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INFLUENCE DU CORPS SUR L'ESPRIT

« L'esprit, disait Descartes, dépend si fort du tempérament

à mL

et de la disposition des organes du corps, que, s’il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu'ils n’ont été jusques ici, je crois que c'est dans la médecine qu’om doit le chercher ‘. »

Pour parler un langage physiologique, il faudrait intituler ce chapitre : Imfluence sur les fonctions cérébrales des autres fonctions de l'organisme. Mais nous avons déjà insisté sur les liens du physique et du moral, et nous conserverons ces termes pour la facilité du langage.

Ce que nous savons des fonctions du cerveau et de leurs

localisations, nous permet de prévoir et de comprendre qu'une

foule de causes agiront sur cet organe directement ou indirectement.

Sa circulation Le relie intimement à tout l'organisme, et si les : nerfs le font présider au fonctionnement des appareils, ils lui rapportent également les impressions de tous les organes qui ainsi agissent à leur tour sur lui.

Un afflux trop considérable de sang à une partie du corps est accompagnée d’une diminution parallèle de l'apport sanguin, au moins momentanément, aux autres parties, y compris le cerveau. Inversement l’anémie d’un territoire est suivie d'une congestion dans un autre territoire. Le cerveau n'a pas une circulation à lui, fermée et distincte de celle du reste du corps, il doit éprouver forcément à un degré quelconque, le contre-coup de toutes les modifications cireulatoires, et nous savons quelle est l’importance des modifications circulatoires sur le fonctionnement d'un organe. Sans doute, les vaso-moteurs interviennent rapidement et tendent par des phénomènes compensateurs à équilibrer chaque modification circulatoire, pour le meilleur fonctionnement des organes; mais ces vaso-moteurs eux-mêmes, mis en jeu par des actions réflexes, apportent aussi des modifications fréquentes au fonctionnement cérébral par la vaso-dilatation et la vasoconstriction des artères de l’encéphale.

Grâce aux nerfs, grâce au système circulatoire qui unissent intimement les parties du corps, notre organisme forme un

1. Descartes, Discours de la méthode, VI° partie, cité par QueyraT, Les Caractères. Paris, F. Alcan, 1901.

tout, dont chaque partie retentit peu ou beaucoup sur les autres et le cerveau, organe de nos phénomènes psychiques, | ne fait pas exception à à la règle.

Et c’est ainsi que nos actes psychiques sont modifiés dans une certaine mesure par les différents phénomènes physiologiques, par la marche, par les efforts, par la digestion, par la fatigue ; chez les femmes par les règles, par la grossesse, ete.

C’est encore ainsi que dans l’état de maladie notre volonté, notre intelligence, notre mémoire, notre imagination, etc..., sont profondément altérées ; la puissance de vouloir, celle de comprendre et celle de se souvenir disparaissent tout d'abord pour laisser persister les représentations mentales qui sont exagérées et constituent le délire.

« J'ai fait deux fois l’ascension du mont Rosa, dit Mosso!, et une fois celle du mont Viso. Mes souvenirs sur la topographie des lieux et les incidents du voyage sont devenus pour moi de plus en plus confus à mesure qu'ils se rapportent à un lieu plus élevé de la montagne ; l'épuisement de l'énergie est en effet une très mauvaise condition physique pour la pensée et pour la mémoire.

« Les Alpinistes que j'ai consultés ont éprouvé les mêmes effets que moi-même. L'avocat Vaccarone, ascensionniste renommé, écrivain des plus distingués du cercle alpin-italien, est obligé de prendre des notes pendant ses ascensions, sans cela il ne se rappellerait plus rien. Maïs après quelques jours de repos, beaucoup d'incidents qu'il croyait avoir complètement oubliés lui reviennent peu à peu. |

L'incompatibilité qui existe entre le travail physique et le travail intellectuel, les limites que doivent respecter les exercices physiques pour rester utiles et non nuisibles à la vie cérébrale, doivent être sérieusement étudiées par ceux qui. s'occupent de l’éducation. Le professeur Gibelli me disait que lorsque la marche commence à le fatiguer dans une excursion botanique, il ne trouve plus le nom des plantes, même les plus communes. »

Nos organes peuvent, quand leur fonctionnement est dévié,

4. Mosso, La fatigue intellectuelle et physique, traduct. Lax@Lois. Paris, F. Alcan, 1903, p. 113.

fabriquer des substances qui deversées dans la circulation agissent sur le cerveau et troublent les phénomènes psychiques. On en observe des exemples très nets dans l’évolution du diabète, de la goutte et dans l’urémie dont les phénomènes auto-toxiques ont été si bien étudiés par le P' Bouchard. Et il est vraisemblable que ces auto-intoxications dont l’action sur les centres nerveux nous apparaît si évidente dans les cas extrêmes doivent présenter bien des degrés. L'urémique avant d'arriver au grand délire, par suite de l'insuffisance rénale, a suivi plusieurs étapes et il est probable que chez beaucoup de ces malades des troubles psychiques passagers

: observés antérieurement dépendaient déjà de la lésion rénale.

On pourrait répéter identiquement la même chose au sujet de l’insuffisance hépatique, qui avant d’être irrémédiable a passé souvent par bien des degrés.

Quelles sont, parmi toutes ces substances fabriquées physiologiquement et pathologiquement par ce laboratoire de l'organisme, celles qui excitent ou dépriment le cerveau, celles qui sont bonnes ou mauvaises pour son fonclionnement ? Nous entrevoyons déjà quelques-unes de ces actions et nos connaissances sont pour le moins assez avancées pour que nous. affirmions qu'elles existent.

Et cette union du cerveau et du reste du corps qui nous paraissait déjà si intime par la circulation et par les nerfs périphériques, nous semble maintenant d'une complexité extrême, quand on réfléchit que toutes les sécrétions internes normales et anormales des organes vont pouvoir, deversées dans le sang, agir sur nos actes psychiques.

L'action du physique sur le moral à été connue de tout temps ; on la trouve mentionnée dans Hippocrate et dans Gallien. Nous en avons tous observé des exemples sur nous-mêmes ; et en dehors de l'influence de la fatigue, de la digestion, des maladies dont nous venons de parler, on peut encore citer les

modifications imprimées à nos rêves par nos attitudes dans

le sommeil, les cauchemars qui sont évités ou provoqués par telle ou telle position, etc... | 3

A l’état de veille les attitudes du corps ont encore une action certaine sur le cours de nos idées, Cette action fut

appliquée dans un but pratique par Ignace de Loyola, qui conseille pour provoquer un sentiment de prendre à l'avance les attitudes du corps que doit déterminer ce sentimenl.

«On peut exciter un sentiment en commençant par se mettre dans l’état qui lui correspond, en prenant la physionomie et en faisant les gestes qui lui conviennent. Les sauvages s’excitent au combat par des danses violentes. Suivant Pascal le fait de prendre part au culte extérieur peut servir de préparation à une conversion réelle”. »

Beaucoup d'auteurs ont produit des phénomènes semblables pendant l'hypnose. Le visage de certaines hystériques hypnotisées prend les traits de la prière quand on leur joint les mains, ceux de la colère quand on leur ferme le poing, ceux de l’amour quand on leur ouvre les bras, etc... Nous avons assisté à des scènes semblables chez une vieille hystérique exercée à ces manœuvres de longue date... elle les réussissait fort bien, presque trop bien; aussi avons-nous des doutes sur la légitimité de ces derniers faits, en dehors de toute suggestion antérieure.

La physiologienous permetde comprendre l’action des mouvements sur les idées: « En effet, dit Ch. Richet”, tout n’est pas dit lorsqu'on a expliqué l'influence des nerfs et des centres nerveux sur le mouvement, car les muscles ont des nerfs sensitifs, centripètes, de sorte que chaque contraction musculaire provoque une excitation nerveuse qui remonte aux centres el peut produire soit un mouvement réflexe soit une sensation consciente (perception) ou inconsciente. »

Et plus loin en conclusion : «chaque mouvement soit volontaire, soit réflexe, soit communiqué, relentit sur les centres nerveux et modifie le cours de nos idées el de nos sentiments ».

Hartenberg * a appliqué ces idées et a publié les résultats intéressants qu'il a obtenus chez un neurasthénique en lui fai-

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