‹ Isolement et psychothérapieChapitre 43 sur 198 · MaAnTo. loc. cit · texte numérisé non relu

MaAnTo. loc. cit

et le P' Dejerine leur affirme devant tous les médecins présents que leur guérison est au prix du sacrifice qu'il leur demande et elles finissent par se soumettre. Les jeunes filles mineures sont parfois rebelles à ces arguments, elles s’accrochent à leurs parents, refusent de rien entendre, mais alors ce sont ces derniers que l’on décide et s'ils ont une énergie suffisante, la jeune fille doit'obéir.

Quand l’admission est acceptée par la malade ou par ses parents, 1l faut profiter immédiatement de leurs bonnes dispositions et ne pas reculer l'entrée de la malade au lendemain. Très souvent elle demande au médecin l’autorisalion de retourner chez elle pour prendre des objets indispensables ou pour régler quelque affaire urgente; on à quelquefois regret d’avoir accordé cette autorisation. Revenue dans son milieu, les bonnes dispositions de la malade s’affaiblissent et elle trouve de nouvelles raisons pour différer son entrée à l’hôpital. Si elle est mineure, elle fait des scènes de désespoir chez ses parents et ceux-c1 qui ne sont plus soutenus par l'autorité du médecin finissent par se laisser fléchir. Il existe cepéndant des cas en présence desquels le médecin doit non seulement autoriser, mais conseiller à la malade de retourner prendre certaines dispositions dans le but d'obtenir une plus grande tranquillité d'esprit. |

Dès que les formalités administratives sont remplies, la malade est conduite à la salle Pinel, les parents lui font leurs adieux, ils sont prévenus qu'ils pourront venir prendre de ses nouvelles près de la surveillante de la salle deux fois par semaine, ou même plus souvent, mais qu'ils ne la verront pas. Ils savent encore qu'ils ne recevront pas de lettre et qu'ils ne devront pas en écrire.

Il est évident qu'en cas d'urgence, le chef de service ou son interne sont avisés aussitôt et qu'ils autorisent une visite des parents ou même une sortie de la malade.

Isolement dans la salle Pinel. — La salle Pinel où le P" Dejerine a installé un service d'isolement est situé au premier étage de l'infirmerie dans la partie de la Salpêtrière la plus éloignée de la rue, au milieu de cours et de Jardins. :

Cette salle est très grande, très élevée et fort bien éclairée par deux rangées de hautes fenêtres. Les lits au nombre de 24

sont placés sur deux rangs; contrairement à la disposition des autres salles d'hôpital, la tête des lits n'est pas adossée à un mur. Chaque lit est distant du mur d'environ 1,50, il est également assez écarté du lit voisin et il est possible d’en faire facilement le tour, ce qui facilite la surveillance.

Le modèle des lits est celui des anciens lits de fer à rideaux des hôpitaux de Paris (rectangle de fer supporté par quatre gros barreaux partant des extrémités du lit). Les rideaux étant fixés entourent complètement le lit et même la table de nuit si on le désire. Toutes les conditions d'aération, de lumière exigée par l'hygiène sont ainsi remplies. Ce système d'isolement a le grand avantage de n'exiger aucun aménagement spécial et de pouvoir se faire dans toute salle d'hôpital. Il est suffisant dans l'immense majorité des cas, mais la faible barrière des rideaux peut permettre à des malades indisciplinées de communiquer parfois entre elles et nous pensons que peut-être une installation de boxes en bois peu élevés, et fermés en avant par des rideaux serait supérieure à notre procédé. Ce système de boxes pourrait également être établi dans toute salle d'hôpital et à très peu de frais.

L'isolement dans une grande salle renfermant plusieurs lits séparés par des boxes serait difficilement accepté par les malades de la classe riche ou aisée, nous le croyons cependant préférable à celui de l'isolement dans des chambres distinctes. Avec le premier procédé d'isolement, les malades entendent toujours quelque peu ce qui se passe autour d'elles, et l'exemple de celles qui guérissent et partent guéris est un encouragement puissant pour celles qui arrivent. De plus les exercices de rééducation de la marche qui donnent toujours de bons résultats se font au milieu de la salle, le médecin commande ces exercices à la malade à haute voix, et il note les progrès obtenus. L'exemple d’une malade atteinte de paraplégie fonctionnelle qui arrive dans la salle, portée sur un brancard et qui marche seule au bout de quelques Jours, est une source de confiance et d'espérance pour les autres malades. Doit-on appeler suggestion cette action de l'exemple, cette confiance raisonnée, basée sur la vue et l'appréciation de résultats obtenus ? Nous ne le croyons pas et nous en donnons plus loin les raisons. se

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Il n'en est pas moins vrai que des chambres d'isolement

séparées sont absolument nécessaires au fonctionnement d'un service semblable. On est obligé de recevoir assez sou-

vent des malades très excitées et bruyantes ; les unes ont.

une toux nerveuse incessante, d’autres des crises de nerfs pendant la première journée de leur isolement, d’autres du hoquet continuel, des vomissements, etc. Ajoutons qu'il est parfois difficile dans l'examen rapide de la consultation, de faire la part de ce qui dans [es troubles présentés par une malade appartient à l'hystérie ou à une psychose, de ce qui chez une autre est du ressort de la neurasthénie ou dépend de la mélancolie. Il est de toute nécessité de posséder de petites chambres où l'on puisse mettre ces malades en observation, sous peine d'assister au milieu de-la nuit à une scène de délire ou à une tentative de suicide.

M. Mesureur, directeur de l'assistance publique, a compris cette nécessité lors de sa visite dans le service du P* Dejerine et des chambres capitonnées ont été tout récemment annexées à la salle d'isolement.

A l'étage situé au-dessus de la salle d'isolement se trouve une petite pièce munie d'une étroite fenêtre grillée. Ce cabinet, ou plutôt la crainte qu'il inspire, nous aide à maintenir

la discipline dans la grande salle; les parents nous confient P

assez souvent pour les traiter de contractures, d’anorexie, de crises, etc.…, des fillettes de mauvais caractère dont ils ne peuvent rien obtenir. Nous n'avons pas utilisé trois fois dans le courant d’une année, le « cabinet noir » pour ces malades, mais la menace de les y conduire nous à donné me fois de bons résultats. |

Importance d’une bonne surveillante. — Avoir un service d'isolement bien compris, cela semble beaucoup, mais c'est peu si l’on n'a pas une surveillante capable d’assurer son bon fonctionnement. Weir Mitchell” n'a pas lardé à le comprendre etil considère le choix de Ia garde-malade comme l’un des points les plus délicats du traitement. Playfair* partage entièrement sa manière de voir.

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