‹ Israël au MarocChapitre 6 sur 9 · LA SOCIÉTÉ CHEZ LES JUIFS MAROCAINS · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ CHEZ LES JUIFS MAROCAINS

Ainsi, d'après les auteurs, et les plus modérés, les plus réservées, ceux par exemple qui publient leurs observations dr \oyage dans le Tour dit ^fondCi comme M. Montel, « Tabjection » dans tj^uoi vécut Israël au Maroc aurait « eu pourré- ' sultat de déprimer la race et de développer en

(( elle tous les instincts et tous les vices des popu- « lations avilies ».

Et à l'idée des « Juifs marocains )>, dans l'esprit des Européens, est liée l'idée de vices crapuleux et d'instincts avilis.

Que l'on parle d'une société juive libérée, enrichie, bien élevée, cultivée, comme celle de Tanger, ayant gardé sa religion, mais évoluant vers les mœurs et les coutumes de la civilisation européenne, on persiste à ne voir cette société qu'à travers ce que je me permettrai de dire le prisme de son passé.

Les lois de l'atavisme régissent partout, je le sais, le développement des groupes humains. Partout la rigueur en est la même. Seulement il faut savoir aussi qu'elles sont très nombreuses, que la complexité en est infinie et que l'effet en varie suivant l'action de beaucoup d'autres lois. Et quand on discute ce propos il est toujours bon de relire une page célèbre que voici :

» On \oit certains animaux farouches, des « mâles et des femelles, répandus dans la cam- « pagne, noirs, livides, nus et tout brûlés du « soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et « remuent avec une opiniâtreté invincible. Ils « ont comme une voLx articulée, et quand ils

Des dames juives marocaines se disent espagnoles.

I « se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face

humaine, et en effet ils sont des hommes ;

' ils se retirent la nuit dans des tanières, où

(( ils vivent de pain noir, d'écorces et de race cines ».

Labruyère décrivait ainsi le paysan de France, au temps des seigneurs et du grand Roi. Celuilà aussi était servile ; même il était serf. Il rampait aussi devant le maître et quand les valets du maître lui donnaient du pied au derrière, après avoir culbuté il devait dire merci. Et quand d'aventure un homme du château distinguait sa femme ou sa fille c'était pour lui grand honneur. Bref, dans sa « tanière )) il était plus maltraité par son seigneur que le juif marocain dans le mellah par son caïd.

Pensez maintenant au rôle que les fils de l'animal décrit par Labruyère ont joué dans la société française et cela je crois vous obligera d'accepter, sans trop sourire, qu'il y ait une société juive à Tanger.

J'écris « sans trop sourire » car bien certaine- I ment, là comme partout d'ailleurs, qui voudra ; chercher matière à sourire, la trouvera très • facilement. Mes dessins le prouvent.

Surtout, qu'on ne m'en reproche point Thu-' mour, ni la sincérité. Les Juifs de V Alliance israclitc eux-mêmes ont parfois sur leurs core- )igior;naires marocains de la société ou du peuple

Les plus liôres vicuiient d'AIlcinugiic.

des appréciations beaucoup plus dures que tout ce que je pourrais dessiner ou écrire.

J'ai lu, dans le journal le Maroc français, d'un ancien élève de T alliance :

« Les Juifs qui, grâce à leur situation de « fortune s'abritent sous la protection d'une « puissance étrangère deviennent d'une arro- « gance fâcheuse et d'une morgue inconvenante...

« Les jeunes générations à Tanger et à Tétuan « jouissent d'une somme de civilisation qui de- « mande à se compléter... Malheureusement la « soif de l'or sévissant aussi, en général chez les « Juifs espagnols étouffe les spéculations de « l'esprit. Ayant toutefois acquis un léger vernis « de civilisation les populations Israélites de « Tanger et de Tétuan sont presque confondues « avec les colonies chrétiennes ».

Ce Juif de l'alliance est plutôt sévère et pour ses coreligionnaires et pour les colonies chrétiennes.

Il est vrai qu'à Tanger, aussi bien dans les colonies chrétiennes que dans la communauté juive (( les spéculations de l'esprit » sont moins en honneur que les autres. Et cela se comprend de reste, car elles ne permettraient pas de gagner beaucoup d'or, et, sans avoir une soif lionteuse du vil métal, à Tanger comme ailleurs, il en faut

tout de même un peu aux gens qui ont la prétention de vivre. Or les Juifs protégés et naturalisés, les Juifs qui se disent et que nous devons croire ( de la société », à Tanger, ont la prétention non seulement de vivre, mais de vivre le mieux possible. Incontestablement cette prétention agace les vieux Marocains désespérés de ne pouvoir plus, comme au bon temps passé, leur tirer les cheveux, leur cracher dans les yeux ni leur donner des coups de bâton. Ces excellents Marocains n'ont sans doute point tort de regretter l'heureux temps où pareils amusements sur le Juif ne coûtaient rien, et où, par-dessus le marché, quand la femme ou la fille du Juif étaient jolies ça ne coûtait pas plus cher pour se les offrir. Mais on conviendra que ledit Juif n'a peut-être pas tort non plus de préférer à ce temps-là, celui d'aujourd'hui, (jui hii permet, au moins à Tanger, de vivre aussi libre que les chrétiens de toutes nations, et d'y vivre à sa prétention.

Bien qu'ils n'aient pas les mêmes raisons que les Marocains d'être agacés ])ar cela, beaucoup de chrétiens n'en sont (ju'à demi contents.

Est-ce parce qu'au léger vernis de civilisation » qui permet de les confondre avec les colonies chrétiennes les Juifs, à force de travail,

Terrible opération !

voudraient ajouter un épais vernis de richesse et de luxe qui rendît impossible toute confusion ?

l\'ut-être !

En tout cas les Juifs de Tanger font tout ce

ISkAhL AL MAROC

Compression redoutable

qu'ils peuvent pour devenir riches. Et beaucoup tâchent à prouver qu'ils le sont devenus, en

affichant un luxe qui déplairait certainement à leurs anciens sages. « Ils ne devraient se fati- « guer que pour obtenir les choses nécessaires « à la vie et selon les besoins du moment. L'Ecri- « ture a dit : « Il est bon que le juste ait un peu. » Un peu ne leur suffit point et ils se fatiguent pour obtenir bien des choses qui ne sont point nécessaires à la vie. Il ne leur importe guère de mériter le nom de « Hacid » ou « ijackham », de modeste et de sage ; ils préfèrent celui de riche.

Leurs femmes surtout ! N'allez point leur dire que (( la bonne voie ne consiste pas seulement « à être modeste, il faut encore être humble. « C'est pourquoi il a été dit en parlant de Moïse, « qu'il était extrêmement humble. Aussi nos « sages nous ordonnent-ils : Sois très humble ». Vous seriez en effet aussi mal reçu que si vous alliez porter la parole de ]\Ioïse dans les salons juifs de Paris, de Vienne ou de Londres.

J'ai tort d'écrire « aussi mal » car à Tanger les Juives- ne sont pas orgueilleuses d'aussi longtemps (jue celles de Londres, Paris ou \'ienne. Elles auraient plus d'indulgence pour votre naïveté. Elles ne trouveraient la plaisanterie \'raiment trop forte que si vous leur citiez ces • autres paroles du Sage : « Les hommes justes

^ sont opprimés mais ils n'oppriment pas. Ils ( écoutent les injures sans riposter. Ils font tout ( avec amour. Ils sont contents des épreuves ». (ar les épreuves, en pays marocains vous savez ' e que c'était. Vous comprenez que des femmes tremblent en redoutant ce que cela peut être encore aujourd'hui. Le pillage de Casablanca n'est-il pas d'hier ! Et dans pareilles crises nulle famille juive n'est épargnée. Les femmes riches, les femmes de la société subissent le même sort (jue les femmes du peuple. Quand la sauvagerie du persécuteur frappe Israël, qui souffre le plus ? Incontestablement les femmes. Les hommes sont tués du coup ; les réser^-e-t-on pour les supplices, la mort néanmoins ne tarde pas à les délivrer. Lorsque le zèle des dragons de M. de Villars portait la bonne parole de Bossuet — de cet homme saint ! — dans les Cévennes, qui souffrait le plus ? Les femmes. C'est la même chose au Maroc où les cavaliers des tribus et les soldats du maghzen ont exactement la même âme que les dragons de Villars...

Donc il était naturel que l'eftbrt vers l'émancipation, \'ers la libération, fut imposé avec ténacité au Juif par sa femme. Et il est naturel aussi que dans les classes qui ont pu déjà réaliser

cette libération, la femme en ait l'orgueil, même excessif. Que cet orgueil nous fasse quelquefois sourire et que le dessinateur puisse trouver amusants, d'un caractère plaisant, les costumes à la dernière mode, les fanfreluches de cocottes, les chapeaux à panaches, les corsets droits, les bas de soie, les petits souliers des mamans, et les jupes trop courtes des fillettes, et que nous en plaisantions, cela ne doit pas nous faire oublier ce qu'il y eut de belle énergie, de patiente volonté et de grandeur d'âme chez la femme juive en ce long et douloureux effort qui, des ghettos où elle ne \oulait pas rester, l'a conduite enfin aux villas du ^larchan où elle voulait aller.

Oscar Lenz avait nettement vu ce désir et cette volonté chez les femmes juives du Maroc lors(|u'il en disait il y a quarante ans : \

« Elles regardent curieusement et amicale- « ment l'étranger du Nord avec l'éclair humide « de leurs grands yeux ; elles se content à l'oreille « que le Roumi vient d'un pays où les Juifs « n'ont pas coutume de marcher pieds nus et où, « au contraire, ils possèdent les plusbeaux palais, « les chevaux et les \oitures les plus chers... »

Oui, leur condition leur pesait. Elles en voulaient changer.

ISRAKL AT MAROC

...(Ju.ind on a riioniu-ur d'ctrc IV-pDiisc du c<>ii"i'.s|M)ndant dfs graïul** iourn.Mix de Paris on iloit savoir souffrir pour êtrr »i la iiUKlr:

Certains voyageurs comme Schikler en 1860 avaient beau trouver très bien et leurs maisons et leurs réunions et leurs costumes... car Schikler est un des très rares voyageurs qui aient vu le Juif marocain dans un agréable jour.

Il écrivait de sa maison :

« Une petite cour carrée, de grandes chambres, « de nombreux petits miroirs ornés de cuivre « doré, une école juive près de la maison, où « les enfants récitent leurs leçons en chantant (( en chœur, et une impression générale de pro- « prêté et de fraîcheur, sont les souvenirs que « j'en ai emportés ».

Et il disait d'une fête :

« C'est une réunion de dames juives dont la (( parure splendide fait ressortir la beauté. L'une « d'elles, coiffée d'un turban bleu et or porte une « veste bleue et or sur une longue jupe rouge ; « une autre est tout en rouge couvert d'or; une « autre en violet et fichu bleu foncé couvrant (( entièrement les cheveux.

« Leurs bijoux sont splcndides, surtout les " })(Mulants d'oreilles et les agrafes des cheveux. (( Autour {\v leurs tailles flexibles se nouent de « longues et brillantes ceintures. De temps à « autre, à force de prière, on obtient qu'une

des jeunes filles danse ; c'est un pas lent et

grave ; une main posée sur la hanche, forte- « ment agitée, puis les deux mains retournant

entre elles un mouchoir, elle tourne lentement

sur elle-même plusieurs fois, et la danse finit

par un salut.

" ... les dames retournent chez elles, suivies d'un esclave. »

Elles avaient des esclaves. Mais elles l'étaient aussi elles-mêmes.

N'accusez pas ce voyageur d'avoir été la chipe d'un mirage en se laissant séduire par la grâce, la beauté et la magnificence d'une réunion de dames juives du Maroc en leurs costumes traditionnels, et dans le cadre d'une demeure ayant conservé le charme du style, que les sémites ont trouvé pour rendre élégants les plus pauvres l(),i;is. J'ai aussi vu cela.. Même ce cpii fait mon

rayon peut-être cruel contre le mau\'ais goût des u émancipées » c'est (|ue je ne Kmh" pardonne point d'avoir abandonné les costumes de leurs aïeules, cpii étaient si beaux, l'architecture de leurs \ ieilles maisons, qui avait tant de grâce charmante, pour adopter la liideuse contrefa(;on de nos modes et l'horrible style — car il paraît (jue c'est un stvle * — de nos atïrcMises \-ill.m de h;uili»'nr'

Oans le monde petite visite sans cérémonie, on se « tire les cartes, i i

ISRAKL AU MAROC

Mais quoi î n'ont-elles point cru, par là, qu'elles entraient plus complètement dans cette civilisation qu'on leur reprochait de ne point accepter? Et puis, n'y avait-il pas le commerce, « notre commerce » à « faire marcher ?»

Que je profite de cela pour « liquider » en passant, d'un mot, une très grosse question.

Les peuples doivent évoluer dans leur civilisation, et non dans celle d'autrui. Le Juif marocain avait sa civilisation qui était le produit de sa race et du milieu dans quoi tournait son destin. Il devait l'améliorer politiquement, devenir libre, mais en y restant et non point en essayant d'en sortir. En développant son caractère il pouvait acquérir une belle personnalité. En tâchant à endosser une défroque européenne il offre l'aspect d'une caricature... Mais il n'a pas compris cela, ses éducateurs ne l'ont pas compris davantage. Alors... vraiment nous aurions mauvaise grâce à quereller ses femmes...

Cependant... tout de ménre... si elles voulaient comprendre à quel point nos chapeaux empanachés, enrubanés, fleuris, sont horribles à Tanger dans cette belle et vive lumière d'Afrique, alors (lue les foulards de belle soie, aux riches couleurs, aux plis de souple harmonie, ont tant de grâce

Ist combien l'hominu de goût les voyant fagotées, sanglées, enserrées, étranglées dans leurs robes à corsets, regrette les casaques d'antan, où, sur les velours, brillaient les broderies d'or, et les larges tuniques et les voiles cjui donnaient à l'ampleur (les matrones si imposante majesté, et à la sveltesse des vierges tant de souplesse onduleuse et charmante.

Mais tout cela n'est que vains regrets, futilités et colifichets... c'est affaire à mes dessins, qui, dans la suite illustrant ce chapitre, caractérisent ce léger travers de la société juive de Tanger ippliquée à devenir tout à fait européenne.

Autrefois la dame juive était u espagnole » et le justifiait par la mantille. Maintenant l'Allemande est venue ; et c'est la femme du monde ; la grâce est plus hautaine, mais toujours en lourdeur. Kn voyant, sanglées comme des cuirassiers blancs, toutes les nouvelles venues, les inciennes ont imité.

Aussi (jue de drames ! Le génie de la femme ]u\ve s'applicpiant à xouloir (pie le contenant soit plus petit que le contenu. Pour la poitrine, passe encore... en bourrant bien, et en souffrant un peu, on v arrive tout de même. Mais pour les pieds ! Quand ils sont vastes et que la mode im-

pose l'escarpin pointu, c'est aussi des drames et des larmes. (< Il faut savoir souffrir ma chère pour être belle. »

Et l'on tient à être belle, et pour l'étranger, et pour les amis. On voisine. Il le faut pour montrer ses toilettes. On « va en soirée ». N'est-on point de la société ? Et la société n'exige-t-elle pas « des soirées » des « matinées » où l'on joue du Wagner au piano ? Dans la bonne maison, dans le salon qui donne le ton, pour conserver la suprématie mondaine on chante même. Et l'on chante la musique ultra-moderne. Aussi les vieux, les aïeux qu'on voudrait bien ne point voir là, mais que l'on est obligé de subir, car ils sont tout de même les chefs de la famille... et de l'argent, s'ennuient-ils religieusement. Ils regrettent les réunions vraiment juives, celles où les belles filles dansaient, où les femmes ne jacassaient pas tant, où le piano était inconnu, mais où les musiciens de la race, avec la mandore, le rebec et les très antiques instruments de si harmonieuse douceur, accompagnaient ou bien les tendres chansons d'amour ou bien les vifs couplets d'humour, ces délicieux « pismonin » si gais si joyeux, si amusants.:. Qui blâmerait ces bons vieux de s'endormir bu bien pour demeurer

un

éveillés, de se gratter les pieds, quand la jeune dame qui étouffe en son corset glousse du Puccini avec le jeune Monsieur qui n'a pas encore digéré l'eau bue à Vichy la saison passée.

Heureusement, pour ces vieux, demeurent encore une ou deux maisons qui n'ont pas tout abandonné du passé. Les jeunes y ont bien pris le costume moderne ; mais ils conservèrent la harpe de David, et les u gisbars » y peuvent rêver à la grandeur d'Israël en y chantant leurs psaumes.

De la sorte ils peuvent oublier les tristes spectacles de la promenade sur la plage, ou le ridicule des chevauchées au cap Spartel, où les amazones et les chevaliers sur les ânes du soko ne rappellent que de très loin la tière allure de leurs aïeux de Grenade.

Mais tout cela, je le répète, c'est enfantillage et simples sujets à dessins d'humour.

De cette société juive qui à Tanger nous fait encore sourire — car déjà l'on n'aurait plus le droit d'en rire sans injustice — on peut raisonnablement penser ce que j'ai lu dans le Maroc français :

« On est autorisé à nourrir l'espoir d'un bril- « lant avenir pour les futures générations juives

ISRAKL Al MAROC 103

' de ces milieux où les mœurs sont absolument

' différentes de leurs autres congénères du Maroc.

« Le commerce s'y pratique avec un plus grand

(( souci de l'honneur. Les règles de la bienséance « n'y sont pas mal observées.

<' Le mari est lié pour la vie à sa femme cpii,

' fière de caractère, sait s'en faire respecter, tout

en lui apportant son estime et son dévouement.

On y possède le sentiment de la propreté et les

'< notions de l'hygiène, même parmi les familles

'( pauvres. »

Cela n'a rien d'étonnant. Je l'ai dit plus haut. Toujours la notion de l'hygiène exista chez Israël. Ce n'est peut-être pas lui qui l'inventa. Mais il est un des premiers qui la formula. N'estelle pas dans sa loi religieuse ? Et n'eut-il pas des hygiénistes comme Maïmonide, dont les prescriptions prévoient et règlent tout ce qu'il v a d'essentiel dans la vie, allant jusqu'aux plus intimes détails et n'oubliant jamais que la santé

le l'homme dépend absolument de la régularité (le sa vie matérielle, laquelle est une vie animale,

lans l'ordonnance de (juoi les sentiments délicats du pur idéalisme n'ont rien à voir.

Maïmonide réglant les rapports sexuels on se récrie, et l'on se bouche le nez quand on lit se<5

OQ

Jiii^^

Page 1