‹ Isolement et psychothérapieChapitre 11 sur 198 · PSYCHOTHÉRAPIE PAR LES PRATIQUES DU MERVEILLEUX · texte numérisé non relu

PSYCHOTHÉRAPIE PAR LES PRATIQUES DU MERVEILLEUX

Le merveilleux doit être défini d’après Littré, ce qui est produit par l'intervention des êtres surnaturels.

Par extension on donne aussi ce nom de merveilleux à ce qui est produit non plus par des êtres surnaturels mais par des forces cachées, mal connues et le plus souvent purement supposées. De tout temps les hommes ont cru à la possibilité de guérisons dues à l'intervention occulte de ces êtres ou deces forces, favorisées ou provoquées par des pratiques plus ou moins mystérieuses. L'histoire est remplie de faits de guérisons vraies ou prétendues, pour lesquelles la nature des moyens mis en œuvre ne laisse pas douter qu'elles relèvent uniquement de la suggestion. Mais tandis que la psychothérapie par les remèdes à élé médicale avant tout, la psychothérapie par le merveilleux n’a été médicale que par occasion et si les médecins n'ont pas toujours dédaigné l'emploi des pra- : tiques mystérieuses dans le traitement des maladies, ce n’a Jamais été chez eux qu’une erreur momentanée.

Quel que soit le procédé employé, la guérison suppose chez le malade et une affection que nous qualifierions aujourd’hui de fonctionnelle ou au moins en partie fonctionnelle et une foi robuste dans le résultat espéré. Charcot dans un opuscule connu l’a appelée la « Foi qui guérit » et essayé d’en déterminer quelques-unes des conditions de production‘. L'idée dominante de cette brochure avait déjà été émise bien antérieurement et Charcot ne faisait que rénover une critique faite aux différents âges par les scepliques aux croyants et que... Paracelse, avec une liberté de plume qui n’a pas été dépassée, avait largement formulée, allant jusqu’à écrire : « Que l’objet de votre foi, soit réel ou faux, vous n’en obtiendrez pas moins les mêmes effets. »

Pour lui comme pour Charcot aujourd’hui, on trouve à la

1. Caarcor, The Faith-healing, New Review, 1° déc. 1892; traduit et publié dans les Archives de Neurologie, 1893.

base de tous les prodiges, de toutes les guérisons obtenues par

les prières une seule chose indispensable : la foi elle-même.

C’est surtout'dans les temples, les lieux sacrés que la foi qui guérit s'est d’abord manifestée dans l'antiquité, mais au cours des âges elle à obéi aux pratiques les plus diverses en apparence qui cependant se ramènent {outes à quelques types.

C'est cette unité réelle dans la psychothérapie par le mer-

veilleux que nous avons surtout cherché à mettre en relief, beaucoup plus qu’une énumération de cures qu'on peut lui attribuer à toute époque.

À ses origines la médecine était purement sacerdotale et la thérapeutique en quelque pays qu’on l’envisage, se ressentant du voisinage des dieux, restait basée avant tout sur l’intervention des forces surnaturelles : les maladies sont un châtiment d’origine céleste, il faut demander aux dieux leur guérison et les moyens de la réaliser. Les prêtres sont des intermédiaires entre le patient et la divinité qui transmettent les oracles ou interprètent les songes.

Ilen était ainsi en Égypte où «on faisait coucher les malades dans les temples d’Isis afin que l’oracle leur révélat pendant leur sommeil les moyens qu'ils devaient mettre en usage pour obtenir leur guérison” ». « Les prophètes prédisaient les changements et la terminaison des maladies et les prêtres inférieurs ou pastophores, les traitaient strictement d'après les règles qui leur étaient tracées dans les livres d'Hermès*. » Plus tard dans le même pays les mélancoliques

se-rendaient en foule aux temples dédiés à Saturne où ils

venaient chercher une guérison que leur procuraient l’habileté et le savoir des prêtres experts”.

En Grèce la médecine fut cantonnée d’abord dans les temples d'Esculape et pratiquée par les prêtres. Tout dans les pratiques qui étaient suivies dans ces temples était pure suggestion, dit Bernheim. Leur situation dans des lieux isolés et

1. PARACELSE, Phil, occul., Il, cité par CHARPIGNON, Études sur la médecine animique el vilaliste, p. 72. Paris, 1864.

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