‹ Isolement et psychothérapieChapitre 22 sur 198 · SÉNèQuE, De la tranquillité de l’âme, Il, passim · texte numérisé non relu

SÉNèQuE, De la tranquillité de l’âme, Il, passim

quenter que des amis exempts de passion, car un compagnon toujours troublé, toujours gémissant est le plus grand ennemi de notre tranquillité. Puis il préconise le mépris des richesses, le courage pour supporter les ennuis d'où naîtra l'habitude qui les fera trouver légers. Ne portons pas envie à ceux qui sont plus élevés que nous. Evitons la dissipation, les courses inutiles, méprisons la mort. |

Pratiquons alternativement et dans une juste mesure la. solitude et le monde, essayons de quelques voyages en litière, du changement de lieu et ne méprisons pas à l’occasion l'oubli que peul nous fournir le vin”.

‘Il faut avouer que le remède ne paraît guère en proportion du mal: à un homme atteint d'une désespérance qui peut le mener au suicide, c'est peu que de répéter sous une forme édulcorée la maxime stoïcienne sustine et abstine. Et cependant c’est en des termes différents ce que la plupart des médecins répètent encore aujourd'hui à ces sortes de malades : occupezvous, ne vous tourmentez pas, prenez des distractions, voyagez. C'est que malgré tout il y a dans ces conseils d’une forme si banale quelque chose et ce quelque chose de caché c’est l'influence exercée par celui qui parle, influence qui réside dans l’ascendant plus que dans les mots, plus que dans les choses prescrites. Descartes exprime bien ce sentiment du malade, en disant que « la vénération est une inclination de l’âme non seulement à estimer l’objel qu'elle révère, mais aussi à se soumettre à lui avec quelque crainte pour tâcher de se le rendre favorable? » Aussi ces conseils, sans portée s'ils viennent d'un individu quelconque, prennent une valeur s'ils tombent d'une bouche autorisée.

Sénèque d’ailleurs ne s’illusionnait pas sur la valeur propre de ces moyens, des voyages entre autres dont 1l dit ailleurs : « L'inconstance de l'esprit alors plus malade que jamais s’en irrite encore et il devient plus mobile, plus vagabond par l'effet mème du déplacement”. »

Il avait reconnu l'importance qu'il y a à détourner l'esprit de la douleur présente, à lui donner une autre direction, et

. De la tranquillité de l’âäme, HT, passim.

. Descartes, Des passions en général, p. 209. Œuvres choisies, Garnier, éd.

. Sénèque, Lettre CIV, t. II, p. 119. Œuvres complètes, Garnier, éd.

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aussi le fait primordial de l’action nocive inconsciente que le malade peut exercer vis-à-vis de lui-même. « Gardez-vous d'aggraver vous-même vos maux par vos plaintes. si l’on, s'encourage en se disant: ce n’est rien ou du moins c'est peu de chose, sachons l’endurer, cela va finir: on rend la douleur légère à force de la croire telle”... » C'est déjà la pratique de l’auto-suggestion.

Il vante l'avantage de la retraite qu'il pratique lui-même et où « il panse sa plaie », parle de la nécessité d’un directeur de conscience qui saura traiter les maladies de l’âme et sera «un médecin sans emportement ; il n'y a que les mauvais médecins qui désespèrent de la guérison* ». |

Tout ceci suffit, pensons-nous, à montrer que Sénèque n'était pas seulement un philosophe capable de guider ses disciples dans la voie du bien et de favoriser leur perfection morale, mais qu'il savait aussi à l’occasion utiliser ses connaissances de psychologie et traiter psychiquement les maladies ou les troubles que ses clients soumettaient à son appréciation, et que le titre de médecin que lui donnent souvent ses correspondants ou qu'il se donne lui-même, ne doit pas ètre pris seulement dans son sens figuré.

Ces directeurs de conscience, médecins de l’âme qu'avait connus Rome à l’époque des Césars, se retrouvent dans le catholicisme où le prêtre n’est plus seulement comme dans les religions antiques, un sacrificateur accomplissant des rites, mais de plus un moraliste, enseignant la morale du Christ.

À ceux qui tendent vers la perfection religieuse ne suffit pas le confesseur qui est un juge auquel on vient déclarer ses fautes, il faut le directeur auquel on confie la gestion de ses intérêts spirituels. « Le confesseur entend l’aveu des fautes commises, les apprécie et prononce un jugement d’absolution s’il juge les dispositions du pénitent suffisantes. Le directeur connaît non seulement les fautes, mais les habitudes, les aptitudes, les tentations, les attraits et son rôle principal est de conseiller, de diriger dans les voies de la perfection, signalant les écueils, reconnaissant et contrôlant les appels intérieurs

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