‹ Isolement et psychothérapieChapitre 44 sur 198 · PLayFaAIR, loc. cit · texte numérisé non relu

PLayFaAIR, loc. cit

Si une bonne surveillante est nécessaire pour la pratique de l'isolement pur et simple, elle est encore plus indispensable

s’il est possible, quand on joint comme nous Île faisons, la psybic l'isolement.

La surveillante d’un semblable service doit être une femme d'âge mûr, elle doit être supérieure ou au moins égale par son instruction et son éducation aux malades qu'elle aura à soigner. Elle doit dans sa personne, son maintien, sa physionomie unir une certaine froideur, une certaine sévérité à une bonté intelligente. Elle doit avoir assez d'empire sur elle-même pour éviter tout mouvement de colère et tout attendrissement CS Elle ne se liera d'amitié avec aucun malade, elle n'aura d’inimitié pour aucun, . elle saura se faire respecter et estimer de tous, elle aura assez d'autorité pour être crainte, assez de bonté pour être aimée. |

La surveillante sera la représentante du médecin, qui en toute circonstance lui marquera sa confiance devant les malades et devant les infirmières.

Le portrait que nous venons de donner n’est pas une fantaisie de notre imagination, c'est celui de la surveillante du P' Dejerine, M%° Neny, et peut-être sommes-nous restés au-dessous de la réalité en le tracant.

On comprend quelle sécurité une semblable surveillante donne au médecin et quel élément de succès elle apporte dans un service.

Sans doute une telle surveillante paraitra une exception. Nous avons cependant, lors de nos séjours multiples dans les hôpitaux, rencontré une majorité de surveillantes intelligentes et dévouées, et nous sommes persuadés que plusieurs seraient aptes à diriger un service d'isolement et de psychothérapie: il sufhrait de les former à ces fonctions.

En règle générale, c'est le chef de service qui forme sa surveillante, ses qualités dépendent surtout de la direction

qu'il sait lui donner et aussi de la confiance, de la considération qu'il lui témoigne.

Les qualités de la surveillante — nous ne éraignons pas d'y avoir insisté, après Weir-Mittchell, Playfair et tant d'autres — sont des conditions capitales pour le succès du traitement qui nous intéresse.

Règlement de la salle d'isolement. — Dès qu'elle est arrivée dans la salle d'isolement, la malade est conduite à son lit par la surveillante, et celle-ci la met au courant du règlement. La malade pendant la première semaine, au minimum, gardera complètement Le Hit.

Elle ne pourra parler qu'au chef de service, à l’interne et à

la surveillante. Les infirmières ne s'approcheront du lit de la malade que sur l’ordre de la surveillante et ne devront pas lui adresser la parole.

Les parents de la malade pourront avoir de ses nouvelles par l'intermédiaire de la surveillante qui transmettra brièvement à la malade, s'il y a lieu, des nouvelles de sa famille.

Sauf dans quelques cas, l’isolée sera alimentée exclusivement avec du lait pendant les premiers jours tout au moins. S'il est nécessaire, la surveillaute fera boire elle-même la malade. ec

Au début du traitement celle-ci ne lira ni journaux, ni romans, n1 livres d'aucune sorte. Après quelques jours, Île médecin autorisera certains livres. Les travaux d’aiguille, le

crochet, la tapisserie, seront permis le plus souvent au bout de deux ou trois jours. Parfois ces travaux seront ordonnés, méthodiquement surveillés, et deviendront un élément du traitement: nous insisterons d’ailleurs sur ces différents points en étudiant la rééducation.

Matin et soir, le chef de service ou son interne, font des séances de psychothérapie ou de rééducation, ils surveillent les fonctions des organes, inserivent les progrès de la malade.

Durée de He — JIlest difficile d'établir d’une façon absolue, quelle devra être la durée de l'isolement ; elle varie naturellement suivantle caractère des sujets, suivant Îles symptômes qu'ils présentent.

La moyenne de l'isolement complet varie de 1 à 4 semaines. Au bout de ce temps, suivant l'amélioration obtenue, on permet d'ouvrir les rideaux une heure par Jour, puis deux heures, etc... On autorise une courte visite de la mère ou du mari ; la malade peut se lever par la suite, quelques instants, puis descendre au jardin, écrire et recevoir des lettres ; en un mot elle est rendue progressivement à l'existence ordinaire.

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Cette progression est indispensable au maintien de la guérison, ce serait un non-sens que de faire quitter sans transition l'isolement pour la vie de famille.

Nous avons dit plus haut que le médecin ne pouvait exactement savoir à priori l'effet de l'isolement dans tel cas particulier ; partant de là, il agira sagement en ne fixant de durée

précise de traitement n1 à la famille, ni à la malade. Son auto-

rité se trouverait diminuée, si ses prévisions ne se réalisaient pas, ce qu® d’ailleurs est relativement assez rare.

Cependant nous croyons que la durée de l'isolement peut être déterminée dans des limites assez restreintes. Nous admettons que l'effet de l'isolement s’épuise lorsqu'il est trop prolongé, que la malade finit par s'habituer complètement à son nouveau milieu etque dès lors il n'y a que peu d'intérêt à continuer ce traitement.

Notre expérience personnelle nous conduit à penser qu'il est imprudent de cesser tout traitement avant 4 semaines d'isolement, et qu'il n'y à pas grand avantage à le continuer au delà de 3 ou 4 mois.

Ces règles n'ont rien d'absolu, nous indiquons seulement la durée moyenne, il est utile de la connaître, pour pouvoir répondre aux questions si naturelles des familles des malades.

Telle est dans ces grandes lignes la manière dontles malades sont isolées à la Salpêtrière, cette méthode, on le voit, est facilement réalisable dans tout hôpital.

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