HISTORIQUE DE LA PSYCHOTHÉRAPIE PAR L'HYPNOTISME ET LA SUGGESTION
Deux parties dans l'historique de l’hypnotisme: étude théorique ; application thérapeutique. — Etude de cette dernière. — Braid. — Période d’attente. — Liébeault. — Bernheim. — L'école de Nancy et l’école de la Salpétrière.
Procédés dérivés de l’hypnotisme. — Janet. — Sollier.
Psychothérapie par la suggestion à l’état de veille, Braiïd. — Hack-Tuke. — Bernheim. — Opinion actuelle de Liébeault. — Psychothérapie par auto-suggestion.
Psychothérapie par l’hypnotisme. — Nous avons vu que la psychothérapie par les remèdes ou par le merveilleux est vieille comme le monde, qu’elle a toujours régné à toutes les époques et qu'aujourd'hui encore elle demeure florissante. |
Le traitement par l'hypnotisme, la psychothérapie au moyen du sommeil hypnotique est de date infiniment plus récente. A vrai dire, comme procédé méthodique, réglé, elle date d'hier, car les premières cures qu'on peut lui attribuer ne furent guère que des hasards heureux qui n'ont rien de la précision qu'on est en droit de réclamer d'une méthode scientifique.
Ce nest pas ici le lieu de refaire l'historique de l’hypnotisme qui ne nous intéresse que par un côté de son étude, his-
torique, qui a déjà été tracé tant de fois et en particulier par.
Bernheim et par Pitres, de manière à décourager loute tentative. En nous plaçant au point de vue de la définition que nous
avons adoptée, nous voulons simplement rappeler surtout com-
ment s'est peu à peu édifiée la psychothérapie par l'hypnose. L'hypnotisme, se dégageant lentement des pratiques du magnétisme, fut d’abord réalisé dans un but de guérison, puis à mesure qu'il devint plus scientifique le côté thérapeutique s'effaça. On l’étudia pour lui-même, on en détermina les
manifestations, on chercha à en préciser la nature. Mieux connu dans ses différentes modalités on s’en est de nouveau servi au point de vue thérapeutique et au point de vue de l'étude psychologique.
C'est dire qu'on pourrait envisager deux parties dans l’hisloire de l’hypnotisme : une partie d'étude théorique de l'hypnose, une partie d'application thérapeutique, celle-ci s'étant surtout développée à la suite des travaux de l’école de Nancy en raison même de la théorie admise par cette école pour expliquer l'hypnotisme, celle de la suggestion. Sans établir une distinction aussi tranchée, nous aurons avant tout en vue ici ce qui a rapport au côté Hentai
C'est un élève de Mesmer, le marquis de Puységur, qui voulant à l'exemple du maître guérir par le fluide, produisit la première fois le sommeil oué par hasard’. « Retiré dans sa terre de Buzancy il ne s'occupe d’abord que de son repos et de ses jardins; 1l rencontre la fille de son régisseur qui souffrait d'un mal de dents, la magnétise et la guérit en moins de dix minutes. Mème succès le lendemain sur la femme du garde. Succès oblige, et voilà le marquis devenu médecin des vilains d’alentour. » C’est « une procession perpétuelle dans Le pays » ; jusqu’à présent le marquis était disciple fidèle du maître, il guérissait par le fluide. Mais voulant magnétiser un homme qui souffrait d’une fluxion de poitrine, il a la surprise de le voir s'endormir et tout endormi répondre aux questions qu'on lui pose, chanter, marcher.
Pour satisfaire à l'affluence des malades le marquis qui se désole de ne pouvoir « toucher tout le monde », magnétise un orme au milieu de la place du village, près d'une fontaine, dont l’eau est aussi magnétisée. Les malades s’assoient autour en se tenant par le pouce, reliés à l'arbre par une corde. C'était le baquet à l'usage des campagnes. Les malades ressentent l'influence de l’arbre; les uns ont des crises, les autres tombent en somnambulisme. Malheureusement parmi ceux-ci, certains jouissent de propriétés curieuses, 1ls diagnostiquent les maladies, indiquent les remèdes et d'emblée l’hypnotisme rentre
1. En réalité, comme l’a rappelé très justement Brain depuis longtemps, les Yoguis etles Fakirs produisaient l’hypnose dans un but d’extase et de jouissance.
dans la voie du charlatanisme. Les élèves du marquis, Deleuze, Pétetin, Foissac observent aussi le somnambulisme, notent l’insensibilité des sujets; mais on s'occupe surtout de pre-
science, de double vue et l’Académie de médecine, après une série de démêlés avec les magnétiseurs qui en 1825, 1826,
1831, 1837 sollicitent l'examen des faits qu'ils avancent, finit
en 1840 par décider qu'elle ne répondra plus aux communications relatives au magnétisme.
Entre les mains d’un autre homme, l'abbé Faria, l'hypnolisme avait aussi surgi des pratiques du magnétisme, non
plus comme un hasard, mais comme un effet constant et
produit par des manœuvres nettement réglées. L'abbé Faria qui l’appelait sommeil lucide, rejetait complètement l'idée du
fluide magnétique et considérait qu’ « 1l n’exerçait aucune
influence sur les sujets sur lesquels il opérait mais que les effets venaient d’eux seuls et de leur organisation ».
Braid est le premier médecin qui se soit occupé d'expériences scientifiquement conduites sur l’hypnotisme. Laissant les passes, il provoque l'hypnose par la fixation continue du regard sur un objet brillant, et étudiant attentivement ses sujets constate chez eux les suggestions, les contractures et Les diffé-
rents phénomènes qu'on ne fera que mieux préciser plus tard.
Il fournit les premiers exemples scientifiquement enregistrés de guérison par l'hypnotisme.
Sans doute autour du baquet de Mesmer, comme autour de l'arbre du marquis de Puységur, des malades guérissaient, pas beaucoup sans doute, car d’une partles malades atteints de névroses ne devaient pas retirer grand avantage des crises, et d'autre part dans l’ardeur du début on soignait a TC ment toutes les affections, et celles qui étaient sous la dépendance de lésions réelles avaient de bonnes raisons pour résister.
Cependant Mesmer disait: « le magnétisme animal peut ouérir immédiatement les maux de nerfs et médiatement les autres ; 1l perfectionne l’action des médicaments ; il provoque et dirige la crise salutaire, de manière qu’on peut s’en rendre maitre; il empêche l’aceroissement des maladies et parvient à leur guérison sans Jamais exposer le malade à des effets dangereux ou à des suites fâcheuses, quels que soient l’âge, le
tempérament et le sexe” ». Malgré tout, nous en avons vu le succès éphémère. | 2,
Dans la pensée de Braid, l'hypnotisme est surtout d’abord une nouvelle méthode de traitement, comme le montre bien le titre de son livre: « Neurypnologie ou Traité du sommeil nerveux considéré dans ses relations avec le magnétisme animal et accompagné de nombreux cas de succès dans ses applications à l'amélioration et à la guérison des maladies. »
Déjà, en 1842, il publiait son « Essai pratique sur l’action curative de l’hypnotisme ».
Dans son ouvrage, les observations au nombre de 69 sont très diverses, et si certaines sont de magnifiques succès thérapeutiques, les autres sont de qualité beaucoup moindre. Le traitement d’une contracture est typique, « une jeune fille eut pendant la nuit un spasme à la suite duquel sa tête demeura fortement inclinée sur l'épaule gauche? ». Cet état persista plus de six mois sans modifications malgré les traitements Les plus variés y compris celui par l’anesthésie. Braïd voit la malade : la contracture est telle qu'on ne peut lui faire effectuer le plus léger mouvement de tête. Il l’hypnotise et trois minutes après avec la plus grande facilité lui fait tourner la tête du côté opposé. Il réveille la malade qui est guérie. Quelque temps après la contracture récidive et cède définitivement après une seconde séance d’hypnotisation. Mais à côté de cas comme celui-ci qui sont le type de la guérison instantanée par l'hypnose il en est beaucoup d’autres où l’insuccès est total ou presque total. On ne s’en étonnera pas quand on saura que Braid n’hésitait pas à s'attaquer au traitement de la surdimutité. | |
Aussi, s’il peut, à bon droit, déclarer que l’hypnotisme est un agent important au point de vue curatif, s’il dit: « Je suis certain que nous avons acquis avec ce procédé un nouveau moyen curatif sérieux », il ajoute très judicieusement, «je suis loin de le proclamer remède universel », el il reconnaît n'être pas en mesure de déterminer « la totalité des affections dans lesquelles il peut devenir utile ».
1. Cité par DecHamBre, article Mesmérisme du Dictionnaire encycl., p. 549. 2. Brain, Neurypnologie, traduction française, p. 66. — Voir aussi, p. 173, la guérison d’une névralgie de la face.
Comment Braid interprétait-il ces guérisons? Pour lui, l'hypnotisme n'était « qu'un certain mode simple et rapide de plonger le système nerveux dans un élat nouveau dont on peut tirer grand avantage pour remédier à certains désordres' ». Il avait vu la possibilité de provoquer des contractures et des paralysies dans l'hypnose, il avait vu les suggestions sans en préciser la nature, mais il n’a pu donner une explication satisfaisante et claire des guérisons qu’il obtenait. D’après l'exposé de sa pratique, il procédait souvent par la réalisation mécanique et passive pendant le sommeil du but qu'il poursuivait. « Si l'on veut obtenir une dépression générale (d’un membre), après qu'on l'aura tenu étendu
pendant un court espace de temps on le remettra avèc pré-
caution dans une position normale et l’on abandonnera le corps tout entier dans un repos absolu”. » Il cherche à diminuer où à augmenter l’activité nerveuse.
Il attribue une grande importance aux modifications produites dans la circulation et s'attache à obtenir l'élévation de la force et de la fréquence de l’action cardiaque. Il annonçait surtout à l'avance le résultat espéré”
En définitive 1l concluait avec sa théorie subjective que «c’est la puissance d’une idée maîtresse chez l'individu qui produit les résultats ».
« Que j'aie eu tort ou raison dans mes vues théoriques on ne peut mettre en doute que dans de nombreux cas je n'aie réussi dans l'application de l’hypnotisme en tant qu’agent curatif' », dit-il très sagement et ailleurs :
« Je suis certain qu'il faudra toute l’acuité d’ observation et toute l'expérience des médecins pour PISE dans quel cas il sera bon et sans danger d’y avoir recours. »
Jusqu'en 1860, année de sa mort, nn) par des tonte eee
cherche à propager ses idées. Mais malgré les recherches sur
l’hypnotisme expérimental dues à Azam, à Durand de Gros,
à Demarquay et Giraud Teulon, à Mesnet, l’enseignement de
. Brain, Neurypnologie, trad. française, p. 13.
Ad, DAS.
. Voir l’Obs. 31 ayant trait à un cas d’aphonie.
. Id., p. 143. .
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Lasègue, l’article de Mathias Duval, le mémoire de Richet, les applications {hérapeutiques de l'hypnotisme restent très rares pendant fort longtemps, et en 1883, dans la préface de la traduction du livre de Braid, Brown-Séquard peut encore dire : « Ce n’est pas seulement en psychologie et en physiologie que l’œuvre de Braid a une très grande valeur, c'est aussi en thérapeutique. Nous appelons l'attention des praticiens sur ce côté de l'hypnotisme, convaineu qu'il y a à cet égard immensément à faire... L'inhibition peut produire soudainement ou très rapidement des effets si considérables dans l'état hypnotique qu'il serait de la plus haute importance de s’en servir comme moyen thérapeutique. »
Cependant, depuis 1866, Liébeault avait publié son ouvrage sur le sommeil provoqué et les états analoques. Mais ce livre « écrit dans le déseft », comme dit l’auteur, était resté ignoré et Liébeault travaillant seul et maudissant l'indifférence du publie médical attendait « de meilleurs jours pour l’éclosion de vérités dont il se sentait les mains pleines * ». Parmi ces vérités, l’une des plus importantes était la constatation que dans le sommeil hypnotique la volonté du sujet disparaissait, qu'on pouvait lui inculquer les idées qu'on voulait, le suggestionner. Ses idées qu'il fut d'abord seul à appliquer à Ia thérapeutique, dans sa clinique de Nancy, furent adoptées et développées vers 1884 par Liégeois, Beaunis, Bernheim. C’est ce dernier surtout qui, par son enseignement et ses publications, contribua à mettre en évidence le rôle de l’hypnotisme en thérapeutique.
Bernheim admet que les phénomènes hypnotiques ne sont que des phénomènes de suggestibilité. Le sommeil n’est plus qu'un phénomène de suggestion au même titre que la cata-
lepsie, l’anesthésie, les hallucinations.
L'état hypnotique devient « un état psychique particulier susceptible d'être provoqué, qui met en activité ou exalte à des degrés divers la suggestibilité, c'est-à-dire l'aptitude à être influencé par une idée acceptée par le cerveau et à la réaliser ».
4. BRowN-SÉQUARD. Préface de la traduction de Brain, p. 1x et x.
2. LIÉBEAULT, Le sommeil provoqué et les élats analogues, préface de l'édition de 1889. |
BarTH. 1886. Du sommeil non naturel. Thèse d’agrégation.
Camus ET PAGNIEZ. 4
Le sommeil par l'atténuation de l'initiative intellectuelle augmente la suggeslibilité ou la crée. « Beaucoup de sujets ne deviennent suggestibles à un degré notable que lorsqu'on a réussi chez eux à provoquer l'apparence du sommeil. »
De ces conceptions découle l'application thérapeutique : Bernheim renonçant aux passes, à la fixation prolongée du regard, endort les malades par suggestion et pendant le sommeil leur suggère la guérison du trouble morbide qu'ils présentent. À quels malades s’adresse-t-11? A tous pourrait-on dire ou à presque tous, car pénétré de cette idée qu'il y a dans les maladies organiques les plus caractérisées un élément fonctionnel il cherche à supprimer cet élément fonctionnel. Cependant il place naturellement dans une catégorie à part les affections sine materia qui sont avant toutes autres justiciables de la psychothérapie suggestive, et ses plus beaux succès ont trait à des cas de contracture, de vomissements incoercibles, de grande hystérie convulsive, etc.
Pendant que l’école de Nancy instituait la psychothérapie par suggestion hypnotique, « Charcot qui s'était surtout livré à l’étude des phénomènes somatiques de l’hypnotisme, n'avait pas insisté beaucoup sur sa valeur curative et sur son rôle en thérapeutique‘ »
Cependant, 16 employait aussi la suggestion hypnotique comme procédé de traitement des manifestations hystériques comme le montrent certaines de ses leçons” et, avec lui, Mesnet, Proust, Paul Richer, Ballet, Babinski, Dumontpallier, Grasset, ont montré par leurs publications ce que peut donner la suggestion hypnotique dans le traitement des paralysies et des contractures.
L'école de Ja Salpêtrière a adopté, avec des restrictions cependant, la thérapeutique par suggestion h ypnotique. Si au sujet de la nature de l’hypnotisme la divergence de vues existe toujours avec l'école de Nancy, il y a conformité d'idées sur l’explication de la manière d’agir du traitement: « L'agent réellement actif de la guérison n’est pas le sommeil, mais la suggestion,
4. BéÉRILLON, Conférence sur l’histoire de l’hypnotisme expérimental. C. R. du 1I° Congrès international de l'hypnotisme, p. 44.
2. CHarcoT. Guérison d’une contracture hystérique, Revue de l’hypnotisme, 1891, p. 296.
2 VS OR ; 1e
APERÇU HISTORIQUE SUR LA PSYCHOTHÉRAPIE Ko |
le sommeil n'intervient que pour favoriser la suggestibilité”. » Au sujet des effets produits par l'hypnotisme et des indications de l'emploi de cette méthode, beaucoup d’auteurs qui ne relèvent pas de l’école de Nancy font de fortes réserves; pour Pitres les accidents susceptibles d'être traités par l'hypnose sont relativement peu nombreux et il est légitime d’avoir recours à la médication suggestive : « 1° dans les cas d’hystérie confirmée avec ou sans accidents permanents rebelles aux procédés de la thérapeutique ordinaire ; 2° dans les cas d’accidents névropathiques mal définis ressortissant probablement à l’hystérie fruste, bien quil soit difficile d'établir d’une façon absolument certaine le diagnostic de leur véritable nature. Quelques auteurs pensent qu’il serait préférable de n’employer l'hypnotisation que chez les grandes hystériques qui n’ont rien à perdre à son emploi et peuvent gagner quelque chose à son action thérapeutique ; MM. Gilles de la Tourette, Guinon, Blocq sont de cet avis, mais Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'être aussi exclusif*. » |
Enfin, Pitres admet qu'il y a des malades non hypnotisables, des malades hypnotisables non suggestibles ; de plus, la reproduction des accidents après une période de guérison éphémère est fréquente et quelquefois «il arrive qu’un accident supprimé par suggestion est remplacé par un autre accident plus désagréable que le premier ».
En résumé, l'accord est fait sur le fond de la question thérapeutique : la dualité persiste en ce qui a trait à la nature de l’hypnotisme qui, pour les uns, reste selon la doctrine de Charcot une sorte de maladie, une névrose expérimentale, qui pour les autres est un phénomène presque normal, voisin du sommeil naturel, variable seulement dans ses degrés. Tous admettent la valeur curative de la suggestion hypnotique, mais beaucoup lui reconnaissant des inconvénients en restreignent considérablement les indications*.
Pour éviter le retour des accidents, pour enlever à la guérison post-suggestive son caractère de fragilité, on a proposé
4. Pirres, L’hyslérie et l’hypnotisme, II, p. 395, Paris, Doin, 1891.
2, Pitres, loc. cit., p. 402
3. Pierre JANET, Traitement psychol. de l'hystérie. Traité de Thérap. de Rogix, fasc. XV, p. 184.
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dans ces dernières années des méthodes qui, bien que basées sur l’emploi de l’hypnotisme, ne relèvent pas uniquement de la suggestion simple dans le sommeil.
Pierre Janet, admettant que les accidents sont sous la dépendance d’une idée fixe primaire, état psychologique très complexe qui est devenu permanent, qui, souvent, est inconscient ou du moins subsconscient, emploie une méthode qui a pour but de s'adresser à cette idée fixe primaire et de la détruire ou au moins de la modifier. Il commence par la chercher dans le somnambulisme ou par l'écriture automatique, puis s'efforce de décomposer, par dissociation, Le système qui
la constitue, en supprimant par suggestion tel ou tel élément
de cette idée fixe. Indépendamment de la « suppression » il emploie encore la « substitution » par laquelle il vise à modifier les souvenirs en remplaçant tel ou tel élément de l’idée fixe par un élément suggéré.
Ce procédé basé sur la théorie psychique de l’hystérie de Janet s'adresse donc au psychisme du sujet.
Le procédé de Sollier basé sur sa « théorie organique » s'adresse, au contraire, à |” « engourdissement des centres cérébraux.» dont on cherche à provoquer le réveil. « Essentiellement physiologique même pour le rétablissement des fonctions psychiques », cette méthode consiste à restaurer la sensibilité, car « réveiller une hystérique ou restaurer sa sensibilité sont une seule et même chose ».
Cette restauration de la sensibilité peut dans les cas légers être obtenue par les excitations banales ; dans les cas graves le sujet est endormi par l'hypnose assez profondément, et le médecin «reste auprès du sujet et l’excite en lui disant : sentez, sentez plus, sentez mieux encore ; continuez, faites bien attention * ». |
La restauration de la sensibilité viscérale suit la restauration de la sensibilité cutanée et sous la simple influence du retour de la sensibilité, on verrait, d’après Sollier, disparaître les idées fixes. Il faut alors achever la cure par la reconstitution de ka personnalité pour laquelle le traitement psychologique et moral passe au premier plan.
1. SoLLIER, L'hystérie et son traitement, p.183. — Paris, F. Alcan, 1901.
PSYCHOTHÉRAPIE PAR LA SUGGESTION VOLONTAIRE A L'ÉTAT DE j VEILLE.
La suggestion à l’état de veille paraît échapper à presque tous les reproches qu’on adresse à la suggestion hypnotique, aussi a-t-elle semblé devoir devenir un procédé plus courant.
Nous avons vu à propos de la psychothérapie médicamenteuse et de la psychothérapie par le merveilleux, combien grande avait toujours été l'influence inconsciente de la crédulité humaine dans les guérisons dues à ces pratiques. Cependant, dès longtemps, des observateurs avertis avaient entrevu la possibilité d’une thérapeutique exclusivement psychique.
Apollonius de Tyane «regardait la pratique de la médecine comme une qualité nécessaire au vrai sage, mais disait qu’il faut constamment traiter l’âme en même temps que le corps sans quoi on manque inévitablement son but* ».
Esculape, dit Galien, nous fournit une preuve évidente que beaucoup de maladies graves peuvent guérir uniquement par l'effet de la secousse qu’on imprime au moral*.
Arnaud de Villeneuve, professeur à Barcelone à la fin du xir1° siècle, était d’avis qu’ « on doit aussi savoir tirer parti des passions du malade, capter sa confiance et allumer son imagination‘ ». |
Toutefois ce n'étaient là que des aperçus pleins de sagacité restés à l’état isolé et qui n’entrèrent point dans les notions médicales usuelles. |
C’est Braïd qui, chez certains sujets sur lesquels il expérimentait, remarqua qu’on pouvait « en agissant fortement et par suggestion sur l’esprit des patients à l’état de veille, modifier l’activité physique des organes ou de la partie qui sert à la transmission des fonctions organiques, et leur faire croire .qu'ils voient des formes et des couleurs diverses, qu'ils ont
4. Voir à ce sujet le remarquable ouvrage de GRAssET sur l’Hypnotisme et la Suggeslion auquel nous aurons occasion de faire de nombreux emprunts.
2. Philostr. vit. Apoll., lib. IV, c. 4%, p. 186, cité par SPRENGEL.