‹ Isolement et psychothérapieChapitre 19 sur 198 · De semplic., p. 319. Cité par KURT SPRENGEL · texte numérisé non relu

De semplic., p. 319. Cité par KURT SPRENGEL

des impressions mentales variables, que des forces irrésistibles les attirent, les repoussent, Les paralysent” ».

Cependant, Braid qui a bien vu et déerit les suggestions à l’état de veille, ne parle pas d'applications thérapeütiques. Cette application thérapeutique ne découle pas non plus immédiate du livre très remarquable de Hack-Tuke sur L'influence de l'esprit sur le corps, où l’auteur a rassemblé toute une série de faits qui sont de beaux exemples de guérison par suggestion, involontaire le plus souvent, mais desquels, faute d’une systématisation théorique précise, il n’a pu conclure à des règles de pratique. Sentant bien cependant toute l'importance du sujet, ilinvite Les médecins « à employer d'une manière plus méthodique que par le passé les agents psychothérapeutiques, et à imiter ce qui se produit naturellement

dans ces cas intéressants et fortuits, où l’action spontanée d’une

force morale puissante détermine une guérison soudaine. Au lieu, ajoute-t-il, de laisser cette force se produire au hasard ils devraient, d'après nous, la régulariser et se charger de l'utiliser * ».

Il faut, en réalité, arriver à l’école de Nancy pour qu'avec la théorie de la suggestion solidement assise s’élablisse une thérapeutique réglée. Nous venons de voir que pour Liébeault, Bernheim, l'hypnose n’est qu’un phénomène de suggestion ; ce qui domine toute son étude c’est la suggestibilité. Celle-ei serait une propriété naturelle du cerveau humain plus ou moins développée suivant les individus, mais existant chez tous. La suggestion est « l’acte par lequel une idée est introduite dans le cerveau et acceptée par lui. Et toute idée suggérée et acceptée tend à se faire acte » (Bernheim). Cette propriété normale du cerveau, plus ou moins accentuée suivant les sujets, le sommeil hypnotique l’exagère, mais il n’est pas nécessaire pour sa mise en jeu. Et dès lors si on peut dans l'hypnose obtenir des guérisons par suggestion, on peut aussi obtenir les mêmes guérisons sans hypnotisme, moins facilement cependant. C’est la suggestion à l’état de veille. Comment doit-on pratiquer celle-e1?

1. BRalD, loc. cit., p. 242. | 2. Hack-Tuxe, Le corps et l'esprit. Action du moral et de l’imagination sur le physique. Paris, 1886 (Trad. de l’édition anglaise de 1872).

Il ÿ a d’après Bernheim plusieurs procédés qui tous ne sont que l’application directe des idées et théories. Tantôt on pratiquera la suggestion impérative : l'affirmation de la guérison, ou bien on pratiquera la suggestion indirecte, médicamenteuse, instrumentale. La suggestion peut être répétée et c’est l’entrainement suggestif ; l'idée de guérison sera quelquefois appuyée par la démonstration objective du néant de la maladie : entrainement actif à l’état de veille. |

Avec des artifices variés on s'efforce en un mot de rendre la parole suggestive, car seule elle ne suffit pas à guérir; il faut pour atteindre ce but qu'elle fasse impression, qu'elle soit acceptée sans méfiance, sans contre-suggestion.

P.E. Lévy accorde une certaine part à la persuasion dans la thérapeutique mais il considère ce qu'il appelle les « causeries explicatives » comme insuflisantes ; pour lui une certaine mise en scène (position couchée, occlusion des yeux) demeure indispensable pour pratiquer la « séance de suggestion pendant laquelle on arrive aux affirmations plus catégoriques, c'est-à-dire aux suggestions proprement dites concernant les divers symptômes présentés par le sujet’ ».

Cependant si la suggestion est bien de l'avis de tous, l’élément de guérison dans la thérapeutique par l'hypnose, si elle peut, effectuée sans l’adjuvant du sommeil, guérir seule, elle n'a pas à beaucoup près remplacé l'hypnotisme. Les innombrables publications consacrées au traitement par la suggestion des accidents hystériques ou autres, sont presque exclusivement des observations d'hypno-thérapie*.

Sauf quelques auteurs comme le P° Spehl de Bruxelles qui n'emploie plus que la suggestion à l’état de veille, il semble que beaucoup n'y aient recours qu à regret et ne veuillent pas VPutiliser systématiquement”. Bernheim, nous dit Hartemberg, est éclectique, l’emploie seule quand il croit la suggestibilité du sujet suffisante, lui adjoint le sommeil en cas contraire*. Il semble même que les sympathies du professeur de Nancy

4. Lévy, Trait. psych. de l'hyst. Rééducation. Presse Méd., 1903, p. 333-773.

2. Voir PrrRes, Loc. cit., p. 398-399 ; le Compte rendu du Congrès de l'hypnotisme de Paris 1900 ; la Revue de l'hypnotisme de ces dernières années, etc.

3. SPEHL, La psychothérapie et la sugg. vigile. Revue hypn., avril 1902, p. 290.

4. HARTENBERG, Soc. d’hypn.et de psych., 15 nov. 1897, Rev. de l'hypn., 1897, p.211.

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penchent encore plutôt du côté de l’hypnotisme, puisque dans la toute récente édition de son ouvrage où il démontre d'une façon remarquable les bons effets de la suggestion seule, il écrit encore ceci: « Quand je ne suis pas sûr de mon terrain, quand je crains les influences contre-suggestives et que Je crois cependant que la suggestion peut être utile, je la fais sans hypnotisme, je la cache dans une pratique inoffensive, dans l’électricité, dans le massage, dans une friction, dans un médicament”. »

Quant à Liébeaultil lui estnettement hostile : «On a beaucoup parlé dans ces derniers temps, dit-il, de la suggestion à l’état de veille et les quelques disciples du P' Delbœuf qui ont admis avec lui cette opinion irréfléchie sur la possibilité de l’efhcacité d'une telle suggestion sont allés même jusqu’à dire qu'elle est dans ce cas plus puissante sur l'organisme qu'elle ne peut l'être pendant le sommeil. Ils se sont grandement trompés. S'ils ont eu des succès, ces succès ont dû être peu importants et ils ont été uniquement les fruits d'un sommeil partiel et spontané ; jamais ces succès n'ont pu être élevés à la hauteur de ceux que l’on peut produire par exemple dans le somnambulisme profond. Et les résultats qu’ils ont obtenus ainsi n ont dû être bien marqués que sur des sujets qui tombent facilement en certains sommeils partiels ou qui sont disposés naturellement à accepter l'affirmation suggestive en vertu de la propriété qu'ils ont de la recevoir aisément et vite”. »

Il semble donc qu'aujourd'hui, au point de vue de l’applicaton pratique, l'opinion des maîtres en suggestion soit à peu près la même qu’au moment où Dumontpallier écrivait : « Si l’on obtient du succès par la suggestion verbale ou écrite parce que « la foi guérit », on obtient des succès plus remarquables et plus constants avec la suggestion hypnotique... La suggestion à l’état de veille a une action thérapeutique indéniable, la suggestion hypnotique a une action thérapeutique encore plus grande ». |

De la psychothérapie par auto-suggestion. — L'action bienfaisante qu'on peut exercer sur un malade par la suggestion ne . BERNHEIM, Hypnotisme. suggestion, psychothérapie, 2° ëd., p. 357. Paris, 1903.

. LIÉBEAULT, L’élat de veille et les états d’hypnose, Revue de l’hypn., mai 1898. . DUMONTPALLIER, cité par BÉRILLON, C. R. du Congrès hypnot. de 1900, p. 52-53.

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