‹ Isolement et psychothérapieChapitre 99 sur 198 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

Pouvoir moteur des images dans la rééducation. Influence de

l'exemple. — Ne nous attardons pas à cette discussion du

mécanisme, contentons-nous de l'existence de l'influence motrice même indirecte des idées; c’est assez pour que nous nous servions de leur pouvoir dans la rééducation.

S'ensuit-il que, parce qu'une idée à tendance à provoquer un mouvement, elle le détermine fatalement d’une facon complète chaque fois qu'elle sera évoquée ? En aucune façon; il en serait ainsi si nos mouvements étaient purement automatiques, et répondaient toujours d'une facon identique sous l'excitation d’une représentation mentale.

Cet état se trouve à peu près réalisé dans l'hypnose, où les. sujets réalisent automatiquement en mouvements les représentations mentales délerminées par l’hypnotiseur. Il en est encore ainsi dans la vraie suggestion à l'état de veille qui, nous l’avons vu, agit comme dans l'hypnose, grâce à l’inhibition préalable des fonctions psychiques supérieures.

Mais chez l'individu normal qui conserve le droit de contrôle dévolu à ses fonctions psychiques supérieures, il y a possibilité d'accepter ou de refuser l'effet moteur de la représentation mentale. | | |

Sans doute l'image, si elle est assez puissante, donnera naissance à l'ébauche (inappréciable le plus souvent) du mouvement, maisle sujetnormal possède le pouvoir d'inhiber ce mouvement naissant, pouvoir que par notre définition n'a plus l'hypnotisé ou le sujet véritablement suggestionné.

De même qu'après délibération, l’individu normal peut arrêter l'effet d’une représentation mentale, de même il peut aussi . après délibération l'accepter et le renforcer. Il y a là une analogie avec ce que nous avons vu pour le sentiment: si la cause du sentiment échappe à notre contrôle, ses effets naissants lui sont soumis ; nous pouvons arrêter ou favoriser par des associalions son développement. |

Dans l'éducation comme dans la rééducation, les fonctions psychiques supérieures interviennent (parfois faiblement, parfois pour une part considérable) et l'éducation n'est pas de la suggestion. i

L'exemple joue un rôle des plus importants dans la rééducation. « La vue d’un mouvement fait par l’expérimentateur

donne au sujet en expérience la sensation que ce mouvement se fait chez lui bien que le membre reste immobile : et à ce moment où le mouvement est à l’état naissant, on peut constater que l'énergie dynamométrique du sujet a augmenté d’un tiers ou même de la moïlié, puis si on poursuit l’expérience, on voit bientôt le sujetexéeuter lui-même le mouvement qu'il voit faire”. »

Woodworth* s'exprime ainsi sur le même sujet: « L'idée du mouvement peut encore être suscitée en moi par la vue d’une autre personne faisantce mouvement. Si cette idée me faitsentir ses effets, j'imite le même mouvement. Nous voyons là, la base instinctive de l’imitation. Dans la vie civilisée, ces mouvements imilatifs sont réprimés en grande partie ; mais pour qu’on voie ces mouvements imilalifs apparaîlre pleinement, on n’a besoin que de se trouver en vue de mouvements qui excilent ou absorbent son attention. La vue d’une lutte ou d’une partie de foot-ball fait naître nos mouvement imitatifs. » Et plus loin il cite les travaux de Goldscheider”, Hansen et Lehmann*, Curtis”, qui ont mis en relief des mouvements semblables en les amplifiant et en les enregistrant.

L'exemple est le procédé le plus commode à employer dans la rééducation. Le médecin devra faire et refaire à plusieurs reprises le mouvement devant le malade jusqu’à ce qu'il soit compris clairement et que l’image en soit bien fixée.

Un autre moyen qui donne aussi de bons résultats consiste à saisir le membre malade et à lui faire accomplir passivement le mouvement que l’on désire faire exécuter activement. Ces mouvements passifs sont plusieurs fois répétés, avant que le malade fasse un effort pour les réaliser, 1l se borne avant tout à bien les regarder, à bien les saisir, et les mouvements actifs sont ensuite singulièrement plus faciles.

Qualités du mouvement. Ajustement initial et corrections postérieures. — Les modifications pathologiques des mouvements ne sont pas toutes identiques, ceux-ci peuvent être anor-

. FÉRÉ, cité par LEVILLAIN, Hygiène des gens nerveux. F. Alcan, 1903, p. 47. WoopworTH, loc. cit. p. 219-280.

. GOLSCHEIDER, Arch. für Anat. u. Physiol., 1889, Sup., Bd 211.

. HANSEN et LEHMANN, Wundls Philosoph. Studien, 1895, XI, 471.

. CurTiS, American Journal of Psychol., 1900, XI, 237.

ot CO RO

maux par manque de force, par manque de précision, par trop ou trop peu de rapidité.

Les qualités du mouvement ont été longuement étudiées en

psycho-physiologie. Si nous voulons placer rapidement l'index

sur un point situé à une petite distance de nous, notre mouvement s’il est très rapide manquera de précision. Pour le rendre plus exact nous devrons le faire moins vite etnous pouvons alors lui considérer deux phases: une première phase rapide qui porte notre main dans [a direction du but, c’est ce que Woodworth' appelle l'ajustement initial, et une deuxième phase plus lente pendant laquelle nous corrigeons ce qui était forcément inexact dans la première partie du mouvement, c’est la phase des corrections postérieures. Ainsi dans le mouvement très rapide, tout dépend de l'ajustement initial, car le temps manque pour les corrections secondaires, 1l sera par ce fait imprécis.

Cette règle n’est pas absolue, les mouvements rythmiques en cffet demandent à être accomplis avec une assez grande rapidité pour être réguliers”, mais ils ne nous intéressent pas iciet nous devons retenir seulement que pour obtenir des mouvements précis des malades, nqus devrons les faire exécuter lentement. En effet la phase des corrections POB LORIENT est celle qui pèche le plus chez eux.

Importance de la vue. — La vue Joue un rôle capital dans ces corrections, « Lorsque les yeux sont fermés il y a qu’une légère trace de corrections postérieures. Un mouvement fait. sans le secours des yeux dépend presque exclusivement de l'ajustement initial, et il est comparativement inexact. Les mouvements rapides, qui ne permettent de corrections en aucun cas, ont le même degré d’exactitude lorsque les veux sont fermés que lorsqu'ils sont ouverts *

NorTe.— Bien des influences psychiques agissent sur nos mouvements; cer-

taines sensations seraient dynamogéniques, d’autres seraient inhibitrices. FÉRÉ

a étudié très complètement ces actions dans son livre « Sensation et Mouvement ». Il a recherché les effets moteurs des sensations musicales, des sensations de froid et de chaud, des sensations de couleurs, etc... Ces résultats dynamogéniques sont fort curieux, mais ne nous intéressent qu’indirectement pour la rééducation du mouvement. Il semble difficile à l’heure actuelle d’en tirer dans ce but une application pratique.

Page 1