableau ilc la Réception (IcH chefs arabes, (juelqucs-uiis tlo ses amis avaient pensé qu'après le grand succès remporté l'année précédente par la lialaille de r.ihua, le moment était proche où il pourrait prétendre à un fauteuil à rinstilul. Mais il était pour lui-même plus sévère que ses amis, el à riiii d'eux qui s'étoniuiit de ne pas le voir se mettre sur les rangs, il l'aisait cette réponse empreinte d'une modestie bien rare :

« J'ai lu, 011 olTcl, dans les joiiniaiix. les ikiiiis dos caiiilidals à l'iiislilul , ot lu mo (lomaiidos poiiriiiioi je no nio snis pas prosonto. .lo no sais pas si on osl l'orco do so présciitor pour coniplor an niinil)rfi dos candidats, (juollo (|ue soit copcndanl nia ropuj^nanco à fairo los visitos nocossairos ol à allor soliiciloi- dos voix, jo nio sorais mis sur ios ViUVj^s si j'avais roru do mon niaiiro lo coiisoil do lo fairo. Tonlofois oo n'ont olù ([u'avoc la ponséo do prondro position pour l'avonir, oar jo n'ai pas la protontion do mo croiro onooro an ivo là. Jo crois pouvoir altondro. ot co (jui ino prooocupo lo plus, c'est do l'airo do boimes cliosos ; lo rosto viont onsnilo naliirollemonl....

L'année suivante, Pils l'ut clioisi pour diriger, en (iiialité de professeur, nu atelier à l'école des Heaux-Arts. Cette position lui imposait en (liudque sorte le devoii' de solliciter les suffrages de l'Institut, mais ('•lai! peul èire de iialiire, par suite de considérations assez délicates, à les tenir éloigiu's de lui ([iiebiue lemps. Les susceptibilités de corps

sont presque toujours persistantes, et il fallut cinq années à l'Institut pour oublier la blessure que lui avait faite le gouvernement en lui enlevant la nomination des professeurs à l'école des Beaux-Arts.

Vers la lin de 1807, des chances favorables semblaient préparer son élection ; mais à cette époque Pils était tristement préoccupé de l'état de son père qui se mourait. Il apporta aux soins de sa candidalure toute la négligence dont il était capable, et attendit philosophiquement la décision du sort. Elle ne fut pas favorable cette fois. Mais à la mort de M. Picot, survenue au mois de mars 1868, Pils se trouvait naturellement désigné pour remplacer son maître : il fut en effet élu membre de l'Académie des Beaux-Arts dans la séance du 7 novembre. Il avait eu dans M. Lenepveu un concurrent redoutable, qui avait failli l'emporter sur lui.

La notice d'usage, qu'il consacra à son prédécesseur, est la seule chose que Pils ait écrite pour l'impression. Sans doute, le manque d'habitude s'y fait sentir; on y rencontre fréquemment des négligences de style, qui, bien que charmantes et vives dans une lettre, contrastent avec la régularité un peu froide de la forme académique. Mais, d'un bout à l'autre, la pensée est généreuse, remarquable de justesse et de sens; le jugement qu'il y porte sur M. Picot est empreint d'une mesure pleine de goût, qui laisse toute leur portée aux louanges qu'il décerne à son maître. Nous avons cité plus haut quelques lignes dans lesquelles il a caractérisé la manière de professer de M. Picot, qui ne prenait jaman le crayon ni le pinceau. « Loin de moi (ajoute Pils) l'idée de préconiser cette réserve comme la seule voie à suivre dans l'enseignement et de nier les résultats qu'on peut obtenir par une parole chaleureuse, et en s'emparant des instruments de travail, en corrigeant ungmhm et rostro ; mais il est certain qu'il faut une infaillibilité instantanée, une hardiesse plus grande, un coup d'œil plus prompt et une main plus sûre que pour son propre travail. » En opposition avec la méthode de M. Picot, Pils s'était laissé aller à caractériser la sienne. Et, en effet, ce qui donnait un prix inestimable à son enseignement, c'est la correction immédiate, rapide, instantanée, qui portait l'exemple aux yeux de l'élève en même temps que le conseil s'adressait à son esprit. Pils avait d'ailleurs une merveilleuse sûreté d'exécution, telle que peu de maîtres l'ont possédée, et il pouvait se livrer sans crainte à la critique toujours en éveil de ceux que l'on corrige.

SA VIR ET SES ŒUVRES. M

Diiiii-jt' ce qu'il lui dans ses l'uuclions de prol'esseur, le dévouement avec lequel il les exerça au mépris même de sa santé! Dirai-je ce qu'il l'ut dans ses relations avec ses élèves; les suivant, les soutenant, les protégeant, les aidant quelquefois avec un tact délicat, mais sans fausse complaisance et sans amour-])ioprc personnel? C'est un soin pieux dont s'ac(|uitteront avec reconnaissance tous ceux qui ont travaillé sous sa direction et qui ont reçu ses conseils.

Les trois ou quatre années qui suivirent son entrée à l'Institut furent, au point de vue de sa santé, les meilleures dont il ait jamais joui. Pendant l'été de 1808, il avait, pour la première fois, été aux Eaux-Bonnes, et l'effet de ces eaux avait été vraiment miraculeux. A l'automne, il avait été se reposer à la campagne, chez M. de Nicolay, qui lui avait commandé deux tableaux : le Uctour (Vvne battve de cfiasxe au château de la Buzardière, et V Inauguration de l'église de Monlfort. Quand il revint à Paris, il avait repris cette apparence de santé qui a si longtemps fait illusion à ceux qui ne voyaient pas Pils intimement. Lui-même se laissa aller à l'espoir d'une guérison ; et, durant sejjt années, il retourna plein de reconnaissance dans les l*yrénées. Hélas! ce n'était qu'un espoir trompeur. 11 avait une de ces maladies qui ne pardonnent pas. Le vautour, un moment assouvi après avoir dévoie- un poumon, allait bientôt se jeter sur les entrailles.

Ce fut dans cet état apparent de force et de bonne santé que le trouva l'année 1S7(I. Il était aux eaux, lors(|ue récroulement de la fortune militaire de la I rance livra le ccrur du jiays et la caijitale aux armées des envahisseurs. Il ne vouhit pas être priv(' de rhoniicnr de subir les rigueurs du siège et pai l il immédiatement pour Paris. 11 y arriva vingtquatre heures avant le combat de Cliàlillon. .N'étant pas en état d(> fournir un service actif et de passer les nuits aux remparts, il voulut au moins que son art servit à jterpétne!' le souvenir des actes héroïques de la défense. Lu de ses meilleuis amis commandait la batterie établie au Point-du-Jour. (î'est là (pie Pils ('lablit son quartier général ; c'est là (pi'il vint presque cha(|ue jour, br;ivanl le lïoid rigoureux de décembre, et plus tard les dangers du bombardement.

Jamais ses amis ne l'avaient vu si robustiN si jinissant de force et d'apparente santé ; seuls, quel(iues-uns de ceux (|ui l avaient connu dans sa jeunesse rapi)elaient en celte occasion que Pils, durant toute sa vie, avait toujours été ainsi, aujourd'hui un athlète, demain nu moribond. A Rome, en effet, où son existence avait été si souvent menacée.

dans les rares instants de répit que la maladie lui laissait, c'était lui qui, de tous les pensionnaires, lançait avec le plus de vigueur le disque antique. Au moment du siège il semblait avoir recouvré cette force de la première jeunesse; il avait cinquante-cinq ans et en paraissait à peine quarante. Tous les jours, malgré les intempéries de la saison, il allait à la porte d'Auteuil partager le maigre repas de son ami ; et aussitôt après il se mettait au travail, composant cette suite de superbes aquarelles que nous admirons aujourd'hui. Une brique chaude supportait le vase où était son eau et n'empêchait pas toujours celle-ci de se congeler; quelquefois même l'eau se glaçait au bout du pinceau et la touche s'irisait sur le papier.

Après le siège, vint la Commune. Renfermé dans son atelier, Pils retraçait de sa fenêtre les scènes de turpitude qui se passaient sous ses yeux. La rentrée des troupes dans Paris soulagea enfin son ame attristée. Mais que d'angoisses il ressentit, cette nuit d'affreuse mémoire, pendant laquelle, debout sur le toit de sa maison, il croyait voir brûler sous ses yeux le Louvre et ses trésors!

Quand la Commune fut rentrée dans le néant et la France enfin rendue au repos, Pils éprouva le besoin de quitter Paris; il retourna dans les Pyrénées. En 1871 et en 1872, il ressentit encore quelques heureux effets des eaux et put faire plusieurs voyages, tantôt dans les villes du Midi, tantôt sur cette frontière d'Espagne qu'il quittait toujours à regret, se promettant un jour de la franchir pour aller admirer les Velasquez du musée de Madrid.

En 1872, il voulut prendre part à l'Exposition et envoya les seize plus belles aquarelles qu'il avait faites pendant le siège. Le règlement leur barra le passage : tout artiste ne pouvait exposer que trois ouvrages. Pils, plus honteux pour le règlement que désappointé pour luimême, remit ses aquarelles dans leur carton. Il les montrait, mais ne pouvait encore se décider à s'en séparer. D'ailleurs, de même qu'il n'avait pas voulu exposer cette collection par fragments, de même il ne voulait pas qu'elle fût dispersée.

Mais, depuis la fin de la guerre, Pils avait de grandes et graves préoccupations. Toutes les ressources de son talent et toutes les forces de sa vie étaient tournées vers un but unique, l'achèvement des travaux de l'Opéra. Ces travaux remplissent la dernière période de sa vie; nous devons leur donner un instant d'attention.

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