Cf. ci-dessous, chapitre vm : psychologie du juif, ii
donnent carrière, opposant les vices du « Sémite » aux vertus de « l’Aryen ». On représente l’un comme âpre au gain, cupide, sec de cœur, bas, astucieux, servile, vindicatif, coutumier de toutes les lâchetés et de toutes les fa usse tés ; — l’autre comme généreux, ouvert, fier, chevaleresque, désintéressé et délicat, ayant toutes les noblesses et toutes les candeurs.
Je me défie, pour ma part, de ces portraits à grands coups de brosse, où tout est en noir d’un côté, où tout est en clair de l’autre; ce n’est pas avec un procédé aussi simple qu’on peut nous peindre de vieilles races, embrassant vingt nations diverses. Je voudrais quelque chose de plus fondu et de plus nuancé. Le Romain, par exemple, n’était guère moins sec, moins dur, moins âpre que le Carthaginois ; et l’image qu’on nous donne du Sémite conviendrait souvent tout autant au Grec moderne, à l’Arménien, au Parsi, qui passent pour Aryens, qu’au juif, classé comme Sémite. « Le caractère sémitique, a dit Renan, est en général dur, étroit, égoïste. » Cela peut être vrai, — et non seulement de l’Arabe — encore que, pour le juif, l’explication en soit plutôt dans l’éducation historique que dans la race. Car, si elle nous semble fréquente chez Israël, la sécheresse d’esprit ou de cœur, il est bon de nous le rappeler, est en grande partie imputable à l’existence que nous lui avons faite.
Il y a, en tout cas, une chose que nous perdons trop souvent de vue, et dont il nous est interdit de ne pas
tenir compte. Quand nous parlons de la dureté, e l'étroitesse, de l’âpreté sémitiques, nous ne devons pas oublier que ce qu’il y a de plus doux, de plus délicat, ae plus suave sous le ciel, l’Évangile est sorti des tribus sémitiques. Sur cette rocailleuse terre de Syrie a germé .e lis des champs dont, après dix-neuf siècles, le parfum embaume encore le monde. Le plus beau mot des tangues humaines, le mot de charité, est tombé de la nouche de ces fils de Sem. C’est par des Sémites qu’a été annoncée la bonne nouvelle; c’est à des foules sémitiques, en dialecte sémitique, qu’a été prêché le Sermon sur la Montagne, et c’est par des Sémites, nravant la faim et la soif, que les neuf béatitudes ont été révélées au monde antique. Ici encore, dans sa race et ses ancêtres, aussi bien que dans sa Bible, on ne peut atteindre Israël qu’à travers le Christ. Le Sauveur lui-même n’a-t-il pas dit à la Samaritaine, près du puits ae Jacob : « Le salut vient des Juifs »? Il est singulier que des chrétiens en aient perdu le souvenir : la croix au renoncement nous a été apportée sur des épaules juives, cette croix qui fit le scandale de l’Hellène et que, durant trois ou quatre siècles, les fidèles n’osèrent montrer aux adorateurs des dieux de Paros que voilée d’emblèmes mystérieux. Le sang versé sur le Calvaire pour la rédemption des hommes, le sang que nos vieux peintres nous montrent recueilli par des anges en des calices ou des patènes d’or, était du sang juif, du sang sémitique. Ni Marie, mère de Jésus, ni Jean, le disciple bien-aimé, ni
Simon, dit Céphas, ni aucun des douze, n’étaient de souche aryenne.
Pour qui veut remonter aux origines, — pour qui surtout croit que l’Église a été constituée et ordonnée, dès le début, par les apôtres, — le christianisme luimême est un produit du sémilisme; il ne l’est guère moins que le judaïsme. On nous entretient souvent de la conquête sémitique; si le monde a jamais été conquis par les Sémites, c’est par le glaive de Paul de Tarse, l’Annibal ou l’Alexandre chrétien. La bataille de Cannes n’a pas été la plus grande victoire du Sémite. Là où avait échoué le lils d’Amilcar a triomphé le petit juif de Cilicie. Par lui et par les douze, se sont réalisées les orgueilleuses promesses des voyants d’Israël et, grec ou romain, le monde aryen a été courbé sous le sceptre du fils de David. L’empire élevé par les légions romaines a été légué aux héritiers du pêcheur de Galilée. Les statues des Césars ont été renversées de leur piédestal, et les imper ator es qui personnifiaient le mieux les armes latines et la sagesse hellénique, les Trajan et les Marc-Aurèle, ont été précipités de leurs colonnes de marbre pour faire place à Pierre et à Paul les capitaines de Jésus de Nazareth. La louve de Romulus, victorieuse des éléphants du Carthaginois, a été terrassée par le lion de Juda : Vicit leo de tribu Juda , est-il gravé sur la base de l’obélisque de Néron dressé, par Sixte-Quint, devant Saint-Pierre de Rome. L’Église a raison : le Nazaréen a vaincu.
Voilà la vraie conquête sémitique, et le génie aryen ne s’en est pas relevé. Entre les antisémites, — les plus conséquents, les seuls logiques peut-être, sont ceux qui, pour secouer le joug sémitique repoussent l’Évangile aussi bien que la Bible, s’insurgeant également contre la crèche de Bethléem et contre les tables du Sinaï1. Le Slave ou le Germain qui ne veut rien devoir aux fils de Sem n’a qu’à revenir aux dieux aryens, à Zeus, à Odin, à Peroun à la barbe d’or, — à moins qu’au Dieu créateur de la Genèse, il ne préfère les émanations de l’impersonnel Brahma. Ce n’est qu’en s’affranchissant de toute idée chrétienne que le monde se « désémitisera ».
1. A ce titre, je dois mentionner ici deux livres peu connus, dont le premier grief contre le « sémitisme » est d’avoir donné naissance au christianisme. L’un, publié vers la fin du second empire, est le Molochisme juif de Tridon, depuis membre de la Commune de 1871; l’autre, daté de 1890 (Dentu), est intitulé: Aryens et Sémites : le Bilan du judaïsme et du christianisme , par A. Regnard, t. Ier, le seul qui ait paru.