TERRES
les éléments d’insuccès, nous sommes parvenus à faire disparaître ses vomissements, à l’alimenter et à l’engraisser de Aer 500 en l’espace de six semaines. Nous aurions voulu gar-
der cette malade encore quelques semaines, pour affermir sa
guérison, mais cela nous a été impossible à cause de la faiblesse de ses parents. | ù
Morphinomanie. Sténose du pylore avec apparence de tumeur, dilatation considérable de lestomac, crises d’hyperchlorhydrie. — Amaigrissement énorme, perte de la moitié du poids du corps. — Absence de stigmates et d’antécédents hystériques. Guérison complète de Ja morphinomanie, des troubles gastriques et de Pétat mental.
35 ans, entrée salle Pinel, n° 3, 12 novembre 1902, sortie 8 mars 1903.
Antécédents héréditaires. — Père bien portant. Mére morte à 34 ans (cause inconnue).
Antécédents personnels. — La malade s'est bien portée pendant son enfance. Elle a été réglée à 15 ans.
Elle a eu deux enfants peu de temps après son mariage; ils sont morts tous deux vers l’âge de 2 mois.
Début des accidents actuels. — Cette femme avait toujours joui d’une superbe santé. Grande, obèse, elle pesait 110 kilogrammes. Sa santé commença à s’aitérer 1l y a environ 18 mois et cela à la suite de préoccupations morales. Elle tenait avec son mari un petit commerce, les affaires, qui d’abord avaient assez bien marché, vinrent à péricliter. Elle s’en affecta beaucoup, commença à perdre l'appétit, à avoir des digestions difficiles, de la pesanteur au creux épigastrique, de l’insomnie. Puis apparurent des renvois acides, survenant assez régulièrement environ 5 heures après les repas, soit vers 5 heures de l’après-midi et 2 heures du matin. Elle semble avoir eu nettement à ce moment des crises d’hyperchlorhydrie, peut-être liées à un ulcère de l'estomac ? Elle remarqua à plusieurs reprises du sang dans ses selles, mais ce sang était rouge et provenait vraisemblablement d’hémorroïdes.
La malade ayant consulté un médecin pour ses douleurs d'estomac, il lui ordonna des injections de morphine.
Le médecin venait d’abord les faire régulièrement, puis la malade se procura une seringue et de la morphine et était arrivée avant son entrée
< à l’hôpital, à se faire quotidiennement jusqu’à 30 centigrammes de
chlorhydrate de morphine en injections sous-cutanées. Elle-continua à souffrir toujours de l'estomac et elle a en outre un
besoin impérieux de morphine ; elle a dépensé depuis 18 mois des sommes considérables, pour sa situation, en‘frais de traitement: La malade se présente à la Salpêtrière, demandant qu'on la débarrasse
de sa morphinomanie et c’est dans ce but qu’elle est reçue salle Pinél le”
12 novembre 1902.
Examen. — La peau de la région abdominale est flasque et relâchée. La malade se plaint d’une violente douleur au creux épigastrique. L’estomac est extrêmement dilaté, descend à 6 centimètres au-dessous de l’ombilic et sa sonorité remonte très haut vers l’aisselle.
Elle a des éructations acides fréquentes ayant leur maximum à 5 heures du soir et à 2 heures du matin.
L’ingestion des aliments ne détermine aucune douleur.
Le cœur et les poumons sont normaux.
Le foie est petit, la rate n’est pas appréciable.
Le réflexe pharyngien est exagéré et les réflexes rotuliens sont égale-
ment exagérés.
La sensibilité est normale sur toute la surface du corps, il n'existe pas de zones hystérogènes. Les urines sont normales.
État mental. — Le moral est très déprimé. La malade est fort sceptique sur la possibilité de sa guérison. Elle entrevoit l’avenir sous des couleurs très sombres. Cependant il n’y à pas eu chez elle d’état mental neurasthénique appréciable avant l'apparition de son affection actuelle. C'était une femme courageuse et énergique; mais actuellement elle est très frappée de son état et surtout de son amaigrissement. Elle a en effet perdu 55 kilogrammes en 18 mois.
Le jour de-son entrée, la malade est isolée et mise au régime lacté, on lui affirme qu'il est facile de se débarrasser de la morphinomanie, on lui cite de nombreux exemples de guérison : elle montre assez de confiance dans nos paroles et promet de s’efforcer de ne plus penser à sa passion.
Nous faisons l’ouverture et le drainage d’un très volumineux abcès de la fesse déterminé par une récente injection de morphine.
Dès le jour de l'entrée, la morphine est supprimée radicalement et remplacée pour la première nuit par une potion contenant 7 centigrammes d'extrait thébaïque et 4 grammes d'hydrate de chloral.
La malade ne peut dormir de la nuit. |
Le lendemain matin, 13 novembre, elle a des vomissements bilieux.
Le 14 novembre, elle se plaint de souffrir violemment de l’estomac et elle vomit. Dans la soirée, on lui administre un lavement de chloral et de bromure qui lui procure un bon sommeil pendant toute la nuit.
Le 15 novembre, la malade se sent un peu mieux.
Le 16 novembre, on découvre un nouvel abcès de la fesse, qui dévéis plusieurs jours entretient une température de 380,5. Cet abess est ouvert.
Les 17, 18, 19 novembre, la malade a des vomissements fréquents, des douleurs vives d'estomac, de l'insomnie, de l’agitation.
Le matin et le soir, on pratique la psychothérapie, nous encourageons
la malade à la patience et elle espère un prochain soulagement. ‘Le 21 novembre, Fétat général est déjà légèrement meilleur, les
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douleurs sont moins vives: elle absorbe 3 litres de lait sans vomir.
Le 22 novembre, elle prend 4 litres de lait, ne vomit pas et souitre moins.
Le 23 novembre, la malade prétend sentir depuis quelques jours du côté droit de l’ombilic une petite tumeur sur laquelle elle attire l’attention. Il existe en effet une tumeur dans la région du pylore, très nette et du volume d’une mandarine.
Un instant nous sommes troublés par cette constatation, nous nous ‘demandons s’il n’existe pas un obstacle réel dans la région du pylore et s’il n’y aurait pas lieu d'intervenir chirurgicalement, avant d’attendre que la malade ne se cachectise. M. Dejerine pense qu’il s’agit simplement de spasme du pylore et est d’avis de continuer le traitement.
Le 24 novembre, la tumeur pylorique existe encore, mais est moins douloureuse à la pression.
Le 25 novembre, la contracture du pylore a disparu complètement.
Le sommeil est devenu bon, mais nous avions cru utile pour atténuer les effets de la suppression de la morphine de donner chaque soir un lavement de chloral et de bromure et un peu de sulfonal.
Afin de nous rendre compte du mode d’action du lavement, nous le remplaçons pendant quelques soirs par un lavement d’eau tiède et la malade continue à dormir parfaitement. Un soir nous le supprimons et la malade ne dort plus.
IL est évident que le lavement agissait, au moins en grande partie, par suggestion, aussi peu à peu nous arrivons à le supprimer, ainsi que le sulfonal, en expliquant à la malade qu'il lui est possible de s’en passer.
L'amélioration continue et, dans les premiers jours de décembre, on commence à remplacer le lait par des aliments solides.
En janvier, la malade paraît aller tout à fait bien, elle ne se plaint plus de son estomac, mange de bon appétit, mais elle engraisse peu.
Au début de février, elle attire l’attention sur un trouble dont elle n’avait jamais parlé ; chaque soir, pendant les premiers moments de son sommeil, elle à des régurgitations aqueuses qui l’incommodent.
Nous lui disons que, même pendant le sommeil, elle peut avoir de l’action sur ces troubles par la volonté et les faire disparaitre.
Elle est un peu surprise de cette affirmation, nous lui prouvons que pendant notre sommeil nous sommes capables d’actes volontaires, de nous réveiller à heure fixe, de changer de position quand nous sommes mal à notre aise, etc.
Elle se rend à nos raisons et prend la résolution de lutter en s’endormant contre ses régurgitations et de ravaler au besoin le liquide jusqu’à ce‘qu’elle se soit débarrassée de cet ennui. Au bout de 3 jours, elle n'a plus de régurgitations.
En février, la malade se porte très bien, mange beaucoup et engraisse.
On lui donne la permission de faire Douce sorties pour essayer ses forces, elle arrive à faire six kilomètres sans fatigue.
Elle quitte l'hôpital le 8 mars, complètement guérie de sa morphinomanie et de ses accidents gastriques.
Poids: 13 novembre. . . . 55kgr », 18 — 24e Ne UNSS 25 — APS MS 55 »
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