‹ Isolement et psychothérapieChapitre 17 sur 198 · CATON De re rustica, c · texte numérisé non relu

CATON De re rustica, c

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langue comme supérieure, puis les mots éphésiens. Cette croyance en la vertu des mots se retrouve bien plus tard. Francois de Piémont considère comme un moyen infaillible pour terminer les accouchements la récitation de quelques passages des psaumes de David.

Aujourd'hui encore les sorciers ou rebouteurs de village ne dédaignent pas la prononciation de certains mots mystérieux.

Puis c'est la guérison par les talismans, amulettes, boîtes, etc., dont l’origine est également fort ancienne puisqu'on en attribue l'invention à Apollonius de Tyane: on se les attachaïil au cou après y avoir écrit des mots mystiques, sacrés ou barbares et on en faisait usage contre toutes les maladies.

La grande vogue des talismans date de Paracelse qui lance des boîtes conservatrices des influences célestes, qui donne la composition d’onguents sympathiques qui guérissent les plaies à 20 milles de distance*.

Les Rose-Croix qui traitaient toutes les maladies par la foi et l’imagination avaient une poudre de sympathie et un emplâtre céleste qui guérissait instantanément les plaies, les ulcères, les hémorragies et nombre d’autres maladies*.

D'Abano pour guérir les coliques néphrétiques enseigne qu'il faut au moment où le soleil passe dans le méridien avec

le cœur du Lion tracer la figure d’un lion sur une plaque d'or

que l’on attache au cou du malade. C'est là un talisman rare qui emprunte ses vertus à l’astro-thérapie et à la métallothérapie. L'astrologie a d’ailleurs, comme chacun sait, joué un rôle énorme dans la thérapeutique et au xt siècle on ne saignait ou administrait jamais, soit un purgatif, soit un vomitif, sans consulter les astres.

Il est inutile d'ajouter des exemples pour montrer l’imporlance de la suggestion dans les pratiques du merveilleux et de parler de la guérison par les philtres, par les signes qualifiés de cabalistiques, par les passes, par les aimants”, par les animaux. À ce sujet cependant il vaut peut-être de mentionner

Complem. Mesuae. ëd. Venet, in-fol., 1562, f. 312 6.

. BERNHEIM, loc. cif., p. 15.

id D: 19:

. Conciliator. diff., X, f. 17 c., cité par SPRENGEL.

. PARACELSE — le père HELL — l'abbé Lenogce (voir Bernheim, p. 26 et 21).

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le traitement que Gilbert d'Angleterre préconisait contre la léthargie et qui consistait à attacher une truie dans le lit du malade. |

La psychothérapie par le magnétisme mérite qu'on sy arrête un peu plus longuement puisque c’est de celui-ci qu'est sorti l'hypnotisme. Le magnétisme qui date de Paracelse, était une théorie qui supposait l'existence d’un fluide universel mettant en relation les astres el les êtres vivants. Plusieurs fois remaniée et modifiée, cette théorie posait en principe que chaque homme possède une archée, sorte d'agent incorporel

que l’on peut assimiler au principe vital et que cette archée

était en relation cachée avec les archées des différents êtres. « Tout homme possédait une vertu attractive et cachée, un magnes lui permettant, s’il était sain, d'attirer le magnes des personnes malades et d'agir par leur intermédiaire sur leurs archées, c'est-à-dire sur le principe même de leur activité vitale » (Pitres). Cette qualité attractive secrète était analogue à celle de l’aimant d'où le nom de magnétisme.

Les premières cures attribuées au magnétisme furent celles des plaies ; indirectes en quelque sorte, elles s’effectuaient par l’usage des baumes et des talismans chargés de fluide.

Pendant une partie du xvu° siècle on batailla sur l'existence, la nature et les applications du magnétisme et Glocenius, Van Helmont, Robert Fludd en précisèrent la doctrine que com-

battit le père Kircher. L'écossais Guillaume Maxwell, adepte

de Fludd, soutint avec énergielemagnétismeanimal. Pour lui l'épuisement de l'esprit vital est la cause même de la maladie, et ceux qui savent agir sur cet esprit en appelant à leur aide

4. Gülberti anglici compendium. 1510, f. 108 c, cité par SPRENGEL, p. 406. Cette pratique inspirée probablement par l’idée de faire passer la maladie dans le corps de l’animal est un dérivé de la méthode de la transplantation qui consistait à faire passer la maladie dans un arbre. Elle n’est pas encore complètement tombée dans l'oubli ; l’un de nous a connu à la campagne un malade qui pendant des journées a conservé dans son lit une portée de jeunes chiens avec l’espoir de les voir « enlever le mal ». Il y a dans cette pratique bizarre comme un reflet de notions rudimentaires sur la possibilité de la transmission par con-

tagion d’affections d’animaux à l’homme et réciproquement. Cette idée de la transplantation flotte encore dans l'esprit des débiles qui cherchent à violer une

jeune fillè pour se débarrasser de la syphilis.

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l'esprit universel qui est dans la lumière, peuvent guérir les maladies même à distance.

A la fin du xvur° siècle avec Mesmer, aventurier entreprenant, décidé à se faire une place par quelque moyen que ce soit, la théorie du fluide universel reparaît. L'application qui découle de la théorie est simple: les maladies proviennent d’une mauvaise répartition du fluide; il suffit de la modifier pour les guérir, et Mesmer s'en charge, transmettant l’excès de son propre fluide à ceux qui en manquent, modifiant et changeant les mauvaises répartitions, de manière à assurer un équilibre favorable. |

D'abord 1l opère individuellement sur chaque malade, puis la foule des croyants et des souffrants augmentant toujours, il invente d'un trait de génie Le baquet, et c'est vètu d’un habit de soie lilas, au son du piano-forte, qu'il guérit en bloc, se contentant d’un attouchement de sa baguette. On sait cependant qu'un des résultats de cette méthode de quérison fut une épidémie d’hystérie qui se jouait dans l'enfer aux convulsions".

Comme pour toutes les médecines d'imagination la confiance ne dura pas, les guérisons cessèrent déjà avant le départ du grand prêtre qui quitla la France en 1785, et il en fut du mesmérisme comme de ces gens dont parle La Rochefoucauld qui « ressemblent aux vaudevilles qu’on ne chante qu’un certain temps. » Les commissions nommées en 1784 et composées de membres de l’Académie des sciences, de la Faculté et de la Société de médecine, avaient conclu à la non-existence du magnétisme animal et que les effets nerveux observés pouvaient être expliqués par trois causes, les attouchements, l’imitation, l'imagination. C'était sagement jugé, en partie tout au moins, et c'était mettre à sa véritable place le magnétisme, que de le ranger dans les pratiques dont le succès relève de l’ima-

gination.

Les médecins n’ont pas toujours été aussi sagaces je leurs jugements sur les cures dues au merveilleux. Ils peuvent

1. Pour donner une idée de l'importance qu'avait prise l'étude du magnétisme à la fin du xvin° siècle nous croyons curieux de signaler que sous le Litre d’un catalogue de libraire à cette époque (Note des ouvrages sur le magnétisme animal qui se trouvent chez Gastelier, librairie, Parvis N.-D., près le bureau de l’Hotel-Dieu, n° 15) on trouve à la date du 16 juin 1786, 98 indications d’ouvrages en vente et 69 indications d'ouvrages rares ou épuisés.

cependant se réclamer de Galien qui, dans un passage cité par Salverte, déclarait déjà que « quand l'imagination frappée fait désirer au malade un remède, ce qui naturellement est sans efficacité, peut en acquérir une très favorable ; ainsi un malade peut être soulagé par des cérémonies magiques, s’il est persuadé qu'elles doivent opérer sa guérison ». Au cours des âges les médecins ont souvent oublié cette sage remarque d'un des Pères de la médecine, et ils ont fait abstraction du rôle de l'imagination, ou bien ils ont cru passés les temps des

prodiges, comme cet auteur d’un article du Dictionnaire de

médecine qui en 1821 écrivait: « Heureux, le temps où des génies et la divinité même invoqués ou plutôt renfermés dans des égides consacrés servaient à cuirasser pour ainsi dire les humains contre tous les maux !.. l'application d’un abraxas dissipait les maux par enchantement... Aujourd’hui que peut notre médecine à côté de ces étonnants miracles? Irez-vous

ordonner de la manne et du jalap? Examiner des crachats puru-

lents et des déjections fétides? Oh! que cette médecine talismanique est bien plus illustre! Ses moyens sont tous célestes ; des rayons de la divinité, des irradiations astrales viennent tout à coup secouer avec énergie une âme abatlue dans un cadavre; l’agonisant se lève plein de vigueur et reprend la

course de la vie, ete.'. » Il terminait en déclarant que dans ce

siècle pervers « nous serons incurables parce que nous ne croirons plus à rien ». Il avait raison, la confiance est indispensable, mais il exagérait, elle n’est point morte, ni même malade, heureusement puisqu'elle est le seul élément de succès en ces pratiques.

Si dans la psychothérapie par le merveilleux les théories ont été nombreuses, si les explications des faits observés ont été plus nombreuses encore, les procédés employés ont en somme peu varié etse ramènent à quelques types. On a guéri par les attouchements, les passes, le regard, les paroles, les amulettes, les talismans, les aimants”, les songes... on guérit

A. Dictionnaire des sc. méd., t. LIV, p. 288. Virey, art. Talisman. Paris, 1821. 2. Voir. BERNHEIM, Revue méd. de l'Est, 1881-1882 et Hypnotisme. — Déjà Brain

avait montré que l'influence des aimants, des métaux, des substances renfermés .

dans des tubes fermés était de nature suggestive. Voir Micxe-BRAMWELL,Revue de l’hypnotisme, 1898. James Braid, son œuvre el ses écris.

encore par les mêmes moyens. Le curieux c’est qu'aucun, pourrait-on dire, n’a complètement disparu. Tous les médecins ont dans la mémoire les récits de malades soignés et quelquefois guéris à grand renfort de signes, de paroles et d’amulettes par des rebouteurs ou des sorciers. On vient quelquefois à la consultation en passant par l’arrière-boutique de la somnambule et il n’est pas exceptionnel de voir sortir un morceau de corde de pendu de la poche d’un malade d'hôpital. Si le sorcier à notre époque a surtout élu domicile dans les campagnes, c'est seulement parce qu'il a dû reculer devant la vogue . toujours croissante du charlatan qui ne vend plus d’orviétan ou de bézoard mais des ceintures électriques. Tous deux peuvent encore guérir, parce que, comme le disait Montaigne, « ces singeries sont le principal de l'effet, nostre pensée ne se pouvant démesler que moyens si estranges ne viennent de quelque abstruse science : leur inanité leur donne poids et révérence ».

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