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avoir cherché la cause organique si elle existe, le médecin s’attachera à une recherche autrement délicate, celle de la cause morale qui manque rarement.
C'est pour cette enquête que la confiance de la malade est indispensable ; très souvent la cause est facile à avouer, c’est une frayeur, c'est un choc moral, un accès de colère, un chagrin, la perte d’un enfant ou d’un parent, des pertes d'argent, de mauvaises affaires; parfois elle est d’un autre ordre, il y a à
l’origine des accidents, un chagrin d'amour, une rupture, un
adultère, etc... Il importe absolument que le médecin le sache, car il variera sa méthode suivant la cause, en s'adressant à elle, si elle existe encore et à ses conséquences si elle n'existe plus.
Quelque peine qu'il lui en coûte, la malade éprouvera un soulagement à dire cette cause, elle se sentira ensuite plus entièrement dans la main du médecin, elle saura qu'il la connaît complètement et sa confiance en sera augmentée.
Un premier entretien ne suffit pas toujours pour arriver à la
vérité; si la malade évite de parler de la cause réelle, et donne
des détails superflus sur des faits qui n'ont pas d’intérèt, essayant de détourner les questions du médecin, il est alors inutile d’insister, c’est que la confiance n’est pas encore suf-
fisante. La malade avant de se livrer, veut savoir davantage à
qui elle a affaire et elle ne tardera pas à dire d'elle-même les jours suivants, un secret, qui d’ailleurs lui pèse.
Îl ne faut pas oublier que, souvent, la cause ne précède pas immédiatement l'apparition de la manifestation morbide. Charcot a bien insisté sur ce fait qu'entre le moment où se produit un choc, un traumatisme et celui où apparait une contracture, une paralysie, etc..., il s'écoule un certain temps qui peut être de quelques jours et qu’il appelle période de méditation‘. Plusieurs fois nous avons constaté chez nos
malades, l'existence de cette période de méditation, à la suite
d’un choc moral.
Dans certains cas, malgré une bonne volonté évidente, la malade ne peut dire la cause de son mal, elle l'ignore.
1. Cité par GILLES DE LA ToureTre, Traité de l'hystérie. Plon et Nourrit, 1895, DAT D. 571.
Camus ET PAGNIEZ. 13
PCR
Devrions-nous dans ces cas rechercher pendant l'hypnose la cause subconsciente que la malade n’a pu dire pendant la veille ? Ce procédé employé par Pierre Janet’, est intéressant au point de vue de l'analyse psychologique ; mais nous avons dit pourquoi nous nous refusions à employer l'hypnose.
Le procédé d’ailleurs n'est pas infaillible, il est parfois impossible de distinguer l’idée fixe primaire, des idées fixes secondaires. Êt puis en pratique, est-il indispensable de con-
naître et d’agir sur cette cause dont la malade n'a pas con-
science ? | |
Le point capital pour nous, c’est que le sujet ne cache pas consciemment au médecin une cause à laquelle il attribue ses troubles à tort ou à raison. |
Entretiens suivants. — Il sera ‘utile non seulement de connaître celte cause consciente mais encore de savoir quelle est la série de raisonnements, de déductions que la malade a échaffaudés sur elle, quelle part, quelles conséquences elle lui reconnaît dans la genèse et dans la persistance des accidents.
Le médecin montrera beaucoup de patience et de bienveillance en écoutant complètement l'exposé de toutes ces conceptions plus ou moins bizarres, dont la puérilité est parfois telle que la malade elle-mème sourit en les disant. Il retiendra les raisonnements auxquels la malade semble attacher le plus d'importance et un à un il les discutera. S'appuyant sur des faits connus du sujet, des :notions du domaine commun il lui démontrera l'invraisemblance de ses opinions.
Si l’état général de la malade est resté bon, le médecin lui fera
remarquer le contraste qui existe entre sa bonne mine et les.
troubles subjectifs exagérés dont elle se plaint. Il lui exposera que si son affection était aussi grave qu’elle le pense elle aurait déjà compromis sa santé d’une façon appréciable. Quant aux arguments inventés par les malades ils se réduisent à un petit nombre et sont presque toujours les mêmes,
souvent le médecin les étonnera en les réfutant avant qu'ils
les aient formulés.
Fréquemment les sujets se doutent de la faiblesse de leurs raisonnements et se laissent convaincre facilement ; il arrive
1.:P. Janer, Traitement psychologique de l’hystérie, in Traité de thérapeutique de ROBIN.
CR
Lys Ke) RAC PR DT ca AA LEAVE ES ENTRETIENS PSYCHOTHÉRAPIQUES 195
cependant qu'examinés antérieurement par des médecins avec lesquels 1ls ont causé, ou qu'ayant lu des livres de médecine, ils se soient fait des conceplions d'apparence scientifique. Il est toujours possible de reprendre ces opinions et de les combattre par les mêmes raisons médicales qui ont servi à les édifier. Les gens cultivés qui ont des prétentions en science médicale sont assez souvent plus ou moins rebelles aux arguments du médecin, mais 1l n’y a 1à en général pour lui qu'une question de patience.
Il est élémentaire en psychothérapie de ne pas prononcer les mots de « maladie imaginaire », les malades dont nous parlons souffrent en effet, réellement et parfois beaucoup; ce mot si souvent répété dans les familles les désolerait s’il était encore redit par le médecin, elles se persuaderaient qu’elles ne sont pas comprises carles douleurs dont elles parlent, elles les sentent et c'est pour elles la meilleure preuve de leur existence.
Tous les malades au contraire acceptent facilement l’influence du moral sur le physique dans les maladies et sont prêts à écouter et à croire le médecin sur ce sujet.
Dans les entretiens, le médecin conservera toujours la direction de la conversation, gardant l'autorité qui lui appartient et sachant au besoin couper court à des explications inuiles, ou arrêter une discussion trop longue.
Quand le sujet sera bien persuadé de l’inanité de ses idées sur sa maladie, il faudra reprendre les accidents à leur début, montrer la véritable eause et établir la genèse exacte
des troubles tels qu'ils se sont déroulés. De cette nouvelle
interprétation appuyée par des exemples, des comparaisons et par l’autorité du médecin, ce dernier lirera des déductions logiques sur le mode de traitement qui convient et sur la certi-
tude de la guérison. Il montrera qu'à une affection causée par
du surmenage et des préoccupations, il faut un traitement par l'isolement et le repos; il montrera qu’à une maladie déterminée par une cause morale, il faut un traitement moral, et la malade ne s’étonnera plus qu'on ne lui preserive aucun médicament. Elle saisira les raisons de ses troubles nerveux, elle comprendra les moyens de guérison et deviendra ellemême l’auxiliaire du médecin dans son traitement.
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Un simple entretien suffit parfois à éclairer des malades jusqu'à l'évidence, et la nature de leur mal leur apparaît avec une netteté qui les étonne. Nous pensons que bien des sujets seraient capables de réagir, de guérir par eux-mêmes, s'ils savaient la nature de leur mal, mais ils l’ignorent, ils se croient gravement atteints, et ils s’'abandonnent à leur maladie comme à une fatalité : 1l appartient au médecin de les éclairer.
Dans ces conversations nombreuses, le médecin tiendra compte du caractère du sujet, de son degré d'instruction, il n'oubliera pas ce précepte de Pascal que nous ne craignons pas de répéter de nouveau: «L'art de persuader a un rapport nécessaire à la manière dont les hommes consentent à ce qu'on leur propose et aux conditions des choses qu'on veut faire croire. »
Lasègue' divise les méthodes de traitement moral en méthode raisonnante et méthode sentimentale ; nous avons admis deux éléments dans la persuasion, l’un s'adresse au sens critique, l’autre est d'ordre émotif. Le psychothérapeute fera varier ces éléments suivant le caractère des malades, les uns accepteront mieux la méthode raisonnante, les autres la méthode sentimentale, mais aucune d’elles ne doit être employée à l'exclusion de l’autre. L'ironie peut parfois rendre de grands services, mais il est imprudent de l’employer au début d’un traitement et quand on ne connaît pas complètement Le caractère du malade.
Quand à l’origine des troubles morbides existe une cause affective, un chagrin d'amour, par exemple, le médecin devra éclairer la malade sur ce sentiment. Pour le combattre il y a avantage à l'analyser, à le discuter, à le comprendre clairement, bien qu'on ait prétendu que les sentiments ne se discutaient pas et un philosophe moderne peut écrire : « Une claire vision des causes du sentiment a pour effet de le clarifier et de l’épurer. L’effort pour comprendre le sentiment qui me domine peut donc faire aussi que je m'oppose à lui avec plus de liberté. Le sentiment a d'ordinaire je ne sais quoi d’indéterminé qui fait une partie de sa force et qui peut
1. LasÈcue, Études médicales, 1884, t. 1, p. 601. (Voir historique p. 71).
s’'évanouir devant la conscience elaire comme les fantômes devant la lumière du jour.
« Quand la connaissance claire peut atteindre assez de force pour faire découvrir le néant de mauvaises théories ce fait a un contre-coup sur le sentiment. »
La connaissance des caractères guidera le psychothérapeute dans sa méthode. Tissié* les divise en :
1° Automatiques : obéissance passive, discipline aveugle, obéissent au «je veux ».
2° Sensitifs : obéissent aux sentiments.
3° Actifs: On agit sur eux seulement par contradiction en leur disant « tu ne peux pas ».
Cette division est évidemment très schématique et-aucun des types ne se retrouve à l’état strictement isolé dans un caractère, mais chacun d'eux peut prédominer plus ou moins. De plus, commele dit Feuchtersleben”, il importe encore « de constater la corrélation de nos dispositions physiques et morales
avec les différentes heures du jour; il faut connaître celles
que développent les influences du matin, du midi, du soir ».
Nous ne pouvons donner des règles fixes de persuasion pour tous les cas qui se présentent. «Les règles s'effacent, dit Lasègue *, pour céder leur place à des conseils. Le traitement individuel devient le seul possible et alors il ne se prête à aucune théorie générale. »
De temps à autre, si le médecin est accompagné de collègues ou d’une surveillante, il s’adressera à eux en leur faisant au lit de la malade des démonstrations très simples sur la nature de l'affection, sur les processus de guérison. La malade comprendrä et acceptera ces raisonnements renforcés par l'approbation des personnes auxquelles s'adresse le médecin; cecin'est pas de la suggestion indirecte, ceci demande un contrôle des fonctions psychiques supérieures (de O suivant Grasset): c'est donc de la persuasion indirecte. A lhôpital cette persuasion indirecte estune arme des plus puissantes, dont l’emploi est facilité par la présence des élèves qui suivent la visite.