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ACTION DE L'ESPRIT SUR LE CORPS

Le moral peut agir sur le physique d’une facon involontaire et d’une façon volontaire. C'est cette division que nous adopterons pour notre exposé, momentanément au moins, quitte à discuter ensuite ce qu’elle a de défectueux.

Action involontaire de l'esprit sur le corps. — Dans ce premier groupe prennent place tous les phénomènes psychiques qui produisent des modifications physiologiques que le sujet ne s’est pas proposé comme but. Ces phénomènes dépendant de réflexes plus ou moins compliqués sont souvent inconscients ou subconscients.

Les émotions sont la cause de la plupart de ces actions. Leur

4. Soury, Action française, 1°’ novembre 1901 (cité par Grasset). 2, GRASSET, Les limiles de la biologie. Paris, F. Alcan. 1903, p. 169.

influence à élé connue de tout temps par les médecins, elle joue un rôle qui n’a jamais élé contesté dans la genèse des maladies.

Ouvrons le premier traité de pathologie interne que nous avons sous la main, et parcourons l’étiologie des maladies, nous verrons qu'il en est bien peu pour l’explication desquelles une influence morale n'ait été invoquée comme cause indirecte ou même comme cause directe.

En faisant la part d’exagération et d'ignorance qui existe dans les chapitres d’étiologie des auteurs anciens, l'influence du moral admise depuis est encore considérable. On. trouvera

dans l’ouvrage de Féré” des exemples nombreux et des plus

intéressants de l’action des émotions sur le physique. Hack Tuke? en a réuni un nombre considérable dont la pure sont très saisissants.

Toutes les sécrétions peuvent subir dés modifications importantes sous l'influence d'émotions, de préoccupations. Des sueurs abondantes, même des sueurs de sang” ont été observées à la suite de frayeurs. — La crainte diminue la sécrélion salivaire, la bouche devient sèche. La colère s'accompagne de phénomènes vaso-moteurs constants et que tout le monde connaît bien. L'anxiélé, les préoccupations augmentent la sécrétion urinaire et la fréquence des mictions. La peur exagère les sécrétions intestinales et donne de la diarrhée, les exemples sur le champ de bataille ne peuvent se compter. Les modifications apportées dans la sécrétion du suc gastrique par les phénomènes psychiques ont une importance de premier ordre en médecine, Beaumont*a pu observer par suite d'émotions des modifications vaso-motrices de l’estomac d’un homme chez qui une plaie permettait de voir la muqueuse gastrique. Les expériences si bien conduites de Pawlow” ne laissent plus aucun doute sur ce point. Toutes les émotions fortes agissent sur la sécrétion lacrymale et non seulement les chagrins mais encore les joies vives.

. FÉRÉ, Pathologie des émotions. Paris, 1892, F. Alcan. p. 222 et suiv.

. Hack Tuke, Le corps el l’esprit, trad. Parant. Bailliere, 1886, p. 232, etc.

FÉRÉ. Pathologie des émotions cite plusieurs travaux sur ce sujet, p. 2%.

. BEAUMONT, cité par Hack Tuke, p. 232.

AE Le travail des glandes digestives, trad. Pachon et Sabrazès, Masson, > 1901.

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{l est universellement admis que les influences psychiques agissent fortement et fréquemmentsur les règles des femmes: on en trouvera des exemples dans nos observations. On cite beaucoup de faits d’arrètsur la sécrétion lactée sous les mêmes causes.

Non seulement les phénomènes psychiques modifient puissamment la quantité mais encore la qualité des sécrétions.

Les belles expériences de Pawlow’ sur le suc gastrique

d'origine psychique sont les preuves les plus démonstratives

que nous puissions donner. Il a observé non seulement que la vue ou l’odeur d'aliments occasionnaient de la sécrétion de l'estomac, mais encore que cette sécrétion variait en qualité avec les aliments présentés.

Les analyses d'urines émises sous l'influence de phénomènes psychiques, bien que plus discutées, ont conduit à des conclusions semblables ?.

Ces actions déterminent encore des phénomènes moteurs

aussi bien dans le domaine des muscles non soumis à la

volonté que dans ceux qui en dépendent. Il est inutile d'insis-

ter sur les effets des émotions, sur les battements du cœur, sur la production des palpitations ou des syncopes cardiaques.

Nous avons présenté avec notre maître le D' Launois à la Société Médicale des Hôpitaux”, un malade {ancien syphilitique) qui avait été atteint d'une rupture des valvules de l'aorte à la suite d’une violente émotion. Cet homme avait dans un aprèsmidi réalisé presque une fortune aux courses ; il place tout ce qu'il avait gagné sur un cheval, Le cheval tombe au moment d'atteindre le but et le joueur lui-même tombe sans connaissance, ressentant une violente douleur dans la région du cœur. En reprenant connaissance, il entendit à chaque pulsation de son cœur un bruit soufflant dans sa poitrine. Ce bruit n'existait pas auparavant, 1l était si fort que les personnes placées à une petite distance du malade (sa femme par exemple dans le silence de la nuit) l’entendaient distinctement. Ce souffle a persisté, 1l existe encore, il s'entend à distance, et l’auscültation nelaisse aucun doute sur son siège au niveau des valvules aortiques.

1. PawLow, Le travail des glandes digestives, trad. Pachon et Sabrazes, édit. Masson, 1901, p.114.

RMNOIr HACEUTURES p219, Voc. dif.

3. Bulletin de la Soc. Med. des Hop. Paris, 24 mai 1901, p. 528.

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‘In'y a pas de fibres musculaires lisses qui ne soient sujettes à recevoir l'influence des phénomènes psychiques.

La jaunisse déterminée par la peur existe certainement, (nous en publions un exemple très net dans nos observations), et l’on admet qu’elle est due au spasme des vaisseaux biliaires. Les spasmes de l’œsophage, du pharynx, d'origine émotionnelle, limpossibilité d’avaler brusquement sont des faits acquis. Nous rapportons un cas de contracture du pylore chez une femme très nerveuse.

Les mouvements de l'intestin sont vivement impressionnés par les influences psychiques.

Dubois" {de Berne) cite à ce sujet une expérience de Kronecker. Ce savant montrait à ses élèves la rapidité et la puissance des contractions intestinales en introduisant. dans ce conduit une boule qui était chassée plus ou moins vite par les contractions plus ou moins énergiques de l’organe. « Et Messieurs, dit Kronecker, ce qui agit surtout sur l'intestin du chien, ce sont les émotions morales tristes ou joyeuses : il suffit de menacer l'animal d'une punition pour voir arriver la boule d'argent à l’orifice, plus rapidement que sous l'influence des agents physiques. » |

Dans le même ordre d'idées Cannon” a vu par les rayons X des phénomènes d’arrèt des mouvements de l’estomac et de l'intestin sous l'influence de la peur. Ces constatations ne con-

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tredisent pas celles de Kronecker, une même cause pouvant

suivant son intensité et suivant les dispositions individuelles produire des effets différents.

L'utérus ne fait pas exceplion : plusieurs femmes nous ont raconté avoir eu des fausses couches qu’elles ne pouvaient attribuer qu'à une émotion morale ; un grand nombre de faits semblables ont été rapportés par des médecins. Les émotions paraîtraient suivant plusieurs auteurs agir non seulement sur l'utérus, mais encore sur le fœtus pendant la grossesse ; c’est une opinion courante et cela semble encore résulter de remarques faites par des médecins sur les enfants nés de mères enceintes pendant Le siège de Paris.

1. Dupois, Revue de médecine, juillet 1900, p. 578. 9. American Journal of Physiology, 1898, 1, 380; 1902, VI, 275, cité par Woodworth, dans Le Mouvement. Doin, 1903, p. 221.

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