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LES JUIFS SONT-ILS DE PURS SÉMITES

I. Que le sang d’Israël ne semble pas pur de tout mélange. — Prosélytes dans l’antiquité. Leur importance, leur diffusion. — Autres convertis : les Khazars. — Que la crainte des conversions au judaïsme a été une des raisons du confinement des juifs. — Sectes judaïsan tes. — II. Le type sémitique. — Comment il ne se retrouve pas également chez tous les juifs. Il y a au moins plusieurs sous-types. — Karaim et Samaritains. — Juifs de religion qui ne semblent pas juifs de race. — Sephardim et Askenazim : par quoi et pourquoi diffèrent-ils? — Que le juif moderne est le produit artificiel du régime de séquestration.

Mais, assez parler des juifs anciens. Les juifs modernes sont-ils de purs Sémites? Sommes-nous seulement certains qu’il y ait une race juive, ou que les israélitcs d’Europe, d’Asie, d’Afrique soient tous également les fils de Jacob et les descendants de Beni-Israël de la terre de Chanaan ? Rien ne le prouve. Longtemps, sur

la foi des juifs eux-mêmes, nous avons cru que, dans le judaïsme, la race et la religion étaient deux termes corrélatifs, impossibles à isoler l’un de l’autre. Cette vue ne s’accorde pas toujours avec les données de l’histoire.

Il est permis de mettre en doute la pureté du sang de Juda1. Le juif, dans son odyssée de vingt siècles à travers cent peuples divers, paraît avoir subi plus d’un croisement. De l’antiquité à la fin du moyen âge, bien des ruisseaux de sang étranger ont pénétré dans les veines de Jacob. Pour s’allier aux fils ou aux filles des nations, le juif n’a même pas attendu la dispersion. Ces mélanges ethniques remontent au moins à la captivité de Babylone. Quand Juda serait, sous les saules de l’Euphrate, resté pur de toute mésalliance, il est difficile que les colons envoyés d’Assyrie au royaume d’Israël n’aient point laissé de traces, en dehors des Samaritains, eux-mêmes, du reste, résorbés peu à peu par le judaïsme. La question des mariages mixtes est une de celles qui passionnèrent Jérusalem après le retour de la captivité. Les restaurateurs de Sion, les Esdras et les Néhémie, ont eu beau interdire toute alliance avec les femmes étrangères, la défense des réformateurs du ve siècle montre combien fréquentes étaient devenues de pareilles unions. Le livre de Ruth, la

1. Les familles où le sang est resté le plus pur sont, probablement, celles des cohcinim , des anciens prêtres du Temple qui portent souvent encore le nom hébreu de Cohen, Kahn, Cohn, etc. ; et qui ont dû s’interdire, avec plus de scrupule, les alliances étrangères.

Moabite, en est une preuve : certains exégètes ont meme supposé que cette patriarcale idylle était un plaidoyer contre les rigoristes, en faveur des femmes étrangères.

Ce fut bien autre chose à l’époque grecque et à l’époque romaine. Ce n’est plus seulement du sang chananéen, syrien, chaidéen, c’est du sang grec, du sang égyptien, du sang latin, peut-être du sang gaulois ou espagnol qui, par divers canaux, s’est mêlé au vieux sang sémitique. On croyait, naguère encore, que la diffusion des juifs, à la veille ou au lendemain de la chute du Temple, était un fait d’ordre purement ethnographique, le résultat de l’émigration des juifs de Palestine. C’était là une vue incomplète : la brusque expansion du judaïsme en Égypte, en Asie Mineure, en Europe même, dès avant l’ère chrétienne, est, en grande partie, un fait d’ordre moral ; elle provient, pour une bonne part, de la propagande juive. En cela encore, le judaïsme a été le devancier, et comme le pionnier du christianisme ; il lui a frayé la voie en Occident, aussi bien qu’en Orient. Il lui a ouvert, d’avance, les portes de la gentilité, en affiliant à la loi de Moïse des païens de toute nation. C’est dans les synagogues, parmi les colons d’Israël et parmi les prosélytes des juifs, que les apôtres ont recruté leurs premiers disciples1. Le juif

1. Le fait est constaté mainte fois par les Actes clés Apôtres , passim.

contemporain des Asmonéens et des Hérode n’avait point pour le prosélytisme l’aversion témoignée, plus tard, par les rabbins. Loin de là, les juifs hellénistes, en contact avec les Gentils, cherchaient à gagner au culte du vrai Dieu le Grec et le Barbare. N’osant, pour les convaincre, faire parler Isaïe ou Daniel, les Alexandrins avaient remplacé les prophètes par les vieilles sibylles, chargées de prêcher aux païens l’unité de Dieu et la venue du Messie, avec la gloire future d’Israël1.

Le monde classique n’était pas sourd à la voix de ses oracles transformés en échos de Sion. C’était l’époque où d’Égypte, de Perse, de Syrie, les dieux de l’Orient, voilés de rites mystérieux, donnaient l’assaut au froid panthéon gréco-romain. Le monothéisme d’Israël exerçait une attraction qui, de l’ancienne loi, se détourna bientôt vers la nouvelle2. Juifs, Grecs ou Latins, les auteurs anciens en tombent d’accord. « De grandes multitudes, dit l’historien Josèphe, sont prises de zèle pour notre manière d’adorer Dieu, si bien qu’il n’y a pas une seule ville, grecque ou barbare, il n’y a pas une nation où ne se pratique l’usage du sabbat,

1. Gaston Boissier, la Fin du Paganisme , t. II, p. 23, 24 (Hachette, 1891). — Les livres sibyllins ont été généralement composés par des juifs.

2. Voyez notamment, Renan, les Origines du christianisme, t. V, p. 227 et suiv. ; cf. Kuenen : Juda'isme et christianisme ( Revue de V Histoire des Religions, t. VU, n° 2, 1883, p. 208, n° 9); — Graetz, Die jüdischen Proselyten im R'ômerreich (Breslau, 1884) ; — Isr. Sack, Die Altjüdische Religion (Berlin, 1889), p. 381-87.

de nos jeûnes, de nos lampes, de nos prescriptions relatives à la nourriture1. » La Judée palestinienne n’était plus guère alors que le noyau du judaïsme. L’audacieuse prédiction des prophètes parut un instant sur le point de s’accomplir: il semblait que les peuples allassent se mettre en route pour venir adorer à Jérusalem. Les sibylles ne s’étaient pas trompées : Isis, Sérapis, Zeus et les dieux des nations devaient succomber devant le Dieu d’Israël. Si le monde ne fût devenu chrétien, il fût peut-être devenu juif.

Car, ce n’était pas seulement le dogme de l’unité divine et la morale du Décalogue ; ce n’était même pas uniquement la pratique du sabbat et les prières juives qu’adoptaient les païens convertis à la foi d’Israël, c’étaient parfois les observances rituelles, à commencer par le signe distinctif des descendants d’Abraham, la circoncision. A côté des simples prosélytes restés à michemin, des hommes « craignant Dieu », metuentes Demi ,

1. Josèpbe : Contre Apion, n, 39. — L’assertion de l’écrivain uif est confirmée par l’auteur chrétien des Actes des Apôtres (n, 5) : « Or, il y avait en séjour à Jérusalem des juifs, hommes pieux, de toutes les nations qui sont sous le ciel. » Suit une énumération où figurent tous les peuples anciens, des Mèdes et des Par thés aux habitants de Rome, et, dans cette foule, l’écrivain sacré mentionne expressément les «prosélytes» à côté des juifs proprement dits : « Et ceux qui sont venus de Rome, juifs et prosélytes. » {Actes, ii, 10.) — De même, dans les villes et les synagogues d’Asie et d’Europe, où prêchent les apôtres, les Actes signalent partout les prosélytes à côté des juifs d’origine ; ainsi xm, 17 ; xiv, 1 ; xvi, 14 ; xvn, 4 et 17 ; xvm, 4 et 7, etc.

comme le centurion Corneille converti par saint Pierre1, se rencontraient des gentils qui franchissaient les dernières barrières, adoptant, avec le sceau sanglant des fils de Jacob, toutes les coutumes judaïques.

L’antiquité juive et païenne nous a laissé sur ce

point des textes catégoriques. Josèphe dit, formellement,

qu’un grand nombre d’Hellènes faisaient partie de la

communauté juive d’Alexandrie 2. Beaucoup de juifs de

Cyrène, d’Antioche, de Palmyre, les grandes juiveries

orientales, paraissent également avoir été de sang grec

ou gréco-égyptien3. Aux juifs hellénisants se mêlaient

les Hellènes judaïsants. Chose plus surprenante, il en a

été ainsi, parfois, à Rome même. Juvénal, dans le *

fameux passage de sa xive satire, distingue entre les simples prosélytes et les convertis passés entièrement au judaïsme. Il nous montre les pères se contentant d’observer le sabbat et de s’abstenir de porc, tandis que les fils, renchérissant sur le zèle paternel, vont jusqu’à la circoncision : mox et prœputium pommt , dit, dans son latin énergique, le satiriste du ier siècle4. Vers le même temps, * Tacite, parlant des recrues de

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