‹ Isolement et psychothérapieChapitre 57 sur 198 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Impossibilité d'établir phySiologiquement une distinction entre l'esprit et le corps. Quels

sens on peut attacher aux termes « physique » et « moral ». — Domaine différent de la biologie et de la métaphysique : opinions de Liard, de J. Soury, de Grasset. Aclion de l'esprit sur le corps. — Action involontaire de l’esprit sur le corps. Action des

émotions sur les sécrétions sudorale, salivaire, urinaire, intestinale, gastrique, lacrymale. Action sur la quantité et la qualité de ces sécrétions. Action des phénomènes psychiques sur le cœur, sur les fibres musculaires, sur les voies biliaires, sur l’æsophage, le pylore, sur les mouvements de l'intestin. Expérience de Kronecker. Influence des émotions sur Putérus, sur le fœtus. Restrictions à apporter au sujet de l'influence des émotions.

Influences psychiques à l'origine des maladies et dans leur évolution. Actions différentes des mêmes émotions suivant les sujets. Action curative de certaines émotions violentes. Application rudimentaire de cette constatation. — Action d’arrêt, ou inhibitrice, des émotions. Extase, phénomènes du spiritisme.

Action de la volonté sur le corps. — Différentes opinions sur la volonté. Action de la volonté sur les muscles à fibres striées, sur les mouvements respiratoires, sur le cœur, sur l'estomac, sur l'intestin; sur les mouvements de la pupille, sur la sécrétion lacrymale, etc. Opinions de John Hunter, de Broussais, de Woodworth. Effets inhibiteurs de la volonté sur les réflexes. Stoïciens. Martyrs des différentes religions. Discussion de la division que nous avons adoptée.

Action de la volonté sur les phénomènes psychiques (phénomènes d’intelligence, de mémoire, de sentiment ; images). Réaction de la volonté sur elle-même. Volonté de vouloir.

. Action du corps sur l'esprit. — Union intime du cerveau et des autres parties du corps par

la circulation, par les nerfs. Tout phénomène se produisant dans un organe peut retentir

sur le cerveau et modifier les phénomènes psychiques. Rôle de la fatigue sur les actes psychiques. Rôle des auto-intoxications. — Action du corps sur l'esprit utilisée par

Ignace de Loyola. Opinion de Pascal. — Rôle des attitudes sur les sentiments évoqués

pendant l'hypnose. Explication de ces phénomènes suivant Richet. — Application ché-

rapeutique suivant Hartenberg. — Union intime du physique et du moral. Délimitation et définition de la psychothérapie.

Avant d'étudier ce que nous pouvons obtenir de la psychothérapie et comment nous pouvons l’obtenir, il est logique de mesurer quel est l'empire de l'esprit sur le corps et de rechercher aussi quelle est l'action du corps sur l'esprit.

Ces questions ont été abordées dans toutes les philosophies, dans toutes les religions, voilà pourquoi presque toutes con-. tiennent au moins secondairement une part de psychothérapie. Sur les rapports de l'esprit et du corps ont été basés des théories, des dogmes, dont nous n'avons pas à nous occuper dans cette étude.

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Remarquons cependant que les termes d’esprit et de COrps ne peuvent être employés par les physiologistes et les pathologistes avec le même sens que par les philosophes et les théologiens.

On peut en physiologie diviser les phénomènes en phénomènes cireulatoires, respiratoires, digestifs, psychiques, ete, et étudier les liens intimes qui les unissent; on peut en pathologie rechercher leurs modifications morbides, mais aucun procédé d’expérimentation ne nous mène à la conception de l'esprit et ne nous permet de distinguer un esprit et un Corps. | |

Les termes de «physique » et de « moral » ne sauraient donc ôtre employés légitimement dans ces sciences ; si l’on tient à les conserver pour la facilité du langage il ce comprendre sous la dénomination de « physique » l’ensemble des phénomènes pour lesquels le système nerveux supérieur ne paraît pas indispensable, et sous le nom de « moral » l'ensemble des phénomènes qui dépendent de ces centres supérieurs et qui s’'accompagnent en général de conscience.

Cette division est peut-être commode mais elle est inexacte et en réalité il n’y a pas là de délimitation biologique possible. En physiologie, en psycho-physiologie, en pathologie, il n'y à pas un esprit et un corps, il ny a qu’un organisme avec des fonctions multiples qui retentissent les unes sur les autres.

Nous n’entendons nullement par là nier les sciences qui s'occupent de l'esprit à d’autres points de vue ; bien au contraire nous admettons leur légitimité et nous regrettons que malgré les remarquables travaux de philosophes et d'hommes

de science, on continue toujours à proclamer des faillites de

sciences, de philosophies, de religions, comme si une science pouvait en condamner une autre alors que leurs domaines, leurs méthodes n’ont aucun rapport.

Et c’est pourquoi nous adoptons cette conclusion de L'atié qu'il tire de la discussion philosophique la plus serrée. « Les raisons invoquées au nom de la science positive contre la pos

4. LiaRD, La science positive el la métaphysique. Paris, F. Alcan, 1883, p. 207. (lire sur ce sujet le très beau chapitre qui termine le même ouvrage, p. 414-485) :

sibilité de la métaphysique ne méritent pas créance. » Une pensée analogue est exprimée par J. Soury' dans Oratoire et Laboratoire: «J'ai soutenu, dit-il, et je répète qu'entre la foi et la science bien comprise il n'existe point de conflit possible, c’est à la condition qu'il n’y ait point de rencontre. Leur domaine est distinct ; elles s’ignorent, elles ne répondent ni aux mêmes besoins ni aux mêmes questions...»

Grasset” qui cite les auteurs précédents et développe la même thèse de la façon la plus intéressante et la plus documentée, ajoute en terminant son beau livre sur Les limites de la biologie : « La conclusion c’est que toutes ces diverses sciences ne sont pas des chapitres divers d’une seule science, la biologie, qu'on ne peut pas les ramener les unes aux autres, qu'ellés sont indépendantes, peuvent se développer indéfiniment, chacune dans son domaine sans jamais se nuire mutuellement, se contrarier ou se contredire. »

Ces distinctions étant établies, et nous les considérons comme importantes, nous continuerons à employer dans ce livre les termes d'esprit et de corps, de physique et de moral, ces mots étant encore employés d’une façon constante dans tous les ouvrages de médecine.

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