‹ Isolement et psychothérapieChapitre 56 sur 198 · WEIR MiTOHELL, loc. cit · texte numérisé non relu

WEIR MiTOHELL, loc. cit

méthylène, les pilules dites fulminantes. C’est selon nous un très mauvais moyen, que de traiter ces malades par des procédés basés sur la supercherie, et nous croyons plus simple et surtout plus rationnel dans ces conditions, d'employer la suggestion toute pure, ou mieux la persuasion dont nous exposerons plus loin les effets.

Il est de règle, dans le service du P" Dejerine, de ne jamais donner de médicaments aux netrasthéniques, et les malades s’en passent beaucoup mieux qu'on ne pourrait le croire.

Des médecins très autorisés, croient utiles de donner aux neurasthéniques quelques médicaments, nous pouvons dire seulement que dans les cas relatés dans nos observations nous n'avons pas eu besoin d’y recourir.

D'après ce que nous avons constaté en plusieurs circonstances à la suite d’injections salines dans des affections différentes de celles qui nous occupent ici, nous ne nions pas que les injections de sérum puissent parfois rendre des services. Cette méthode * a pour le moins le mérite de s'adresser à l’état général du sujet; mais ne l'ayant pas employée chez les neurasthéniques,nous ne pouvons donner d'opinion personnelle sur ce point.

En dehors des médicaments proprement dits, de nombreux procédés ont été et sont encore utilisés dans les névroses. La critique que Brachet en faisait en 1847 a été refaite bien des fois depuis et n’a guère varié.

« Parlerons-nous de l’aimant auquel des auteurs estimables

et surtout le vulgaire ont prêté des vertus si efficaces ? C’est

un calmant, un faible calmant. Il peut donc servir quelquefois à dissiper le spasme et calmer la douleur et, plus souvent

encore, à tranquilliser l'imagination. Mais il ne possède aucune

autre vertu : la foi, la confiance y font beaucoup.

« Il en est de même du magnétisme et de l’électricité. Ces moyens dont la thérapeutique s'était promis de si grandes merveilles contre les affections nerveuses sont bien souvent déjà tombés en désuétude*. »

Brachet ne se montre pas, dans les phrases qui suivent ce passage, l'ennemi irréductible de ces méthodes, il pense qu'il

1. M. pe FLeurY, Les grands symptômes neurasthéniques. Paris, F. Alcan, 1902,

p. 142, 380, 384. | 2. BRACHET. Trailé de l’hystérie, édition Savy, 1847, p. 427

est toujours bon d’essayer..., mais il ne cache guère un doux scepticisme qui est bien moderne.

L'opinion de Briquet sur la métallothérapie, qui a eu tant

de vogue, date à peu près de la même époque, elle est restée

également toute d'actualité : « La facilité qu'ont les hystériques à être modifiées par tout ce qui frappe leurs sens ou leur imaginalion rend ces sortes d’études fort délicates et, il faut le dire, les expérimentations n'ont pas encore assez d’évidence pour pouvoir amener une conviction sur l’efficacité des ee

cations métalliques!.

Nous retiendrons a de toutes ces considérations sur les procédés de guérir, qu'un symptôme dans le cours de l’hystérie

ou de la neurasthénie ne doit pas être le but d’une thérapeu-

tique spéciale. Il est mauvais de s'adresser uniquement à un symptôme, car premièrement en le traitant mal on l’aggrave

et l'on fixe sur lui définitivement l'attention du sujet, deuxiè-

mement en le traitant bien on le fera peut-être disparaître, mais on aura négligé de soigner l’état mental, source de nouveaux symptômes qui naîtront par la suite et qu'il faudra soigner indéfiniment les uns après les autres.

À des maladies générales comme l’hystérie, comme la neu-

* rasthénie 1l faut un traitement général.

« Chacun connaît dit le P' Dubois (de Bernef? ce jeu de patience qui consiste à relirer un anneau d'un assemblage de fils métalliquesfigurant une croix ou quelque autre objet. Sou-

- vent on croit avoir trouvé la solution, on a réussi à faire

passer l'anneau à travers quelques Hudes mais subitement

on est arrêté. Pour réussir 1l faut faire suivre à l'anneau le

- chemin qu'on lui a fait prendre pour le faire entrer.

Il en est de même dans le traitement du nervosisme (sous ce terme général Dubois désigne la neurasthénie et l’hystérie) sous toutes ses formes. Souvent par les procédés habituels de la médecine on amène quelque amélioration ; il semble que l’on va arriver äu but, mais bientôt on est arrêté; on a supprimé certaines manifestations sans modifier le nervosisme lui-même. |

1. Briquer, Trailé de Phystér ie, édition Baillière, 1859, p. 691. 2. P. Dugois, Troubles gastro- intestinaux du nervosisme. Revue de médecine, juillet 1900. |

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Comme pour l'anneau il faut suivre dans le sens inverse la voie d’entrée ; or le nervosisme naît par la voie psychique, c'est dans l'influence psychique qu'il faut chercher la solution

du problème.

La psychothérapie a pour but de rendre au malade la maitrise de lui-même, de faire l'éducation rationnelle de sa volonté ou plutôt de sa raison...»

A des maladies générales comme l’hystérie, comme la neurasthénie, ou comme Île nervosisme, pour employer le terme de Dubois, il faut donc un traitement général et ce traitement c'est la psychothérapie que nous allons maintenant étudier et dont nous montrerons les applications et les effets.

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