SI
préceptes sur la liberté du ventre. Cependant ? La bonne éducation ne permet point qu'on parle de ces choses du ventre et de tout ce qui suit la digestion. C'est vrai.
Aussi, maintenant qu'on est parfaitement élevé et qu'on se croit des anges, la fâcheuse appendicite et les autres non moins fâcheuses maladies de ventre, font dans la bonne société plus de victimes que la barbarie des Marocains n'en fit dans les mellahs.
C'était un grand hygiéniste que Maïmonide. Il disait :
« L'homme doit épancher de l'eau ou aller « du corps toutes les fois qu'il en sent le besoin )\
La femme aussi... naturellement. Et voici que la bienséance européenne apprend le contraire aux malheureuses de Tanger ! Evidemment, suivre le précepte du grand rabbin d'Egypte cela peut quelquefois n'être pas très mondain. Lorsque dans les scènes de caserne, contées par Courteline, un pauvre cavalier manifeste qu'il a besoin d'obéir à la loi naturelle cela fait rire. Et dans la société l'idée même de cela fait rougir.
Cependant, Maïmonide l'a dit :
<( Celui qui est toujours au repos, qui n'est pas
occupé et qui n'accomplit pas ses excrétions
au moment \'oulu, dont le ventre est resserré,
(juand même il mangerait des choses saines et
se conduirait selon les règles de l'hygiène, celui-
. tt là sera toujours souffrant et faible ».
; Malgré que toutes les villas et les maisons
uves de Tanger aient, à l'anglaise, le confort
spécial nécessaire, il semblerait que la jeune
ciété juive devienne un peu « souffrante et
• faible ».
Qu'elle relise Maïmonide. Et qu'elle en suive la loi comme ses aïeux la suivaient religieuse- I ment dans les mellahs. Car ils la suivaient. Voici même une des conséquences curieuses de cette hygiène du ventre qui permit à la race de ne point mourir. Les Marocains défendant aux Juifs de sortir des mellahs... ce que les malheureux ne pouvaient garder en leurs maisons, les rues devinrent un peu sales. Tous les voyageurs en témoignent avec d'amusantes phrases de délicatesse froissée. Parce que les rues des mellahs sentent mauvais, au lieu d'en chercher la cause, doctoralement ils en ont déclaré le Juif un être abject. Sentant mauvais... Hncore faudrait-il s'entendre. FA (juand il s'agit de ces choses, toujours le souvenir me revient du bon paysan
qui, chez une élégante violemment parfumée, disait : « ..Et vous dépensez beaucoup d'argent pour arriver à puer comme ça ! » Et comme je suis un peu pavsan, je me demande moi aussH ce qui sent le moms mauvais, ou le boudoir par-* fumé d'une juive élégante, ou la rue encrottée du Juif pauvre.
Evidemment, on m'accusera d'être paradoxal, tant paraîtra bouffonne cette assertion de barbare qu'il soit possible d'hésiter pour qualifier la bonne ou la mauvaise, entre deux odeurs à tel point dissemblables. Et la dame juive élégante, qui d'aventure lira ces lignes, de bonne foi se demandera si je me moque des gens... ou bien si, dans mes voyages, quelque fort coup de soleil ne m'aurait point frappé. Sans vouloir discuter sar le propos des odeurs — ce qui pourrait être un peu long — je dirai simplement que. toutes les fois qu'on publie une vérité pas encore trop galvaudée, on est accusé de faire du paradoxe. Toujours ce fut. Et ce sera, je crois, je crois, toujours. Donc le reproche est léger à qui l'encourt.
... Et revenons aux salons de la société juive do Tanger. Ces dames du monde diplomatique et celles de la chrétienté d'affaires, qui promènent
ms les balayeuses de leurs jupes l'orgueil de 1 rlégance européenne, dûment brevetée d'origine, murmurent gentiment que lesdits salons ne sont que des chambres de ghettos enfin meublées.
En elïc't, il y a de çà. La dame juive qui a de 1 argent veut des meubles, et se les offre. Ils sont laids, c'est entendu.
Mais le peu qu'en a la dame chrétienne est du même modèle, en moins riche. Les oiseaux de passage de la diplomatie perchent ; ils ne nichent pas ; ils ne demeurent point. C'est toujours, ironie des mots dans notre langue, chez eux le mobilier de fortune.
Quant aux rapaces qui essaient de crocher dans les affaires, et de s'y maintenir du bec et des serres, comme en fin de compte, leur ambition n'est point de mourir là, mais de s'en envoler aussitôt le gésier plein, en vue du départ toujours -péré prochain, kur nid, si moelleusement garni de tapis qu'il soit, ne possède pas le mobilier '^ossu, massif et coûteux qui fait l'orgueil des maîtresses de maison d'Israël.
Aussi entre ces trois genres de « société » l'accord n'existe que très imparfait. Les <( sp)éeulations intellectuelles » nous a-t-on dit sont peu goûtées par la société juive; Bavarder et
médire de ceux qui bavardent et médisent peut, en effet, remplacer la lecture et la discussion des bons ou mauvais romans que Paris leur enverrait.
Car, je ne sais point si vous l'avez remarqué, à l'étranger, dans la société, les manifestations de la haute culture littéraire ou de l'intellectualité supérieure consistent presque uniquement à s'extasier sur quelques vétérans du théâtre ou du livre, dont les succès datent de l'empire.
Quelques salons juifs ont pris ce travers. Une villégiature à Vichy (car, n'est-ce pas, on a beau être indigène, il faut tout de même avoir la petite maladie bien portée par les Européens et s'en aller aux eaux) puis un séjour à Paris, et voilà des jeunes femmes juives, qui, à l'mstar du beau monde entrevu, prendront la bouche en cul de poule et rouleront des yeux de carpe agonisante pour vous parler du génie de Sarah Bernhardt, de l'esprit d'Arthur Meyer et de la poésie de M. François Coppée. Elles lisent le Gaulois et sont fidèles abonnées de Focmin.i. Du premier, je ne dirai certes point de mal,'car lorsqu'une mondaine de Tanger y apprend que l'aristocratique boisson des five-o-clok c'est du Mariani, et vous en offre, cela est tout de même plus agréable qu'une tasse d'eau chaude brunie au thé. '
Mais de l'autre... hélas ! Que de ravages dans les âmes naïves et simples ! Et quelles monstruosités sans goût produisent les conseils d'élégance publiés par des courtiers de publicité ! Tn vieux Juif un de ces bons vieillards cjui tiennent aux anciennes coutumes du solide, et pratiquent le conseil du patriarche : « Vends ce qui s'use, achète ce qui dure )\ me disait un jour, en me montrant l'illustre journal de l'élégance où d'odieux dessins réclamaient d'extraordinaires dessous féminins : « Alors vos femmes s'habillent comme ça ! » — « Mais non, bon vieillard, lui ai-je répondu, cela n'est frous-frous que de cocottes... Nos femmes sont des bourgeoises, d'économes bourgeoises. Dis aux vôtres d'en être aussi. Cela vaudra mieux pour elles... et pour vous n
CHAPITRK VI
LE PKUPLIC
Il a conserve' branroiip du ])ittoresqiic abanlonné, renié par la société. Logis, vêtements et coutumes ont gardé couleurs de l'ancien temps, môme à Tanger. Car pour se moderniser complètement il faut à une famille juive (luelque irgent. VA malgré la légende, malgré qu'on les 'Use unixersellement voleurs, beaucoup de Juifs
marocains n'ont presque point d'argent. La majorité même, ainsi que je l'indiquais dans un autre chapitre, n'en a pas du tout. Beaucoup n'ont jamais eu en leur possession deux douros à la fois. Or, pour acheter, pour louer une villa du marchan (je parle de Tanger) ou un appartement dans les quartiers neufs, l'appartement européen confortable, ou même pour habiter une belle maison mauresque dans la vieille cité arabe, il faut de l'argent, beaucoup d'argent. Il est vrai que dès qu'il en a, même très strictement, les moyens, le Juif marocain s'empresse d'acquérir le beau logis. Il économisera, il rognera sur tout le reste, il se privera du superflu et même des choses nécessaires, il ne boira plus, il mangera mal pour se bien loger. Le phénomène, d'ailleurs n'est point particulier au Maroc ; en Algérie, à Tunis les nouveaux immeubles, de luxe ou de confort moderne, sont très recherchés par le Juif qui, peu à peu, les accapare. Ne voit-on pas également à Paris certaines rues neuves, celles qui ne sont pas trop éloignées du centre des affaires, habitées en majeure partie par les Juifs ? Au Maroc l'appartement où la salle à manger parodie le Henri II, où le salon singe le Louis XV et les chambres à coucher l'Empire, avec des
ISRAKL AU MAROC 115
meubles de ce bon toc du faubourg Saint-Antoine aggravé par les exagérations de Marseille ou de Cadix, lorsque ce n'est point d'Oran, cet appartement qui rend malade un liomme de gont, paraît aux Juifs néo-civilisés la preuve nécessaire de leur dignité nouvelle. Kn vain on leur dirait qu'ils avaient un style de logis admirablement adapté aux conditions du pays ; que pour décorer et meubler ces logis de style juif ils a\'aient de merveilleux artistes juifs ; ils croiraient qu'on se moque d'eux. Et cela nous devons le leur pardonner car l'art juif marocain, pas un des écrivains qui ont voyagé au Maroc, même de Amicis, même Loti, n'a daigné ou su le voir. Et ceux qui, par hasard ont noté qu'ils avaient remarqué des artistes juifs, eh bien ! ce fut pour s'en moquer. Les malheureux n'avaient rien compris de cet art. Brutalement ils le condamnèrent, en bloc. Ici brutalement signifie que c'est des brutes (jui condamnaient. Alors ces pauvres luifs à qui tant d'illustres Européens disaient : Vous n'êtes que des sauvages dans la construc- Lion, la décoration et l'aménagement de vos maisons », nous ne pouvons pas leur faire un I crime d'avoir pensé cpie pour ne plus être des sauvages la civilisation leur imposait de man-
ger dans du faux Henri II, de flirter dans du faux Louis XV et de coucher dans du faux Empire, d'avoir cru que tout ce qu'il y avait d'élégant, de charmant et de brillant dans leurs modes nationales devait être renié par eux. On ne peut que le regretter, car à moins de faire le difficile voyage de Marakech ou de Fez, le touriste qui d'ordinaire visite seulement les grandes villes de la côte, n'a plus l'occasion de voir une belle maison juive, capable de lui donner une idée de ce qu'était jadis l'art juif à Grenade. A Tanger les Juifs qui sont encore attachés à leurs traditions ne le sont que parce qu'ils n'ont point d'argent pour s'en détacher. Alors on comprend que si leurs mœurs encore sont pittoresques, leurs maisons, leurs mobiliers, leurs vêtements le soient moins et n'offrent que fort peu d'intérêt pour les curieux de leurs arts nationaux.
Un des traits des mœurs populaires du
Juif marocain, dont l'étranger, presque toujours, se montre étonné, c'est l'accueil facile. La maison juive est pour ainsi dire ouverte à qui veut entrer. On n'y entre cependant point comme dans Un moulin ; surtout s'il s'agit de l'habitation des gens riches, même à Marakech, même i Fez» Et le touriste, le voyageur qui prendrait
au j)icd dv la lettre les axiomes comnie celui-ci, qui est de M. Picard : " On (Mitre chez le Juif. On n'entre pas chez le Maure », s'exposerait à quekjues mésaventures,
Beaucoup de portes juives se fermeraient à leur nez, peut-être plus méchamment que celkdu Maure. Je sais quelques touristes notoires à qui la chose arriva. Quelquefois il en cuit aux gens de croire aveuglément les « blagues » écrittpar certains voyageurs. Tel par exemple ct capitaine européen engagé comme instructeur au Maroc, et qui, séjournant à Tanger, avait u: peu trop cru ce que les livres lui avaient affim. sur la servilité et la lâcheté du Juif. Un beau dimanche en sortant de la messe, il reçut, devantl toute la colonie chrétienne bien pensante, une] magnifique volée dont un « petit Juif « le gratifi? généreusement, sans en exiger remboursement.
^ On entre chez les Juifs, on n* entre pas ches le Maure ! » Dans son livre M. Picard ajoute à| cette phrase quelques commentaires désobli-| géants pour Israël. Si j'y insiste, c'est parce qm j'ai noté ce travers chez tous ceux qui parlen ou écrivent du Maroc. Je n'en veux point sou ligner la grossièreté, mais l'inconséquence. Onl dit cela pour abaisser Israël et pour exalter k Maure. Qu'on réfléchisse donc. Voilà des geni qui sont polis. Voilà des gens qui croient voui| faire, sinon beaucoup d'honneur, au moins plaisir, en vous ouvrant leur maison. Ils vous y n
çoivent du mieux (ju'iLs peuvent. ILs s'empressent, voyant votre curiosité de leurs mœurs, à la satisfaire. Ils vous montrent ce qu'ils jugent digne de cette curiosité. Si vous avez soif ils j vous offrent ce qu'ils ont de meilleur. Kt ils veulent toujours que vous ayez soif. Bref, tout ce qu'ils peuvent décemment pour vous faire plaisir ils le font. Même quand votre indiscrétion va trop loin, ce qui a lieu souvent, ils font semblant de ne pas comprendre pour n'avoir point à se fâcher, alors que le Maure, si vous faites mine de vous arrêter devant sa maison, insolemment vous ferme sa porte au nez, après vous avoir traité de chien et quelquefois craché au visage.
Et pour cela vous méprisez le Juif. Et pour cela vous admirez le Maure. Soyez donc logique. Ce que vous reprochez au Juif, d'être servile, mais vous devriez également vous le reprocher à vous-même, puisque vous admirez qui vous brutalise et vous traite grossièrement, et que cela est bien la plus inexcusable servilité que l'on sache. L'humihté du Juif à qui tant de coups de bâton, quand ce n'était pis, ont donné la peur de l'inconnu et du fort, elle s'explique cette humilité craintive, mais la vôtre, qui est
une servilité d'admiration, je ne la comprends pas.
.. Donc, puisqii' u on entre chez le Juif », j'y suis entré. Souvent. Ça n'est pas toujours très
brillant dans les quartiers populaires. Et cpiancl
le souvenir nie vient de toutes les maisons froides,
ombres, pourries de vétusté, moisies d'humidité
où des centaines de malheureux \ivent entassés.
vrai, comme dit l'autre, ce souvenir n'amène pas le sourire. C'est, — je l'ai vu aussi en Algérie, en Tunisie — tout ce que l'on peut imaginer de plus navrant comme dénuement ou misère affreuse. On a dit que l'orgueil est le grand péché d'Israël. En visitant le logis de ces pauvres on serait parfois tenté de le croire et que cet orgueil va jusqu'à vouloir que la misère, chez lui, soit plus misérable que partout ailleurs.
Et, paradoxe déconcertant — (tout d'abord) — (car nous en avons trouvé l'explication) — toute sa vitalité, sa bonne humeur et sa joie de vivre c'est en parfaite misère qu'elle paraît s'affirmer le mieux. Dans ces taudis qui ne prennent un peu d'air et de lumière que sur des cours étroites, où. bien des animaux ne pourraient vivre, c'est un fourmillement d'humains, qui ne veulent point mourir... et qui vivent, et qui sont contents de vivre. J'ai vu des chambres qui n'avaient pas dix mètres carrés, très basses de plafond, où il n'y avait pas un meuble, seulement des tas de couvertures en loques par terre, où la cuisine se faisait sur un réchaud, où la vaisselle consistait en deux casseroles, un broc, quelques assiettes, quelques verres, et où vivaient des familles de plus de dix personnes. N'évoquez
point tableaux que permet un pareil entassement, une pareille promiscuité et gardez- vous bien de jugements téméraires. N'imitez point les auteurs, qui, sur ce propos encore, se sont tous donné le ridicule de llétrir les Juifs marocains pour telles horreurs. La chanson de « l'heureuse famille )> n'est en effet pas consacrée aux Juifs du Maroc, mais aux chrétiens de Saint-Ouen. Et quand vous voudrez vous payer le douloureux frisson que donne le spectacle d'humains vivant comme des bêtes, vous n'aurez pas besoin de faire le lointain voyage du Maroc ; il vous suffira de ]:)rendre le Métro pour « Ménilmuche » ou le chemin de fer de ceinture pour quelques stations des « fort ifs » ; là, je pourrai vous montrer des intérieurs chrétiens beaucoup plus effroyables i\ue tout ce que l'on vous a dépeint d'abject chez les Juifs des mellahs, car le crime s'y ajoute à la misère, l'alcool en a chassé la gaieté et l'existence y paraît moins la vie (ju'un apprentissage de la mort.
Dans les maisons de la misère d'Europe où les malheureux vi\-ent littéralement ^ les uns sur les autres », un des sentiments civilisés, que pres- (|ue toujours font disparaître les besoins de notre animalité en pareilles conditions, est celui de la
pudeur. Il ne m'a point semblé que chez les Juifs marocains, même les plus pauvres, même dans les maisons qui ont pour logement des caves, il en fut de même. La plaisanterie stercoraire si à la mode chez nous et qui parfume une si grande partie de notre littérature nationale depuis le temps des fabliaux jusqu'à celui de feu Armand Sylvestre, n'a pas de succès dans les mellahs. Et si toute la (( nichée » est obligée par la misère à vivre, à manger, à dormir dans le même nid, quelque réduit et misérable que soit ce nid, la décence n'y fait pas toujours défaut. Bien certainement il peut, il doit y avoir des exceptions ; la pauvreté qui chez nous crée tant d'ignominie, vous ne voudriez point que ce fut un monopole européen, et ce qui se passe dans les bouges de Saint-Ouen on le voit aussi quelquefois dans ceux des mellahs. Je crois cependant que c'est rare. En effet les livres religieux et les enseignements des rabbins ont fortement discipliné ce peuple. Et c'est encore le cas de citer IVIaïmonide.
« Les disciples des sages doivent être réservés, « ne pas s'exposer au mépris, ne se découvrir « ni la tête ni les autres parties du corps, même (( lorsqii'ils vont dans les endroits consacres
ISKAl-L AL MAKCJL
Ji.)
« aux besoins ck' la nature. Lorst^u'ils t'ont leurs « nécessités, ils ne doivent pas ôter leurs véte- « monts jns(iu'à ce cju'ils s'asseoient, ni se
(( nettoyer en se servant de la main droite ; ils « auront soin de se cacher à la vue des hommes ; « aussi se rendront-ils dans l'endroit le plus (( reculé de l'habitation, dans le coin le plus « éloigné d'une ville.
« Si le disciple du sage se pose derrière une <( haie, il s'écartera assez de son camarade pour « que celui-ci ne l'entende pas s'il venait à faire « quelque bruit.
« Va-t-il à la selle dans une plaine? Il doit « se mettre à l'écart, de telle façon que son voi- « sin ne voie pas ses parties sexuelles. En ce <( moment-là il ne doit pas prononcer une seule « parole, même pour une chose indispensable.
« Toutes les réserves qui précèdent seront <( observées même pendant la nuit.
« L'homme doit prendre l'habitude d'éva- « cuer le matin et le soir, afin de ne pas être (' obligé de se dérober aux regards de ceux « avec lesquels il se trouve ^\
Au château de Ferrières les prescriptions de Maïmonide, évidemment, ne sont plus d'aucune utilité et M. de Rothschild, à moins qu'il ne chasse en quelque plaine de son parc où le prenne subitement la colique, n'est pas réduit à « se poser derrière une haie », u loin de son camarade )\
Il a mieux pour s'isoler. Mais dans la promiscuité des mellahs, c'est en imposant comme article de foi ces préceptes, (jue les rabbins sont arrivés à obtenir ce résultat cjue les habitations de leurs pauvres ne sont tout de même pas des écuries, et que, je le répète, la décence n'y permet point les plaisanteries de pot de chambre, si en honneur dans une grande partie de notre peuple.
... Méphistophélès disait, paraît-il, u on est sûr de trouver ici en tout temps la puanteur et l'activité. » Depuis Oscar Lenz tous les voyageurs répètent cela quand ils décrivent un quartier pau\'re chez les Juifs marocains. N'insistons pas sur la puanteur. J'ai dit ce que j'en pensais déjà, et je ne pourrais qu'y ajouter une de mes observations en Chine. Là aussi, nos odorats, qui n'y sont point habitués, souffrent de la puanteur humaine, alors que les Chinois la respirent sans en être plus gênés que s'ils vivaient dans la pure atmosphère des hautes cimes. Kt quand je pataugeais dans les rues — égouts des grandes villes de la Chine, de même que lorsque j'enfonçais dans les ruelles-fumiers des mellahs marocains, j'avais peine à croire ce que cependant mes yeux voyaient. Dans cet air qui me semblait
Comme les fillettes de la société les gamines du populaire amient les jupes courtes. Elles s'exposent ainsi à la verve salée des vieillards.
ISRAKL Al; MAROC
Israël est gouailleur. Il a souvent l'esprit acéré pour se motiuer tics rastas de sa race. Dans les rues île Tanger il y a parfois des scènes
6pi(jui's.
irrespirable et mortel, et dont le dégoût me suffoquait, des humanités prospéraient en vie intense. Alors... ? l'hygiène anglaise si chère à nos ingénieurs sanitaires et à nos plombiers ? D'après cette hygiène, pas un être humain ne devrait pouvoir vivre à Canton ou dans le mellah de Marakech. Et cependant, je vous l'assure, il y en a.
.. Et ils se remuent, et ils travaillent. Méphistophélès disait vrai ; en tout temps c'est l'activité ; sauf toutefois le jour du sabbat ; mais les autres jours ; ce monde va, vient, court, bavarde, parle, crie., et travaille. Le Juif riche avant que son évolution ne l'ait fait monter (ou dégringoler, moi je ne sais pas) dans les sociétés où les éreintements du sport deviennent manifestations de noblesse, n'aime que très modérément l'activité physique. Dès qu'il peut choisir il prend le métier le moins fatiguant. Il prétend même qu'en cela il ne diffère pas du reste des humains. Et peut-être n'a-t-il point tort. Mais quand il ne peut pas choisir, quand il est pauvre, pour vivre il doit bien travailler. Et comme dans les mellahs on vit, mal, c'est vrai, mais comme on y vit tout de même et que la manne céleste depuis fort longtemps ne tombe plus sur Israël, on doit travailler. Le Juif marocain pauvre, qui n'a
ISRAKL AU MAROC 131
point (le capital pour faire l'usure, point de crédit pour faire le grand commerce, point d'instruction pour être rabbin et vivre sur autrui, point de parenté musulmane pour se faire correspondant (le MM. (le Rothschild au|)rès du maghzen, point de ianiille électorale en oranie pour se faire recommander par M. Etienne à la Banque de Paris et Pays-Bas et autres établissements, lesquels pour civiliser le Maroc ont besoin d'employés, le pauvre diable qui ne connaît que des malheureux comme lui, qui n'a que ses bras, son courage et sa patience, celui-là travaille. Les petits métiers et les petits salaires de\'iennent son lot. Ferblantier, savetier, aide-ma(^'on, balayeur, porte-faix, colporteur, il s'emploie, très humble, très docile et patient à n'importe ({uelle besogne capable de lui donner les quekpies sous dont il a besoin pour nourrir ce que le yoyageur venu des pays malthusiens dit si dédaigneusement iia nichée.
Autant j'ai j)eu de svm])athie pour le grand, pour le grosjuit, opulent, orgueilleux, insolent chez qui tout me froisse — t^t j'en con\'i(^ns, et je le répète, bien à tort, car l'enipressement de ce néo-civilisé à Nouloir être comme nous, c'est en réalité le plus grand honunage qu'il nous
puisse rendre, et nous n'avons pas le droit de l'en (( récompenser » par du mépris ou de l'antipathie ; mais cela est ; je n'y peux rien — autant donc je trouve odieux le Juif aussitôt qu'il est entré dans la bande financière, de toutes religions et de toutes nations d'ailleurs, qui aujourd'hui mène les sociétés à l'abîme, autant j'éprouve de sympathie pour la petite bourgeoisie et le prolétariat des Juifs marocains.
Un peuple qui malgré toutes les épreuves que. l'on sait a pu conserver sa race en bonne humeur, quelques défauts que par ailleurs puissent lui trouver les chercheurs de tares, mérite la sympathie des hommes de cœur et d'intelligence.
On doit tout espérer des humanités de bonne humeur. Celle d'Israël au Maroc, dans le populaire, est toujours de bonne humeur. Et c'est bien ainsi que mon- crayon l'a dessinée.
Ces vieillards qui ont conservé leur costume, qui vont en lévite, et qui à tout prendre estiment leur tête mieux couverte par le bonnet noir du vieux temps que par le chapeau melon des temp» nouveaux, ces bons vieux sont presque toujours les plus joyeux compagnons que Ton puisse rêver. Leur bonne humeur ne manque pas d'esprit. Bien certainement c'est un autre esprit que
Les juifs riches trop élégants n'ont aucun succès devant leurs coreligionnaires pauvres.
celui de notre grand monde, leurs mots n'auraient sans doute pas grand succès dans les châteaux, et M. x\rthur Meyer, tout en en reconnaissant naturellement la saveur hésiterait à les publier.
Ce qui excite leur verve et la rend plaisante au possible c'est les ridicules de leurs coreligionnaires trop pressés de devenir Européens et tombant ainsi dans l'exagération de nos modes. La! fillette à jupes courtes et montrant ses jambes jusqu'aux cuisses, très haut, leur offre l'occasion de plaisanteries parfois salées et qu'ils disent également très haut. Quand par hasard une de leurs victimes riposte ils ont toujours le dernier mot. Le néo-civilisé n'est point de force à lutter avec eux sur ce terrain. Il s'en fâche. Alors c'est des scènes épiques. Il m'est arrivé d'assister à quelques-unes. J'en ris encore. ^lais d'ordinaire « l'homme du monde » file très doux lorsque celui dos moUalis répond à son salut par des quolibets. J'en connais un qui fit ma joie. Pour se mettre bien au ton d'Europe, ayant réfléchi que l'être le ])lus puissant en Europe c'est le kaiser, il s'était appliqué à s'en donner la tête. Il y avait pres(|ue réussi. Les pointes de la moustache, maliuMin^nsrmont, ne tenaient pas très bien en
l'air. Autrement le sosie — à distance — pouvait faire illusion.
Le succès du brave homme — car c'était tout de même un succès — me conduisit à des observations particulières très curieuses. Voilà, m'étais-je dit, la physionomie la plus auguste, celle d'un grand empereur, celle d'un souverain de haute, fière et vieille lignée, celle d'un homme en qui tout se trouve réuni, la race, l'intelligence et la fonction, pour façonner une gueule vraiment supérieure, et digne d'être religieusement admirée par tous, nous gens de peu... Eh bien ! il suffisait qu'un de ces « sales Juifs » marocains, un de ces « rebuts de l'humanité » un de ces êtres « nés dans l'abjection » mît une redingote, fît des yeux ronds, fronçât les sourcils, redressât la moustache et soufflât ses bajoues, pour que l'on vit une réédition du grand empereur. Alors je pris l'amusement de rechercher dans les mellahs sosies de nos illustres. Et j'en ai trouvé, beaucoup. Je ne suis pas encore revenu de l'étonnement (jue m'a causé cette découverte stupéfiante, à savoir qu'il y a si peu de différence entre les plus u sales gueules » de Juifs marocains et nos physionomies les plus distinguées. Une autre coupe de cheveux, une autre grimace, et je
l^ne grosse croupe de matrone est en Israël toujours un gros sujet à grosses plaisanteries.
retrouvais là nos plus Parisiens figurants du Bois, des premières ou du pesage. Le type jadis illustré par ce délicieux prince^ de Sagan, d'une élégance et d'une beauté si particulières, est tiré dans les mellahs marocains à une invraisemblable quantité d'exemplaires. Quant aux hommes saouls de chez Maxim's ou de chez Mauclair, après quelques verres d'anisette, on peut s'en offrir l'exacte représentation, pour pas cher, dans les bouges de Tanger ; des exemplaires à nez droit. En effet, nous avons la hantise du nez crochu (moi-même j'y cède en mes dessins) mais je le répète il y a de toutes les races dans les Juifs marocains. Et, par-dessus le marché, le nez crochu n'est pas sémite ! C'est celui d'une partie des hordes germaines qui envahirent la Gaule avec les Francs. Les païens du centre de l'Europe que les Juifs sémites, expulsés de Jérusalem, trouvèrent en Espagne, et qu'ils convertirent, ceux-là possédaient le nez crochu, mais le vrai Juif de Palestine ne l'avait pas. Celui-ci avait le nez droit, les lèvres fines, le visage régulier, que l'on voit encore à quelques Maures de belle race et à quelques Juifs marocains. Les autres dont nous rions, ce n'est pas des gens d" Israël, c'est des « aryens » ; donc il ne faut
point s'étonner que j'aie trouvé tant de sosies de l'Empereur d'Allemagne et quelques autres. Pour prendre exemples que vous connaissiez, en ce chapitre des nez, celui de M. Arthur Meyer qui vous paraît trop long, et celui de M. Joseph Reinach un peu court, sont portés par des citoyens qui jamais n'eurent d'ancêtres à Jérusalem. Aussi l'un a bien compris qu'il n'était qu'un faux Israélite il s'est fait chrétien j)our suivre l'exemple des gens de sa race, des Autrichiens. Il fut Juif comme M. Joseph Reinach le Croate, mais jamais Israélite. Les Rothschild non plus n'ont pas une seule goutte de sang d'Israël dans les veines. Ils sortent des marécages du Danube où la race était fatalement moins belle que dans les riches et saines vallées de Palestine. Enfin si tant de Juifs du Maroc ou d'ailleurs sont laids, vous répugnent, la faute en est peut-être au dieu des Aryens mais certainement pas au dieu d'Israël.
Cela nous éloigne de la vie sociale et du caractère des Juifs du peuple à Tanger ou à Fez, que j'aurais voulu décrire plus complètement, avec tout ce c^ue j'v ai noté en curieux détails, mais je crois qu'il y a autant d'intérêt sinon plus à creuser, à vider, en passant, les légendes qui
font l'opinion commune sur ce propos du Juif et du Maroc et d'ailleurs. J'ai donc montré la valeur de quelques-unes.
L'expression de « sale Juif » qui a passé dans notre langage, même chez les gens bien élevés, en désigne une autre. Pour les Juifs du Maroc M. Picard (de Bruxelles) l'a formulée ainsi : u Li- « bres des prescriptions du Coran sur la propreté (( ils se sont débridés en une saleté épique )).
Cependant la loi de Moïse est formelle. Les ablutions y sont prescrites. Les livres des rabbins, de Maïmonide en particulier, Sont aussi impératifs et précis que le Coran pour recommander toutes les prescriptions de la propreté. Le bain tous les sept jours et les ablutions quotidiennes sont un article de foi. Que les pauvres gens dans l'entassement des mellahs soient moins propres que les rentiers d'Europe, c'est évident, mais cela n'a rien de particulier au Juif. Ce qui lui serait plus particulier c'est l'exagération dans le sens de la propreté lorsqu'il en a les moyens. Demandez aux domestiques dans les maisons de condition moyenne; elles y font perpétuellement la lessive. Quant aux maisons riches je crois que nulle ])art on ne trouvera propreté plus méticuleuse, d'autant qu'il y entre^une pointe d'orgueil.
ISKAHL AU MAROC
Lîi hravo femme n'a pus encore compris ponniuoi les chrétiens disent toujours u sales juifs •. Du i" Janvier .m ji «li. iinlm- rll.- ne •sse en effet île laver le linge de la famille.
Je tiens sur ce sujet un amusant détail de M. Jonnart. Il s'agit des Juifs d'Algérie ; mais ils sont les mêmes que ceux du Maroc. Le « confort moderne » dans la colonie est d'importation relativement récente. Or les cabinets de toilette installés avec tout ce qui est nécessaire à la propreté féminine, les dames juives en auraient seules fait jusqu'à présent la dépense. Ailleurs on serait... comment dirai-je... encore un peu espagnol.
Je prie les Espagnols de ne point voir injure en cela, d'autant -que j'ai tort de dire «espagnol», « catholique », en effet, conviendrait mieux. Et, si le qualificatif espagnol vient naturellement sous la plume, quand on écrit de ces choses, voici pourquoi, c'est que l'Espagne est encore la plus catholique des nations.
Or, je ne crois pas qu'il y eût jamais une religion qui ait fait de la saleté physique une vertu morale comme la catholique. Dans toutes les autres, on vous dit agréable à Dieu que sa créature soit propre et se lave. Partout ailleurs, les abkitions font partie de la prière. Il appartenait aux gens du Nord, aux W'ikings, à ces êtres qu'on dit « naturellement supérieurs », venus de pays où l'on avait peur de l'eau, car elle y était bien
froide pendant la p)lus grande partie de l'année, avant les inventions modernes, il appartenait à ces ancêtres de l'aristocratie catholique européenne, il appartenait à la reli/^ion admise par ces gens qui ne se lavaient point, de diviniser la saleté corporelle de l'homme et de béatifier Labre le pouilleux. Les sémites, juifs et musulmans, Israélites et Ismaélites, originaires de pays où l'on ne risque point la pneumonie en se lavant, ont une religion qui prescrit la propreté corporelle comme une condition de la propreté morale. Les catholiques, dominés par les sauvages venus des pays de la glace, ont religieusement r horreur de l'eau. Les bonnes sœurs chargées de l'éducation de la fille du laïque lui défendent de se laver le corps. Cela ])ourrait en effet lui inspirer coupables pensées... croient-elles, les bonnes !
.JL^JL
CHAPITRK VII
ES FEMMKS. — LK MARIAGK. — LES MŒURS.
Lisons (le M. Montet, clans le Tour du Monde
une publication (jui a cependant beaucoup de
tenue, presque autant (jue M. Dcsclosière lequel
Il signe les exemplaires à l'usage de la Biblio-
lliùque :
lO
— « Qu'est-ce qu'une femme, disait un Juif « marocain,... un ventre, un peu de peau qui « s'étire ». Tel serait, à en croire M. de Foucauld, « le jugement porté par les Israélites du Maroc « sur la femme en général ».
Et M. Mont et ajoute : « Or l'on sait que l'opi- « nion d'un peuple ou d'une race sur la femme « est caractéristique de la valeur morale de « cette race ou de ce peuple ».
M. Montet a l'âme simple et M. de Foucauld l'avait rancuneuse devant qu'il fut touché par la grâce.
En effet, condamner la moralité des Juifs marocains pour la boutade grossière d'un individu, c'est naïveté pareille à celle du monsieur qui répéterait ce que disent nos troupiers de la femme : « Un trou avec de la viande autour » et s'en autoriserait pour juger notre valeur morale.
Ouant à M. de Foucauld, sa rancune contre les Juifs marocains tient d'un motif amusant et qui vous intéressera, je crois. Je connais le Juif de Fez qui organisa le voyage du vicomte ; et je connais un de ses compagnons. Vous savez que le fanatisme des musulmans du Maroc ne' tolère pas une exploration scientifique de leur pays.
En fait ce légendaire fanatisme n'est qu'une avisée prudence contre Tenvahissement étranger, e n'irai point insqn'à dire que je l'approuve, mais je la comprends. *< Tu veux aller te promener dans le pays sans être par trop incpiiété »? —
Oui répondit le vicomte ». — Il n'y a (ju'un moyen ; te faire passer pour un rabbin » dit le
uif de Fez. — » Diable »! murmura le vicomte en >âlissant. Et nous eussions tous, comme lui, maudit Lucifer de la douloureuse nécessité que comportait la ruse à se faire passer pour un rabbin devant les Marocains méfiants.
Le courageux vicomte néanmoins s'y résigna. Jue ne fait-on pour la science ! Puis sa chair souffrait seule. Peut-être il eut pardonné. Mais :e qu'il ne pouvait oublier, ce qu'il ne put ouolier et ce dont il garda rancune aux Juifs, c'est toutes les humiliations du voyage et tout ce que iut y subir sa dignité. Je ne parle pas des vexations de toute nature, bien que certaines, parfois, soient excessivement pénibles, mais de la particularité grâce à quoi M. de Foucauld pouv^ait s'écarter, s'isoler pour faire (|uel(|ues observrations astronomicpies. « C'est un ral)bin de Jérusalem, avaient dit ses compagnons, il a lu ians les \'ieux livres (]ue l'herbe (|ui rend la
vigueur — (sans plus en dire vous devinez quell<| — pousse en vos pays. Et il la cherche dans secret magique imposé par la Kabbale ».
Les vieux marabouts, les vieux caïds, les vieul guerriers, les vieux bergers, tous les vieux Mî rocains, et même beaucoup de jeunes croyaiei cela, dur comme roc... etc.. etc., bref la nu juive, qui seule était capable d'assurer si observations astronomiques, parfois coûta tD] chère à la dignité du vicomte. Inde irce...
Ça serait tout de même un li\Te intéressai! que le vrai journal, complet et sincère, de M. c Foucauld, rabbin juif, à la recherche de rheri| d'Hercule dans la flore marocaine.
Vous avouerez néanmoins que cela n'est poiij motif suffisant pour nous présenter la femme d Marocains juifs comme <( un ventre avec un p<| de peau qui s'étire ».
Il est vrai — et voilà bien la veine d'Israël que les voyageurs écrivains, lorsqu'ils nous rel seignent sur ses femmes, semblent n'avoir \^qi| les laides. Alors ils mettent une complaisan très spéciale à nous les décrire horribles. Quai c'est dans un français belge comme celui de M. I card (déjà nommé) c'est exquis. Savourez plutôj:^
« Leurs femmes couronnées d'un diadènw
ISRAKL M' VMinr
« en bandeau, vert, rouge, jaune d'une crudité « prismatique, petites têtes pâles de lymphes « plaquées de cheveux d'encre, à physionomies « placides de génisses douces, le corps enflé, « flasque aux mamelles en calebasses, ballot- « tantes sous un corsage vert de salade, énormes « au circuit de la taille par le ventre proéminent, « et les fesses plates élargies en table d'arbre « scié à la souche, les cuisses enveloppées d'un « jupon rouge à ramages, si copieusement bou- « dinées qu'elles marchent les jambes écartées « en bêtes grasses ».
Et encore :
(( Floraison de Juives serrant en bouquets « leurs visages diadèmes, anémones versicolores « à calices blafards, leurs corps enveloppés de « rouge et vert en longs cornets de lobelies ».
C'est bien, n'est-ce pas. En étudiant la littérature (si on peut dire !) la littérature antisémite on trouve cependant mieux. i
Vous ne croyez point cela possible. Ce n'est' phis en français de Bruxelles, mais en français] d'Alger... Ah ! tout s'explique.
Un échantillon entre mille :
« La Juive assise sur le pas de sa porte se mit « à me flxer avec les yeux furibonds d'une ba-
« leine en couche, plaies au milieu d'une figure « grêlée, à tel point qu'elle aurait pu servir de « râpe à fromage à son coreligionnaire l'épicier « d'en face ». Antijuif (9 janvier 1898.)
Il y a dans mon livre la Vérité sur l* Algérie beaucoup d'autres citations du même goût, du bon goût d'Alger. J'y renvoie le lecteur. En attendant, qu'il déguste ceci, d'un « vieux magistrat » qui écrivait dans Y Antijuif :
« Parfois, dans le court, dans le très court
« passage de la nubilité à la maturité, certaines
« épaules, certaines poitrines, certaines hanches,
« certaines jambes juives présentent des lignes,
« des courbes, des perspectives vraiment har-
« monieuses, la quantité semble y faire un assez
« bon ménage avec la qualité mais le moindre
« accident provoque des écroulements lamen-
P « tables, l'accident du mariage par exemple.
« Le vertical se change en horizontal, les collines
« en vallées, les vallées en ravines, la glissade
« en traînage, le rose en terre de Sienne. La
« vierge charmait, la femme épouvante... Quand
^ « une Juive se marie et quand elle accouche,
Bk les deux événements sont l'occasion de pra-
K « tiques tellement dégoûtantes (ju'on ne peut.
V« du bout de la plume, les décrire. Dans les
a II arrive quelquefois, à Tanger, que les fillettes juives peuvent contempler dans la rue spectacle curieux et entendre singuliers propos.
ISRAKL Al* MAROC
La conversation des petites juives qui vendent cartes postales et ibac est une ressource précieuse pour les officiers désœuvrés.
(' grandes forêts de l'Afrique centrale, là où « les singes n'ont encore été ni dérangés ni (( corrompus par l'homme je suis sûr que les « choses se passent avec infiniment plus de « décence et de propreté ».
Parfaitement... je vais même plus loin que cet excellent « vieux magistrat » d'Alger et je pense que si le singe écrivait ce serait avec plus de décence que lui ; je pense également que les guenons rougiraient à lecture pareille, tandis que cela « ravissait » les salons de l'aristocratie algérienne.
Infortunée femme juive de l'Afrique du Nord, en suite de quelle gageure prend-on plaisir à l'abîmer ainsi dans la littérature ? Et par suite de quel extraordinaire phénomène, tous ceux qui la décrivent l' ont-ils vue si laide, si répugnante, alors que moi, si souvent je l'ai vue jolie, charmante, et parfois même si belle.
Aux heures du souvenir, pour moi qui, à travers tous les continents, ai promené, depuis vingt-cinq ans, ma curiosité parmi tous les mondes, lorsque ma rêverie évoque l'image des femmes dont la grâce et la beauté m'ont charmé, que de fois apparaissent des visages de Juives marocaines. J'en ai vu qui étaient admirables, et
telle beauté, que je sais, vraiment est parfaite. Si j'étais poète je chanterais sa brune toison ; pour dire ses yeux je chercherais des mots et dans la sombre lan^^ueur des nuits et dans l'éclat noir des diamants ; j'en trouverais peut-être ; mais je n'en trouverais certainement point qui fussent capables de vous montrer sa bouche, au vivant et vibrant et passionnant sourire, aux lèvres d'un rouge que vous n'imaginerez jamais, vermillon d'un sang très pur et très jeune... et tout... et tout...
Je le sais, toutes ne lui ressemblent point. Mais où diable a-t-on pu voir que la beauté coure les rues ? Blâmant la sottise des gens qui disent « les Juives marocaines sont affreuses » je ne voudrais pas tomber dans celle de dire : « les Juives marocaines sont belles ». C'est comme chez nous. C'est comme partout.
Cette femme que les livres nous montrent si laide et que dans la réalité j'ai vue, moi, très souvent si belle, nt* demandons pas aux mêmes livres de nous renseigner sur sa condition dans la famille. Car alors cela devient épouvantable. M. Picard, l'ineffable, cette gloire du barreau de Bruxelles nous dit en effet :
« Dès six ans les fillettes sont épousées, et
(( celles qui après la cérémonie repoussent le « jeune mâle, sont battues jusqu'à la soumission. « Beaucoup meurent dès les premières couches et (( le mari recommence, chair à fornication ». Espérons grands dieux que ce n'est point avec le cadavre... comme on pourrait b croire en lisant cet excellent M. Picard.
Moi, je n'ai pas vu cela. Je n'ai même pas vu ce que nous dit l'écrivain juif de l'alliance israélite dont j'ai déjà cité l'étude publiée par le journal le Maroc français :
(( La femme juive arabe est au mari ce que la « femelle est au mâle : une chair condamnée « à l'assouvissement du désir ; elle n'est appréciée « que comme machine à procréer et comme ins- « trument docile à entretenir le ménage.
« L'époux la considérant comme un être infect rieur, ne s'en sert que pour son égoïste lubri- « cité. Quand elle n'enfante pas, elle est facile- « ment répudiée, réformée comme une bête de « somme.
« Dépourvue du charme de l'esprit, elle ne se « révolte pas contre un pareil abaissement qui la « condamne à un rôle si étroit, si ingrat, si in- « digne. D'une remarquable beauté, en général, « car les Juives marocaines, sont les plus belles
TSRATT. AT' MAROC 157
« du monde, elle ne tarde pas, en raison des ma- « riages précoces, à se faner quand elle ne meurt « pas des suites de l'enfantement. Qu'il nous suf- " fise de dire qu'il en est (jue l'on marie entre neuf « et dix ans ; rien de plus naturel que ces pauvres « enfants succombent aux lacérations cjue leur « inflige une aussi barbare coutume.
« Celle (jui dépasse la dix-huitième année, (( sans avoir trouvé de mari, est bafouée comme « une vieille fille et constitue une humiliation (( pour la famille ».
Ce n'est déjà plus à six ans qu'on les marierait.
Ce ne serait <' cju'entre neuf et dix ans. » Et ce
ne serait pas toutes. La vérité c'est que la loi
de Moïse et les préceptes des rabbins, (jui règlent
rigoureusement le mariage des Juifs marocains,
p ne le permettent (}ue lorsque la jeune fille est
normalement capable de devenir une femme et
- une mère. Quelquefois elle en est capable très
I jeune. C'est pourquoi on la marie jeune. Et ce
■ n'est pas une mauvaise coutume, puisqu'elle a
H maintenu la natalité de la race à tel degré que les
communautés juives ont pu vivre malgré toutes
m les causes de mort, (jui toujours les mena-
^u çaient.
™ Les hommes sont aussi mariés jeunes, et la
loi de Moïse leur permet la polygamie qui effarouche nos moralités. Eh bien ! cela non plus n'est pas une mauvaise coutume, car elle assure également la durée de la race. Et je dirai plus, elle est une garantie de moralité pour les sociétés qui l'admettent. L'homme n'est pas un animal naturellement monogame. Sa condition physique (étant donnée par ailleurs celle de la femme) en fait un être polygame. Et je ne crois pas qu'un seul Européen puisse être dit avoir vécu en monogame. Le législateur qui moralise par la polygamie légale notre condition physique d'êtres forcés par la nature à la polygamie est un sage. Moïse le fut. Et c'est pourquoi des sociétés comme celle des Juifs marocains, où l'homme se marie jeune, a plusieurs femmes, sont infiniment plus morales que les nôtres où l'homme se marie tard, après une jeunesse « orageuse », et où la monogamie légale a pour tempérament les prostituées. Mais c'est un sujet qui m'entraînerait trop loin. Revenons à nos Juives marocaines, à ces malheureuses qu'on nous montre victimes de l'égoïste lubricité de leurs maris.
La brute conjugale, incontestablement, ne manque pas chez les Juifs du Maroc, puisque ces Juifs sont des hommes. Mais je crois bien qu'elle
y est une exception. Car toutes ces histoires des femmes, qui dans certains pays, seraient les victimes résignées du mâle, entre nous, et j'ai suliîsamment voyagé dans les pays les plus sauvages pour avoir le droit de le dire, ça m'a tout l'air de n'être que de ces bonnes blagues littéraires, qui, copiées et recopiées, plagiées et démarquées, servent à des générations d'écrivains.
En tous cas, sur le propos des Juifs dans le mariage, le législateur a tout recommandé pour ju'ils y fussent des modèles de douceur et de réserve.
Et nous invoquerons encore l'autorité de Maïmonide :
« Lorsque l'homme mange, lorsqu'il boit, lors- « qu'il accomplit ses devoirs conjugaux, que ce (( ne soit pas seulement pour jouir, au point de
ne manger, de ne boire que les choses agréables
au palais de ne se livrer au raj)prochement « sexuel que pour le plaisir...
H Lorsqu'il accomplira Tactf du génération, u il ne le fera que pour entretenir la force du
corps et pour reproduire son espèce, (^'est pour- « quoi il ne doit })as le faire toutes les fois (pi' il
en éprouve le désir mais seulement lorsciu'il,
s'aperçoit qu'il a besoin de se soulager ou de
A Melilla, j'ai vu de bien curieuses logeuses dans le quartier juif.
u propager l'espèce.... Bien qu'il soit permis à « l'homme d'avoir toujours des rapports avec « sa femme, il convient que le disciple du sage « se conduise avec sainteté. On ne doit pas tou- « jours se trou\'er auprès de sa compagne connue
Dans tous les ports notre civilisation reml complaisantes pour le voyageur quelques agréables jeune»< filles:
tl
« un coq, mais bien le vendredi soir si ses forces (( le lui permettent. Il ne doit se livrer à ces rap- (( ports sexuels ni au commencement de la nuit « quand la digestion n'est pas terminée, ni à la (( fin de la nuit parcequ'il est à jeun, mais seule- (( ment au milieu de la nuit quand les aliments « sont bien élaborés dans l'estomac. Il ne se « conduira pas trop légèrement en pareille cir- (( constance, ne flétrira point ses lèvres par des « expressions triviales, même en parlant à sa « femme. L'homme et la femme ne seront ni (( ivres, ni paresseux, ni tristes. Le mari ne doit « pas forcer sa femme. Leur union ne doit avoir « lieu que d'un consentement mutuel. Le mari « doit s'entretenir et rire quelque peu avec sa (( compagne jusqu'à ce qu'il se sente bien disposé ; (( il agira alors avec pudeur et non avec audace, (( puis se retirera aussitôt après.
« Celui qui se conduit toujours ainsi, non seu- « lement purifie et sanctifie son âme, mais encore (( aura l'avantage d'obtenir des enfants beaux, « pudiques et capables d'acquérir la sagesse et « la pitié ».
Les imbéciles trouveront sans doute matière à faciles plaisanteries dans ces prescriptions évidemment un peu... spéciales mais d'une haute
sagesse, d'une sagesse humaine. Pour trouver sur le même sujet des « commandements » qui ne fassent point rire, qui soient d'inspiration divine je les renvoie aux divers manuels des pères jésuites.
Le mariage des Juifs marocains est un de ces sujets précieux pour les gens graves, qui ont l'âme sadique et ne veulent céder à leur goût naturel pour la cochonnerie qu'en portant le masque du monsieur trax'aillant pour la science austère. Ouand on les rencontre allant chez les filles en « rasant les murs » ils n'admettent pas qu'on sourie, car ils vont faire des études de mœurs. <( Et alors ce mariage... ces petites filles de six ans ...je ne pourrais pas voir... c'est pour la science. » Kt il leur faut des détails, rien n'est assez immonde pour les satisfaire. On a déjà conté, publié des tas de répugnantes saloperies plus ou moins vraies... Ils veulent en découvrir de nouvelles. \Li ils cherchent. Et ils fouinent. Et ils reniflent, l'^t dans les plus sérieux rapports de mission des iiommes graves cpie nos gouvernements envoient au Maroc pour y étudier « les moyens de dévelopj)er notre commerce et notre influence » on lit des aveux comme celui-ci : » J'ai recueilli un certain nombre de détails inédits et peu connus
sur le mariage Israélite et les coutumes qui s'y rattachent ». (Augustin Bernard. Rapport de mission adressé au gouvernement général de l'Algérie et publié par le Bulletin du Comité de l'Afrique française, octobre 1904). Ce qui échauffe beaucoup le zèle de nos curiosités savantes c'est le coup de la chemise... rappelez- vous le Deutéronome : « Le père et la mère de la jeune fille prendront les marques de sa virginité ; ils étendront le drap ensanglanté devant les anciens de la ville )). Et l'observateur vraiment consciencieux ne se contente pas de savoir, pour l'avoir lu, que le commandement de Moïse est encore suivi par les Juifs marocains... il veut voir, quitte ensuite, à flétrir la coutume dégoûtante. Evidemment la coutume civilisée de montrer au public dans les expositions du trousseau la chemise de la mariée, avant le mariage au lieu de la montrer après, est plus distinguée ; parfois peut-être aussi plus prudente.
Décidément la pauvre femme juive n'a pas de chance au regard des écrivains qui l'ont étudiée.
Poursuivons l'histoire de ses malheurs.
Soumise à la tyrannie nlarocaine et régulièreihent violée par les ennemis d'Israël> non seule-
ment elle serait, par-dessus le marché, victime de la lubricité des hommes de sa race et non moins régulièrement abîmée par le mariage précoce, mais elle serait aussi la victime des prostitutions que régulièrement encore, lui imposerait le proxénétisme bien connu des siens.
Une simple remarque en passant. Les gens vertueux qui prennent plaisir à nous apprendre, tantôt que les filles et les femmes d'Israël sont toujours violées par les Marocains, tantôt qu^elles sont toujours prostituées, et qui pour cela flétrissent Israël, sont les mêmes qui lui font le reproche de perpétuer sa race maudite avec tous ses caractères malfaisants parmi les autres sociétés. Or cela me paraît inexplicable. Les deux réalités de la femme d'Israël subissant pendant tant de siècles tant de mâles étrangers, et celle de la race d'Israël conservant son caractère à travers les siècles, sont en effet contradictoires. Ou bien l'une ou bien l'autre. Mais pas les deux à la fois. N'insistons pas.
... Donc l'infortunée Juive de l'Afrique du Nord, la Marocaine aussi bien que l'Algérienne ou la Tunisienne, seraient fatalement des prostituées, soit par dépravation personnelle, soit par proxénétisme familial.
Toute une littérature le prétend, l'affirme.
Dès 1830, un monsieur Renaudot écrivait :
» T,es femmes juix'es, les plus faciles à débau- (( cher (jui soient dans le monde, et les plus cra- « puleuses quand elles peuvent s'abandonner... « le cœur ne les guide point dans leur choix, et « pour se livrer à un homme, elles ne consultent « que leur ambition, leur avarice et leur orgueil ».
Sur ce thème les écrivains ennemis d'Israël ont j)ublié toutes les variations imaginables.
<( Sous prétexte de se civiliser la jeune fille « juive atteint au cynisme dans la dépravation « morale. Elle ne craint pas d'avilir son corps « dans la boue de la prostitution et cela avec un « naturel renversant qui émane de la lasciveté « inhérente à sa race. Elle boit sur toutes les « lèvres qui s'offrent ou qu'elle rencontre les « immondes ivresses qu'exploitent des malheu- « reuses qui se sont perdues. Et ainsi lorsqu'elle « s'est souillée à toute une multitude, elle se « croit francisée , européanisée , et digne de « figurer dans les salons de notre société ».
Vous avez reconnu ce français charmant. C'est celui qu'on fabricjue m Alger. C'était de 1'.-!;/tijiiif (7 oct. 1887). Voici du Cochon. (5 juin 1902) plus badin !
Quelques lionnêtes familles oflfrent à l'artiste de passage tous les modèles (ju'il dcsiro et do n'importe quel âge.
11 y a parfois d'amusants quiprotiuos lorstjuf k-s ki-us >*i pus très nettement explupié ce qu'ils entendaient par le p; des modèles demandés.
« Je ne sais quel est le farceur qui, du ton le « plus sérieux du monde, affirmait que les jeunes « filles juives savaient demeurer sages jusqu'à « leur mariage. Maintes fois j'ai soutenu que les « jeunes filles z'raléites n'avaient plus leur... « turlututu ». Et le délicieux Cochon, pour les jeunes chrétiennes d'Alger, car elles le lisaient, nombreuses, les exquises, faisait ensuite rhétorique délicate sur le décent propos de ce « turlututu » des jeunes filles « z'raéhtes ». On en parlait beaucoup dans les bals blancs...
Mais tout cela n'est que badinage, innocente plaisanterie. Accuser la petite Juive de se débaucher elle-même, ça n'était que demi-flétrissure. La complète est celle qui accusait les parents, les maris de prostituer leurs filles, leurs femmes. Dans son livre de 1887, M. Mavnié la formula :
« Pour acquérir un peu d'influence le Juif « chercha à se mettre sous l'égide de nos officiers « auxquels il livra sans \'ergogne sa femme et ses (( filles. lia compris que c'était là un de nos côtés « faibles, et c'est par là qu'il a cherché à nous « attirer à lui.
« Nos vieux officiers qui, dès les premiers « temps de la conquête, ont été attachés aux bu- « reaux arabes doivent encore se rappeler la
« physionomie de ces vieux Juifs lorsqu'ils ve- « naient humblement leur offrir leurs filles en « ayant soin toujours de demander un service.
'( Depuis les temps les plus reculés nous avons « constaté (jue les juifs ont toujours prostitué « leurs femmes et leurs filles pour se procurer « le premier argent qui devait être la base de « leur fortune et de leur future puissance ».
L'histoire interprétée par la passion des partis devient en effet une chose curieuse. Le reproche de proxénétisme fait au Juif sur la foi de l'histoire en est une preuve. Qu'une petite juive de Tanger ])our gagner de cpioi s'offrir un ruban soit complaisante à l'étranger ; qu'une autre à qui la chaude brise du soir a donné langueur d'amour écoute le galant propos d'un vigoureux garçon ; paf... ce n'est point l'éternel désir, le perpétuel instinct de l'immuable nature qui va rapprocher deux êtres... non... c'est une loi spéciale au Juif, et (jue nous dit l'histoire. La descendance d'Abraham aurait le vice d'amour et la t. prostitution dans le sang. Lorsque les chrétiens disent cela, tout de même, ils devraient se rappeler que l'ascendance d'Abraham remonte ^ comme la leur, suivant leur foi jusqu'à nos « premiers parents » Adam et Eve. Lorsqu'ils expli-
quent la prostitution intéressée d'Israël par les précédents bibliques du genre de celui d'Esther, ils oublient que cette héroïne spéciale fait aussi partie du bagage chrétien, que son exemple ne fut nulle part aussi brillamment suivi qu'à la cour d'un roi iils aîné de l'Eglise, le grand Louis, à la paillardise de qui nos meilleurs gentilshommes briguaient l'honneur d'offrir leurs femmes et leurs filles. Alors si un pauvre Juif marocain se montre enchanté et reconnaissant de l'honneur, quand un bachadour ou quelque autre grand personnage distingue une femme de sa maison, pourquoi lui en faire un si gros crime et aller chercher à tant simple aventure explications bibliques, ethniques ou historiques. Est-ce que (( cela », encore une fois, n'arrive pas dans tous les pays, chez tous les peuples, et en toutes classes. Les maris complaisants, les pères indulgents et les mères dévouées, mais vous en connaissez tous, et vraiment si toutes les fois, qu'une « brave enfant » qu'une u bonne épouse » est vendue ou se vend, ou plus simplement est louée à l'heure à la journée à la semaine ou au mois, l'abjection d'Israël en était responsable, tous les boucs de la terre ne pourraient recevoir la charge de ces péchés. ]
Sans doute les Juifs de l'Afrique du Nord ont toujours entendu très largement la loi du Deutéronome qui dit : (( Vous aimerez l'étranger car vous avez été étranger au pays d'Egypte ». (Deut. ch. X, V. 19) et aussi : « U Eternel votre Dieu aime l'étranger ». (ib. ch. X. v. 18). Bien certainement il y a plusieurs façons d'obéir au Seigneur en aimant l'étranger, et peut-être les Juives marocaines ne choisissent-elles pas toujours la meilleure, bien qu'en réalité celle qu'on dit la plus mauvaise et qu'on leur reproche à l'égal d'un crime, soit naturellement la plus probante. Mes dessins le montrent. La matrone au sourire équivoque on ne la rencontre pas seulement chez nous ; on la voit aussi au Maroc. La maman qui promène la fillette à jupes courtes n'est pas une spécialité parisienne dont Bruxelles ait gardé la contrefaçon comme un bon monopole ; on en trouve à Tanger, et qui sont Juives. La gamine qui ne s'étonne de rien et qui sourit gentiment aux spectacles non faits pour son âge, elle existe aussi là-bas ; même, cjuand la joie de nos mathurins inonde les rues de Tanger on peut constater parfois à quel point ces petites Juives marocaines perverties manquent de pudeur, car, n'est-ce pas, nos braves matelots tou-
jours pleins de notre vieil honneur français, nous ne saurions les mettre en cause... De même chez le Juif suiveur de nos armées, lorscjue les fillettes de ce commerçant taillent bavette avec nos officiers, leurs clients pour le cigare, mal/:^ré que les vieux capitaines gourmands de ces distractions <( pas trop cher » ne soient point d(*s muets, c'est toujours les pauvrettes qu'on accuse, de bavarder, jamais le client.
On confond leur innocent commerce avec
d'autres qui le sont, j'en conviens, beaucouj)
moins. La logeuse vraiment hospitalière existe.
La lille de chambre complaisante, aussi. La danse
tout à fait espagnole, à l'instar de Cadix ou
d'Alger, on peut la trouver au Maroc chez des
tjuives. Et si au lieu de modèles qui posent
■dansant, on en veut qui posent couchées, quelques
familles en ont la spécialité « en tous genres ».
Parfois c'est une joie que d'y envoyer le touriste
(juand il est « révérend » et vous a demandé
l'adresse de modèles pittorescjues à photograpliier.
|LMais comme la loi (k' Moïse, dont la morale est
Hfeévère et ne permet point c^u'on plaisante avec
Via vertu, a jeté de profondes racines dans le
' cœur des Juifs marocains, cett(* façon d'aimer
l'étranger (jui ne serait l'hôte envoyé par le
•Celle-ci n'a jamais prié sur la tombe de Sol Hatchuel !
Seigneur que pour un instant (sliori lunes, disent les Anglais) paraît à beaucoup d'entre eux condamnable, aussi la réprouvent-ils. A leurs yeux, la fille d'Israël en s'abandonnant au passant « que l'on ne connaît j)oint et qui a tu son nom», devient une vulgaire prostituée du genre de celles qui mettent le déshonneur et le profit chez tant d'Espagnols des quartiers populaires. Ils ne veulent point du déshonneur. Quant au profit... mais en cherchant bien, n'est-il point facile de l'acquérir sans sacrifier l'honneur ?
Et voici ce qui arriva récemment au fils d'un grand industriel français, très saint homme d'ailleurs, pendant un voyage pour les affaires et l'agrément.
Un de ses agents, commerçant juif très avisé, le reçoit dans sa famille. Notre jeune Parisien y voit une belle fille, dont le « pittoresque » l'aguiche. Il fait deux doigts et un pied de cour. Après le dîner, le frère de la jeune personne lui dit : « Ma sœur vous plaît ». Ahurissement de l'autre ; protestations... u Mais si, mab si nous l'avons tous vu... » Nouvelles protestations. « Pourquoi chercher à vous excuser. Elle vous plaît; C'est très naturel. Epousez-la ». Cette fois \c Parisien commence à trouver mauvais cela
qui lui paraît une plaisanterie excessive. Mais le Juif imperturbable continue : « Pas chez le consul. Chez le rabbin tout simplement. Ça ne vous engagera que pour ici. A Paris ça ne comptera pas, puisque vous n'aurez pas été devant le consul. Payez la dot à papa, et c'est fait ». L'aventure devient piquante. Le Parisien ne la trouve plus mauvaise, mais délicieuse. Il consent ; il voudrait que ce fût tout de suite. Qu'à cela ne tienne ! En dix minutes on se met d'accord sur la valeur de la dot. Un quart d'heure suffit pour qu'on aiUe chercher un vague rabbin suppléant. Et vingt minutes après la jeune fille pouvait sans dés.ionorer la famille accepter l'hommage saintement conjugal du richissime patron de son papa.
On le conçoit facilement, pareilles aventures sont plutôt rares, non point que l'épouse fasse défaut ; c'est le riche mari à la quinzaine qui vient rarement au Maroc.
Suivant la coutume civilisée, quand une Juive marocaine se décide à monnayer ses channes, gras ou maigres, neufs ou usagés, c'est au détail et sans la bénédiction du rabbin que d'ordinaire elle en fait négoce. Alors, même, comme si elle voulait protester contre les détracteurs d'Israël
(H affirmant sa probité commerciale, dans cette spécialité-là, généralement elle fait bonne mesure et très souvent plus que bon poids.
Mais, encore une fois, rien dans les traditions de son peuple ne l'y a préparée. Quand les rabbins veulent montrer aux J uives marocaines les femmes illustres qu'il convient d'imiter, ils ne leur recommandent point, ainsi que le doux Racine aux xertueuses demoiselles de Saint-Cyr, Esther la \oluptueuse maîtresse d'Assuénis. Ils ont des héroïnes plus nobles et plus purées. C'est Kahina, la guerrière intrépide qui lutta victorieusement contre les Arabes. C'est au Maroc même, la belle et chaste Sol Hatchuel, qui, vers 1830, préféra le martyre à l'abjuration de sa foi et au déshonneur dans le harem chérifien.
Comme les Juifs de Babylone, ceux du Maroc auraient eu grand besoin de la protection d'une favorite chez le Sultan de leurs persécuteurs. L'occasion s'en offrait. Sol Hatchuel était merveilleusement belle. Une abjuration, cpie dis-je, un simulacre de conversion à l'Islam aurait suffi pour qu'elle devint la favorite et la toute-puissante... et cependant elle préféra le supplice et la mort. Et les Juifs Marocains, ces « êtres vils » que vous savez, ces « misérables » qu'elle refusait
ainsi de protéger au prix de son honneur et de sa foi, alors que, vous le savez également la fille d'Israël est une prostituée sans conscience, tous ces Juifs, qui devraient la maudire, au cimetière du mellah de Fez, ils vont prier sur sa tombe comme sur celle d'une sainte !
Assez de vilaines figures ont passé dans ce livre, je veux qu'il se termine par l'évocation de celle-là qui est touchante, noble et pure (i). D'Israël au Maroc, je vous en prie, ne retenez qu'elle, et ne pensez plus à toutes les malheureuses qui ont le privilège d'imposer leur exclusif souvenir à la tourbe des voyageurs hypnotisés par la « viande cachir ».
...Commencé pour le rire, ce livre finit sur une larme...