FARET ST
Nous revoyons la malade trois semaines plus tard. Elle vient se faire soigner pour une angine, le tremblement n’a pas reparu.
En mars 1903 la malade revient nous voir, nous demandant à entrer à l'hôpital, elle a à ce moment un léger tremblement. Nous avons des doutes sur la nature de ce tremblement, qui d’ailleurs est peu marqué: nous nous demandons, d’après ses caractères, si ce tremblement n’est pas voulu par la malade dans le but de rentrer à la salle Pinel, où elle se trouvait très bien. Ce qui nous confirme dans cette idée, c’est que nous avons revu la malade un mois plus tard, qu’elle se portait parfaitement bien, et n’avait aucun tremblement.
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CONTRACTURES — COXALGIES — MONOPLÉGIE PARAPLÉGIES — HÉMIPLÉGIES
Contracture fonctionnelle existant depuis 5 mois chez une fillette de 14 ans et simulant une contracture d’origine pottique. — Disparition de la contracture en 48 heures. — Guérison!.
Entrée le 3 décembre, sortie le 15 décembre.
Antécédents héréditaires et familiaux.— Père et mère bien portants. Une sœur aînée âgée de 17 ans, bien portante.
Antécédents personnels. — Née à terme, après grossesse normale et accouchement normal. Nourrie au sein, par une nourrice mercenaire à la campagne. |
1re dent à 9 mois, a marché à 12 mois et parlé à 18 mois.
L'enfant n’a présenté aucune maladie importante pendant la 1re et la 2e enfance. &
IFY à quatre ans, elle aurait eu pendant uñe période de huit mois, et sans aucun autre motif qu’une indigestion, de l’anorexie mentale absolue ; elle ne pouvait prendre aucun aliment solide et buvait seulement un peu de bière ou de lait en très faible quantité ; elle avait été ainsi réduite à un état squelettique, lorsqu'elle se remit brusquement à manger.
Depuis, elle s’est comportée normalement, mais au mois de mars der-
nier, elle a de nouveau perdu l’appétit, en même temps qu’elle se plaignait de vives douleurs dans le dos; un médecin consulté diagnostiqua un mal de Pott. Sur son conseil, on conduisit l’enfant pour consulter, à l'hôpital Tenon, où il fut décidé de lui appliquer un corset plâtré.
La veille du jour où le corset devait être exécuté, c’est-à-dire le 15 juillet, l'enfant, quelques instants après son réveil, et alors qu’elle était encore au lit, accusa brusquement des fourmillements très douloureux dans les membres, en même temps qu’elle se débattait, marquant une
1. L'un de nous, en collaboration avec notre collègue et ami Armand Delille, a présenté cette jeune malade, après sa guérison, à la Société de Pédiatrie en janvier 1903 et cette observation a été publiée dans les bulletins de la Société.
vive anxiété et une vive souffrance, et poussant des cris intenses. Ces phénomènes, que ses parents ont appelés une crise de nerfs, se répétèrent à plusieurs reprises dans la même journée; à leur suite apparut la contracture des deux membres supérieurs et de la main droite, de telle sorte qu’on crut à une compression de là moelle épinière survenue brusquement.
L'application du corset fut cependant exécutée le 16 juillet, et à la suite de cette opération, la contracture du membre inférieur gauche disparut.
Pendant le mois suivant, l’enfant fut gardée à la maison parses parents, puis fut envoyée à l'hôpital maritime de Berck. ;
Le lendemain de son arrivée, le chirurgien de l'hôpital fit défaire le plâtre et constata qu'il n’y avait pas de mal de Pott; néanmoins, il garda l'enfant pendant trois mois, sans cependant qu'aucune modification se fit dans la contracture. :
A la fin de novembre, l’enfant fut renvoyée à ses parents qui, sur le conseil d’un médecin, l’amenèrent à la consultation du Pr Dejerine, à la Salpêtrière.
Après des formalités administratives qui durèrent huit jours, à cause
de son âge, l'enfant put être reçue dans le service, salle Pinel, lit n°3.
A son entrée, Le 3 décembre, l'attitude vicieuse et les troubles fonctionnels sont absolument les mêmes que ceux qui ont été observés à la consultation.
Il existe une contracture très intense de la main droite, le pouce est en adduction et extension, les 4 derniers doigts sont fléchis dans la paume, avec extension de la 3e phalange sur la 2e; la main est en extension sur l’avant-bras, ce dernier est immobilisé en demi-flexion sur le bras ; il ya impossibilité absolue de faire étendre les doigts à l’enfant, elle ne se sert que de la main gauche pour les différents usages de la vie journalière.
Il existe également une contracture marquée du membre inférieur droit, et légère du membre inférieur gauche, la cuisse est un peu fléchie sur le bassin, la jambe légèrement fléchie sur la cuisse, le pied en extension ; la démarche est claudicante et quelque peu sautillante, rappelant un peu la démarche spasmodique.
Pas d’exagération des réflexes, pas de signe de Babinski, sensibilité cutanée normale.
L'enfant, dès son entrée, à 10 heures du matin, est mise à l'isolement, les rideaux fermés, avec la nourriture ordinaire.
Le soir, à la contre-visite, nous examinons l'enfant, et après lui avoir annoncé qu’elle n’a pas de paralysie et sera très vite guérie, nous arrivons, en procédant avec douceur, mais cependant avec une certaine force, à faire étendre les doigts de la main droite contracturée, Nous montrons alors à l'enfant, en imprimant aux doigts des mouvements passifs de flexion et d’extension, qu’elle peut les mouvoir, et nous lui faisons saisir divers objets, puis nous lui recommandons d’exercer sa main le soir même et le lendemain dès le réveil.
Le lendemain matin, 4 décembre, à la visite, on constate que la contracture de la main a complètement disparu: l’enfant s’en sert facilement pour tous les mouvements. On la fait alors marcher, et on con-
state que la claudication existe encore. M. Dejerine dit à l’enfant qu'il est content d'elle, mais qu’il faut que sa jambe soit guérie pour le lendemain.
Le soir même, nous faisons marcher l'enfant et nous constatons que la claudication n’est plus que très légère.
Le lendemain 5 décembre, à la visite, la claudication a complètement disparu, les mouvements du membre inférieur droit se font parfaitement.
L'enfant est gardée encore huit jours dans le service, puis rendue à sa famille ; depuis la guérison s’est complètement maintenue, et il n’existe plus aucune contracture. ;
Nous devons ajouter qu’à aucun moment l'examen n’a montré de stigmates d’hystérie : ni anesthésie cutanée, ni insensibilité cornéenne, ni abolition du réflexe pharyngé, ni rétrécissement du champ visuel, ni zone hystérogène.
Nous avons pensé qu'il était intéressant, à propos de ce cas, de montrer quel parti on pouvait tirer de cette méthode en médecine infantile ; principalement pour les affections fonctionnelles qui sont si fréquentes pendant la grande enfance.
Chez l'enfant, cependant, la méthode ne doit pas être appliquée tout à fait de la même façon que chez l'adulte.
Tandis que chez ce dernier, c'est la psychothérapie qui fait le fond du traitement du malade, isolé des siens et maintenu à une discipline rigoureuse mais bienveillante, chez l'enfant, peu accessible au raisonnement, la psychothérapie donne en général peu de résultats ; il est préférable d'employer les aflirmations impératives faites avec autorité en même temps qu'avec douceur, et au besoin la menace d’une augmentation de sévérité dans l'isolement, menaces qu'il n’est d’ailleurs que très rarement nécessaire de mettre à exécution ‘.
OBSERvVATION XX
Quelques troubles Peu de stigmates. — Guérison.
Coxalgie hystérique avec contracture intense. sensitifs.
13 ans, entrée le 7 février, sortie Le 26 février.
Antécédents héréditaires et familiaux. — Père est bien portant. Mère est bien portante, mais très nerveuse.
4. Nous avons revu cette petite malade plusieurs fois depuis sa sortie de l’hôpital et tout récemment encore (décembre 1903) ; sa santé est excellente.
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La malade a une sœur qui est en bonne santé.
Antécédents personnels. — Elle a toujours été bien portante. Elle fut réglée il y a six mois, à l’âge de 12 ans et demi.
Elle était forte, bien développée pour son âge.
Début des accidents actuels. — En juin 1902, c’est-à-dire il y a 8 mois, elle a été renversée par un cycliste, elle fut très effrayée et en se relevant souffrait du genou gauche. Rentrée chez elle, la douleur augmenta progressivement et était devenue très forte au bout de 3 jours, le genouétait légèrement tuméfié.
Un premier médecin fit faire une application de teinture d’iode qui n’amena pas d'amélioration. Un deuxième médecin prescrivit successivement du massage, de la teinture d’iode, puis des pointes de feu, finalement il mit le membre malade dans une gouttière de plâtre. Cette gouttière était étendue du milieu de la cuisse jusqu’à la cheville.
L'enfant fut envoyée à la campagne avec cette gouttière; elle marchait avec des béquilles et souffrait encore du genou. Un troisième médecin, consulté à la campagne, ôta l'appareil plâtré, qu’elle avait gardé un mois et demi, et fit une application de pointes de feu.
Revenue à Paris, la petite malade ne marchait pas mieux, le genou était encore enflé et les douleurs persistaient.
Elle fut conduite à l'hôpital Saint-Joseph, où un chirurgien fit le diagnostic d'hydarthrose ; il existait du choc rotulien. Des bains sulfureux, du massage furent ordonnés.
En novembre, le genou était guéri, elle pouvait le plier et marcher éga- lement bien des deux jambes. Elle retourna à l’école, elle se portait très
bien et était très espiègle. Un jour la maitresse, pour la punir d’une faute contre la discipline, l’obligea à rester debout pendant une heure et demie dans un coin. Elle éprouva de cette pénitence une grande fatigue physique. La punition avait eu lieu le matin, elle refusa d’aller à l’école pendant l’après-midi, se plaignant de son genou.
Des séances de massage furent pratiquées pendant deux ou trois jours etla douleur du genou alla en diminuant. Par contre apparut une douleur au niveau de la hanche. Un chirurgien fut consulté, il fitle diagnostic de déviation du bassin et proposa de faire une radiographie. La radiographie ne fut pas faite et la malade garda le repos.
Le 7 février, elle fut amenée à la Salpêtrière dans Le service de M. Segond. L'examen fut pratiqué sous le chloroforme et l'articulation de la hanche fut reconnue saine.
M. Segond envoya à M. Dejerine la petite malade, avec le résultat de son examen et elle fut reçue salle Pinel.
Examen. — La malade boite fortement pendant la marche. Le membre inférieur gauche paraît raccourci. Elle ne peutfléchir la cuisse.
Debout, elle prend une position hanchée.
Couchée, il est impossible de mobiliser l'articulation coxo-fémorale ; les mouvements d’adduction de la cuisse sont impossibles ; quand on essaye de les provoquer, le bassin accompagne la cuisse, fait bloc avec elle.
La malade est grande et forte pour son âge. Elle a bon appétit, dort