‹ Isolement et psychothérapieChapitre 27 sur 198 · LS · texte numérisé non relu

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De Beauchêne n’est guère plus explicite; en deux passages de quatre lignes il déclare que la médecine de l'esprit n’est point une chimère, qu'elle est surtout utile chez les femmes. Morérer les effets de l'imagination, la diriger constituent un travail « bien digne d'occuper l'esprit et le cœur du médecin! ». Comment faire pour atteindre un résultat si enviable ? C'est un secret que l’auteur ne donne point, et il a de bonnes raisons sans doute pour le garder.

Dans le traité de Pomme on trouve une indication intéressante à propos de l'observation d’une malade, grande hystérique. «Nous savons, dit-il,que l’indocilité deces malades est toujours relative à la timidité du médecin qui ne sait pas se faire obéir. En pareil cas nous Jugeons qu'il vaut mieux abandonner les rênes et les malades à leur malheureux sort que de se rendre responsable de mille complaisances criminelles qui font toujours soupçonner l'insuffisance de l'Art?. » Il faut ajouter que Pomme ne réclamait l'obéissance de ses malades que pour les soumettre à un régime aquatique intus et extra

… destiné à lutter contre le raccornissement des nerfs, cause de

la maladie. C'était, comme Gil Blas, un disciple de Sangrado.

Tissot vers la même époque étudie l'influence des passions de l’âme dans les maladies, 1l passe en revue la Joie, le désir, la colère, l'espérance, la tristesse, la crainte, etc., et cherche à déterminer les moyens de développer les unes, de combattre les autres. Très souvent, le plus souvent même, il a en vue les malades atteints d’affections chirurgicales, mais cependant son ouvrage contient des réflexions et des conseils intéressants. Étudiant le tempérament mélancolique, il décrit très bien ces gens qui sont «ingénieux à prévoir des maux imaginaires et à s’en effrayer, qui, s’il y a cent médecins dans

une ville, les consulteront tour à tour et ne retiendront de la

consultation de chacun que ce qui peut tendre à les inquiéter. Ce sont de ces cas, ajoute-t-il, que l'attention d'un officier de santé doit pénétrer et saisir car il y faut beaucoup de prudence

et d'adresse. En effet si le praticien partage l'illusion de son

malade, celui-ci est perdu ; s'il la démèle et sait se concilier

1. De BeAuUcHèNE, De l'influence des affections de l’âme dans les maladies nerveuses des femmes. Amsterd., 1783. | 2. Pomme, Traité des affections vaporeuses des deux sexes, 1169, p. 85, t. I.

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sa confiance la guérison est quelquefois l'ouvrage d'un instant! *» Le médecin doit pour ses malades devenir un véritable ami. | |

Citons encore ces quelques lignes sur le rôle moral que doit jouer le médecin: « il n'appartient qu'aux gens de l’art expérimentés, qu'à ceux qui ont une parfaite connaissance de l’homme moral de faire éclore à propos l'espérance dans un cœur accablé par le désespoir, de dissiper la tristesse par une heureuse diversion aux idées, ici flatter, là parler avec fermeté, ailleurs consoler, distraire, réjouir ; en un mot savoir diriger et appliquer utilement tous les secours moraux relatifs à l’état du malade *. » « Un officier de santé, homme de sens, d'esprit et de raison, qui sait manier le raisonnement à propos, entretenir, amuser, tromper même s'il le faut les malades, en se mettant toujours à leur portée parviendra à guérir plus sûrement, souvent même sans aucun remède de conséquence et seulement avec ceux auxquels il a fait prendre confiance, tandis qu’un autre, sans les mêmes ressources n’emploiera les remèdes les plus nombreux et les plus composés, que pour faire prendre la plus mauvaise tournure aux maladies compliquées par les effets des passions de l’âme”. » R

Cabanis a consacré un énorme travail à l'étude des rapports du physique et du moral chez l’homme et on s'étonne de n'y pas rencontrer à côté de tant d'observations intéressantes des déductions pratiques de psychothérapie.

La psychothérapie par la persuasion prit véritablement rang en médecine comme mode de traitement des aliénés.

À la fin du xvin° siècle, les médecins anglais avaientacquis la réputation de traiter les fous d’une façon incomparable. Pinel se plaint toutefois de ne trouver nulle part formulés les préceptes des Anglais, et dit qu'on ne peut s’en tenir aux maximes générales déjà connues des anciens comme Celse et Caelius Aurelianus, que ce « ne sont-pour ainsi dire que des vérités stériles‘ ». On sait qu'il sut féconder ces vérités sté-

1. Tissor, De l'influence des passions de l’âme dans les maladies et des moyens d'en corriger les mauvais effets. Bezancon, 3° année républicaine, p. 180.

2414: Da

Se; D-ET9.

4. Ph. PIineL, Recherches el observations sur le lrailement moral des aliéneés. 2° éd., Paris, 1809,

APERÇU HISTORIQUE SUR LA PSYCHOTHÉRAPIE ral

riles, en tirer une application pratique et instituer le traite-

ment moral de l’aliénation, en basant sur de nombreux exemples les conseils qu'il donne.

Dans cet ordre d'idées certains dépasseront le but, comme Leuret qui en 1840 publie l'exposé d’une méthode, qui consiste à raisonner systématiquement lous les aliénés, même ceux qui sont incapables de tout raisonnement.

Malgré ces exagéralions le traitement moral était solidement assis et en 1847, Lasègue lui a consacré une remarquable étude qui, bien que sortant du sujet qui nous occupe, mérite au moins une brève analyse, car la hauteur des vues qui y sont développées, en fait autre chose que le travail d’un spécialiste ‘

Considérant que « les moyens de traitement moral ne sont pas plus en nombre indéfini que les remèdes du Formulaire », Lasègue reconnaît que tous les moyens employés se rapportent essentiellement à deux méthodes, l’une à laquelle il donne « faute de mieux » le nom de méthode raisonnante, l’autre celui de méthode sentimentale. Par la méthode raisonnante, on

s'efforce par la discussion et la raison de chasser les opinions

erronées en leur opposant des idées justes et aussi, par une éducation prise de haut, de revivilier l’ensemble même de l’entendement. Par la méthode sentimentale, on s'adresse aux tendances, aux désirs qu'on cherche à provoquer et à diriger. Enfin une troisième méthode s'offre, qui cherche à supprimer l'individualité du malade, en remplaçant sa propre volonté par celle de son médecin. C’est déjà en germe avec cette dernière la théorie de la suggestion *.

Les auteurs, qui à ce moment s'occupent de ce que l’on appellera plus tard la psychothérapie, et de ses applications aux malades autres que les aliénés, n’ont pas à beaucoup près la même précision et une aussi pénétrante clairvoyance. Réveillé Parise, Troy, Pinel de Golleville, Descuret, publient sous des titres divers, des études consacrées aux passions de

1. LaskquE, Quelles sont les principales méthodes de traitement moral. Ann. PEUR 1847, p. 343.

. Voir aussi sur ce sujet GuisLaIx, Traité des phrénopalhies. — BALLET, Traité

de ee mentale, 1903, p. 1337. Thérapeutique psychique. Sous ce titre est

surtout étudiée l'influence de la suggestion.

l’âme, où ils affirment l'utilité d'une médecine morale, d’une thérapeutique psychique, sans en déterminer le mode et sans en poser les indications”.

Brachet, dans son Traité de l'hystérie, montre qu'il a entrevu le rôle capital que doit jouer le traitement moral et qu'il avait une notion très juste du peu d'importance qu'on doit accorder dans l'hystérie au trouble morbide envisagé isolément quand il dit: « Ce n'est donc plus à la crise seulement qu'il faut s'adresser, c'est à la maladie tout entière... Le traitement de l’hystérie sera done en grande partie moral et hygiénique... Comme dans l'hypocondrie la confiance des malades est indispensable, le médecin ne saurait mettre trop d'importance à la mériter et à la captiver”. » Malheureusement après avoir parlé en excellents termes des qualités que doit posséder le médecin pour savoir adapter sa pratique aux différents cas, il préconise toute une pharmacopée bizarre dont il recommande de faire alterner les différentes recettes. ;

Le livre que Feuchtersleben, professeur à la Faculté de Vienne, a vers la même époque, consacré à « l’Hyqiène de l’äme », à eu dans les pays de langue allemande un énorme succès et a été traduit en France sur la neuvième édition.

Cet ouvrage, remarquable à plus d’un titre, est l’œuvre d’un médécin doublé d’un philosophe moraliste qui cherche à faire profiter son lecteur de son expérience. Il est plutôt un vade mecum du triste et du timide, un recueil de pensées réconfortantes el pratiques qu’un traité à l'usage du médecin. Celuiei y peut puiser nombre d'idées utiles, y trouver des indications dont il pourra s'inspirer ; mais qu'il ne l’ouvre pas pour chercher une thérapeutique appropriée à tel ou tel cas déter-

miné. C'est un de ces livres dont il est bon de trouver la.

substance dans ses souvenirs, c’est celui d'un éducateur. Avec lui l'imagination devient le « climat de l'âme » et ce climat a sur le corps une influence décisive; la confiance peut guérir

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