‹ Isolement et psychothérapieChapitre 24 sur 198 · Id., p · texte numérisé non relu

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sans peine...» «Le moins vous confesser est certainement le meilleur. Je vous conjure de communier demain sans vous confesser et de forcer tous vos scrupules pour donner à Dieu cette preuve de votre sincère docilité à son ministre. » « On prétend même que vous avez fait diverses austérités. Si vous les avez faites sans consulter, votre propre volonté s’y trouve. C’est cette propre volonté qu'il était bien plus important de morüfier qu'un corps déjà si affaibli. » «Le scrupule vous rejette dans des confessions perpétuelles de vétilles qui doivent casser la tête à vous et à votre confesseur. Il n’y aurait que l’obéissance qui pourrait remédier à un mal si pressant, mais elle vous manque et j'avoue que j'en suis scandalisé. »

Il y a certaines de ces lettresqu'il faudrait citer entièrement, car elles montrent quelle connaissance approfondie avait Fénelon de telles malades et combien grandes étaient «ses expériences ». [l sait que trop de précision peut nuire quelquefois parce que « toute règle peut se tourner chez elles en gène et en scrupule ». Il sait surtout que seule la substitution d’une volonté forte à une volonté faible est capable de modifier un tel état. |

Il connaît quelle part revient à l’excitation physique dans l'excitation psychique et montre qu'il est capital de soigner non seulement l'esprit mais le corps. « Je vous conjure, madame, de demeurer dans votre lit autant que vous y demeuriez autrefois et d'y attendre le sommeil quand il vous a échappé. Il revient quand on l'attend en paix ; mais quand on suit son imagination, on l'éloigne de plus en plus. Je n'aurai bonne opinion de votre état intérieur que quand vous posséderez assez votre àme en patience pour bien dormir. Je ne vous demande que calme et docilité. Vous me direz que le calme de limagination ne dépend pas de nous. Pardonnezmoi, il en dépend beaucoup. Quand on retranche toutes les inquiétudes auxquelles la volonté a quelque part, on diminue beaucoup celles-1à même qui sont involontaires. Moins on s'agite volontairement, plus on se met en état de ne s'agiter d'aucune facon et de tempérer une imagination trop émue”. »

1. Lettres, p. 635. Sur les inconvénients des veilles prolongées, voir aussi SAINT FRANCOIS DE SaLEs. Lettre à l’abbesse du Puits-d’Orbe, Œuvres complètes, HEXII D: 29,

N'est-ce point là un langage que ne désavouerait pas un psychothérapeute d'aujourd'hui et qui a de plus une qualité de séduction, celle d’un style que nous ne connaissons plus?

Fénelon ne s’attarde pas à des discussions et à des subtilités d'école, il n'attribue pas comme Sarasa les scrupules l’épaississement du sang, ou aux assauts du diable, il y recon-

nait une vraie maladie qu'il essaie de traiter psychiquement‘.

Bossuet dans la correspondance qu'il adresse à différentes

religieuses s'attache aussi à les délivrer du scrupule par une direction ferme.

«Son attention el sa vigilance pour en garantir une âme …

étaient surprenantes, nous dit une de ses pénitentes, il prévoyait jusqu'aux moindres choses qui pouvaient seulement y tendre; el sans presque que lon s'en aperçüt, quand on était soumise et docile, il déracinait avec une sainte adresse cette imperfection*.

Prèt à écouter ae des inutilités pour disposer ceux qui les disent à recevoir la consolation qu'on leur doit »,il ne plie jamais sous la volonté des âmes qu'il dirige et comme Fénelon, cherche dans l’obéissance imposée à ses pénitentes le remède à opposer à leurs inquiétudes. | |

« Je vous défends, écrit-il, d’avoir de l'inquiétude de vos

confessions passées n1 à la vie, ni à la mort, n1 de les recom-

mencer en tout ou en partie à qui que ce soit, fussiez-vous à l’agonie”. » Et à la même un peu plus tard: «Ces consulta-

tions entretiennent ces dispositions scrupuleuses etempêchent de parler de meilleures choses. Ne vous étonnez done pas si je tranche dorénavant en un mot sur tout cela. »

On pourrait nommer après les directeurs de profession, beaucoup de philosophes, de moralistes qui à des titres divers mériteraient de prendre paie dans un essai sur les origines de la

psychothérapie. Nous n’en retiendrons que quelques-uns et

1. SarAsA, dans son ouvrage L'art de se tranquilliser dans lous les événements de la vie, — Armand Kônig (1764), indique comme causes des scrupules : les assauts du diable, le commerce avec des scrupuleux, l’épaississement du sang.

2. Bossuer, Œuvres complètes, t. XXVII. Notice écrite par M”° CORNUAU. |

3. Lettres à M"° d’Albert de Luynes, religieuse à l’abbaye de Jouarre, 12 sepue 1691.

. À la même, 14 novembre 1691. Voir aussi les lettres à M"° de MaisontorL.

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particulièrement trois hommes qui doivent être cités ici, non qu'ils aient fait eux-mêmes profession de traitement psychique, mais parce qu'ils sont des fondateurs de la psychologie moderne, et que çà et là dans leurs œuvres ils ont presque touché au sujél qui nous occupe : ces hommes'sont Descartes, Malebranche, Pascal.

Dans Descartes, par exemple, nous trouvons une étude de l’irrésolution, « sorte de crainte qui retient l’âme comme en balance entre plusieurs actions qu’elle peut faire ». Cette crainte est si forte chez certains sujets, que même quand ils ne voient qu'une seule chose à prendre ou à laisser, ils restent dans l'irrésolution et ne peuvent se décider à accomplir l'acte qu’ils estiment bon. Cet excès d'irrésolution vient, nous dit le philosophe, d’un trop grand désir de bien faire et d'une faiblesse de l’entendement, lequel n'ayant point de notions claires et distinctes en a seulement beaucoup de confuses. C’est pourquoi le remède contre cet excès «est de s’accoutumer à former des jugements certains et déterminés touchant les choses qui se présentent et à croire qu'on s’acquitte toujours de son devoir

lorsqu'on fait ce qu'on Juge être le meilleur encore que peut-

ôtre on juge très mal” ».

Ailleurs cette remarque très importante que la volonté ne suffit pas pour exciter ou supprimer les passions, mais qu'elle doit être aidée par « la représentation des choses qui ont coutume d’être jointes avec les passions que nous voulons avoir et qui sont contraires à celles que nous voulons rejeter ». Ainsi, pour lutter contre une phobre, ilne suflit pas de vouloir; « pour exciter en soi la hardiesse et ôter la peur, il ne suflit pas d'en avoir la volonté, mais il faut s'appliquer à considérer les raisons, les objets ou les exemples qui persuadent que le péril n'est pas grand, qu'il y a toujours plus de sûreté en la défense qu'en la fuite, qu'on aura de la gloire et de la joie d’avoir vaincu, au lieu qu'on ne peut attendre que du regret e tde la honte d'avoir fui et choses semblables * ».

À Malebranche on pourrait emprunter, en la transposant du domaine spirituel dans la psychothérapie, la manière

4. DEscarTEs, Les passions de l’âme, art. 110. Œuvres choisies, Garnier, éd. 2. DEscaRTES, loc. cit, art. 45.

d'aborder et de persuader les malades. Ceux qu'il a en vue sont les gens qui suivent aveuglément leurs passions ; pour les ramener au bien il conseille de ne pas les aborder de front mais par insinuation. |

« Si tu reconnais qu'on soit en humeur pour disputer, taistoi... interroge mais en disciple afin que l’amour-propre renouvelle et fortifie l'attention. Approuve ce qu’il y a de bon dans les réponses qu'on te rend, sans faire d’abord attention au reste. Découvre la vérité de manière qu'on s’imagine soimême la découvrir, fais en sorte qu'avec toi tout le monde ait de l'esprit. Attribue aux autres des pensées solides qu'ils n expriment qu'à demi et qu'ils n'ont peut-être pas. Afin que l’homme aime la vérité, il faut qu'elle lui appartienne et qu’elle le touche ; il faut qu'il la regarde comme une producion de son esprit... Tu devrais avoir étudié la science de l’homme. De toutes les sciences humaines c'est celle qui a de plus grands usages et pour la matière dont je t'instruis et pour plusieurs autres de conséquence. Mais si tu es humble, patient, persévérant, plein de charité et de compassion pour ces misérables malades tu obliendras presque toujours leur guérison. Pense que lu as affaire à un malade qui suit sa propre lumière et ses propres mouvements et que tu ne peux changer son cœur qu’en changeant la face que les choses ont prise dans son esprit, dans son imaginalion, dans ses sens: ce qui est infiniment plus difficile que tu ne penses”. » |

Paséal a consacré un long chapitre à l’Ar£f de persuader où il montre qu'on peut agir sur l'esprit par le raisonnement ou par le sentiment. Nous aurons occasion de lui faire quelques emprunts plus tard, aussi n'y insisterons-nous pas maintenant 4 | |

Avant d'aborder l'étude de la psychothérapie dans la médecine nous ajouterons, deux citations empruntées à deux hommes qui n'ont nullement fait œuvre de psychothérapie mais qui au courant de la plume ont exprimé des idées rentrant dans notre sujet: Kant et AL. Bain.

Kant dit: «Quand des idées noires viennent obséder mon

1. MALEBRANCHE, Méditations Suenennes, XVIII. Œuvres, t. Il, Charpentier, éd.

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